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Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Dominique Segall

Cher Dominique Segall,

Ce ministère est d’abord la maison des artistes et des techniciens. Il est
aussi ouvert à tous les métiers qui concourent à la promotion et à la
diffusion de leurs talents, ainsi qu’au rayonnement de notre culture.

Je tiens à rendre hommage ce soir à une personnalité et à un métier qui
ont contribué, dans l’ombre, à mettre en lumière la diversité culturelle à
laquelle nous tenons tant, à la variété et à la richesse de la vie artistique
française.

Aussi suis-je particulièrement heureux de vous accueillir et de vous
distinguer aujourd’hui rue de Valois. Vous êtes, depuis près de trente
ans, bien plus qu’un « attaché de presse », vous êtes attaché aux
artistes, au spectacle, au cinéma. Vous êtes un inlassable passeur de
rêves. Vous offrez aux artistes français que vous révélez, dévoilez, et
sublimez, un écrin sans cesse renouvelé. Les photographies qui ornent
votre bureau, dans votre agence qui s’appelle « Moteur ! », – c’est le plus
beau mot qui existe, disait François Truffaut – témoignent de votre
carrière prestigieuse et de votre dévouement inlassable aux côtés de
nos plus grandes vedettes, au service de l’amour du cinéma.

Vous avez été très tôt attiré par les métiers de la lumière, sans vous
sentir pour autant vous-même une vocation d’artiste. Au lycée Claude
Bernard où vous préparez votre baccalauréat, l’effervescence des
débuts de la mixité et de l’introduction des matières artistiques fait
souffler un vent de liberté dans les études secondaires et naître de
nombreuses vocations. Vous y rencontrez notamment Pascal Légitimus
et Daniel Schick, avec lesquels vous montez un club de théâtre. Vous
organisez alors des spectacles et des avant-premières pour les lycéens
et les étudiants.

Vous comprenez très vite que les rencontres, les contacts, l’expérience,
valent tous les diplômes. Riche de vos premiers succès lycéens, vous
multipliez les expériences, dans plusieurs domaines, la musique
classique avec les Jeunesses musicales, puis le Festival d’automne à
Paris, avant de vous tourner vers la variété. Votre credo, c’est le désir.

Vous pensez justement que si l’on est habité par une envie, une
passion, les choses se font plus naturellement, ainsi que les rencontres
qui vous permettent de transformer votre énergie en action.

Vous comprendrez que je ne puisse citer ici tous les spectacles, tous les
concerts, tous les One man shows, tous les films, dont vous avez
contribué à assurer le succès, tous les artistes, tous les chanteurs, tous
les comédiens, dont vous avez fait connaître les visages au théâtre et au
cinéma, et que vous nous avez fait aimer, tant votre carrière est
prestigieuse et dense et vos réussites innombrables.

Ce qui me frappe dans votre parcours, c’est la diversité des domaines
dans lesquels vous avez exercé votre talent : curieux, touche-à-tout, vous
assurez la promotion de chanteurs tels que Sylvie Vartan – dont vous
confiez volontiers qu’elle a été, avec Thierry Le Luron, une rencontre
décisive dans votre carrière – mais aussi Barbara, Gilbert Bécaud, Michel
Berger, Sheila, Claude Nougaro, Véronique Sanson, Céline Dion, ou plus
récemment David Hallyday, Liane Foly, Serge Lama ; mais aussi de
comiques : Pierre Palmade, Yves Lecoq, Smaïn, Michel Boujenah et bien
d’autres savent combien vous avez contribué à la réussite de leurs
spectacles.

Vous avez également oeuvré en coulisse des théâtres parisiens : attaché
de presse pendant environ 10 ans des Théâtres du Palais-Royal, des
Variétés et Montparnasse, vous avez participé aux succès aussi
emblématiques que ceux de La Cage aux folles, du Tout pour le tout, ou
encore du Dindon. Vous assurez la promotion de nombreuses pièces, et
notamment Knock, avec Michel Serrault au théâtre de la Porte Saint
Martin, Espèces menacées avec Gérard Jugnot et Martin Lamotte au
Théâtre de la Michodière en 1997, La Dame aux camélias, avec Isabelle
Adjani au Théâtre Marigny en 2000.

Vous avez aussi été l’attaché de presse du célèbre théâtre parisien des
grands boulevards, devenu le haut lieu des nuits parisiennes du début des
années quatre-vingts, le Palace, depuis sa création, jusqu’en 1985.

Musique, spectacles comiques, théâtre, mais aussi littérature – Claude
Berri, Alexandre Arcady et Nathalie Rheims vous ont confié la promotion
de leurs oeuvres – et mode – vous avez fait de l’ouverture de magasins de
marques prestigieuses des évènements uniques – tout vous attire, même
les grands restaurants, et, entre vos mains, tout réussit, des spectacles
grand public aux films d’auteur, et c’est là le second volet de cette
diversité que j’évoquais tout à l’heure.

Directeur du bureau des comédiens du Festival de Cannes de 1988 à
1999, vous avez géré l’emploi du temps des étoiles de la croisette, ce qui
ne doit pas être une mince affaire ! Vous avez été l’artisan patient et
enthousiaste, de la réussite de plus de trois cents films, du mythique Père
Noël est une ordure au succès récent de Joyeux Noël, en passant par
L’Auberge espagnole et sa suite Les Poupées russes. Comment parler de
ces trois cents films ? Je pense que la meilleure façon de montrer
l’importance de votre travail est de souligner que l’actrice formidable à qui
je rends également hommage aujourd’hui a bénéficié plus d’une fois de
vos compétences et de votre talent, puisque vous avez été l’attaché de
presse des Enfants du siècle, de Diane Kurys, d’Embrassez qui vous
voudrez de Michel Blanc, de France Boutique de Tonie Marshall, mais
aussi de L’ex-femme de ma vie de Josiane Balasko et des Enfants de
Christian Vincent.

Pour vous, « le métier d’attaché de presse est un métier de l’ombre qui
vise à mettre des oeuvres et des artistes dans la lumière. » Cette lumière,
vous l’avez offerte, depuis vos débuts, en 1978, en tant qu’attaché de
presse indépendant ou au travers de votre société Moteur !, aux grands noms comme aux nouveaux talents, à des réalisateurs aussi divers et
prestigieux que Nicole Garcia, Danièle Thompson, Costa-Gavras, Youssef
Chahine, André Téchiné, Cédric Klapisch, Yvan Attal, Alain Resnais,
Noémie Lvovsky, Alain Corneau, Ettore Scola, Etienne Chatiliez, Jean-
Marie Poiré, Francis Veber, Olivier Assayas, que ceux que je n’ai pas cité
me pardonnent, la liste complète serait un véritable annuaire du cinéma
français !

Véritable mémoire vivante de la variété, du spectacle, et du cinéma, vous
avez su gagner, par votre talent, votre chaleur et votre professionnalisme,
l’estime de tous les professionnels du septième art.

Passeur de rêves, magicien du désir, du « glamour », grand prêtre de ce
culte voué à ceux qui enflamment notre imagination, marionnettiste, tapi
dans l’ombre, qui tire en silence les ficelles de la réussite, ambassadeur
inlassable du cinéma français, vous menez depuis près de trente ans une
carrière exemplaire. Vous faites preuve d’un enthousiasme unique auprès
de nos artistes, et je suis heureux de vous témoigner notre
reconnaissance.

Cher Dominique Segall, au nom de la République, nous vous faisons
chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

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