Remise des insignes d’Officier dans l’ordre des Arts et des Lettres à Andrei Konchalovski-Mikhalkov
Cher Andrei Konchalovski-Mikhalkov,
C’est toujours avec beaucoup de joie et de fierté que je reçois au ministère de la culture
et de la communication les grands noms de la création, et en particulier de la création
cinématographique. La culture n’a pas de frontières, vous nous l’avez largement
prouvé, en dirigeant des pièces de théâtre et des opéras russes à Paris et exerçant
votre art aussi bien en Russie, votre pays natal, qu’aux Etats-Unis. C’est aussi et
surtout cela la culture : la rencontre de talents de tous les horizons, qui s’inspirent et se
fécondent, sans jamais se dénaturer.
La France, votre amie, vous témoigne depuis longtemps son admiration : le Festival de
Cannes a sélectionné quatre de vos films et récompensé Sibériade en 1979 par le
Grand Prix spécial du jury. Vous avez par ailleurs été membre du jury du Festival et
vous nous avez aussi offert, ceux qui ont eu la chance d’y assister en ont gardé un
souvenir ému, une leçon de cinéma tout à fait admirable, dans le cadre de cette
manifestation prestigieuse, qui a reconnu votre talent et contribué indéniablement à
votre renommée : « Chaque film a son propre langage et l’importance de la pause est
incommensurable », avez-vous révélé au public venu écouter votre expérience. La
pause et le silence, vous les avez admirablement exploités aux côtés de votre brillant
camarade d’études Tarkovski, dont vous avez été le scénariste.
Les silences, des espaces d’une liberté que vous vous êtes toujours accordée et que
vous avez toujours voulu offrir à vos spectateurs : « Toutes les interprétations me
conviennent » aimez-vous affirmer et réaffirmer au fil des interviews.
Vous ne supportez
pas l’uniformité, vous détestez la pensée unique, vous haïssez le conventionnel comme
les clichés qui enferment, écrasent et stérilisent.
L’art singularise, vous l’avez compris très jeune, puisque, petit-neveu du peintre Vassili
Sourikov, neveu du peintre Piotr Kontchalovski, fils des écrivains Serguei Mikhalkov et
Natalia Kontchalovskaia, vous avez été bercé par une culture riche, nourri d’une
créativité si féconde qu’elle a certainement stimulé votre immense talent, ainsi que celui
de votre cadet Nikita Mikhalkov, cinéaste mondialement reconnu lui aussi.
A l’uniformité des systèmes vous opposez la singularité et la complexité des
psychologies, en imposant, dès vos premiers films russes, des personnages très
réalistes, trop réalistes, peut-être, pour les autorités de l’URSS, que vous quittez en
1984, pour entamer une seconde carrière, aux Etats-Unis, avec un magnifique film
inspiré d’un récit de Platonov, Maria’s lovers, qui vous vaut la reconnaissance de vos
pairs. Vous enchaînez alors les tournages, en dirigeant des acteurs aussi prestigieux
que Jon Voight, Eric Roberts et Rebecca De Mornay, dans Runaway Train en 1985,
Silvester Stallone et Kurt Russell dans Tango et Cash en 1989. Mais vous ne tardez
pas à retrouver à Hollywood un autre conformisme …
Avec Riaba ma poule, en 1995, vous renouez doublement avec vos origines, puisque
vous le réalisez dans votre pays natal, transfiguré par la perestroïka, et retrouvez le
kolkhoze qui a servi de décor à l’un de vos tout premiers films. Vous réaffirmez votre
attachement à vos racines avec La Maison de fous en 1997 et Moscow Chill en 2005.
Par votre intelligence, votre sensibilité et votre curiosité, vous avez conquis un monde
plus vaste que celui auquel le régime soviétique avait astreint ses citoyens : votre esprit
avait assurément besoin de liberté. Vous l’avez trouvée dans des contrées très
éloignées, mais avec toujours cette conscience d’appartenir à la culture russe. Vous
l’avez, ce qui pour nous est une formidable source d’enrichissement, faite voyager. Aussi
est-ce notamment grâce à votre talent que nous accédons aux trésors de l’opéra et du
théâtre russe : vous avez monté – entre autres – La Mouette de Tchekhov au Théâtre
de l’Europe et La Dame de pique de Tchaïkovski, à l’Opéra Bastille en 1991. Nous vous
en sommes reconnaissants, car cette circulation de la culture est pour nous une chance
immense.
Vous êtes un authentique défenseur de la diversité culturelle, un voyageur érudit et
prolifique, un grand artiste.
Cher Andrei Konchalovski-Mikhalkov, au nom de la République, nous vous remettons les
insignes d’Officier dans l’ordre des Arts et des Lettres.
