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Education

Je n’oublierai jamais mon « prof » de philo ! J’ai même failli provoquer un accident de la circulation en l’apercevant en train de marcher seul au bord de la chaussée, il y a quelques années de cela. J’ai freiné net. Je me suis arrêté. Tout simplement pour le saluer. Pour reprendre un coup de rayonnement humain et intellectuel exceptionnel. Pour le remercier. Pour lui dire que je ne l’oublierai jamais. Sans être excessivement cabot, j’ai eu grâce à lui une excellente note en philosophie au bac ! Le sujet était : « Peut-on affirmer que tout acte est volontaire ? » ! Mais ce n’est pas mon orgueil qui m’a conduit à cette spontanéité peut-être naïve ou puérile. C’est que le pouvoir, l’aura, l’influence d’un grand « prof » laissent une trace indélébile.

En préparant le Conseil interministériel de l’après-midi et l’intervention télévisuelle de la fin de journée, nul doute que le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin se souviendra de ses anciens
« maîtres ».

En s’exprimant, il pensera forcément aux meilleurs d’entre eux, avec peut-être la fierté de leur prouver qu’il n’est pas un « chaînon manquant » ! Qu’il a su porter au plus haut leurs préceptes, leurs exigences !

Comme, ce soir, le fit l’immense virtuose de renommée mondiale, Evgueni Kissin, en dédiant son concert au Théâtre des Champs Elysées à « sa » professeur de piano, Anna Kantor, qui fêtait ses 80 ans. La fougue et la maîtrise rares de ce pianiste exceptionnel ont certainement été décuplées par la présence dans la salle électrique de celle qu’il reconnaît comme son seul maître. « Elle m’a tout appris » a-t-il aimé rappeler.

Souhaitons, soit dit en passant…, que cet hommage se tienne de nouveau un jour dans la célèbre Grange de Meslay – ce lieu sublime où continue de « régner » l’âme de Richter -, dont la vocation musicale doit renaître du mépris où elle est malheureusement enfermée. Par la faute de l’actuelle équipe municipale de Tours. Qui commet une faute sacrilège, privant notre ville de son statut de véritable capitale culturelle et économique de la vallée de la Loire.

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Souvenez-vous, vous qui avez la gentillesse de me lire ! Chacun d’entre nous a d’un ancien professeur une image, un visage, une histoire en tête.

Ce pouvoir suscité, fécond et durable, est la récompense de la dureté et de l’ingratitude de ce magnifique métier. Alors, cessons de faire des enseignants les boucs émissaires de tous les dysfonctionnements de la société française.

S’ils sont aujourd’hui confrontés à des jeunes particulièrement violents et difficiles à capter, à entraîner, pourquoi leur en attribuer l’entière et intégrale responsabilité ?

N’est-ce pas prioritairement aux familles, au père et (ou) à la mère d’éduquer l’enfant, le jeune, pour le rendre moins « brut de décoffrage » ! Pour l’initier aux droits et devoirs de la vie sociale. Pour que son voisinage ne soit pas l’enfer.

C’est nécessaire de le rappeler à un moment où les professeurs ne se sentent pas assez écoutés, reconnus, représentés, défendus.

Ce n’est pas d’ailleurs tout à fait faux car la réalité des témoignages sur le fonctionnement actuel de l’école est plus qu’édifiante. Totalement alarmante sur les dérives graves de notre société, où se manient comme un refrain permanent et habituel insultes, incivilités, injures racistes et comportements grossiers voire délictuels.

Les Français doivent changer de regard sur le monde enseignant. Etre moins injustes. A charge pour les fonctionnaires de l’Education Nationale en retour, de ne pas instruire de faux-procès.

Personne dans la majorité ou dans l’équipe gouvernementale actuelle ne veut « démanteler », « privatiser » l’Education Nationale. Oui, « l’Education Nationale » ! Que les syndicats veuillent bien reconnaître que dans notre esprit ces deux termes sont sincèrement accolés car ils riment bien sûr avec égalité des chances.

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Prolonger les réformes déjà engagées pour ce qui touche à l’équipement, à l’entretien, à la rénovation des établissements, ne remet absolument pas en cause la compétence de l’Etat pour la délivrance des diplômes, le déroulement des carrières, les principes et le contenu de la pédagogie.

Halte à la désinformation, à la caricature de nos intentions.

Quant aux fonctions sociales et médicales, qui peut prétendre aujourd’hui que l’Etat les assume correctement ? Qui peut sincèrement s’insurger contre la responsabilisation du département en la matière, puisque c’est déjà une de ses compétences pour d’autres catégories sociales ?

Je me souviens du débat parlementaire que nous avions eu sur la nécessité ou non d’une prescription médicale pour la « pilule du lendemain ». L’insuffisance malheureusement constatée de la médecine scolaire nous avait contraints à court-circuiter le corps médical et à s’en remettre au personnel infirmier pour éviter qu’un délai ne complique drastiquement la question. Il est donc urgent de renforcer l’exercice concret de ces responsabilités.

Comment ne pas souhaiter que l’école soit véritablement le pivot ET de la transmission du savoir ET de l’éducation à tous les sens du terme. Qu’elle soit ouverte à de nombreux partenaires publics. Je pense notamment aux secouristes de la Croix Rouge ou du Corps des Sapeurs Pompiers qui pourraient utilement former à leur « science » si précieuse tous les jeunes Français au collège. Sans aucune exception.

C’est un exemple parmi tant d’autres de ce qu’il faudrait développer pour que se scelle une réconciliation définitive entre les Français et leur école, les Français et leurs enseignants.

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La sémantique en politique est très importante. De ce point de vue, le terme de décentralisation ne revêt pas en lui-même de valeur concrète pour nos concitoyens.

Pour susciter ou renforcer leur adhésion, préférons parler de proximité, d’obligation de résultats, de responsabilité, de contrôle de l’action, de souplesse, d’expérimentation. De clarification des compétences .

Jean-Pierre Raffarin a parfaitement raison d’insister sur cette priorité politique, même si elle n’apparaît pas comme telle immédiatement aux Français.

Certains de nos compatriotes se disent que tout pouvoir autre que le leur sera de toute façon lointain, aveugle, coûteux, impuissant. Inapte à comprendre. A diagnostiquer. A traiter. Définitivement étranger à la réforme, à l’action.

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Chacun, à tous les niveaux, doit être véritablement au cur de la mêlée. Là où les difficultés, en s’accumulant, créent la désespérance, l’exaspération. Parfois même la violence.

Ministres, élus du suffrage universel, tous ceux qui prétendent assumer une fonction et une responsabilité, nous devons en permanence témoigner, représenter, décider. La Déclaration des Droits de l’Homme le prévoit en stipulant que « toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune »… Alors ! Au contact ! Non pas à l’abordage, mais à la passerelle pour faire face au gros temps !

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Devoir de dialogue, droit de grève, « droit au bac », tels sont les trois éléments décisifs des heures qui s’annoncent et que va rythmer l’actualité « politique », au sens plus que jamais de vie de la cité, c’est à dire vie de chacun.

Les difficultés et les doutes du métier d’enseignant trouvent ici comme limite les affres du jeune à l’avant-veille du bac, d’un examen, d’un concours, qui attend légitimement d’être étalonné sans retard ni attente et qui ne peut accepter d’être ajourné à cause d’autrui.

Le bon point d’équilibre entre les exigences contradictoires n’est pas facile à obtenir. Ce sera le triomphe du vivre ensemble transcendé et réussi, si chacun y trouve son compte.

Ce sera l’amorce de règlements de comptes, de représailles et d’anathèmes, si tous ont le sentiment « en fin de course » d’avoir perdu.

Faudra-t-il un « sacrifice » pour y parvenir ?

Ce sera peut-être aussi injuste que nécessaire.

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