Remise des insignes de Chevalier dans l'ordre des Arts et Lettres à Philippe Zdar, à Dimitri from Paris, à Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin
Chers amis,
Je suis très heureux de vous accueillir ici à une heure tout à fait inhabituelle
pour une cérémonie de remise de décoration, qui a d’ordinaire lieu plutôt en fin
d’après-midi qu’en tout début de soirée. Toutes les musiques, et en particulier
les musiques actuelles, ont, vous le savez, droit de cité rue de Valois.
Certains
d’entre vous sont déjà venus, le 15 septembre dernier. Je crois que vous avez
aimé l’atmosphère de cette soirée. Je vous avais prévenu que cette première
aurait une suite et que ce monument historique, emblématique de notre
patrimoine, vous serait ouvert à nouveau.
J’ai voulu ce soir rendre hommage aux meilleurs talents de la French touch, à
leurs succès. Ils les ont conquis à la force de leurs créations, de leur élégance,
et de leur esthétique. Tous les quatre, vous incarnez, par vos oeuvres, non
seulement le partage du plaisir et de l’émotion, qui marquera l’ambiance de ce
soir, mais aussi la diffusion de la diversité culturelle et le rayonnement de la
France dans le monde entier.
L’ordre des Arts et Lettres est destiné à récompenser les personnes qui se
sont distinguées par leurs créations dans les domaines artistiques et culturels
et par leur contribution au rayonnement des arts et des lettres en France et
dans le monde.
Voilà pourquoi j’ai tenu à vous distinguer ensemble aujourd’hui.
Cher Philippe Zdar,
Très jeune, vous vous essayez à la batterie tout en arpentant quotidiennement les couloirs
des studios d’enregistrement. Assistant au sein des célèbres studios parisiens Plus trente,
vous faites la connaissance de votre futur associé de Cassius, de votre alter ego, Hubert
Blanc-Francard avec qui vous allez faire vos première armes. Dès 1991, vous collaborez
notamment avec MC Solaar pour ses premiers disques, Etienne Daho, Vanessa Paradis
Phoenix et beaucoup d’autres…
Producteur et remixeur oeuvrant dans l’ombre des studios, votre duo s’oriente rapidement
vers le hip hop avec le maxi Tribulations sensorielles paru sous le nom de la Funk mob et
votre participation aux compilations Source Lab.
S'ensuivent des remixes remarqués où votre brio de jeune musicien se conjugue
parfaitement aux talents des plus grands artistes internationaux comme Björk, Depeche
Mode ou encore Neneh Cherry.
En 1995, la funk prend alors l’allure, minimaliste et noctambule de la house avec votre album
Pansoul, sous le nom de motorbass avec Etienne de Crécy, il crée l’évènement house de
l’année. C’était, il y dix ans, la naissance de la French touch.
Cassius, avec votre complice devenu Boom Bass, va faire de vous l’une des figures clé de la
scène électronique française et internationale.
Le premier album de Cassius en 1999 étincèle, avec son hip-hop festif aux sonorités soul et
électronique, à la fois sensuelle et frénétique, impossible à écouter sans se mettre à danser.
Résultat de dix années passées d’écoute, des rythmes hip-hop jusqu'aux grosses
productions house, cet album s'est s'imposé comme un classique du genre.
A la rentrée 2002, votre duo avec Hubert Blanc Franquart est de retour avec un second opus
Au Rêve. Ce nouvel album exaltant et magnétique est sollicité comme le premier par les
noctambules du monde entier.
Pionnier de la house française, précurseur dans l’art de marier les sonorités les plus actuelles
aux classiques du genre, vous avez toujours su vous préserver, préférant éviter de « jouer les
héros » selon votre propre expression.
En marge des médias, vous avez pris toute votre place sur la scène électronique française,
une scène dont je suis très fier aujourd’hui, et dont vous êtes l’un des plus brillants artisans.
C’est à votre dynamisme, à votre passion, et à votre talent de créateur, que je suis heureux
de rendre hommage ce soir.
Philippe Zdar, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l’ordre des Arts et
des Lettres.
Cher Dimitri from Paris,
Avec vous, nous continuons à nous élever, dans la fluidité la plus aérienne. Vous incarnez
l’élégance française, le rayonnement d’un style.
Figure de proue de la scène électronique française, vous êtes l’un des DJs les plus demandés
sur les plus grands et les plus sélects des dance-floors. Et pas seulement parce que vous avez la
réputation d’être le DJ le mieux habillé du monde !
Votre musique, empreinte tant des années 50 que du disco des années 70, est une vraie
référence internationale. Il est vrai que vous êtes polyglotte.
Né en Turquie de parents grecs, vous grandissez en France et votre famille fut le lieu privilégié
de votre première éducation musicale. Votre mère berce votre enfance de variétés et de
classiques américains, de Frank Sinatra à Miles Davis.
Très attaché aux années 50 tant sur le plan musical que cinématographique, vous avez très
rapidement cherché votre inspiration dans les années disco et le hip hop américain.
Vous faites partie de cette génération d’artistes qui a su forger sa propre culture musicale en
s’inspirant de l’air du temps, des séries cultes comme Chapeau melon et bottes de cuir, en
passant par des bandes originales de films de Blake Edwards, comme Breakfeast at Tiffany's ou
The Party.
Vous découvrez le DJing [di djé ing] chez vous avec les moyens du bord, remixant, en
coupant/collant des extraits de bandes de tubes disco que vous enregistrez à la radio.
Puis vous débutez en 1986 sur une radio FM française, Skyrock, en commençant à mixer du funk
avec une musique plus électronique et fraîchement arrivée en France, la House. Sur NRJ, à
partir de 1987, vous animez la première émission consacrée à la house en France.
C’est le portier du Sound Factory bar, club mythique new yorkais qui vous baptisera Dimitri From
Paris, vous êtes désormais l’emblème musical d’une capitale.
Puis, c’est auprès des plus grands artistes de la scène internationale, comme Björk, Quincy
Jones et Brand New Heavies que votre nom de scène prend toute sa valeur.
A partir de 1990, vous associez votre créativité aux noms les plus prestigieux du patrimoine et de
l’image de la mode française : Chanel, Jean-Paul Gaultier et Yves Saint Laurent.
C'est en 1996, avec la sortie de votre premier album, que vous allez conquérir votre réputation
internationale. Classé dans le top 10 des « meilleurs albums de l’année », « Sacrebleu » se vend
à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires dans le monde entier, notamment au Japon, en
Angleterre et aux Etats Unis, qui furent les premiers pays à miser sur votre talent. « Sacré
Français », premier titre léger et enivrant, invite les jeunes dandys du monde entier à venir
danser autour d’une piscine de la côte d’Azur plutôt que dans les clubs branchés Londoniens.
De Tokyo à New York, Londres et Paris, Les clubs les plus réputés, vous célèbrent et veulent
danser sur votre musique, fusion nonchalante de groove house, de disco funk, et d’easy listening
à la française.
En 2000 vous imaginez à quoi ressemble les gigantesques fêtes organisées par Hugh Heffner et
vous composez plusieurs compilations de tubes aux influences soul, disco et house : les
fameuses « A night at the Playboy Mansion » et « Disco Forever » qui remportent un immense
succès.
Vos atmosphères font mouche. C’est ensuite « After the Playboy Mansion » en 2002, hymne
house, sensuel de classique soul et disco. Enfin c’est « Cruising attitude », votre dernier opus qui
est publié en 2003 d’abord au Japon, c’est tout de suite un succès Un nouvel album intimiste et
intemporel.
Dimitri Yerasimos, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l’ordre des Arts et
des Lettres.
Cher Jean-Benoît Dunckel,
Cher Nicolas Godin,
Vous avez créé le groupe « AIR » il y a dix ans. Très vite, votre respect de la forme, votre amour
du son et de la mélodie, votre grâce aérienne presque irréelle, ont fait le tour du monde. Vous
avez vendu plusieurs millions de disques aux quatre coins de la planète.
Parce que vous avez su
définir un style unique que l’on retrouve dans tous vos albums, vos créations musicales et vos
concerts.
Votre succès n’est évidemment pas le fruit du hasard, mais d’une belle histoire que vous avez
vécue ensemble.
Vous vous êtes connus très jeunes, dans les années 80, sur les bancs du Lycée Jules Ferry à
Versailles. Avec Alex GOFER et Etienne de CRECY, vous formez le collectif « Orange », vous
donnez plusieurs concerts et enregistrez plusieurs titres. Vous présentez quelques démos aux
maisons de disque, mais votre cassette ne trouve aucun acquéreur.
Nicolas, vous vous lancez alors dans des études d’architecture et en 1995 vous présentez à
Virgin music « Modulor », un titre instrumental pour la compilation « Source Lab », qui est un
hommage à Le Corbusier.
Il ressortira en 1996 sur le célèbre label anglais de James Lavelle Mo Wax avant de passer sur
la BBC qui l’intègre à sa programmation.
Jean Benoit, vous passez de votre côté de nombreuses années au conservatoire de Versailles,
où vous suivez une solide formation classique, avant de retrouver votre ami du lycée Jules Ferry
et de vous lancer avec lui dans l’aventure de AIR.
En juillet 1996, vous proposez « Casanova 70 », un titre très influencé par la variété des années
Polnareff, revisitée par la musique électronique.
Puis, en janvier 1998, vient la publication du premier album, « Moon Safari », essentiellement
instrumental.
Vos compositions sont fulgurantes et lumineuses ; vos pistes instrumentales sont très travaillées ;
les couleurs sont excellemment dans tout leur éclat.
Cet album diffusé dans quarante pays obtint tout de suite un succès considérable, d’abord en
Grande Bretagne, où vous avez été propulsés immédiatement dans la célèbre émission « Top of
the Pops », ensuite aux Etats-Unis, où des foules d’Américains extatiques sont galvanisés par
ces artistes français tout de blanc vêtus, au cours d’une série triomphale de concerts, en octobre
1998. Les Victoires de la Musique vous récompensent à la Cigale en 1999.
Sofia Coppola vous demande de composer la bande-son originale de son premier long métrage,
Virgin Suicides , cette bande originale est un immense succès.
Vous créez votre propre label « Record makers » en 2000, pour y signer vos coups de coeur, de
l’électro, du hip hop et de la chanson française.
En 2001, votre deuxième album « 10.000 herz Legend », nous éblouit par l’intelligence des
mariages sonores, la finesse des arrangements, et votre façon unique de ciseler un héritage
psychédélique, disco, folk, rock, puisées dans vos souvenirs d’enfance et dans l’histoire musicale
des quarante dernières années.
En 2003, « City reading » illustre les textes de l’écrivain italien, Alessandro BARRICO.
En mai, la même année, vous créez la musique du ballet « Near life experience » du
chorégraphe Angelin PRELJOCAJ.
Au début de l’année 2004, votre 3ème album, « Talkie Walkie » prend une nouvelle portée,
véritablement universelle, d’une clarté inouïe.
Vous écrivez le si célèbre titre « Alone in Kyoto » pour le 2ème film de Sofia Coppola, le
magnifique « Lost in translation », dont vous réalisez la bande originale.
Vous ne cessez de franchir de nouvelles étapes, toujours plus haut, vers de nouvelles échappées
vibratoires et magnétiques. Vous êtes le plus lumineux des sculpteurs de son.
Jean-Benoît DUNCKEL, au nom de la République, je vous fais chevalier dans l’Ordre des Arts et
des Lettres.
Nicolas GODIN, au nom de la République, je vous fais chevalier dans l’Ordre des Arts et des
Lettres.
