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Ouverture de l'Année Italienne à Chambord

Madame le Sénateur,

Messieurs les Députés,

Monsieur le Maire,

Messieurs les Présidents,

Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Préfet,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’inaugurer cette magnifique exposition « de l’Italie à Chambord,
François 1er, la chevauchée des princes français ».

Chambord : un domaine symbolique du patrimoine commun de l’humanité dont nous avons
la charge et où nous accueillons un public qui a rendez-vous ici avec l’art et avec l’histoire.

Chambord, comme le Louvre et Versailles, c’est un lieu mythique, un lieu hautement
symbolique du pouvoir royal. Un pouvoir qui n’était pas fixé en un point précis mais se
déplaçait au gré des mouvements du roi et de sa cour.

Oui, ici nous avons rendez-vous avec l’histoire : l’histoire de la France, l’histoire de l’Italie,
l’histoire de l’Europe. Car c’est au fond une seule et même histoire que nous rendent
présents les illustres témoignages rassemblés par les commissaires de l’exposition, que je
tiens à remercier, Madame Arminjon, Monsieur Lavalle, Madame Chatenet et Monsieur
d’Anthenaise.

Oui, ce sont les racines de notre culture humaniste qui revivent ici grâce à vous. Grâce aussi
à la magie de Chambord, le plus grand, le plus illustre château de ce Val-de-Loire cher à
notre coeur, cher au coeur des Français et des millions de visiteurs qui viennent ici à la
recherche de l’âme de l’Europe. A la recherche aussi d’un idéal de bonheur et d’un certain
art de vivre chanté par les poètes. C’est sans doute ce « doux vivre » évoqué par Clément
Marot qui nous retient encore dans le regard de la Joconde ou de la Belle Ferronnière :

« … Sous bel ombre, en chambre et galeries
Nous promenant, livres et railleries,
Dames et bains, seraient les passe-temps,
Lieux et labeurs de nos esprits contents…
Le chien, l’oiseau, l’épinette et le livre,
Le deviser, l’amour (à un besoin),
Et le masquer, serait tout notre soing. »

Au-delà de cet art de vivre, c’est l’Europe de l’intelligence et de l’esprit qui fut au coeur de la
rencontre entre la France et l’Italie. Rencontre des princes, des artistes, des poètes et des
savants qui se fît dans les toutes dernières années du XVe siècle et les toutes premières
années du XVIe siècle. C’était le début de la Renaissance et de l’idéal d’un homme complet
qui saurait conjuguer l’élan de la pensée et une sensation esthétique tout à fait nouvelle.

Bien sûr, cette épopée artistique et culturelle commença dans la guerre. Cette exposition
évoque les campagnes d’Italie, les guerres où s’illustra le tout jeune François 1er et son
chevalier Bayard, avec au centre de cette évocation, la célèbre victoire de Marignan qui
demeure, sans doute, la date la plus connue de l’histoire de France. La toute-puissance du
roi se nourrit de ces batailles. C’est sous son règne qu’apparut l’expression « Votre Majesté
» jusque-là réservée à l’Empereur. Mais très vite le roi chevalier s’érige, sur le modèle des
mécènes italiens, en grand protecteur des arts et des lettres. Et il est particulièrement
émouvant de découvrir ici l’unique Codex Leicester, l’un des sept ouvrages rédigés par
Léonard avant que François 1er le fit venir en France.

Nous avons la chance extraordinaire de découvrir ces pages de la main de Léonard, où le
génie le plus accompli de la Renaissance médite sur la mystérieuse beauté des éléments,
sur la certitude du rythme éternel de l’eau et de la terre.

Comment ne pas être fasciné par le souffle stimulant d’une création en marche, par le
rayonnement d’un « astre immense » ? Ce n’était pourtant qu’un homme : et l’erreur est
humaine. Le plus grand savant de tous les temps a pu errer puisque, d’après le très beau
catalogue de l’exposition, le Codex, « démontre » que la lune n’a aucune influence sur le
mouvement des marées !

Grâce à Bill Gates, et à René Monory, et sur l’intervention du Président de la République, ce
trésor nous est désormais accessible. Nous pouvons leur en être particulièrement
reconnaissants. Les foules venues du monde entier se presser devant la Joconde nous le
prouvent chaque jour, vous nous le prouvez à votre tour : « il n’y a pas de doute, dans le ciel
de France, le soleil de Léonard ne s’est pas éteint ».

Dans quel autre lieu que Chambord pouvait-on mieux faire passer ce souffle de la
Renaissance, ce souffle d’une Europe de l’esprit qui amena François 1er à recruter dans
l’Europe entière les « lecteurs royaux » qui formeront plus tard le Collège de France ?

Les échanges d’étudiants dans l’Europe d’aujourd’hui sont imprégnés par l’esprit de ce
temps, puisqu’ils sont placés sous le signe de l’un de ses plus prestigieux savants.

Et le programme d’action de l’Union européenne en faveur de la formation professionnelle
porte le nom de Leonardo.

Oui, Chambord, c’est la fusion, de l’art, du monument, de l’histoire et du présent. C’est la
raison pour laquelle Xavier Patier, ancien commissaire, l’appelle le « château absolu ».

Il y a à Chambord un autre aspect du patrimoine, que je tiens à mettre en valeur. Là aussi,
l’héritage de François 1er et de la Renaissance prend un relief très moderne : c’est, sinon la
fusion, en tout cas la rencontre de la culture et de la nature.

Le plus vivant témoignage nous en est donné par ce magnifique parc qui est aussi le plus
grand enclos forestier d’Europe, avec l’équivalent de la superficie de Paris ! C’est aussi,
Monsieur le Maire, au sein de cet ensemble, le patrimoine d’un authentique village, d’une
commune vivante, qui est tout sauf un musée !

C’est encore un patrimoine naturel exceptionnel par sa faune et sa flore, un patrimoine
cynégétique également. Je tiens à remercier pour son partenariat constant avec le domaine,
la Fondation de la maison de la chasse et de la nature, qui s’est associée étroitement à cette
exposition.

Je suis convaincu que cette complémentarité entre le château et le parc prend tout son sens
aujourd’hui, afin que les visiteurs qui viennent ici admirer le patrimoine naturel puissent
également mieux connaître le patrimoine architectural et monumental.

J’y vois une grande fidélité à l’esprit des lieux et à François 1er, puisque Chambord fut
d’abord – faut-il le rappeler – un immense relais de chasse. La chasse était l’activité préférée,
sinon principale, du roi au grand étonnement de vos lointains prédécesseurs, Monsieur
l’Ambassadeur d’Italie. La chasse était alors un privilège. Elle se confondait avec l’exercice
du pouvoir.

La chasse est toujours un art de vivre. Elle apporte aujourd’hui beaucoup à la connaissance
et à la protection de la nature, dont Montaigne disait déjà qu’elle est un « doux guide » –
l’homme n’avait alors pas conscience, pour vivre en harmonie avec elle, de devoir inventer le
« développement durable ». C’est aussi cela qu’il convient de mettre en valeur à Chambord,
pour répondre à la fois à une forte demande et à un besoin profond du public d’aujourd’hui.

C’est cette dynamique, qui permet de fidéliser et de conquérir de nouveaux publics, que je
souhaite mettre en mouvement à Chambord. La création, à partir du 1er janvier prochain
d’un établissement public national nous offrira un outil au service de cet objectif.

Cette structure donnera une cohérence nouvelle à l’exploitation de l’ensemble de Chambord,
l’ensemble exceptionnel du château et du domaine. C’est le projet de loi en cours de
discussion devant le Parlement sur le développement des territoires ruraux qui permettra de
créer ce nouvel établissement public.

Notre patrimoine, et c’est l’une de mes convictions fortes, appartient à tous. Il doit être ouvert
à tous. C’est dans cet esprit que la culture apporte une contribution que je crois déterminante
à la cohésion sociale aujourd’hui. Parmi les moyens utiles, qui sont aussi du ressort de mon
ministère, car je tiens beaucoup aux liens entre culture et communication, il y a l’usage
intelligent des nouvelles technologies.

Et je suis très heureux d’inaugurer ici non seulement cette magnifique exposition mais aussi
cette grande première pour un monument historique existant : l’entière modélisation de ses
volumes, de ses façades, de ses ornements et la restitution de ces données sous forme d’un
film en images de synthèse d’une haute définition.

L’apport du film numérique à la connaissance du château en fait un outil pédagogique et
scientifique sans précédent pour lire en toute clarté son architecture complexe. Je tiens à
remercier l’association des Amis de Chambord et les entreprises mécènes, les laboratoires
Pierre Fabre et la Fondation EDF.

Cette exploration virtuelle ouvrira plus largement Chambord au public. A tous les publics.

Les personnes qui ne peuvent atteindre les terrasses ni parcourir les étages, et parmi elles,
les personnes handicapées, y trouveront des informations essentielles sur le monument. Je
me réjouis que les nouvelles technologies répondent efficacement au désir de connaissance
de chacun, tout en permettant à tous ceux que les langages traditionnels excluent, ou qu’une
mobilité réduite affecte, d’entrer à leur tour dans le monument.

Ainsi, le chantier de l’accessibilité avance, puisque le rez-de-chaussée est maintenant
accessible avec l’ouverture d’une piste de visite. Des véhicules électriques permettent
également enfin l’accès autonome au parc, grâce à l’action déterminée du ministère, et au
soutien du conseil général et de l’association des Amis de Chambord que je tiens à
remercier. Nous pouvons tous nous en féliciter. Il faut nous mobiliser pour continuer cet effort
afin que Chambord, labellisé l’an dernier à l’occasion de l’année européenne des
handicapés, demeure un monument exemplaire de la contribution de la culture à la cohésion
sociale, si nécessaire à notre temps.

André Malraux disait que notre civilisation exprime volontiers ce qu’elle apporte dans le
vocabulaire de celles qui l’ont précédée. En s’ouvrant à tous les publics, Chambord tient
aujourd’hui les promesses de l’humanisme dont il est le symbole.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

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