Remise des insignes d'Officier dans l'Ordre des arts et des lettres à Glenn Lowry
Madame la Présidente du Conseil d'administration du musée d'Art moderne de New York
(MOMA), Chère Marie-Josée Kravitz,
Mesdames et Messieurs les Administrateurs du MOMA,
Monsieur le Directeur du MOMA, Cher Glenn Lowry,
Monsieur le Président du Centre Georges Pompidou, Cher Bruno Racine,
Chers Amis du MOMA et du Centre Georges Pompidou,
Mesdames, Messieurs,
C'est un honneur et un plaisir de vous recevoir au Palais-Royal, au ministère de la culture et
de la communication, ce soir, pour cette première rencontre que je souhaite, chers amis,
placer sous le double signe de notre amitié et de notre passion partagée pour l'art de notre
temps.
Le musée d'Art moderne de New York, est sans aucun doute la plus ancienne des plus
grandes institutions dédiées à l'art et aux artistes de toutes les avant-gardes, du XXe siècle
jusqu'à nos jours.
Depuis 1929, le musée d'Art moderne de New York, illustration du dynamisme américain, a
changé totalement d'ampleur et de dimension, à plusieurs reprises. Du petit bâtiment de la
5ème avenue au nouvel édifice occupant presque un bloc entier à l'angle de la 53ème rue,
d'un département unique à sept (dont six sont des départements qui rassemblent des
collections) et d'un programme sans collection permanente à une collection de plus de 150
000 pièces, le musée d'Art moderne a grandi et s'est transformé. Il s'est agrandi et rénové à
sept reprises depuis l'achèvement du premier immeuble, en 1939, jusqu'à sa magnifique
extension, conçue par le grand architecte japonais Yoshio Taniguchi, terminée il y a un an, et
que je me réjouis de découvrir lors de mon déplacement aux Etats-Unis, le 3 novembre
prochain.
Les travaux, qui ont duré cinq ans, ont permis de créer plus d'espace pour l'art contemporain
et exposer les oeuvres, en doublant la surface d'exposition. Vous avez ainsi également
réaffirmé la position du musée comme centre urbain de première importance, un lieu qui a
de profonds liens avec New York. Et vous avez créé un musée plus accueillant pour le
public, à l'occasion du 75ème anniversaire de ce haut lieu de l'art mondial.
Depuis la réouverture, le nombre de visiteurs a, m'a-t-on dit, presque triplé. C'est pour moi un
très bel exemple de l'engouement que suscite l'art contemporain, de l'attractivité de la culture
dans nos sociétés, que nous constatons aussi en France, avec le Centre Georges
Pompidou, qui a placé l'art contemporain et la culture contemporaine au coeur du
rayonnement de notre pays.
L'exposition " Dada ", que vous avez visitée cet après-midi, montre toute la richesse de
l'héritage des mouvements d'avant-garde, qui sont nés ici, au coeur de l'Europe, au moment
où celle-ci dansait sur un volcan, avant de sombrer dans la nuit, puis de renaître, fortifiée
notamment par les liens artistiques et culturels que nous avons tissés de part et d'autre de
l'Atlantique. Cette exposition est d'ailleurs exemplaire de notre partenariat, et je tiens à
remercier particulièrement Anne Umland, conservatrice au département des peintures et
sculptures du MOMA, où vous pourrez voir une version remaniée de cette exposition du 18
juin au 11 novembre prochain, qui a travaillé aux côtés des plus éminents spécialistes, et de
Leah Dickerman, conservatrice associée et responsable de l'art moderne et contemporain de
la National gallery of art de Washington et Laurent Le Bon. Ce premier bilan majeur, nous
avons pu le réaliser grâce à cette collaboration fructueuse entre nos deux pays, entre nos
meilleurs spécialistes, qui nous ont conduits à repenser en profondeur la place du dadaïsme
et l'influence cruciale qu'il a exercée sur des générations d'artistes et de créations. Sans aller
jusqu'à dire, avant Tristan Tzara, que " tout est Dada ", cette exposition nous montre que
l'histoire de l'art moderne et contemporain est encore en train de s'écrire et que nous
l'écrivons ensemble, grâce au dynamisme de nos prestigieuses institutions.
Je suis convaincu que la France et les Etats-Unis ont beaucoup à échanger dans le domaine
de l'art et de la culture. Parce qu'elles ont une commune aspiration à l'universalité. Parce
qu'elles ont aussi, quelque soit la conjoncture internationale, la même conscience, et, j'en
suis certain, le même respect de la diversité culturelle, qui est certainement aujourd'hui, la
valeur universelle la plus partagée et la plus nécessaire.
Les relations entre le MOMA et le Centre Georges Pompidou sont exemplaires de ce
dialogue constant qui pourra, j'en suis certain, s'enrichir grâce notamment, à la " Georges
Pompidou art and culture Foundation ", fondation américaine créée par Mme du Menil à la
création du Centre. Cette fondation, sous l'autorité d'un conseil d'administration renouvelé et
le pilotage d'un directeur ayant la double nationalité, M. Scott Stover, ici présent, nous
permettra de renforcer notre dialogue et nos échanges réciproques. Je pense, par exemple,
aux échanges de conservateurs. Ainsi, M. Didier Ottinger, spécialiste de Max Beckmann, qui
a fait l'objet d'une exposition conjointe il y a deux ans, est parti en septembre dernier, pour
un an au MOMA. Et, un conservateur américain doit séjourner prochainement au Centre.
Il nous faut, je crois, aller au-delà. Si le modèle culturel français implique un plus fort
engagement direct de l'Etat dans nos institutions culturelles, tout en maintenant ce modèle,
je suis convaincu que nous pouvons aussi beaucoup apprendre de l'histoire culturelle, et de
l'ouverture réciproque de l'art et de la société, que vous incarnez et que vous favorisez par
votre mécénat. Nous mettons en oeuvre actuellement en France, certainement la législation
la plus favorable au mécénat en Europe. Et les résultats sont là, notamment pour
l'implication des grandes entreprises et aussi pour l'acquisition de trésors nationaux. Je me
réjouis que nous ayons pu appliquer pour la première fois les dispositions relatives aux
trésors nationaux, à un chef d'oeuvre du XXe siècle, en faisant entrer La Tête en profondeur
de Julio Gonzalès dans les collections du Centre Pompidou.
Et je suis heureux d'annoncer
que la plus grande et la plus belle collection de revues d'avant-garde européenne, qui est
présentée à l'exposition " Dada ", pourra également entrer dans les collections du Centre,
grâce à ces dispositions.
Mais nous avons certainement beaucoup de progrès à faire, notamment en direction du
vivier des petites et moyennes entreprises – un proverbe français dit que " les petits
ruisseaux font les grandes rivières " – mais aussi des particuliers. Et je suis bien sûr à
l'écoute de toutes vos suggestions et de vos analyses sur la façon dont les incitations,
notamment fiscales, au mécénat, peuvent être adaptées aux besoins de développement de
grands musées phares, comme le Centre Georges Pompidou et le MOMA.
Je pense en particulier à un dispositif qui suscite l'admiration et l'envie de Bruno Racine, et
qui s'appelle, je crois, mais vous allez certainement m'en dire plus, le partial and promised
gift.
Par ailleurs, j'attire votre attention sur la programmation du Centre Pompidou de l'an
prochain, qui aura une forte coloration américaine. Je sais les liens qui vous unissent à la
France, et en particulier les vôtres, Madame la Présidente. Et je suis très heureux de saisir
cette occasion pour vous rendre hommage, Monsieur le Directeur, cher Glenn David Lowry.
Vous êtes à la tête du MOMA depuis dix ans. Vous êtes son sixième directeur, vous avez
piloté son extension et son réaménagement, qui est un autre " Big Bang ", selon le nom
qu'Alfred Pacquement a donné à la nouvelle présentation thématique et non plus
chronologique des nouvelles collections du musée d'art moderne. Vous avez donné, grâce à
votre action, à votre vision, à l'impulsion et à l'engagement de votre conseil d'administration
une nouvelle dimension aux collections que vous n'avez cessé de développer, dans le
prolongement de la prestigieuse histoire de votre musée qui, dès les années trente, avait
ouvert au public américain l'avant-garde de l'art européen. L'acquisition des premières
oeuvres remonte à 1929, année de la création du musée, une des toutes premières est la
sculpture Ile-de-France d'Aristide Maillol. Dès 1931, le legs laissé par votre membre
fondateur Lillie P. Bliss, comprenait le Baigneur, Pains et Rochers et La Nature morte aux
pommes de Paul Cézanne, ainsi que La lune et la terre de Paul Gauguin.
Pendant, et juste
après la seconde guerre mondiale arrivent Les Demoiselles d'Avignon de Pablo Picasso – et
je suis très heureux de saluer Diana, qui vient de publier un très beau livre sur l'érotisme de
l'oeuvre de son grand-père, mais aussi La Fenêtre de Henri Matisse, La Nuit étoilée de
Vincent Van Gogh et Broadway Boogie de Piet Mondrian.
Vous avez fait évoluer les collections, sous l'autorité de votre conseil d'administration, en
faisant émerger les nouvelles générations d'oeuvres et d'artistes. En 1995, vous avez acquis,
par exemple, la célèbre série de quinze oeuvres de Gerhard Richter, 18 octobre 1977, qui
évoque la violence du terrorisme des années soixante. En 2003, vous avez acquis Le
Plongeur de Jasper Johns. Et vous n'avez cessé d'élargir vos collections aux oeuvres très
contemporaines, grâce notamment à la collaboration et la fusion tout à fait exemplaires que
vous avez initiées avec le Centre d'art contemporain PS1.
Vous avez ainsi profondément renouvelé la réflexion et l'action muséographiques.
Vous êtes francophile. Votre mère est française, et vous n'avez cessé de travailler avec les
musées français, en particulier le musée Picasso et le musée national d'art moderne.
Vous êtes spécialiste d'art islamique et du Proche Orient, et vous êtes bien sûr une
référence mondiale dans le domaine de l'art moderne et contemporain, où vous avez su
croiser les apports de toutes les disciplines, de toutes les époques et de toutes les régions
du monde. Vous avez contribué à créer au sein même de votre musée un véritable dialogue
entre les artistes et les oeuvres depuis le début du XXe siècle, jusqu'à aujourd'hui. En cela,
vous avez contribué à renouveler votre approche de l'art moderne, riche de tous les récits,
de toutes les idées, de tous les projets qu'il précipite au sens presque chimique du terme. En
renouvelant votre musée, en créant de nouveaux espaces, vous nous montrez à quel point,
l'art moderne et contemporain interroge notre regard sur nous-mêmes et sur les oeuvres, en
donnant de nouveaux échos aux interrogations des hommes, en repoussant toujours plus
loin les limites de notre regard, en éclipsant ou en modifiant nos perceptions des distances.
Je pense à notre distance par rapport aux images, dont nous sommes entourés, je pense à
Diderot, qui posait déjà, face à La Raie Dépouillée de Chardin, la question de la distance : "
Approchez-vous, tout se brouille, s'aplatit et disparaît. Eloignez-vous, tout se crée et se
reproduit ". Je pense à la distance qui nous réunit, plus qu'elle nous sépare, de part et
d'autre de l'Atlantique, et vous êtes, assurément, cher Glenn Lowry, avec nos amis qui nous
entourent ce soir, l'un des meilleurs artisans de ce rapprochement.
Cher Glenn Lowry, au nom de la République, nous vous faisons Officier dans l'Ordre des
Arts et des Lettres.
