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Installation du comité de pilotage de la bibliothèque numérique européenne

Monsieur le Ministre, Cher collègue, Cher François,

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président de la Bibliothèque nationale de
France, cher Jean-Noël Jeanneney,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux d’installer ce matin le comité de pilotage de la
Bibliothèque numérique européenne et d’en saluer les membres.

Vous le savez, le Président de la République a placé parmi les priorités du
gouvernement le grand projet numérique.

La numérisation du patrimoine culturel européen et sa mise à disposition
accélérée et élargie sur Internet est sans conteste l’un des grands enjeux de
ce siècle. La promesse – digne des fictions de Borgès – a frappé les esprits :
mettre à la disposition de chacun « Tous les savoirs du monde », pour
reprendre le thème de la première exposition présentée par la nouvelle
Bibliothèque nationale de France à l’occasion de l’ouverture au public de son
nouveau bâtiment, qu’on appelait alors « Tolbiac », et qui récapitulait la longue
histoire des encyclopédies et des bibliothèques, de Sumer à nos jours.

Oui, tous les savoirs du monde, tout de suite ! Telle paraissait être l’utopie,
l’annonce faites au monde, par Google.

Utopie technologique, d’abord. Pas plus que Raymond Lulle n’a pu résoudre
tous les mystères de la Création, grâce à la machine qu’il conçut à la fin du
13ème siècle, pas plus que d’autres utopies qui se sont succédé tout au long
de l’histoire, pas plus que la bibliothèque Alexandrine, la proposition de Google
ne pourra donner réalité aux rêves, toujours inachevés, des tentatives de
totalisation du savoir qui l’ont précédée.

Utopie culturelle, ensuite. Car la technologie n’est pas, comme je l’ai écrit, la fin
de l’histoire ! Mais le début, le commencement, d’un « dialogue sans fin », pour
reprendre les propos de Borgès, qui poursuit, à propos du livre, mais il me
semble que nos réflexions peuvent s’en inspirer : « il est impossible d’épuiser
la littérature pour la simple raison qu’un seul livre ne peut l’être. Le livre n’est
pas une entité isolée, il est une relation, il est l’axe d’innombrables relations ».

Je sais gré au Président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, de nous avoir très
tôt alerté sur les enjeux de ce débat et de l’avoir porté sur la place publique
pour le clarifier.

Oui, je vous remercie, d’avoir su présenter la synthèse de ces enjeux et d’avoir
posé les bonnes questions. S’il faut poursuivre notre analyse, faire progresser
ensemble notre réflexion commune, je compte beaucoup sur la contribution de
chacune et de chacun d’entre vous et sur l’ouverture de vos travaux à tous ceux
qui pourront y apporter une contribution utile : le temps de l’action est
maintenant venu.

Oui, il est temps d’apporter des réponses ensemble, et de satisfaire les attentes
considérables de nos concitoyens à l’égard des projets de numérisation.

C’est
ce que le Président de la République a souhaité dès le mois de mars. Il a
marqué combien il revient à la France d’occuper un rôle moteur. Car elle
possède des atouts incontestables : un patrimoine culturel très riche, une
recherche universitaire de premier plan, une tradition de valorisation du
patrimoine fortement enracinée, des industriels innovants et dynamiques, un
savoir-faire reconnu en matière de recherche et de développement.

Comme l’a déclaré le Président de la République aux participants aux
Rencontres pour l’Europe de la culture les 2 et 3 mai derniers, la France et
l’Europe doivent trouver toute leur place dans la géographie des
connaissances, dans ce grand mouvement de numérisation des savoirs que
nous connaissons aujourd’hui et qui semble s’accélérer. Il s’agit d’un enjeu
fondamental pour la diffusion des connaissances, et le respect du principe
essentiel de diversité culturelle.

C’est pourquoi j’ai souhaité, pour mettre en oeuvre l’ambition et l’initiative du
Président de la République, la création de ce comité de pilotage. Le temps des
débats est terminé. Place aux actes.

Je vous remercie d’avoir accepté d’en faire partie et de réunir vos talents et vos
compétences. Je suis très sensible à la présence à mes côtés du ministre
chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui a naturellement un
rôle essentiel à jouer, avec les hauts fonctionnaires des ministères de la culture
et de la communication, des affaires européennes, de l’économie, de la finance
et de l’industrie, et les présidents des institutions publiques. Je tenais
également à la participation à nos travaux des grands professionnels de
l’édition, de la technologie et de l’industrie. Je compte sur votre concours pour
tracer les voies de la mise en oeuvre de cette nouvelle bibliothèque numérique
européenne. Je souhaite qu’un livre blanc synthétisant vos propositions
opérationnelles me soit remis dès l’automne. Et après cette installation, je vous
donne rendez-vous dès le 30 août prochain, pour votre première séance de
travail.

Nous y reviendrons tout à l’heure, mais vous pouvez compter sur le concours
de mes services pour vous apporter toute l’aide dont vous aurez besoin.

Dans
un souci d’efficacité et pour vous permettre d’organiser toutes les auditions qui
vous paraîtront nécessaires, je souhaite, si vous en êtes d’accord, que vous
soyez dotés d’un secrétariat permanent.

Si vous me permettez ce parallèle, je compare l’enjeu actuel en matière de la
numérisation à celui du GPS. Vous le savez, l’Europe se dote actuellement
avec Galileo de son propre système autonome de positionnement par satellite.

Eh bien, il dépend de nous qu’en matière de numérisation et de moteurs de
recherches nous nous inspirions de cet exemple. L’ampleur de l’enjeu nécessite
la collaboration de toutes les forces disponibles, qu’elles viennent du secteur
public ou du secteur privé.

J’ai consulté nos partenaires européens. Ils sont prêts à s’engager dans cette
voie avec nous. J’ai reçu l’accord formel des ministres de la culture de Pologne, de Hongrie, d’Espagne, d’Italie et d’Allemagne. Lors des rencontres pour
l’Europe de la culture, les 2 et 3 mai derniers, cette démarche a reçu le soutien
du président de la Commission européenne, M. Barroso, et du président de
l’Union alors en exercice, M. Juncker.

Aux initiatives pionnières, mais éparses, de numérisation réalisées ces
dernières années, peut désormais succéder un grand projet européen
associant les Etats.

Sur ce point, soyons clairs. Il ne s’agit pas d’un projet concurrent de Google, ni
d’une contre-offensive. Mais d’un projet complémentaire, au nom de la diversité
culturelle. C’est un beau défi que nous allons relever ensemble.

Nous possédons de formidables atouts pour réussir cette entreprise. Le projet
de portail culturel numérique européen Michael – associant par leurs collections
numérisées Français, Italiens et Anglais – illustre déjà notre capacité à travailler
ensemble.

Aujourd’hui, le numérique, les réseaux, sont devenus les principaux vecteurs de
diffusion de la culture. Internet est un espace de choix pour l’expression de la
diversité culturelle. Les oeuvres européennes comme leurs créateurs méritent
d’y tenir une place pleine et entière. Dans le droit fil des Rencontres pour
l’Europe la culture, nous avançons. Votre rôle est décisif.

Le décret qui établit votre comité lui confie une mission volontairement large. Il
importe en effet que le comité ait une vraie marge de manoeuvre et d’initiative
dans ses propositions.

La question du public auquel cette bibliothèque s’adressera devrait être à mon
sens au centre de notre réflexion. Devons-nous nous adresser au grand public,
dans son acception la plus large ? Devons-nous plutôt répondre à la demande
d’un public de chercheurs et d’enseignants ? Devons nous viser une voie
intermédiaire ou mixte, celle d’un public motivé, d’ « honnêtes hommes » de
l’ère des lumières numériques, en quête, dans le maquis de la Toile, d’oeuvres,
connues et moins connues, de la culture française et européenne ?

Il faudra évidemment aussi que nous réfléchissions au champ du « patrimoine
culturel » concerné par cette entreprise, c’est à dire aux corpus qui doivent être
numérisés, dans le respect des règles applicables en matière de propriété
littéraire et artistique. Votre comité devra aussi faire des propositions sur les
solutions techniques à retenir, afin de garantir un projet pérenne de qualité,
pour des coûts réalistes.

Je voudrais à ce stade insister sur deux points :

â–º D’abord, je considère que ce comité doit proposer un projet à géométrie
variable, c’est à dire comprenant différentes options, analysées et commentées,
dont le choix sera laissé à l’appréciation du Gouvernement et du chef de l’Etat,
puis de nos partenaires européens ; en effet, ces options devront être mises en
oeuvre, ensemble ou séparément, selon un calendrier et des moyens définis en
concertation avec les partenaires européens de la France.

â–º Ensuite, je pense qu’il importe que le comité propose un modèle
économique viable et diversifié, c’est à dire un projet qui ne repose pas
uniquement sur des fonds publics, français et européens, mais explore toutes
les pistes de partenariat possible entre le secteur public et le secteur privé.

Nous devons élaborer un projet culturel et scientifique, mais aussi un projet
économique et industriel.

Quelques mots pour terminer sur la méthode de travail et sur le calendrier.

Afin de parvenir rapidement à des propositions concrètes, il nous appartient de
définir sans plus tarder les méthodes et le calendrier de nos travaux.

A ce stade, j’ai demandé à la direction du livre et de la lecture d’assurer le suivi
des travaux du comité. Comme le décret le prévoit, j’assumerai
personnellement sa présidence. En cas d’empêchement de ma part, c’est le
président de la BnF, Jean-Noël Jeanneney, qui animera les débats.

Avant de vous laisser la parole pour un premier tour de table, je voudrais
conclure en vous remerciant très vivement, d’avoir accepté de participer à ce
comité.

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