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Personnes agées

Le drame engendré par la canicule avec son cortège de cercueils abandonnés projette de notre société une image redoutable : celle du progrès économique tournant le dos à la solidarité humaine minimale.

L’individualisme se muant en égoïsme voire même en non-assistance à personne en danger est une réalité insoutenable et pourtant très actuelle. Le dévouement parfois exceptionnel de celles et ceux qui accompagnent les personnes âgées dans les misères de leur vie quotidienne n’est pas en cause. Ni d’ailleurs la capacité du gouvernement à prévoir ou à traiter.

Il est des moments de recueillement national nécessaire, où la provocation politicienne est une forme monstrueuse de blasphème.

Honte à tous ceux qui ont voulu exploiter le cataclysme auquel nous sommes tous confrontés.

Que se taisent celles et ceux qui font figure de vautours.

Mais, par contre, que chacun d’entre nous accepte un exercice de lucidité et de vérité crues.

Nous aimerions que tout fonctionne sans nous. Que tout soit sur automatique. Que tout soit aseptisé. Qu’aucune image de détresse humaine ne vienne « fâcher » notre horizon « peinard ».

Eh bien non !

Ces alignements de cercueils que personne n’entoure en disent long sur l’horreur de la fin de vie de certains de nos anciens.

On parlait des chiens abandonnés l’été, recueillis par la SPA.

Il faut maintenant évoquer la solitude, qui est d’ailleurs plus que cela, des « oubliés » des temps modernes. Les cloisons de nos appartements étroits et parfois trop petits deviennent des murs et des citadelles où chacun s’enferme. Les plus heureux peuvent les quitter pendant l’été. Les autres y restent.

Ils attendent le regard, la chaleur humaine de celles et ceux qui se dévouent au-delà des charges de leur métier.

Beaucoup n’ont aucune assistance. Au terme des vacances de leurs voisins, ils seront retrouvés morts. Abandonnés.

Cette réalité atroce doit nous mobiliser pour trouver les solutions appropriées pour éviter cette apocalypse indigne d’une société soit disant évoluée, riche, civilisée.

Certes, le geste compassionnel d’un Ministre est important. Sonner juste, être à propos, redevenir un être humain sont des nécessités absolues.

Mais ne nous leurrons pas. L’essentiel n’est pas là. On pourra créer des milliers de postes supplémentaires, rénover les maisons de retraite, détecter plus en amont les détresses personnelles ou collectives, si chacun n’y met pas un peu du sien, si nous ne parrainons pas vraiment nos « aînés », le système public malgré le trésor de générosités individuelles ne fera pas face. Et restera débordé.

L’âge doit conférer des droits. Une écoute. Un respect. Des égards.

Sans idéaliser le passé, la réconciliation des générations est un impératif. Avec une vraie proximité, celle de la famille, parfois conflictuelle et électrique, mais fondée sur des liens sacrés.

La politique doit redevenir une morale laïque personnelle
.

Jean-Pierre Raffarin a raison de le rappeler avec la générosité naturelle qui émane de sa personne.

François Hollande a monstrueusement tort d’épingler le gouvernement avec une indécente gourmandise.

Qu’ils soient de droite ou de gauche, qu’ils exercent dans le public ou le privé, les médecins qui se sont exprimés ces jours derniers ont su – eux – sonner juste, c’est à dire nous appeler tout simplement à être meilleurs que nous ne sommes.

Pour tirer les conclusions de ce mois d’août tragique, nous devons faire preuve d’une extrême lucidité. D’une transparence absolue pour que la vérité, la réalité soit sans aucun fard.

Nos concitoyens doutent que nous en soyons capables. Ce sera la première étape d’une nécessaire prise de conscience collective.

Avec ou sans commission d’enquête parlementaire. Mais avec le souci de l’humain auquel nous a appelés le Président de la République.

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