Donation du Prince Alwaleed, (sous la forme d’une « lettre-accord »), en faveur du département des Arts de l’Islam du musée du Louvre
Monseigneur,
Madame la directrice des musées de France,
Monsieur le Président du musée du Louvre,
Mesdames et Messieurs,
La France reçoit, Monseigneur, le don que vous lui faites, avec la plus extrême
reconnaissance. Elle a conscience de la double dimension du geste qui est le
vôtre : c’est un acte d’une exceptionnelle générosité. C’est aussi un message
de conviction dans la primauté du dialogue des cultures.
Dans un monde où la violence s’exprime individuellement et collectivement, où
la haine fait irruption et impose son expression de terreur, vous osez affirmer la
conviction qui est la vôtre, qui est la nôtre, que le dialogue des peuples et des
cultures, la richesse des patrimoines, les valeurs de partage sont les réponses
de l’intelligence à l’expérience amère des conflits.
Là où semblent prévaloir la confusion des doctrines, la perte des repères et
l’oubli des racines, vous nous proposez les leçons inestimables du patrimoine,
la compréhension des traditions et les richesses infinies de l’histoire de l’art.
La contribution que vous consentez ne s’adresse pas au Louvre par hasard.
Car le Louvre n’est plus seulement aujourd’hui un musée, et quel musée ! … le
plus grand des musées, la vitrine du patrimoine de la nation française.
C’est
désormais un instrument essentiel pour le dialogue des cultures et la
préservation de leurs diversités conformément à la position défendue
inlassablement par la France sur la scène internationale.
En annonçant au début de l’année 2003, sa décision de créer au sein du
musée du Louvre un huitième département consacré aux arts de l’Islam, le
Président de la République a défini la portée d’un tel projet. Ce nouveau
département doit conforter de façon visible, la vocation universelle de ce grand
musée. Il a ainsi déclaré – et je cite ses propos – qu’un tel projet doit « rappeler
aux Français et au monde l’apport essentiel des civilisations de l’Islam à notre
culture ».
A la suite de cette décision, du Président de la République, l’Etat a dégagé les
moyens de mise en oeuvre d’un tel projet, ambitieux par sa valeur
d’investissement, par les contraintes de sa mise en oeuvre dans cet ancien
palais des rois de France, par l’ambition de son programme architectural.
Comment en effet ne pas être conscients de la portée culturelle, artistique et
politique d’une telle décision : l’Islam a donné naissance à des expressions
parmi les plus raffinées et les plus riches de l’histoire de l’art. Elles seront
désormais connues et comprises par les millions de visiteurs du Louvre,
Français ou venus des quatre coins du monde.
Les nouveaux espaces du département des arts de l’Islam permettront, à partir de
2009, de multiplier par quatre les surfaces disponibles d’exposition, pour présenter
au public l’essentiel des 10 000 pièces qui, augmentées et enrichies d’acquisitions
et des dépôts de l’Union des arts décoratifs, constituent d’ores et déjà l’une des
plus riches, des plus belles et des plus variées collections du monde, désormais
installée au coeur du musée, dans la cour Visconti. Elle offrira une présentation
spectaculaire, intelligible, et globale de l’exceptionnelle diversité du monde
islamique, répartie sur treize siècles et trois continents.
C’est la contribution exceptionnelle que vous consentez, Monseigneur, qui,
associée à l’effort de l’Etat, aura rendu possible un projet aussi vaste.
Cette contribution, l’une des plus élevée dans l’histoire du mécénat individuel en
France, honore votre générosité exceptionnelle. Votre geste témoigne aussi des
traditions de générosité du monde musulman. Il exprime enfin les liens particuliers
d’amitié qui unissent l’Arabie Saoudite et la France.
Petit-fils du Souverain Abdul Aziz Ibn Séoud, fondateur de l’Arabie Saoudite, vous
êtes né, Monseigneur, au coeur de la dynastie régnante de votre pays.
Mais vous
êtes aussi un acteur du monde contemporain dont l’activité industrielle et financière
s’est développée à mesure de ses nombreux succès dans les secteurs les plus
variés de l’activité économique, immobilière, de télécommunication et de média, de
loisirs, d’hôtellerie, d’informatique, d’électronique, de commerce et de construction
automobile.
Cette carrière remarquable d’entrepreneur et d’investisseur international vous a
valu de nombreuses distinctions dans différents pays du monde, témoignant ainsi
de la reconnaissance de la communauté économique et financière.
Vous donnez aujourd’hui une preuve éclatante de ce que certains savaient : vous
êtes un ami de la France. Parmi les nombreux pays où vous avez développé vos
activités, la France occupe une place de choix. Ceux qui vous connaissent savent
aussi que vous êtes un homme de coeur, comme en témoigne votre inlassable
mobilisation humanitaire en faveur de la construction de logements et de la lutte
contre la pauvreté, dans les efforts que vous déployez pour soutenir de très
nombreuses institutions à vocation scientifique, éducative et culturelle, dans votre
pays et dans sa région, comme au Caire ou au Liban, par le biais de la fondation
humanitaire Al Walleed Bin Talal. C’est ainsi que vous êtes récemment intervenu
en faveur des victimes du Tsunami.
Aujourd’hui comment démontrer de façon plus éclatante que vous êtes également
un artisan convaincu de la culture ?
Vous l’exprimez magnifiquement en prenant une part essentielle à ce grand projet
qui va modifier profondément le rôle, le fonctionnement, la présentation et la visite
du plus grand musée du monde.
