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Réception en l’honneur des dessinateurs de presse

Madame la Ministre, chère Noëlle Lenoir,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous recevoir ce soir rue de Valois. Je ne savais
pas, lorsque je vous ai invité, que la discussion du projet de loi sur les
droits d’auteur se poursuivrait jusqu’à ce soir, et je tiens à saluer les
députés participant à ce débat qui nous ont rejoints.

C’est un nouvel hommage rendu par l’Assemblée nationale à vos
talents, après celui qu’elle avait organisé, à l’initiative de son Président
Jean-Louis Debré et de Calvi, il y a deux ans. Certains d’entre vous
aviez alors exposé au Palais Bourbon le fruit de votre travail et de votre
regard sur la vie parlementaire et sur la vie politique d’aujourd’hui. Il est
vrai que, comme l’écrit René Rémond dans la préface du très bel
ouvrage que vous avez consacré chère Noëlle Lenoir, avec l’Association
des Amis d’Honoré Daumier, à la caricature et à La vie politique de
Daumier à nos jours, le dessin « fait partie intégrante de la vie
politique ».

C’est toujours vrai aujourd’hui, en dépit ou à cause du
développement de la photographie et de l’infographie dans la presse
écrite, de la télévision, de l’Internet, et nous pouvons tous nous en
féliciter. Je suis convaincu qu’il y a des raisons profondes à cela.
« Dessiner, disait Eugène Delacroix, n’est pas reproduire un objet tel
qu’il est, ceci est la besogne du sculpteur, mais tel qu’il paraît. »

J’ajouterai que vos dessins non seulement animent, illuminent, notre
lecture de la vie politique ou de la vie tout court, mais surtout qu’ils
contribuent à lui donner un sens.

Et notre rencontre de ce soir prend un sens tout à fait particulier. Je ne
me risquerais pas à qualifier devant vous le moment d’historique. Il est
en tout cas inédit : je crois bien que c’est la première fois qu’un ministre
et a fortiori un ministre de la culture reçoit en ces lieux les dessinateurs
de presse. Ce n’est pas un événement de circonstance, et par cette
réception en votre honneur au ministère de la culture et de la
communication, je souhaite d’abord, saluer chacune et chacun d’entre
vous, mais aussi, collectivement tous ceux, hommes et femmes, qui
dessinent dans la presse, tous ceux qui mettent leur talent, leur
engagement, leur passion au service d’un journal, d’un hebdomadaire,
ou d’un mensuel.

Il y a parmi vous, je le sais, des dessinateurs de presse au sens strict,
des journalistes à part entière, qui s’expriment non par le titre, ni par
l’article, ou la brève, mais par le trait, qui jettent sur le papier, avec
régularité et concision, le fait, l’acte, le geste que l’actualité vous inspire.

Mais cet art, où vous ont précédés Daumier, Forain, ou plus près de
nous Jean Effel, Moisan, Chaval et Jacques Faizant, possède d’autres
visages, celui du dessin d’humour, de la caricature, de l’illustration, ou
d’autres noms illustres se rencontrent : Steinlen, Vallotton, Bosc. C’est
pourquoi j’ai souhaité convier ce soir tous les dessinateurs mettant leurs
talents au service de la presse. Vous êtes à la fois journalistes et
auteurs. Le quotidien ou le magazine sont, comme le livre, l’album ou la
toile, l’un de vos modes d’expression. J’ai voulu cet hommage large et
oecuménique, car vous avez en commun d’être des artistes, à la fois
lointains comme tous les êtres doués, et proches, à l’image de tous les
lecteurs qui ont hâte de retrouver vos créations dans les pages des
journaux et des magazines.

Permettez moi d’exprimer ce soir trois souhaits, qui ne sont pas des
voeux pieux.

Je souhaite avant tout, je l’ai dit, saluer votre travail quotidien sur
l’événement, dans toutes ses dimensions : politique, journalistique,
artistique et humaine. Une actualité brûlante nous a montré combien le
combat pour la liberté de la presse, qui est le principal acquis de nos
démocraties, ne s’arrêtait pas aux frontières des cases de vos dessins.

Vos aînés ont su triompher des idéologies et des « ismes » à la pointe
de leurs crayons : ils vous ouvrent, ils nous montrent le chemin. Leurs
oeuvres sont toujours vivantes. Quant à nous, fidèles lecteurs, nous
avons un besoin vital de l’espace de liberté que vous construisez, jour
après jour, grâce à vos dessins. Je propose, ce soir, à ceux d’entre vous
qui le souhaitent, de continuer à défendre cet espace, en toute liberté,
en le noircissant de vos dessins.

Vous êtes des acteurs de la liberté. Vous êtes aussi des témoins.

Témoins de notre temps, témoins de la santé de la presse. En première
ligne. Comme dans ces écosystèmes, où les plantes les plus fragiles
dépérissent au premier bouleversement, vous êtes les premiers
touchés. Certains évoquent un âge d’or pour le dessin de presse, qui
coïncide avec la fin du XIXe et le début du XXe siècle. C’était la Belle
époque du Charivari, de L’Assiette au Beurre, du Petit Journal… où la
République vivante, la presse libre, ont conquis leur émancipation, à
force de traits d’une violence et d’une cruauté qui surprendraient
aujourd’hui.

Il y eut des époques plus fastes, dans les années soixante
et soixante-dix, peut-être. Personne n’a mieux rendu compte de la mort
de Sartre (c’était en 1980) que Wiaz et le stylo qui pleure son encre, de
la mort de De Gaulle que Faizant et son grand chêne abattu. Beaucoup
de jeunes talents ont choisi cette voie à cette époque. La relève est bien
là aujourd’hui, elle fait appel à des techniques et à des supports
nouveaux, mais le talent, la verve et l’inventivité continuent, pour le plus
grand bonheur de nous autres lecteurs.

Mon deuxième souhait est celui de mieux vous connaître. De rencontrer
enfin les hommes qui sont derrière les idées, les images, les styles, les
couleurs et les traits qui nous sont si familiers. Car si nous connaissons
bien vos dessins, nous connaissons moins vos visages. La télévision a
pu vous accueillir parfois et vous accueille encore, en nous permettant
de vous découvrir. Plusieurs Festivals vous mettent à l’honneur un peu
partout en France, à Castelnaudary, à Saint-Just le Martel, et vous avez
votre place à Angoulême, bien sûr, et dans toutes les fêtes du livre du
pays. C’est heureux, et je suis fier de rendre hommage ce soir aux
auteurs que vous êtes et de saluer vos éditeurs qui défendent vos
oeuvres au-delà des pages des journaux.

Je sais votre métier solitaire, quoique certains d’entre vous cultivent un
esprit collectif, dans cette presse satirique dont la France peut
s’enorgueillir. Mais vous ne manquez pas d’amis, d’avocats et de
défenseurs. Parmi eux, j’ai salué Noëlle Lenoir, présidente de
l’Association des amis d’Honoré Daumier, dont on n’est point surpris de
savoir qu’il ait aujourd’hui encore des amis. Elle nous présentera tout à
l’heure l’ouvrage publié récemment par son association. Ensuite,
toujours au chapitre des amis, je souhaite saluer l’hebdomadaire Le Point. Non content d’héberger dans ses pages de multiples talents, rien
n’aurait été possible ce soir sans sa participation et je souhaite
remercier chaleureusement Catherine Pégard et son équipe.

Mon dernier souhait concerne le patrimoine et la mise en valeur du
dessin de presse. Lorsque j’ai aidé à l’organisation de l’exposition qui
sera consacrée, en juillet prochain, à la Bibliothèque nationale, à l’un de
vos aînés, Albert Dubout, j’ai pris la mesure de l’ampleur du travail à
mener autour de ce patrimoine si cher aux esprits libres de tous les
temps.

J’ai cité à l’instant le travail exemplaire de l’Association des amis
d’Honoré Daumier. Les dessinateurs de presse d’hier, d’aujourd’hui et
de demain méritent des égards analogues à ceux dont le père de la
caricature moderne bénéficie grâce à ses amis d’aujourd’hui. Mon
ministère possède, à travers ses institutions, qu’il s’agisse du Musée
d’Orsay, de la Bibliothèque nationale ou d’institutions en région
(bibliothèques, archives et musées) un patrimoine considérable. Il doit
être mieux connu et valorisé. En parallèle, le dessin contemporain peine
à se conserver et à se mettre en valeur, malgré les efforts individuels
des artistes, des familles et des descendants.

C’est pourquoi j’ai décidé
de lancer une mission sur le dessin de presse, sa conservation et sa
valorisation, afin de lui donner au sein du patrimoine national la place
qu’il mérite. Cher Georges Wolinski, vous avez bien voulu accepter la
présidence de cette mission et je vous en remercie. Vous serez assisté
par l’éditeur Jean-Claude Simoën, excellent connaisseur de ce
patrimoine, ainsi que par les meilleurs experts de mon ministère en
matière de conservation du patrimoine.

Oui, ce ministère, à la croisée de la culture et de la communication, au
carrefour de l’art et de la presse, à la rencontre de la création et de sa
diffusion, est le vôtre.

C’est dans cet esprit, afin de vous rendre l’hommage et de vous
témoigner la reconnaissance qui vous sont dus, que je suis
particulièrement heureux de vous accueillir ici ce soir. Et parce qu’un
bon dessin vaut mieux qu’un long discours, je tiens à vous dire enfin tout
simplement : merci à tous !

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