Présentation du Temps des Arts de la Rue à Marseille
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux et très fier de venir à Marseille pour
lancer le « Temps des Arts de la rue ». Marseille, ce sont
plus de vingt-six siècles d’histoire, vingt-six siècles de
rencontres, d’échanges, de liberté, vingt-six siècles de
culture.
Durant cette longue histoire, et dès ses origines, le
spectacle vivant, s’est produit en plein air et en plein jour.
Et, tout en s’installant dans des lieux fixes, il a continué,
sous ses formes populaires, à investir les places et les
rues. Des cortèges Bachiques à la Commedia dell’ Arte,
des mystères médiévaux aux bateleurs de l’époque
moderne, la tradition ambulante du spectacle et sa
familiarité avec l’espace urbain, ne se sont jamais
démenties.
Depuis plus de vingt ans, ce mouvement artistique
foisonnant des arts de la rue, a réinvesti l’espace public,
en connaissant un formidable développement qui s’est
accéléré et a été fortement soutenu par l’Etat : c’est en
1994 que le premier plan en faveur des arts de la rue a été
décidé par Jacques Toubon.
Les arts de la rue ont fait de l’agora un espace de jeu et
d’enjeu. Nourris des traditions ancestrales, comme les
spectacles forains et de prouesse, dont ils perpétuent
l’esprit de convivialité et de proximité avec le public, ils
ont renouvelé les codes et les langages. Ils ont inventé de
nouvelles démarches d’écriture artistique, traversant
plusieurs disciplines, depuis les multiples formes
d’expression du théâtre, avec ou sans texte, jusqu’aux arts
plastiques, la musique, l’opéra, la danse, et le multimédia.
Ils ont ainsi proposé au public une relation originale et
dynamique à l’art et au monde.
Je sais que l’épanouissement de la diversité créatrice des Arts
de la rue n’est possible que parce qu’il existe un régime
d’assurance chômage spécifique aux artistes et aux
techniciens, qui prend en compte les discontinuités de leurs
métiers, plus marquées encore pour les Arts de la rue que pour
toutes les autres formes d’expression artistique.
Vous le savez, j’ai déployé, depuis ma prise de fonctions, tous mes efforts,
pour garantir durablement la spécificité de ce régime pour les artistes et les
techniciens.
C’est dans cette perspective que nous allons construire un système
pérenne, qui permette aux artistes et aux techniciens de trouver
durablement les meilleures conditions d’expression de leurs talents et
d’exercice de leur métier. Un système où l’assurance chômage joue
véritablement le rôle qui est le sien, au sein de la solidarité
interprofessionnelle.
Dans l’immédiat, vous le savez, l’Etat a pris toutes ses responsabilités pour
permettre qu’il n’y ait pas d’exclus et que les conditions de mise en oeuvre du
protocole de 2003 ne créent pas d’injustices : je pense en particulier aux 507
heures en 12 mois, aux maladies, à la maternité et à la prise en compte des
besoins de formation.
Dès ma prise de fonctions, et pour l’avenir, j’ai tenu à mettre en oeuvre une
politique de l’emploi ambitieuse. C’est cette politique de l’emploi qui créera les
conditions d’une bonne renégociation, qui doit intervenir dès que possible, car
2005 sera, vous le savez, l’année de la renégociation de la convention globale
d’assurance chômage. Je suis garant de ce que cette renégociation préserve
durablement la spécificité du régime.
Aujourd’hui, à Marseille et en France, les arts de la rue acquièrent
pleinement droit de cité parce qu’ils ont connu, grâce à la créativité et
aux talents des équipes artistiques, grâce à l’investissement de l’Etat et
des collectivités territoriales, un extraordinaire développement. L’essor
des festivals, le nombre croissant de compagnies et la naissance des
lieux de fabrique qui accueillent des artistes pendant les phases de
production, prouvent que les arts de la rue sont actifs en tous lieux :
dans les métropoles comme Marseille, mais aussi dans des villes de
taille plus modeste, dans leurs périphéries et, de plus en plus, dans le
monde rural.
Les arts de la rue, partout où ils sont présents, comme dans cette cité
phocéenne rayonnante, participent au rayonnement des territoires. Ils
participent aussi au rayonnement de la France, en Europe et dans le
monde.
Un Français sur trois assiste chaque année à un spectacle de rue. Plus
de deux cents spectacles de rue sont créés chaque année. Et près de
900 compagnies de rue sont actuellement recensées. Votre présence,
très forte cet après-midi, montre que cette vitalité extraordinaire n’est
pas près de s’éteindre.
Les arts de la rue sont au coeur de la triple ambition pour le spectacle
vivant que j’ai présentée, au nom du Gouvernement, à l’Assemblée
nationale, le 9 décembre dernier, et au Sénat hier, en présence
notamment du Sénateur – Maire de Marseille :
– replacer les artistes au coeur de la cité,
– élargir les publics et toucher de nouvelles populations en dépassant les
clivages culturels et sociaux,
– transformer la perception de l’art en favorisant le décloisonnement entre
les disciplines.
Cette triple ambition, je le sais, vous la partagez, et vous la transformez
en réalité quotidienne.
C’est pour toutes ces raisons de fond et pour franchir un nouveau cap,
afin de construire avec vous de nouvelles perspectives, que j’ai décidé
de lancer le « Temps des arts de la rue ».
Vous trouverez, dans le dossier de presse qui a été préparé par mes
services, l’essentiel de mes propositions et les dix actions que j’ai
décidé de mettre en oeuvre pour décliner cette politique. Je veux
simplement vous présenter maintenant l’esprit et les priorités de ce
plan, qui engage l’Etat.
J’ai tenu à ce que ce « Temps » soit un temps fort, un temps long. C’est
pourquoi je n’ai pas voulu d’une « année » des arts de la rue qui cèderait
ensuite la place à une autre année, et ainsi de suite. Il ne s’agit pas de
virevolter autour d’un « coup médiatique », mais d’inscrire résolument
l’intervention publique et le développement des arts de la rue dans la
durée.
C’est dans cette durée, dans ce temps long qui permet de prolonger et
de répéter le moment, par nature éphémère, de la rencontre, que j’ai tenu
à mobiliser l’ensemble des services du ministère, au niveau central,
mais aussi dans les Régions. J’ai ainsi tenu à impliquer les Directions
régionales des affaires culturelles, car je souhaite une politique souple,
respectueuse de la réalité des territoires.
C’est dans ce temps long, que nous consoliderons six lieux de
fabrication, en les transformant en centres nationaux de production afin
qu’ils fortifient, mieux encore, les liens entre les équipes de création, les
territoires et les populations. « Lieux Publics », qui joue ce rôle depuis
plus de dix ans à Marseille et qui nous accueille aujourd’hui, sera
naturellement conforté dans ses moyens et dans ses actions.
Nous consoliderons une trentaine de lieux animés par les compagnies :
ports d’attache ou terres d’asile, ces lieux de fabrique et de résidence
forment aujourd’hui des îlots absolument nécessaires aux créateurs de
la rue. Et nous nous attacherons à ce que les équipes indépendantes,
les compagnies sans feu ni lieu, soient aussi accompagnées depuis leur
naissance jusqu’à leur développement, stabilisé notamment par un
conventionnement pluriannuel.
Enfin, c’est dans ce temps long, dans cette construction dans la durée,
que se situe ce projet ambitieux, novateur, unique, la Cité des arts de la
rue, dont les premières pierres seront posées cet automne à Marseille,
dans cet immense espace de 36 000 m² dont 11 000 m² de bâti. Cette Cité
renforcera le rôle de Marseille comme capitale des arts de la rue, au
rayonnement national, européen et international.
Ce temps long sera donc un temps d’action, car nous devons inscrire
dans la durée l’engagement de l’Etat et celui des collectivités
territoriales pour mener à bien toutes les actions qui sont présentées
dans le dossier qui vous a été remis.
Je tiens beaucoup à ce partenariat, essentiel au développement des arts
de la rue. Le droit de cité qui leur est aujourd’hui reconnu, implique une
relation étroite avec les communes, les départements et les régions, tout
au long de l’année, et pas seulement pendant les festivals de l’été.
L’Etat, pour sa part, assumera son engagement et ses responsabilités
dans la durée. Comme l’action budgétaire s’inscrit pour sa part, dans un
cadre annuel, je tiens à vous annoncer, que cette année, en plus des 6,5
millions d’euros déjà affectés à votre secteur, ce sont 2 millions d’euros
supplémentaires qui seront consacrés par l’Etat à ses actions en faveur
des arts de la rue.
Ce temps d’action, sera aussi, naturellement, un temps d’échanges et de
dialogue.
Je tiens ici à rendre hommage à l’action de la Fédération des arts de la
rue qui rassemble les professionnels dans leur diversité : artistes,
directeurs de compagnie, organisateurs et programmateurs de festivals,
responsables de lieux de fabrication, techniciens, amateurs passionnés.
Ils oeuvrent ensemble pour que les arts de la rue bénéficient d’une
reconnaissance professionnelle et artistique dans le domaine de l’art
contemporain et du spectacle vivant et qu’ils disposent, de la part des
pouvoirs publics, des moyens nécessaires à leur développement.
Ce « Temps des arts de la rue » est un temps de mobilisation collective.
Et j’ai besoin de vous, comme j’ai besoin des collectivités territoriales.
Vous pouvez compter sur moi pour développer les efforts de diffusion.
Afin de favoriser les tournées et d’inscrire les spectacles de rue dans les
programmation des scènes généralistes de réseaux d’action culturelle,
j’ai demandé à l’Office national de diffusion artistique de mettre en place
un dispositif d’accompagnement spécifique : votre réunion
d’aujourd’hui et de demain prouve qu’il est déjà en oeuvre.
Ce temps d’échanges sera aussi un temps de formation. Aucun système
de formation structuré dans la durée n’avait été jusqu’à présent mis en
place dans ce secteur où l’apprentissage se poursuit tout au long de la
vie. Les Arts de la rue sont jeunes, certes. On les a qualifié d’émergents.
Mais je sais, qu’après plus de vingt ans de pratique, certains d’entre
vous se sentent responsables de transmettre.
Vous me trouverez donc à côté de vous, pour vous soutenir, dans cet
effort de formation. Et je tiens à rendre ici hommage à Michel Crespin,
créateur – entre autres, car son action en faveur des arts de la rue a été,
et est encore, inestimable – de la formation avancée et itinérante des
Arts de la rue, la « FAI- AR », placée sous la responsabilité de
Dominique Trichet. Elle s’installera non loin d’ici, au sein de la Cité des
arts de la rue, et elle accueillera dès cette année sa première promotion.
Le temps de l’échange, c’est enfin, conformément à votre vocation
profonde, le temps de l’ouverture, non seulement sur la cité, mais aussi,
au-delà, sur l’Europe et sur le monde.
La France, par son histoire et sa vitalité, est aujourd’hui un pays de
référence, pour les Arts de la rue. En 2005, 23 projets de 20 compagnies
seront présentés avec l’appui de l’Association française d’action
artistique de Belgique en Hongrie, des Pays-Bas au Mexique en passant
par le Maroc, la Slovénie, le Burkina Faso ou l’Australie.
Je m’engage donc à favoriser vos échanges et vos réseaux de
production et d’information internationaux. Et pour donner l’exemple,
pour soutenir ce rayonnement et illustrer la relance de la commande
publique, j’ai décidé que les Rencontres européennes de la culture, qui
se tiendront les 2 et 3 mai prochains à Paris, et qui réuniront des
intellectuels et des artistes de l’Europe entière, associeront les arts de la
rue.
Aujourd’hui, je suis fier de voir s’accroître la connaissance et la
reconnaissance des arts de la rue. Je veux saluer le travail du centre de
ressources « Horslesmurs » qui contribue à structurer l’information sur
la vie mouvante de la rue.
Et je veux remercier deux personnalités qui, comme président et
président d’honneur d’un comité de pilotage en cours de constitution,
assureront le suivi des actions prévues et en prépareront de nouvelles :
Yves Deschamps, d’abord, qui fut inspecteur général du théâtre et un
ardent constructeur de la politique de l’État en faveur des arts de la rue ;
Jacques Higelin, ensuite, un grand artiste qui prouve, s’il en est encore
besoin, que les arts de la rue sont le symbole du décloisonnement
artistique.
Faisons, ensemble, de ce temps d’action, un temps créatif, un temps de
partage et de convivialité. Un temps qui contribue à donner du sens à
nos existences, à nos espaces de vie, avec toute l’énergie et toute la
liberté dont vous faites preuve chaque jour.
Je vous remercie.
