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Inauguration de la médiathèque de la Cité de la musique

Cher Christian de Portzamparc,

Monsieur le Président, Cher Jean-Philippe Billarant,

Monsieur le Directeur général, Cher Laurent Bayle,

Madame la Directrice de la pédagogie et de la médiathèque, Chère
Marie-Hélène Serra,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Dix ans, déjà ? Dix ans, seulement ?

Oui, il y a dix ans que la Cité de la Musique a fait irruption au sein de
notre vie musicale, même s’il nous semble aujourd’hui qu’elle y fut de
tout temps présente.

Ici, l’Etat s’est investi avec détermination et a investi dans ce grand
équipement pour réaménager et rééquilibrer le développement de l’Est
de Paris. Un développement fondé sur le rayonnement culturel.

Le succès indéniable de la Cité a commencé par la réussite, par
l’originalité de votre geste architectural, cher Christian de Portzamparc.

Vous êtes l’un de nos plus grands architectes. Vous avez été honoré du
prix Pritzker, l’équivalent du prix Nobel en architecture, que vous êtes le
seul Français à avoir reçu à ce jour, en 1994, pour cet ensemble
consacré à la musique. Vous êtes à la fois lauréat du Grand prix
national d’architecture en 1992, et du Grand prix d’urbanisme, en 2004,
qui vous a été remis ici même le 20 décembre dernier, par mon
collègue Gilles de Robien. Vous nous aidez à repenser la ville, avec les
îlots ouverts que vous avez inventés et qui essaiment dans le monde
entier. Je suis heureux de rappeler, au cours de cette saison brésilienne
en France, que vous allez construire à Rio une nouvelle Cité de la
musique.

Votre architecture est lumineuse, musicale, sensuelle. Le projet de la
Cité s’est nourri de sa force et de son ambition, en créant à l’orée du
Parc de la Villette les meilleures conditions d’une rencontre fructueuse
entre des lieux de spectacles, d’enseignement, d’art et de culture. C’est
véritablement une nouvelle approche de la vie musicale qui a débuté ici,
marquée par l’impulsion et l’empreinte décisives de Pierre Boulez et de
l’Ensemble intercontemporain.

Encore fallait-il la mener à maturité, ce que vous avez indéniablement
réussi. Je tiens à saluer le travail formidable accompli à la tête de la
Cité de la musique, dans un premier temps par Brigitte Marger, et
aujourd’hui par Laurent Bayle, pour donner à ce lieu le rayonnement
qui est le sien, avec le constant et double souci d’une forte exigence
artistique, culturelle, et d’une grande ouverture aux publics et à la
diversité musicale.

La Cité de la musique est devenue un point de repère de la vie
musicale de notre pays, un lieu d’échanges entre les répertoires
savants et les musiques populaires, entre le patrimoine et la création,
un lieu où les artistes entreprennent des démarches singulières et
nouvelles, et où le public découvre et met en perspective des
propositions fortes et originales.

La saison en cours exprime parfaitement l’esprit et la lettre de cette
démarche. Ouverte par les Arts Florissants de William Christie, elle
nous entraîne dans le « domaine privé » de John Lennon, mais aussi
au coeur des années cinquante de John Cage et Pierre Boulez ; elle
revisite le modèle classique, s’attarde sur la musique de film comme
sur de fructueux métissages, sans oublier quelques détours par le
monde entier et ses musiques, celles du Japon par exemple.

Le Musée de la Musique, quant à lui, n’a pas failli à sa vocation,
dédiée tant au patrimoine qu’à la recherche. Il offre un exemple unique
au monde par la richesse de ses collections et la portée de ses
travaux prospectifs.

L’inauguration de la Médiathèque vient encore renforcer l’ambition du
projet de la Cité de la Musique, dont une des lignes de force les plus
novatrices a résidé dès l’origine, aux côtés des activités de diffusion,
dans une action de pédagogie et d’information à destination d’un vaste
public, de spécialistes comme de non-spécialistes, de musiciens
professionnels comme d’amateurs, de toutes les esthétiques et de
toutes les générations.

Vous savez combien je suis attaché aux conditions de la rencontre
entre publics et musiques, au développement des pratiques, et à la
qualité de l’enseignement musical comme à son adaptation aux
besoins de la population.

J’ai eu l’occasion de développer ces priorités de mon action en faveur
de la musique lors de la conférence de presse que j’ai tenue à
Strasbourg sur ce sujet, il y a un mois.

Je suis heureux de les réaffirmer ici, de souligner la place que tient la
Cité de la Musique dans ce dispositif, et le rôle que la Médiathèque est
appelée à y jouer.

Il me semble particulièrement emblématique que la Médiathèque soit
précisément située au sein de cette poutre maîtresse, qui est un pont,
une galerie, un passage, symbolique du splendide élan architectural
de ce lieu.

Je tiens à vous féliciter, cher Laurent Bayle. Dès votre arrivée en 2002
à la tête de la Cité de la Musique, vous avez lancé le projet de la
Médiathèque. Et bravo à Marie-Hélène Serra, qui a structuré et
organisé ses missions, pour en faire un axe porteur, de cette Cité
vouée à la musique.

La Médiathèque réunit les trois centres de documentation qui
existaient au sein de la Cité depuis son ouverture en 1995 : la
bibliothèque musicale qui traite de toutes les disciplines de la
musique ; le service d’informations musicales consacré aux métiers et
à la pratique ; le centre de documentation du Musée de la Musique
principalement dédié aux instruments.

Riche du travail considérable des équipes qui, depuis dix ans,
animaient ces trois centres, la Médiathèque offre ainsi un lieu sans
équivalent.

Elle dispose d’un fonds absolument exceptionnel de livres et de revues
couvrant l’organologie, la facture instrumentale, l’acoustique musicale,
l’ethnomusicologie, mais aussi la sociologie, le droit et l’économie
dans le champ musical.

Elle regroupe aussi, et cela me tient particulièrement à coeur, tout ce
qui concerne la pédagogie musicale. Elle offre donc un outil
inestimable dont j’invite tous les enseignants, tous les étudiants, et
tous les artistes, à se servir. Où trouver, ailleurs, plus de 1.000
méthodes instrumentales et près de 1.000 livres sur l’enseignement
musical, auxquels s’ajoutent quelque 200 video-cassettes nous livrant
l’enseignement de très grands maîtres ?

Et une grande partie de cette somme de ressources éducatives sera
bientôt également accessible à distance grâce à l’Internet. La
médiathèque sera un lieu de rayonnement de l’éducation artistique et
culturelle, qui est désormais une priorité de mon ministère et de celui
de l’éducation nationale, comme je l’ai montré, la semaine dernière, à
l’école du Louvre, en installant, aux côtés de mon collègue Gilles de
Robien, le Haut Conseil à l’éducation artistique et culturelle.

La Médiathèque sera en mesure de répondre aux besoins d’orientation
des musiciens amateurs, des musiciens professionnels, et de tous
ceux qui veulent s’informer, s’instruire, chercher, et trouver ici des
réponses à leurs questions.

Les démonstrations que nous avons vues témoignent d’une grande
maîtrise de l’outil technologique, qui permettra de visualiser, à
distance, des concerts donnés à la Cité, des partitions, des
documents. Les trésors rassemblés ici n’y resteront pas confinés. Ils
seront à terme disponibles dans les régions, et au-delà de nos
frontières.

Je souhaite en effet que la France joue un rôle dynamique dans le
domaine de l’ingénierie culturelle, pour faciliter les mises en réseau au
niveau européen, pour favoriser le rayonnement universel de nos
créations et de nos productions. Cela me paraît essentiel, dans un
monde, dont la musique permet de surmonter les cloisonnements, les fractures, les frontières, pour créer des liens sociaux, culturels et
humains, tout en contribuant à l’épanouissement de chacun.

C’est en ce sens que ce lieu mérite son si beau nom de Cité de la
musique. Dix ans seulement après sa naissance, avec cette nouvelle
réalisation résolument tournée vers l’avenir, la Cité confirme toute la
valeur et la pertinence de son rôle fédérateur au sein de notre vie
musicale avec, bientôt, la nouvelle extension de son action et de son
public, permise par la réouverture de la salle Pleyel ; et aussi, peutêtre,
comme j’ai cru comprendre que certains le souhaitent ardemment
– car rien ne m’échappe ! – une relation privilégiée avec un nouvel et
grand équipement, tant attendu par les mélomanes, récemment
annoncé par le Premier Ministre.

Oui, ici, la musique est vraiment au coeur de la Cité.

Je vous remercie.

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