Allocution à l’occasion du concert interconfessionnel D’une seule voix à Jérusalem
Juifs, Musulmans, Chrétiens – Melkites, Romains, Orthodoxes, Arméniens – en grec, en arabe, en latin, en arménien, en hébreu, c’est une même voix, oui, une seule voix. Une voix plus forte que le chaos du monde. Une voix dont l’écho, venu du fond des âges, résonne aujourd’hui dans nos cœurs et dans nos esprits… Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
C’est un moment très particulier, où se mêlent l’émotion, l’amitié et le cœur, qui nous rassemble ce soir.
L’émotion de cette rencontre dans la ville de Jérusalem, en ce lieu qui revêt pour nous tous une très profonde signification. Un lieu où nous avons tous des attaches, des racines spirituelles et culturelles communes.
L’émotion vibre dans chacune de ces voix, dans chacun de ces admirables chants. Des chants sacrés, qui témoignent tous, dans leur langue, de la foi de ces fils et filles d’Abraham, issus des trois religions du Livre présentes sur cette Terre Sainte. Des chants de foi, oui. Des chants d’amitié, aussi. Des chants d’amour. Chacun, dans leur tradition, dans leur langue, dans leur mélodie, ils révèlent une mosaïque de mots et de sons, d’émotions et de rythmes, d’histoire et de traditions qui s’entremêlent, s’influencent et s’enrichissent mutuellement. Dans leur extraordinaire variété, toutes ces voix expriment une même quête, un même appel, un même cri, d’une beauté, d’une pureté et d’une intensité qui nous prend le cœur.
Juifs, Musulmans, Chrétiens – Melkites, Romains, Orthodoxes, Arméniens – en grec, en arabe, en latin, en arménien, en hébreu, c’est une même voix, oui, une seule voix. Une voix plus forte que le chaos du monde. Une voix dont l’écho, venu du fond des âges, résonne aujourd’hui dans nos cœurs et dans nos esprits. Une voix qui porte depuis cette église Notre-Dame de Jérusalem, bien au-delà de ses murs. Une voix qui arrache à chaque instant quelque chose à la haine et à la violence. Une voix qui est un message adressé à l’humanité et d’abord à toutes les femmes et à tous les hommes qui font de cette cité plus qu’une ville, plus qu’un idéal, plus qu’un symbole. Cette voix, c’est celle du respect. De l’espérance. De la vie. Cette voix, c’est la voix de la paix.
André Malraux disait – à Paris, à l’occasion du centenaire de l’Alliance israélite universelle – : « Dans toutes les épopées qui, sous le nom d’histoire, contribuent à exalter ou à former les hommes, il existe une heure où le destin hésite à la croisée des chemins ».
A la croisée des chemins où nous sommes aujourd’hui, le concert que nous venons de vivre, l’émotion que nous venons de ressentir, la rencontre à laquelle nous participons, nous montrent combien, au-delà des chants sacrés, la musique, l’art, le patrimoine, la culture, la création, ont un rôle essentiel à jouer pour construire une nouvelle harmonie fondée sur le dialogue. Dialogue des cultures, dialogue des religions, dialogue des civilisations. Un dialogue fondé sur la connaissance et la reconnaissance de la richesse de l’identité et Un dialogue qui nous élève vers cette valeur suprême que nous avons en partage. Une valeur héritée de nos traditions et que nous avons le devoir de passer aux générations actuelles et à venir : la valeur de l’esprit. Telle est la voix que nous avons entendue ce soir : la voix de l’avenir.
Car cet événement unique a été longuement préparé et aura bien des prolongements. Parmi ceux-ci, il en est sur lequel j’attire dès maintenant votre attention. Après avoir réuni séparément sur un même disque tous ces chants, il y a un an, c’est un nouvel enregistrement qui vient d’être fait ce soir de ce concert, qui restera ainsi gravé dans les mémoires.
Je tiens à remercier très chaleureusement les organisateurs, Daniel et Noëlle Rondeau, ainsi que Madame Dieumegard.
Et celui sans qui cette exceptionnelle soirée n’aurait pu avoir lieu : Jean-Yves Labat de Rossi, qui sait que la force d’une seule voix est plus forte que l’oubli, plus forte que la haine, plus forte que la guerre.
Je remercie enfin toutes celles et tous ceux qui, en chantant ce soir, en ce lieu, ont apporté à l’humanité une part de lumière, une part d’universel, sur laquelle bâtir le dialogue, créer et poursuivre la rencontre du meilleur de l’homme au cœur de chaque civilisation. Cette part, nous l’emportons ce soir chacun avec nous, avec la volonté et la responsabilité de la faire progresser.
Du fond du cœur, je vous remercie.
