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Remise des prix Alexandre Varenne

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de remettre aujourd’hui les prix de la
Fondation Alexandre Varenne et Marguerite Varenne pour la presse et
la communication.

Les jurys qui ont choisi les lauréats que j’aurai l’honneur de distinguer
dans un instant font vivre l’esprit du créateur du quotidien La
Montagne, ainsi que celui de son épouse.

Le nom même d’Alexandre Varenne est lié à l’essor de la Troisième
République et des grandes lois qui ont établi dans notre pays les
grandes libertés dont nous jouissons aujourd’hui, au premier rang
desquelles la liberté de la presse, que Benjamin Constant appelait « le
droit des droits ».

Alexandre Varenne se décrivait lui-même comme un « enfant de la
République », en résumant ainsi la brillante carrière qui le mena de
l’école à l’université, puis à la politique et au barreau, sans jamais
cesser d’exercer ce métier qui est aussi une passion, le journalisme : « Nous autres, petit-fils d’un modeste paysan, nous
avons pu gravir quelques échelons vers les sommets, sans passedroit,
sans protection, par notre seul effort, par nos seuls moyens ».

Oui, c’est dans cet esprit que votre Fondation s’est donnée pour but,
non seulement de promouvoir la presse et la communication, mais
aussi d’encourager les jeunes aux professions et aux métiers qu’elles
peuvent offrir. Vos prix, en récompensant de jeunes talents dans les
différents domaines de la communication, en portent chaque année le
témoignage vivant, ainsi que les bourses d’étude que vous mettez en
place pour les jeunes désireux de s’orienter vers ces métiers
passionnants, exigeants, difficiles, et parfois, hélas trop souvent,
dangereux, comme nous le rappelle la disparition de Florence
Aubenas et de son accompagnateur Hanoun Al-Saadi, dont nous
sommes toujours sans nouvelles confirmées depuis le 5 janvier. Je
vous demande en cet instant d’exprimer une pensée pour eux.

Nous faisons face, grâce à la mobilisation permanente de tous les
services de l’Etat, à cette inquiétude, à cette incertitude, qui
augmentent chaque jour mais qui n’entament pas notre espoir de
recevoir un signe, une nouvelle, qui puisse, enfin, nous rassurer.

Avant de féliciter les lauréats, je tiens à vous dire combien je suis
sensible au fait que le prix Alexandre Varenne des journalistes
reporters d’images récompense des jeunes élèves des plus prestigieuses écoles de journalisme, le CFJ de Paris et l’ESJ de Lille,
dont nous avons célébré le 12 novembre dernier le 80e anniversaire.

En disant cela, je suis peu suspect de partialité, car vous le savez
sans doute, je suis l’élu d’une ville, Tours, qui accueille au sein de son
IUT une autre école reconnue par la profession.

Votre prix récompense le talent, l’engagement, l’acuité du regard de
ces jeunes journalistes. Il récompense aussi le professionnalisme, qui
est une exigence constante du métier, notamment acquise au sein de
ces écoles, dans les formations initiales et continues, générales et
spécialisées.

Face aux bouleversements des techniques, des connaissances, d’un
monde qui est devenu celui des médias, nous avons plus que jamais
besoin de votre talent, de votre expérience, et de votre capacité à
hiérarchiser, à interroger et à mettre en perspective les évènements et
les enjeux de l’actualité. En tant que ministre de la communication, je
vous redis ici toute l’importance du rôle des journalistes, dans la
diversité des modes d’exercice de leur métier, au coeur de la société
d’aujourd’hui.

Vos prix rendent compte de cette diversité en récompensant, non
seulement des jeunes journalistes reporters d’images, mais aussi des
journalistes de la radio, des journalistes de la presse hebdomadaire régionale et départementale, et des journalistes de la presse
quotidienne régionale et départementale.

Vous comprendrez que devant les successeurs d’Alexandre Varenne,
je vous dise un mot de cette presse écrite, qui est aujourd’hui
bousculée, malmenée, par de nouvelles habitudes de consommation,
par l’essor des nouvelles technologies, par l’immédiateté de l’instant,
qui privilégient le fait brut, plutôt que le commentaire, l’analyse et la
réflexion ; par la culture de la gratuité, par le marketing qui préfère le
produit formaté par le marché à l’expression de la pensée, qui, elle,
est contraire à l’uniformisation du discours.

La presse régionale et départementale, qu’elle soit quotidienne ou
hebdomadaire, parce qu’elle est une presse de proximité, parce
qu’elle est particulièrement attentive et proche de ses lecteurs, et de
leur environnement quotidien, se porte relativement mieux que
l’ensemble de la presse écrite, et surtout que la presse nationale
d’information politique et générale. Ainsi les 33 journaux de la presse
quotidienne régionale rassemblent chaque jour 18 millions de
lecteurs. La presse hebdomadaire régionale est lue quant à elle, par
6,5 millions de lecteurs réguliers.

Elle n’en subissent pas moins, je le sais, des difficultés, en raison de
la stagnation de la publicité, mais aussi d’une tendance à l’érosion
d’un lectorat qu’elle s’efforce néanmoins de fidéliser. Et elle y
parvient, je dois le dire assez bien, en entretenant et en renforçant ses liens avec la vie de ses lecteurs, qui sont avant tout des liens
civiques, des liens actifs, qui expriment toute la diversité et toute la
vitalité démocratique mais aussi associative, sociale, culturelle,
locale.

Sans doute aussi, en un temps où je lis à la « une » d’un quotidien
emblématique de la presse nationale, que les Français seraient
atteints de « sinistrose », parce qu’elle n’hésite pas à parler des trains
qui arrivent à l’heure, des initiatives, des engagements, des solidarités
concrètes, des créations et des talents de nos concitoyens et du
rayonnement de nos territoires.

Je suis convaincu que le dynamisme de la presse quotidienne et
hebdomadaire régionale et départementale les aidera à surmonter les
difficultés actuelles. L’Etat, vous le savez, se tient aussi à ses côtés,
pour consolider le pluralisme et donc la liberté de la presse dont vous
êtes l’expression même et qui sont au fondement de notre démocratie.

Vous savez que, cette année, mon budget enregistre une hausse sans
précédent des aides à la presse. La réforme du fonds d’aide à la
modernisation et à la distribution de la presse permettra à la presse
quotidienne régionale et départementale, ainsi qu’à la presse
hebdomadaire régionale, de disposer d’un soutien accru à leurs
projets de modernisation. La réforme du fonds d’aide à la presse
hebdomadaire régionale, qui a bénéficié, en 2004, à 186 titres (sur près de 250) permettra également de soutenir le dynamisme de cette
presse, qui est aussi l’une des plus anciennes de la presse française.

En plus de tous ces moyens, je compte particulièrement sur les
propositions que vous allez me faire d’ici la fin du mois prochain, en
faveur de la lecture de la presse par les jeunes. Une somme de 3,5M€
pourra être mobilisée cette année pour ces mesures.

En effet, si vos jeunes lauréats sont l’avenir du journalisme, l’avenir
de la presse repose essentiellement sur les jeunes lecteurs
d’aujourd’hui qui sont vos lecteurs de demain. Et nous retrouvons ici
les valeurs, chères à Alexandre Varenne, qu’il nous appartient de faire
progresser, en défendant la diversité et en promouvant le pluralisme,
qui est d’abord celui de vos plumes, de vos micros, de vos caméras,
qui nous informent sur notre monde, proche ou lointain, où l’histoire
est faite des évènements que vivent les hommes chaque jour.

Je vous remercie.

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