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Point presse relatif à la signature de l’accord intergouvernemental permettant la création d’un musée universel qui portera le nom de Louvre Abou Dabi

Posted By admin2011 On 7 mars 2007 @ 17:22 In Discours 2007 | No Comments

(…) Parce que chacun peut craindre le choc des civilisations, le choc des
religions, le choc des cultures, eh bien, nous avons à coeur de créer des
ponts, de créer des passerelles. Et dans un univers où la mondialisation
sévit, où elle est parfois une chance, et parfois une menace, il est plus que
jamais nécessaire de lutter contre l’uniformisation, de lutter contre la
marchandisation, et de faire en sorte que les oeuvres de l’art et de l’esprit
soient présentées au plus grand nombre. La France a donc travaillé avec
beaucoup d’attention avec les autorités d’Abou Dhabi pour mener à bien ce
projet. Ce projet devient réalité. Hier, j’étais à Abou Dhabi en présence
d’une importante délégation française, de la directrice des Musées de
France, du président du Louvre, du président du musée du Quai Branly, de
la directrice du musée Picasso, d’un certain nombre de grands
responsables culturels français, pour signer cet accord. Cet accord est une
chance pour nos deux pays.

Nous prenons l’engagement de participer,
d’animer, de créer, un très grand musée qui s’appellera le Louvre Abou
Dhabi. Ce projet ne remet aucunement en cause les principes sur lesquels
sont fondées la politique culturelle française et la politique des musées en
France. Vous savez que certains rapports – chacun a le droit de s’exprimer
– ont préconisé que les oeuvres détenues dans nos musées puissent être
vendues. Le Gouvernement a répondu officiellement, haut et fort, qu’il n’en
était pas question et que ce n’était d’aucune manière une perspective pour
la majorité présidentielle. Et donc, le caractère inaliénable du patrimoine
détenu par les musées de France, quel qu’il soit, c’est un principe
intangible de la République et de la politique culturelle que nous menons.

Et vous savez très bien que pour les biens privés, cette prérogative peut
d’ailleurs s’exercer chaque fois que l’Etat le décide, et interdit de sortie du
territoire national une oeuvre. Mais en ce qui concerne le patrimoine détenu
par nos musées, il n’est pas question, d’aucune manière, d’en modifier le
statut. De la même manière que je tiens, en évoquant ce projet et cette
perspective, à rendre un hommage solennel au travail de toutes celles et
ceux qui contribuent à la réussite et à l’attractivité de nos musées. Qu’il
s’agisse des conservateurs, qu’il s’agisse des historiens de l’art, qu’il
s’agisse de celles et ceux qui ont la charge de la restauration des oeuvres,
qu’il s’agisse de toutes les fonctions essentielles à la vie d’un musée, des
fonctions d’accueil, des fonctions de surveillance, bref, de toutes les
fonctions qui sont indispensables au rayonnement de nos musées : – en
bien, rien n’est remis en cause dans ces responsabilités et dans ce projet,
bien au contraire.

C’est pour notre pays un motif de fierté. Parce qu’avoir la charge de créer
un musée universel qui soit un symbole et qui soit, à la manière française,
à la manière dont le Louvre, à la manière dont les principaux musées de
notre pays assument leurs responsabilités, c’est un symbole très fort,
puisqu’il ne s’agira pas de présenter uniquement des oeuvres de telle ou
telle époque, mais de faire vivre dans un même lieu le patrimoine le plus
emblématique de la culture de notre pays ou de la culture européenne ou
de la culture universelle, dans un souci également de rencontre avec l’art
contemporain. Et donc, ce projet est un magnifique projet que nous avons
étudié avec beaucoup d’attention.

Les engagements que nous avons pris concernent une période de trente
ans, puisque c’est ce qui a été décidé dans le contrat que j’ai signé hier.

Avec toute une série d’étapes que l’on pourra vous détailler, ou on pourra
répondre à vos questions, – mais de toute façon vous avez un dossier qui
est assez bien fait. Je voudrais dire que sur le plan architectural, ce projet
qui est conçu par Jean Nouvel l’architecte du musée du Quai Branly et de
beaucoup d’autres projets de par le monde, – ce musée comprendra 6000
m2 de galeries permanentes qui ouvriront par tranches ; 2000 m2 de
galeries d’expositions temporaires ; il disposera d’espaces d’accueil et de
services culturels et pédagogiques. Et donc l’ensemble des superficies de
ce Louvre Abou Dhabi est de 24 000 m2.

Nous avons pris un certain nombre d’engagements, de présentations
d’oeuvres issues des collections françaises des musées de France, – dont
une part significative en provenance des collections du Louvre. Et là
aussi, quelques ordres de grandeur je crois, sont importants à rappeler.

La tradition du Louvre et sa vocation universelle et son rayonnement font
que chaque année, entre les expositions internationales et les sorties
d’oeuvres sur le territoire français, c’est à peu près 1 400 oeuvres qui
sortent – j’allais dire des murs ou des réserves du Louvre pour être
présentées au public. L’engagement que nous avons pris concernant ce
musée, concernant donc le Louvre et d’autres musées français, est dans
un premier temps de 300 oeuvres avec une durée limitée d’exposition au
maximum, de 2 ans. Je crois que c’est très important à rappeler, sachant
d’autre part que, comme vous le savez, il y a un certain nombre d’oeuvres
qui ne quitteront jamais le territoire national : ni le musée du Louvre ni le
musée d’Orsay ni le musée Picasso ni aucun musée de France pour des
raisons de conservation, puisqu’il n’est pas question de la moindre
manière, de menacer l’intégrité physique des oeuvres. Nous avons donc
pris des engagements pour que ces expositions et ces collections
permanentes et les expositions temporaires soient de haut niveau. Je
rappelle ces chiffres pour tout simplement, faire mesurer clairement les
choses.

Deuxièmement, ce qui est très important, c’est de savoir aussi, et c’est
notre fierté, que selon les cas et selon les musées, c’est entre 5 et 10 %
des réserves des musées qui sont présentées aujourd’hui au public. Ce
qui veut dire que les projets nouveaux et que la participation à un certain
nombre d’expositions temporaires ou de collections permanentes, ne
menacent d’aucune manière l’attractivité du musée du Louvre, du musée
d’Orsay et des principales institutions culturelles qui participeront à cette
opération.

Bref, c’est un magnifique défi que nous relevons et je suis extrêmement
fier, avec Francine Mariani-Ducray et avec Henri Loyrette et avec
l’ensemble des responsables des grandes institutions culturelles de notre
pays, de l’avoir mené à bien.

Pour le mettre en oeuvre, il sera donc créé une Agence internationale des
musées de France qui permettra, à travers et autour de ce projet, et peut-être
autour d’autres projets, de mettre en oeuvre concrètement les
engagements que nous avons pris.

Cette agence regroupera les forces de travail et les compétences de
plusieurs grandes institutions nationales : Le Louvre, le Centre Pompidou,
le musée du quai Branly, le musée d’Orsay, le château de Versailles, le
musée Guimet, la Réunion des musées nationaux. Car le projet est d’une
ampleur et d’une complexité telles, qu’aucune des institutions nationales
françaises ne pouvait, à elle seule, le mener à bien en totalité. Bref, je
crois que ce projet est très emblématique de notre volonté de
rayonnement culturel extérieur.

J’étais très fier vendredi, d’être à la Nouvelle-Orléans, pour l’inauguration
de deux expositions. L’une faite par la BNF, sur quatre siècles d’amitié
entre la Louisiane et la France. L’autre par le Louvre, le musée d’Orsay et
par 45 musées nationaux, présentant une magnifique exposition sur le
thème de la femme, de Daumier à Picasso, avec 83 tableaux, qui ont
donc marqué la réouverture du musée de la Nouvelle-Orléans, pour faire
en sorte que cette ville retrouve son attractivité culturelle et artistique.

Nous somme et nous resterons très mobilisés sur ce rayonnement culturel
extérieur, de la même manière que j’ai rencontré le directeur du High
Museum d’Atlanta, pour lui dire à quel point nous étions fiers, nous
Français, du succès remporté par les différentes expositions du Louvre à
Atlanta.

Je salue, bien évidemment, dans cette opération, la possibilité pour nous,
d’interventions majeures et nouvelles pour la vie de nos musées en
France. Le Premier Ministre a rendu un arbitrage que je salue : les
moyens dégagés par cette opération ne seront pas versés abstraitement
dans les caisses de l’Etat, ni globalement au ministère de la Culture pour
des opérations de fonctionnement, mais seront directement affectés à des
opérations d’investissement concernant nos musées.

Notamment, chose très importante, qui va nous aider à relever un défi : la
mise en sécurité de nos réserves. Un Centre de réserves des musées de
France sera créé, notamment grâce aux produits de cette opération.

De la même manière, nous allons pouvoir accélérer un certain nombre de
politiques d’acquisition, qui sont essentielles pour toujours maintenir le
niveau d’exigence et d’attractivité, pour répondre à l’exigence scientifique,
légitime, des conservateurs de nos musées, qui parfois, pour telle
discipline, pour tel artiste, considèrent que nous devons acquérir un
certain nombre d’oeuvres supplémentaires. C’est évidemment quelque
chose de très important.

De la même manière, je salue les initiatives de soutien annoncées par les
Emirats Arabes Unis, notamment pour ce qui concerne l’aide qu’ils ont
décidé de nous apporter pour la restauration du château de
Fontainebleau.

Toute une série de décisions très positives sont prises pour que cette
opération fasse que, dans chacun de nos deux pays, il s’agisse,
évidemment, d’éléments très positifs.

Voilà, très simplement ce que je voulais vous dire.

Nous avons beaucoup de projets que nous allons formaliser, que nous
annoncerons dans les jours et les semaines qui viennent. Pour vous
montrer à quel point il s’agit à la fois d’un geste de présence, au moment
où la fureur du monde fait craindre l’intégrisme, le fanatisme et ce qui
concourt à la spirale du terrorisme. Considérer que la présentation
d’oeuvres d’art, que cet appel au coeur, que cet appel à l’intelligence, que
cet appel à l’ouverture d’esprit est une mission prioritaire, notamment d’un
pays comme la France, mais, en fait, de l’ensemble des pays du monde,
pour échapper à cette spirale dans laquelle nous sommes engagés : cette
opération est, de ce point de vue, très symbolique.

Elle dépasse de beaucoup la présentation d’oeuvres d’art. Par sa
localisation, par le symbole qu’elle représente, elle est, évidemment, la
volonté concrète de dialogue. Et je le dis à quelques jours de l’entrée en
vigueur définitive de la convention sur la diversité des expressions
culturelles, que nous avons fait adopter à l’UNESCO le dimanche 18
mars.

Nous avons discuté dans un climat particulièrement fructueux avec les
responsables d’Abou Dhabi, des Emirats Arabes Unis. Je crois pouvoir
vous dire que, sans attendre l’ouverture prévue pour la fin 2011 ou début
2012, du Louvre Abou Dhabi, les échanges vont commencer de façon très
opérationnelle. Aussi, pour permettre à un certain nombre de jeunes ou de
responsables d’Abou Dhabi de se former, de devenir d’authentiques
partenaires et des acteurs souverains, bien sûr, pour la gestion future d’un
tel musée. Il s’agit d’une grande coopération, une coopération que je
souhaite la plus fructueuse possible.


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