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Signature de l'acceptation de la donation du site de l'Abbaye de Port-Royal-des-Champs faite à l'Etat par la Société de Port-Royal

Madame le député (Mme Valérie Pecresse),

Monsieur le Président du Conseil régional (M. Jean-Paul Huchon),

Monsieur le Président du Conseil général (M. Franck Borotra),

Monsieur le Président de la Communauté d’Agglomération (M. Robert Cadalbert),

Monsieur le Maire de Magny-les-Hameaux (M. Jacques Lollioz),

Monsieur le Préfet,

Messieurs les présidents (M. Gazier, Société de Port-Royal, M. Ferreyrolles, Société des
Amis de Port-Royal, M. Daussy, Société des Amis des Granges de Port-Royal),

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes aujourd'hui réunis pour un moment historique. Huit siècles après la fondation
de l'abbaye par Eudes de Sully, c'est en effet une page nouvelle de l'histoire de Port-Royal
que nous venons de tourner en signant, avec M. Jean-Paul Calon, président d'honneur de la
Société de Port-Royal, et M. Bernard Gazier, son président, l'acceptation de la donation faite
à l’Etat par cette Société.

Le site de l’ancienne abbaye est désormais réuni à celui des Granges de Port-Royal, dont il
était séparé depuis la Révolution .

Vous connaissez tous, avec autant de passion que d'érudition, l'histoire de ce site,
assurément l'un des plus beaux de l'Ile-de-France. Un lieu où souffle l'esprit. Un lieu de paix,
de solitude et de silence. Un lieu où s'instruire, rêver et méditer.
Un des hauts lieux de notre patrimoine. Un patrimoine dont, à la fin de cette semaine, plus
de onze millions de Français et de visiteurs du monde entier vont pousser les portes,
connues ou méconnues, à l'occasion des XXIe journées européennes du patrimoine. Un
patrimoine dont nos compatriotes sont légitimement fiers, parce qu'il forge notre identité
régionale et nationale, et participe à son rayonnement culturel international. Un patrimoine
qui est un atout majeur pour l'attrait et la force de la France en Europe et dans le monde.

Ce patrimoine n'est pas fait que de murs et de paysages, si vénérables soient ces murs, si
poétiques soient ces ruines, si admirables soient ce vallon et ce jardin.

Notre patrimoine est tout autant spirituel que matériel. Il est un héritage de valeurs autant
que de pierres. Et notre histoire est faite de documents qui sont des monuments.

C'est pourquoi j'ai souhaité présenter au public, à l'occasion des prochaines journées du
patrimoine, rue de Valois, dans l'aile du Palais Royal dévolue au ministère de la culture et de
la communication, l'original de l'Édit de Nantes. Premier acte de tolérance dans l'Europe
divisée par la fracture de la Réforme, ce document porte un message universel de tolérance
religieuse et civile, qui demeure d'une grande actualité dans le monde d'aujourd'hui.

Certes la paix civile, et plus encore la tolérance, demeureront longtemps encore un idéal. Un
idéal profondément inscrit dans l'histoire, douloureuse et glorieuse, de Port-Royal, haut lieu
de la pensée spirituelle et de la résistance à l'absolutisme, espace de liberté et
d'indépendance d'esprit qui fut aussi, pour cette raison, persécuté et détruit.

C'est dans cette perspective que je vous invite à situer cette nouvelle page de l'histoire de
Port-Royal que nous allons désormais écrire ensemble.
C'est dans cet esprit qu'il nous faut considérer le legs de Port-Royal aujourd'hui. De quoi est-il
fait ?

D'abord, d'un immense patrimoine littéraire où se déploie une intense liberté de penser, de
s'exprimer et de rêver. Car Port-Royal fut tout autant un foyer de littérature que de théologie.

Et à ce titre aussi, comme le souligne justement M. Feyrrerolles, Président de la société des
Amis de Port-Royal, il peut répondre à la "quête du sens" qui anime nos contemporains.

Aux antipodes de la déformation de la religion dans le sens du fanatisme, la spiritualité invite
par nature à la vie de l'esprit. Et la persécution dont fut victime Port-Royal montre que l'on
peut répondre à la violence sans violence et survivre dans la mémoire des hommes.

"La violence" – dit Pascal à la fin de la XIIe Provinciale – "essaie d'opprimer la vérité. Mais
tous les efforts de la violence, ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu'à la relever
davantage". Mieux faire connaître Port-Royal, à tous les publics et en particulier aux jeunes,
ce n'est donc pas seulement éclairer un pan d'une histoire marquée par la violence et
l'intolérance, c'est aussi prendre la mesure d'enjeux toujours actuels.

Et l'on ne peut ici que méditer cet autre texte de Pascal, extrait des Pensées cette fois : "La
conduite de Dieu qui dispose toute chose avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit
par les raisons et dans le coeur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l'esprit par la
force et par les menaces, ce n'est pas y mettre la religion mais la terreur". (fragment 203, en
livre de poche).

L'autre apport considérable de la mémoire de Port-Royal pour aujourd'hui a trait évidemment
à l'éducation. Puisque c'est ici, aux "Petits Ecoles", que l'on enseigna pour la première fois le
latin en français et non plus en latin. Le plus prestigieux des élèves qui furent éveillés ici par
les maîtres Lancelot, Arnauld et Nicole aux humanités et à l'intelligence, fut bien sûr Jean
Racine. Selon le mot de Gustave Lanson : "ils n'ont pas fait Racine, mais ils l'ont formé".

C'est dire le rayonnement de Port-Royal. Et l'on pourrait citer bien d'autres anciens élèves,
comme le grand historien Le Nain de Tillemont ou Boisguilbert, l'un des fondateurs de
l'économie politique. L'influence de Port-Royal, ce fut aussi, bien sûr, la seule traduction
véritablement littéraire de la Bible en langue française, celle de Sacy, mais aussi l'abbé
Grégoire, ou encore Sainte-Beuve, et, plus près de nous, François Mauriac, Julien Green, ou
Pascal Quignard.

Le legs de Port-Royal, c'est encore la contribution d'Arnauld d'Andilly à l'art des jardins, et en
particulier à l'arboriculture fruitière, que l'on retrouve ici dans le verger.

Car, sans commettre d'anachronisme, il y a, au coeur de Port-Royal, un souci, sinon
écologique, en tout cas d'harmonie entre l'homme et la nature, qui entre en résonance avec
nos efforts actuels pour ouvrir les voies d'un développement durable. A Port-Royal, le
patrimoine naturel, le patrimoine culturel et le patrimoine spirituel ne font qu'un.

Le rayonnement de Port-Royal, ce sont aussi, comme l'illustre le colloque que vous tiendrez
jeudi et vendredi dans le cadre de la célébration nationale du VIIIe centenaire de l'abbaye,
ces chercheurs, ces étudiants, ces intellectuels du monde entier – jusqu'au Japon – qui
vouent leurs travaux à l'étude de ce patrimoine.

La nature et la beauté de ces lieux, la place qu'ils ont dans notre histoire intellectuelle et
spirituelle, les aléas et les circonstances du sauvetage de ce site, plusieurs fois vandalisé et
morcelé, nous obligent à nous atteler tous ensemble à l'élaboration d'un grand projet culturel.

Permettez-moi d'émettre ici le souhait que l'ensemble des partenaires permette à Port-Royal
de devenir un centre culturel de rencontre consacré à la spiritualité.

Sur les bases d'une structure qui reste à définir précisément, il pourrait ainsi s'ouvrir à toutes
les formes et à toutes les expressions des cultures spirituelles.

C'est dire l'importance de l'engagement actuel de l'Etat dans la préservation et le
rayonnement de ce lieu.

Je voudrais rendre ici hommage à M. Christian Pattyn, inspecteur général honoraire de
l'administration des affaires culturelles. Car il a en quelque sorte jeté les bases du renouveau
de Port-Royal que nous esquissons aujourd'hui. C'est en effet M. Pattyn qui a préconisé
d’une part la recréation de l'unité du site, d’autre part son animation par un projet culturel
centré sur l'histoire de l'abbaye.

La mise en oeuvre de cette démarche est bien avancée.

L'inscription du projet dans le contrat de plan Etat-Région 2001-2007, auquel s'associe le
département des Yvelines, a permis de dégager les crédits nécessaires aux aménagements
du site.

Par ailleurs, la réflexion engagée dès 2001, pour parvenir à la création d'un Groupement d'
Intérêt Public à Caractère Culturel (GIPC) associant l'Etat aux partenaires territoriaux – la
région Ile-de-France, le département des Yvelines, la Communauté d'agglomération de
Saint-Quentin-en-Yvelines et la commune de Magny-les-Hameaux, est en passe d'aboutir.

Elle a été menée dans le cadre d'un comité de direction, présidé par le Préfet des Yvelines,
associant ces différents partenaires et la Société de Port Royal. Cette réflexion a été
soutenue par un comité de pilotage élargi aux services extérieurs de l'Etat, aux autres
associations du lieu et à des institutions telles que l'Université de Versailles-Saint-Quentin, le
Parc naturel régional de la vallée de Chevreuse et l'Agence des espaces verts de la région
Ile-de-France.

Je viens de présider ici-même une réunion technique sur le bon aboutissement de ce projet
de GIPC.

Enfin, je voudrais souligner l'acceptation en juillet 2004 par ces mêmes partenaires d'un
remarquable programme d'action et de développement culturels, dont l'élaboration a
bénéficié des conseils d'un comité scientifique présidé par M. Erik Orsenna, et dont la mise
en oeuvre dépendra maintenant de M. Jean-Louis Martinot-Lagarde, directeur de projet, et
de Mme Véronique Alemany, directeur du musée national des Granges de Port-Royal.

L'événement qui a donné une impulsion essentielle à ce mouvement, fut la proposition, en
janvier 2003, par la Société de Port-Royal, du principe de la donation à l'Etat, qui nous vaut
de nous retrouver ici. Aujourd'hui, je tiens à exprimer solennellement, ici devant vous, la
reconnaissance de l'Etat pour ce geste généreux et porteur d'un élan nouveau.

Geste profondément symbolique, comme l'a souligné Bernard Gazier, président de cette
Société de Port-Royal qui assure depuis plus de deux siècles la pérennité du site, et éminent
représentant d'une famille, attachée depuis le XIXe siècle, de coeur et d'esprit, à son histoire
et à ses valeurs.

Geste éminemment symbolique, puisque d'une gestion continûment privée depuis 1204, le
site de l'abbaye passe à une gestion publique.

Sans doute sommes-nous aujourd'hui les acteurs d'une de ces ruses dont l'histoire a le
secret, au regard des relations mouvementées – c'est un euphémisme – et tragiques de Port-
Royal avec le pouvoir, marquées à jamais par la destruction et la profanation de 1711 sur
l'ordre de Louis XIV.

Oui, nous vivons bien une réconciliation que l'on peut qualifier d'historique.

Je la souhaite exemplaire, non seulement de l'orientation que j'entends donner aujourd'hui à
la politique du patrimoine, autour de valeurs partagées, mais aussi de l'association, autour
des mêmes objectifs, des collectivités territoriales et de l'Etat, pour construire, avec leurs
partenaires, un projet porteur de sens.

Je vous remercie.

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