Remise du Prix Liliane Bettencourt Pour l’intelligence de la main 2006, à Catherine Chotard, bijoutier créateur au Pavillon Gabriel
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureux d’être présent parmi vous aujourd’hui, pour célébrer le
talent, la virtuosité, la créativité, le savoir-faire, « l’intelligence de la main »,
ainsi que Liliane Bettencourt a brillamment qualifié l’excellence de nos
métiers d’art.
Comme vous tous ce soir, je pense particulièrement à Liliane et
André Bettencourt, à qui nous devons cette très belle manifestation, et je
serai très reconnaissant à Jean-Pierre et Françoise Meyer de leur adresser
mes très chaleureuses et amicales pensées. Le prix qui nous rassemble ce
soir rend hommage à ces métiers, véritables rencontres entre l’imagination,
l’habileté et l’esprit, qu’il est de notre devoir de mettre en lumière et de faire
connaître au public le plus large.
L’artisanat français, particulièrement vivant et divers, puise dans
l’extraordinaire richesse de ses traditions la force d’un véritable renouveau.
C’est à ce renouveau, incarné cette année par les lauréats que vous mettez
à l’honneur ce soir, que nous devons travailler, au sein comme au-delà de
nos frontières. Je suis venu vous dire que vous êtes la fierté de notre pays,
de notre patrimoine. Vos savoir-faire en ont écrit les riches heures et vous
continuez à en réinventer le prestige et la gloire. Dans notre société qui
parfois tend à privilégier la facilité, l’éphémère, l’instantané, l’uniformité et le
jetable, nos métiers d’art nous rappellent les valeurs, les exigences
essentielles de l’effort, de la qualité, de l’ingéniosité, de l’unique.
Ce renouveau passe bien évidemment par la transmission de vos
compétences remarquables. Toutes les générations doivent prendre la
mesure de la beauté, de la richesse, et de la grande diversité de vos
professions. Parce qu’elles ouvrent des voies d’excellence, et sont des
sources de grandes satisfactions. Nous devons reconnaître toute leur valeur
culturelle, mais aussi économique et sociale, à ces métiers, sans lesquels la
France ne serait certainement pas ce qu’elle est.
Comme je l’ai annoncé au Conseil des métiers d’art, je souhaite lancer, avec
mon collègue chargé des PME et de l’Artisanat et mon collègue chargé de
l’Education nationale, une vaste campagne d’information sur les métiers d’art
hautement qualifiés, et sur les formations dispensées notamment par le
ministère de l’Education nationale et le ministère de la Culture et de la
Communication. J’ai proposé que cette campagne d’information soit
précédée par des Journées Rencontres Culture et Education nationale, qui
permettraient de mettre en valeur ces formations.
Et parce que je partage votre ambition d’offrir à ces métiers d’exception
un cadre à leur hauteur, j’ai demandé la restauration des 950 m2 de la
Galerie des Gobelins, dans les bâtiments de la Savonnerie et du Mobilier
national. Cet espace rénové sera l’écrin, chaque année, d’expositions
institutionnelles, et parmi elles, d’une manifestation de trois mois au moins
consacrée aux métiers d’art.
Notre patrimoine est notre bien le plus précieux, il est donc l’affaire de
tous, pouvoirs publics, entreprises, particuliers. Votre fondation, dont je
salue également l’oeuvre exemplaire dans les domaines de l’action sociale
et humanitaire, est un partenaire essentiel de la politique que je mène, au
ministère de la Culture et de la Communication, en faveur de la
sauvegarde et de la promotion de ces métiers.
Cela fait sept ans déjà que vous illustrez brillamment cette « intelligence
de la main », en choisissant chaque année un matériau différent, pour
mettre en valeur celles et ceux qui s’en inspirent, qui lui donnent forme,
qui le façonnent, avec une maîtrise technique et une inventivité
remarquables. Après les métiers du bois et de la facture instrumentale, les
métiers du verre, de la céramique, du cuir, de la pierre et des métaux, ce
sont les métaux précieux que vous mettez à l’honneur cette année.
Chaque année le public découvre, grâce à vous, des objets exceptionnels,
de véritables oeuvres d’art, mais aussi des hommes et des femmes de
grand talent, virtuoses de cet art de soumettre la matière à leur
imagination, alchimistes des temps modernes, dépositaires de talents
admirables. Je me réjouis que les spectateurs toujours fidèles et
nombreux de l’émission de service public Des Racines et des ailes
puissent cette année en découvrir tout le génie.
Oui, c’est l’intelligence d’un mécénat exemplaire auquel je rends
hommage ce soir, en même temps que l’intelligence de la main. Ce qui
aurait pu n’être qu’une passion, qu’une admiration sans borne pour le
beau et le talent, est devenu chez vous une véritable vocation.
Vous avez voulu donner les moyens à ces hommes et à ces femmes de
se faire connaître, et de développer leur art, en inscrivant ce prix dans les
missions de votre Fondation, qui en garantit la pérennité. Comme le disait
Hector Berlioz : « La chance d'avoir du talent ne suffit pas ; il faut encore
le talent d'avoir de la chance. » Cette chance, vous l’offrez chaque année
à travers vos récompenses, gardant en mémoire cette petite phrase que
votre père avait coutume de vous répéter, et qui a motivé toute votre
action : « Le difficile n’est pas d’avoir une idée, mais de la réaliser. »
Je crois que cette même phrase nous vient tous à l’esprit, en contemplant
l’oeuvre lauréate, l’extraordinaire collier de Catherine Chotard, que je
félicite chaleureusement. Né d’une vision, au sens rimbaldien du terme –
et je sais que le « poète maudit » est pour vous, avec Baudelaire et
Verlaine, une source inépuisable d’inspiration – celle d’une toile
d’araignée traversée par la lumière, et constellée de minuscules débris
végétaux, votre collier est un véritable nuage de particules en suspension,
un bijou de légèreté, une myriade aérienne de poussière d’or. Il concrétise
de façon exemplaire cette alliance entre l’ingéniosité technique et le
souffle créateur qu’exalte à juste titre la Fondation Bettencourt-Schueller.
Je tiens également à saluer l’orfèvre Roland Daraspe, dont le somptueux
« Navire à caviar », en argent massif, clin d’oeil à l’univers des croisières
luxueuses du XXe siècle, est également distingué par le jury cette année.
Au-delà même de notre admiration pour la beauté et la qualité
exceptionnelles de ces objets qui sont aussi de véritables oeuvres d’art,
c’est l’ensemble des métiers d’art, c’est le talent, l’esprit, la tradition et
l’audace de merveilleux créateurs, c’est l’alliance féconde du patrimoine et
de la création que nous célébrons ce soir.
Je vous remercie.
