Elargissement
10 millions d’hommes et de femmes ont ce week-end rappelé la force du peuple, du suffrage universel, du vote. Les pas sur les chaussées des grandes capitales du monde sont les nouveaux bulletins de vote des temps actuels. Sans les règles qui garantissent la représentativité, mais avec la réalité et la force de la spontanéité et souvent de la générosité.
Ce retour en force du principe démocratique est salutaire. Les dirigeants ne tiennent en effet leur légitimité que du vote. Les décisions politiques, leur force et leur réalité que de la ratification par le Parlement ou par les citoyens eux-mêmes.C’est vrai pour l’attitude à adopter dans la crise irakienne. C’est aussi vrai pour le futur débat sur l’élargissement de l’Union européenne qui s’annonce.
Attention à l’absence de sincérité et d’engagement véritable des nouveaux candidats à l’Union européenne ! Attention aux décisions qui choquent à juste titre les « vieux » Européens ! L’exemple polonais, où le gouvernement après avoir âprement discuté le chèque agricole achète dans la même foulée les F 16 américains…, est à cet égard un cas d’école parfait de ce que la décence politique bien comprise devrait permettre d’éviter. La liberté des échanges commerciaux existe bien sûr. La provocation reste un risque que certains devront assumer.
Le raidissement des opinions publiques des 15 que nous appréhendons et que nous constatons risque de se nourrir d’un comportement européen, à éclipses, à géométrie variable, au gré des influences, des intérêts conjoncturels, des pressions plus ou moins déguisées.
La réunification de l’Europe est certes autant une chance qu’un devoir, une opportunité nouvelle qu’un défi. Pour rassembler et susciter l’adhésion générale, pour triompher des égoïsmes et des frilosités toujours présentes, un peu d’intelligence, un minimum d’habilité de la part des impétrants actuels ou futurs n’est pas superflu…
Le bras d’honneur est à radier de la liste des prescriptions politiques remboursées par le système européen… Ce n’est pas entretenir un climat d’affrontement artificiel bloc américain contre bloc européen que de le rappeler ces jours-ci !
Le Président de la République française, Jacques Chirac, a eu raison lundi de rappeler à l’ordre les « nouveaux », en stigmatisant leur « inconscience des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine. »
La concertation entre Européens est une priorité. Elle ne signifie pas l’alignement automatique, l’esprit de caserne. Elle doit être un réflexe, surtout pour les pays comme la Roumanie et la Bulgarie dont l’adhésion a été repoussée à au moins 2007.
Elle est une prudence dès lors qu’il va nous falloir convaincre dans chacun des 15 pays actuellement membres de l’Union européenne.
Certains choisiront la voie parlementaire pour ratifier l’élargissement. D’autres le référendum, plus fort et solennel mais plus incertain et précaire. La démarche des futurs membres et des candidats risque dans cette perspective de renforcer un sentiment d’hostilité au sein des opinions publiques.
« Or il suffit d’un seul pays qui ne ratifie pas par référendum pour que ça ne marche pas. »
Pour que s’enclenche la dynamique européenne, aujourd’hui contrecarrée par les divergences politiques relatives à la légitimité de l’intervention armée en Irak, un peu de rigueur s’impose.
Sans redéfinition des priorités politiques réelles, l’Europe peut offrir de nombreuses brèches dans lesquelles s’engouffrent ceux qui redoutent la puissance de notre union. Jacques Chirac a eu raison de le rappeler avec l’autorité de son expérience.
