Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre des arts et des lettres à Martine Moulin-Boudard
Chère Martine Moulin-Boudard,
C’est un grand plaisir pour moi de vous rendre hommage en cette superbe ville de Bordeaux,
ville de culture, ville de patrimoine, riche de son histoire et tournée vers l’avenir. L’Opéra
national de Bordeaux, cette merveille de l’architecture du XVIIIe siècle, théâtre ce soir de
notre rencontre, a été l’un des objets de votre admirable engagement pour la préservation et
la mise en valeur des splendeurs du passé, qui font notre fierté dans le présent.
L’illustre Marcel Rouxel, secrétaire perpétuel de l’Académie nationale des sciences, belleslettres
et arts de Bordeaux, a évoqué, lors de votre succession en 2001 au fauteuil de Jean-
Marie Auby, toute son admiration pour votre sens du juste et votre sens du beau.
Votre sens du juste, tout d’abord, vous n’avez eu de cesse de l’exercer au fil de votre grande
carrière au sein du barreau. Une carrière fulgurante, qui vous propulse très tôt au Conseil de
l’Ordre, où vous avez siégé de 1984 à 1990. Ceux qui ont eu la chance de vous voir plaider
ont loué la clarté de vos raisonnements, votre style percutant et votre grande maîtrise de la
rhétorique. Votre engagement, surtout, lors d’un procès très médiatique, qui vous a fait
plaider, vous la femme de loi, attachée à la lettre du droit, amoureuse de l’ordre et du respect
des règles en société, le devoir de désobéissance. Je tiens à rendre hommage à votre
courage, à votre ténacité et à la force de vos convictions, et je ne peux que me réjouir que
les qualités que vous avez mises au service de votre sens du juste, vous les ayez également
consacrées à votre sens du beau.
Cela me réjouit profondément car la capitale de l’Aquitaine, ville d’art et d’histoire, s’il en est,
mérite un dévouement comme le vôtre.
Témoins de la ferveur des pèlerins venant se recueillir, le temps d’une halte sur le chemin
menant à Compostelle, la cathédrale Saint André, la basilique Saint Seurin, et la basilique
Saint Michel, trois splendeurs de l’art roman et gothique, sont inscrites depuis 1998 au
patrimoine mondial de l’Unesco. Le vieux Bordeaux recèle les trésors parfois insoupçonnés
de l’un des plus vastes ensembles architecturaux du XIXe et du XXe siècle.
Vous le savez, vous avez la responsabilité, avec votre équipe municipale, de l’une des plus
merveilleuses villes de notre patrimoine, que votre passion et votre énergie contribuent à
préserver et à faire connaître.
Nous vous devons, parmi les grands projets que vous avez menés à bien, un grand travail
de restructuration des musées de la ville, la création du théâtre du Port de la Lune,
l’ouverture du TNT et la transformation de ce formidable Grand Théâtre où j’ai le plaisir de
vous distinguer et de vous honorer ce soir, en Opéra national.
Votre dynamisme, votre curiosité, votre passion, votre érudition et votre intelligence sont à la
mesure de votre dévouement pour Bordeaux : vous siégez au Conseil municipal depuis
1977, adjointe depuis 2001 au maire chargée de la mise en valeur du patrimoine
architectural, historique, culturel bordelais, des relations avec l’UNESCO, du Plan Lumière et
des monuments historiques, après avoir été chargée de la culture de 1995 à 2001, vous êtes
également, je le disais tout à l’heure, membre de l’académie nationale des Sciences, Belles-
Lettres et Arts de Bordeaux, vice-présidente de l’association des villes à secteur sauvegardé
et membre des conseils d’administration d’organismes aussi emblématiques du
rayonnement culturel bordelais que l’Opéra de Bordeaux, ou le Fonds régional d’art
contemporain.
J’aime le rappeler, je suis le ministre du patrimoine et de la création. Chère Martine Moulin-
Boudard, je sais que vous êtes convaincue comme moi que l’on peut faire vibrer nos
merveilles du passé au son des créations les plus contemporaines. Je tiens donc à saluer
votre travail aux côtés d’organismes tels qu’Arc- en- rêve, centre d’architecture, d’urbanisme
et de design, qui contribuent chaque jour au dialogue nécessaire entre un patrimoine à
préserver, mais aussi à réinventer, et des artistes contemporains qui ne demandent qu’à
célébrer ces lieux.
Votre générosité et votre attachement à Bordeaux contribuent tous les jours à en préserver
et à en révéler les trésors. C’est à une femme passionnée et exemplaire dans son
engagement pour sa ville, dans sa passion pour le patrimoine, dans son action pour la
culture, que je rends hommage ce soir.
Chère Martine Moulin-Boudard, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans
l’ordre des Arts et des Lettres.
