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I TELE/ LE FRANC-PARLER –FRANCEE INTER / LE POINT
Posted By admin2011 On 29 mai 2006 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
RDDV : Je dis que c’est une thématique politique qui n’est pas simple, parce que nous avons fait beaucoup de choses, il y avait des réformes qui étaient en panne et que la gauche n’avaient pas faites, mais qui étaient des réformes difficiles parce qu’elles supposaient des efforts consentis par nos concitoyens… Laurent BAZIN : Jacques CHIRAC le dit, lui-même, Renaud DONNEDIEU de VABRES est sympa. Mais ce charmeur, cet hôte hors pair, ce dandy, souvent drôle d’ailleurs lorsqu’il se lance dans une imitation du président dont il a le secret, est aussi un guerrier politique. Le ministre de la Culture est un combattant subtil, florentin, mais impitoyable. Il faut dire qu’il a été à très bonne école ; depuis vingt ans, dans l’ombre des cabinets ministériels, dans l’hémicycle et au gouvernement, il a beaucoup appris de la violence de la vie publique. Jeune énarque, il a été de toutes les tempête, par exemple aux côtés de François LEOTARD, souvent en cuisine, parfois les mains dans le cambouis. L’affaire du financement du Parti républicain lui vaudra d’ailleurs quelques sueurs judiciaires. Devenu plus tard le plus fidèles des chiraquiens, après avoir été balladurien, il n’hésitera pas à mouiller la chemise pour le président. Simple député, à partir de 2002, il accepte tous les duels, court les plateaux télé. Personne ne veut venir, prenez DONNEDIEU, dit-on à l’UMP. Cette stratégie du fantassin lui vaudra, deux ans plus tard, le ministère de la Culture, ça n’est pas un cadeau parce qu’on est en pleine guerre des intermittents. Alors il encaisse, et il encaisse encore les quolibets des grévistes, les cérémonies avortées, les critiques des stars, jusque la fronde de sa propre majorité, les députés de l’UMP dans la bagarre des droits d’auteur. Diplomate, il étouffe les incendies, trouve des compromis parfois très coûteux d’ailleurs, démine, ne dit rien, mais garde un chien de sa chienne à ceux qui l’ont défié, car l’animal est politique mais très rancunier. Ces temps-ci, il est souvent à Cannes, bien sûr, pour promouvoir le cinéma français. C’est qu’il a fini par s’y faire à ce métier de ministre de la Culture, et même par s’y plaire. Mais lorsqu’il descend sur la Côte d’Azur, il en profite pour faire la tournée des circonscriptions, car sous le costume policé du ministre, le guerrier est à nouveau prêt à en découdre. Monsieur le ministre de la Culture et de la Communication, bonsoir.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Bonsoir.
Laurent BAZIN :Cette émission avec Catherine PEGARD du POINT et Hélène JOUAN de FRANCE INTER risque d’être un peu animée, parce que l’actualité s’est un peu animée à nouveau, hier matin. Allez-y Hélène.
Hélène JOUAN : Parce que, effectivement hier matin, nous avons appris que Guy DRUT avait bénéficié d’une mesure d’amnistie individuelle prise par Jacques CHIRAC. Je rappelle qu’il avait été condamné dans l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France. Alors certains aujourd’hui parlent de République bananière, d’autres, les magistrats, en particulier, disent que c’est un retour des privilèges. Qu’est-ce que vous en pensez, vous, est-ce que c’est bien raisonnable, est-ce qu’il y a une justice pour les puissants, et est-ce qu’il y a une autre justice pour les citoyens lambda qui ne sont pas amnistiés ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous savez, je crois que la loi permet un certain nombre de décisions individuelles pour des citoyens qui ont particulièrement honoré leur pays. La décision prise par le président de la République sur la proposition du garde des Sceaux, c’est une décision pour que Guy DRUT continue à défendre les intérêts de notre pays au sein du Comité International Olympique. Bref, je crois que c’est tout simplement, il faut avoir le courage de le dire, l’intérêt national de faire en sorte que trois français, dont Guy DRUT, puissent continuer à ferrailler, à se battre comme des lions au sein du Comité International Olympique. Je crois que ça n’est pas une justice ou des décisions à deux vitesses, c’est la loi de la République. Si on considère que la loi de la République ne doit pas permettre ce genre de décisions, il faut changer la loi. Mais aujourd’hui, c’est la loi qui le permet.
Laurent BAZIN : … Le camp de votre majorité qui peut la changer la loi, donc elle ne va pas le faire en l’état des choses, évidemment.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Parce qu’il faut apprécier les situations, il a été apprécié par le président de la République que l’intérêt national était de faire que Guy DRUT puisse continuer à défendre, au sein du Comité International Olympique, nos intérêts. Voilà, je crois que…
Laurent BAZIN : C’est bien le moment… ?
Hélène JOUAN : Ce n’est pas franchement… oui ça tombe mal, non…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez…
Hélène JOUAN : Dans le climat actuel, on a parlé de CLEARSTREAM, ça fait un mois qu’on parle de CLEARSTREAM…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : La décision devait être prise parce que le Comité International Olympique allait, lui-même, prendre des décisions, il y avait donc urgence à trancher, et je crois qu’il y a urgence, de toute façon partout et sur tous les fronts, à défendre les intérêts de notre pays. Donc il y a des compétitions ; souvenez-vous l’année dernière, quand on a raté l’échéance des Jeux Olympiques, un certain nombre de gens se sont posés des questions en se disant qu’on ne nous défendait pas assez, qu’on ne se défendait pas assez. Guy DRUT, qui est un champion mondial, qui honore notre pays, il pourra continuer à travailler au sein du Comité International Olympique.
Laurent BAZIN : … De jeune fille, c’est ça que vous êtes en train…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ?
Laurent BAZIN : Il ne faut pas avoir de pudeur de jeune fille, c’est ça que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, ce n’est pas ça. Il ne faut pas dire que c’est le fait du prince. La loi le permet, le président de la République en conscience a pris cette décision et je crois que Guy DRUT, qui est un champion, qui est un homme tout à fait respectable, aura les moyens de nous défendre. Donc voilà, je pense que c’est une bonne décision.
Catherine PEGARD : Mais monsieur le ministre, cette loi a été votée en 2002, personne ne le conteste, est-ce qu’il n’aurait pas fallu un petit peu expliquer, comme vous le faites ce soir, pourquoi cette amnistie avait lieu, parce que là, elle est un petit peu tombée, comme ça, en plein dans un long week-end, et je pense que ça peut étonner quand même beaucoup les Français. Donc si vous donnez l’explication que vous donnez ce soir certes, mais ne fallait-il pas la donner tout de suite ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais il faut toujours, dans la période actuelle, tout explique et là-dessus, vous avez complètement raison, parce qu’on est dans une période d’une férocité inouïe, où un certain nombre principes, de valeurs, de règles républicaines légales et démocratiques ne sont pas toujours comprises. Et donc il faut toujours, toujours effectivement expliquer les enjeux, et ne jamais laisser dire qu’on veut une France à deux vitesses, un système à deux vitesses parce que ça, c’est évidemment totalement injuste…
Catherine PEGARD : Oui, parce qu’on croit tout de suite qu’il y a des privilèges pour certains et pas pour d’autres…
Laurent BAZIN : Et on peut le croire légitimement en plus.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais la loi, telle qu’elle a été à l’époque conçue, prévoyait que pour un certain nombre de personnes ayant rendu des services éminents à notre pays, il était possible et loisible au président de la République de prendre cette décision, voilà. Mais vous avez raison, il faut toujours tout expliquer. C’est la même chose concernant le secret de l’instruction. C’est un sujet qui ressort périodiquement quand il est détourné, contourné, ou qu’il n’est plus appliqué. Est-ce que c’est une règle ou pas ? Est-ce qu’elle règle compatible dans une démocratie avancée comme la France ou pas ? Ce sont des beaux sujets. Moi, je pense que, effectivement, il ne faut jamais faire les choses par la petite porte, de manière grise…
Laurent BAZIN : C’est un peu le sentiment que ça laisse franchement…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Il faut assumer. La loi le permet, Guy DRUT a rendu des services éminents à notre pays. Le président de la République estime qu’il est utile pour défendre les intérêts nationaux au sein du Comité Olympique et sur la scène international, puisque pour le moment il n’y a que trois français, il y en a un qui va bientôt partir l’année prochaine ; bref voilà, il faut défendre nos intérêts.
Hélène JOUAN : Vous n’avez pas l’impression, quand même, que ce sont ces petits privilèges légaux, certes, mais qui accentuent peut-être le divorce des Français avec certaines institutions, la justice mais aussi la politique en général ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous avez raison, il y a une très belle phrase dans la déclaration des droits de l’homme que j’aime beaucoup, et j’essaie d’en faire ma maxime de conduite personnelle et la phrase est la suivante : toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune, toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune, ça veut dire que les hiérarchies, ça veut dire qu’un certain nombre d’éléments, qui sont parfois des avantages, doivent avoir une contrepartie intelligible pour nos concitoyens. Et dans le trouble de l’opinion publique actuel…
Laurent BAZIN : Pourquoi avoir aujourd’hui trois délégués au CIO…
Hélène JOUAN : Donc là s’il nous fait gagner les prochains JO, ce sera…
Laurent BAZIN : En quoi ça nous aide aujourd’hui ? Expliquons aux auditeurs de FFRANCE INTER, aux lecteurs du POINT et aux téléspectateurs d’ITELE, concrètement.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Concrètement, ça veut dire que, par exemple sur l’échelle des rémunérations, elle doit être justifiée par quelque chose. C’est très concret pour les gens, ça veut dire que, aujourd’hui, dans la France d’aujourd’hui, vous avez un certain nombre de gens qui ne se sentent pas reconnus pour leur métier, pour la pénibilité de leur tâche, et qui souhaitent que leur salaire, leur situation personnelle soient revalorisés. Et donc il ne faut pas… quand il y a un sentiment, si vous voulez d’injustice, d’opacité, de deux vitesses, etc, sans justification, ça génère des affrontements lourds, et je crois que c’est aujourd’hui une réalité.
Laurent BAZIN : C’est une erreur ou pas de l’avoir fait dans ce moment-ci, sans explication préalable ? C’est ça quand même que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, non, je suis en train… je vous ai dit, je veux bien vous le répéter pour la dixième fois…
Laurent BAZIN : Non, non, ça n’est pas ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je pense qu’il fallait prendre cette décision, qu’elle était opportune en raison même des contraintes du Comité Olympique International, voilà c’est tout. Et par ailleurs, il faut expliquer, je le fais ce soir et je souhaite d’ailleurs que tout le monde l’explique, parce qu’il n’y a rien à cacher.
Laurent BAZIN : Noël MAMERE dit, par exemple, Jacques CHIRAC, en faisant des choses comme ça, fait le jeu du Front national.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oh vous savez, ceux qui feront peut-être le jeu du Front national, c’est ceux qui dans leur projet politique veulent rétablir la proportionnelle, ceux qui ouvrent aujourd’hui les portes de l’Assemblée nationale dans leurs projets politiques, c’est la gauche, c’est le Parti socialiste qui, si j’ai bien lu le programme du PS, veut instiller une part très importante de proportionnelle.
Laurent BAZIN : Ce serait mal…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc…
Laurent BAZIN : De mieux représenter le pays dans la manière dont il vote aujourd’hui ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous savez, je crois que ce qui est important justement, pour éviter un sentiment de deux vitesses, de combines et de non transparence, c’est le rapport entre un élu et un territoire. Et de ce point de vue-là, le scrutin majoritaire, il est essentiel, ça n’est pas une combine politique, ça n’est pas quelque chose pour éliminer X, Y ou Z, c’est de faire en sorte que chaque député soit élu dans un territoire. Ça veut dire qu’il doit rendre compte à des citoyens, à des concitoyens. Ça n’est pas la logique des partis et la constitution des listes qui détermine son élection, c’est le rapport direct entre un député et un territoire, et c’est la même chose pour le président de la République, et l’ensemble du pays. Et donc je pense effectivement nécessaire, en tout cas c’est mon point de vue personnel, pour les élections législatives le maintien du scrutin majoritaire, c’est-à-dire le lien direct…
Laurent BAZIN : En gros, c’est la gauche, avec la proportionnelle, qui ferait le jeu du Front national, pour répondre à Noël MAMERE ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, enfin je veux dire, ça aura ça comme conséquence immédiate.
Catherine PEGARD : Vous ne pensez que la situation actuelle, c’est-à-dire tout ce débat autour des affaires, on dit l’affaire CLEARSTREAM n’intéresse personne, est-ce que vous ne pensez pas que, au-delà de cette affirmation, il y a une sorte de désintérêt des Français pour cette vie politique qui conduit… qui peut les conduire justement à voter pour les extrêmes. Là, ce n’est plus la proportionnelle, ça n’est plus la gauche, c’est un climat qui peut faire cela.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Catherine PEGARD, rappeler le rôle de la justice, rappeler l’indépendance nécessaire de la justice, ce n’est pas être dilatoire, ce n’est pas être combinard, ce n’est pas refuser des questions gênantes, c’est de rappeler un principe essentiel ; dans notre pays, la justice doit garantir les libertés individuelles pour tout le monde, du citoyen au ministre, elle doit garantir les libertés individuelles à chacun, c’est très important …
Laurent BAZIN : … Amnistié, vous voyez ce que je veux dire…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ? Non mais attendez…
Laurent BAZIN : On est en train de boucler une boucle, là, dans…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : C’est très important que la justice puisse sereinement faire son travail, et que la loi s’applique. S’il faut modifier la loi, encore une fois qu’on modifie la loi. Mais le plus grand service qu’on puisse rendre à l’indépendance de la justice et à une démocratie, ça n’est pas de juger prématurément à la place des juges. Dire cela n’est pas vous interdire votre travail de journalistes et la liberté d’expression, c’est la vôtre.
Laurent BAZIN : … Ministre de la Communication…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, non, c’est le citoyen républicain. Donc vous avez des garanties pour l’exercice de votre profession, et d’ailleurs il y a la possibilité de droit de réplique, il y a la possibilité de contradiction, et il y a possibilité de porter plainte parfois pour diffamation ou autre. Mais rappeler le rôle de la justice, l’indépendance… le plus important, c’est quoi ? C’est qu’un juge ne subisse aucune pression, c’est ça, et qu’il dise librement, au vu de toute une procédure, avec la sérénité nécessaire, et parfois d’ailleurs, c’est vrai qu’il y a des contradictions d’intérêt, parce qu’il y a une impatience, parce qu’une personne qui est mise en cause, quelle qu’elle soit, ou une famille de victimes, évidemment qu’elle est impatiente, et la sérénité de la justice est une garantie…
Laurent BAZIN : Nicolas SARKOZY est assez impatient aujourd’hui…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais tout le monde !
Laurent BAZIN : Par exemple.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais tout le monde est impatient dans cette affaire, permettez-moi de vous le dire, tout le monde est impatient de connaître la vérité, et que les responsabilités des uns et des autres soient très clairement établies. Je crois que c’est ça une grande démocratie, et dans notre pays…
Laurent BAZIN : Avant les présidentielles, ce serait bien…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Est-ce que dans notre pays…
Laurent BAZIN : Avant la rentrée, ça serait bien, d’une certaine manière…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Dans notre pays, il y a toujours des espèces d’évolution cyclique. Il y a des moments où on respecte par définition les décisions de justice, et des moments où on aurait tendance à vouloir ne pas les respecter, bon voilà. Que la justice fasse son travail. Dire cela n’est pas vouloir enrober les choses, c’est la réalité.
Hélène JOUAN: La différence, c’est que là on a l’impression que c’est moins une affaire de justice, même si la justice va enquêter, suivre son cours, qu’un règlement de comptes politique. La différence, c’est que là, c’est le numéro deux du gouvernement qui, en gros… dans l’affaire CLEARSTREAM, je reviens à l’affaire CLEARSTREAM, pense que c’est le numéro un qui a essayé de se servir d’un faux listing pour essayer de l’affaiblir.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais chacun pense, la justice établira la vérité. Et je crois que c’est le plus important…
Laurent BAZIN : Est-ce que vous le souhaitez…
Hélène JOUAN : Est-ce qu’un gouvernement peut encore travailler dans ces conditions-là ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je peux vous dire qu’on travaille énormément…
Hélène JOUAN : Ah oui.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et que chaque ministre, le Premier ministre, on travaille tous énormément et je crois d’ailleurs que c’est l’attente de nos concitoyens. Je veux dire que nos concitoyens, bien sûr, parlent beaucoup de tout, et parlent de l’affaire CLEARSTREAM, bien sûr, mais ils attendent de nous des résultats, ils attendent de nous des décisions, et quand le Premier ministre, ce matin, a annoncé un certain nombre de mesures nouvelles pour l’indépendance…
Laurent BAZIN : Les personnes âgées…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et pour les personnes âgées, c’est évidemment très important. Lorsqu’il défend des intérêts économiques ou qu’il considère qu’une décision de licenciement est injuste, il a raison de le faire. Lorsque moi, je me bats…
Hélène JOUAN : Mais est-ce qu’il est encore entendu…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pour faire en sorte…
Hélène JOUAN : Est-ce que sa parole porte encore ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Que l’emploi culturel progresse, je veux dire, on est tous mobilisé, on a une feuille de route, le président de la République nous l’a rappelé très clairement il y a quelques jours, c’est de se concentrer sur le programme d’action du gouvernement, pour qu’on ait tout simplement un bilan présentable, qu’on voit de quelle manière on a pu tenir, ou ne pas tenir les engagements qui ont pris en 2002. Quand on rencontre des difficultés, il faut les expliquer, on n’a rien à cacher. Et puis, il y a des perspectives ensuite à dégager. Et donc imaginez un seul instant que le climat ou les priorités deviennent immédiatement celles des présidentielles, mais nos concitoyens se diraient qu’on ne pense pas…
Laurent BAZIN : Elles ne le sont pas ?
Hélène JOUAN : Ce n’est pas le cas ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, sincèrement. Mais je ne vais pas me citer en exemple…
Laurent BAZIN : Vous pouvez, c’est celui que vous connaissez le mieux.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je m’engagerai à fond dans la campagne des élections présidentielles en apportant tout ce que j’ai de moi-même…
Hélène JOUAN : Pour qui ? Vous le savez déjà ? Derrière qui ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Le jour où les choses seront tout à fait claires, où on sera rentré dans cette période, je m’engagerai à fond. Aujourd’hui si je ne m’occupais pas de terminer les négociations nécessaires sur l’assurance chômage des artistes et des techniciens, si je ne me préoccupais pas de mener à bon port la garantie du droit d’auteur à l’ère numérique, si je ne me préoccupais pas de faire en sorte que notre patrimoine soit attractif, ouvert et rayonnant, etc…
Laurent BAZIN : Il n’y a pas de pause, il n’y a pas de temps mort, c’est ça que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais non, mais attendez ; pour nous, il faut que vous compreniez que c’est une manière de répondre à la violence de l’air du temps. Est-ce que vous ne pensez pas qu’on en a tous pris plein la gueule en 2002 quand il y a eu cette configuration politique et que, au fond, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, l’impatience et le ras-le-bol de nos concitoyens ont fait qu’on est arrivé à cette situation qui n’était pas normal ? Ce message de l’exigence de nos concitoyens, on en est absolument porteur, et rien ne nous détournera, ne me détournera de cette urgence. Et si je m’en détourne, les gens se diront, “ Mais en fait, il n’en a rien à foutre de nous. Il ne remplit plus sa mission, et sa fonction ! ”. Nous avons encore du temps de travail gouvernemental utile. Il est évident que dans les quelques semaines qui précèdent l’élection, à ce moment-là de toute façon, les décisions nouvelles, fondamentales ne seraient pas légitimes, parce que le peuple va être consulté…
Laurent BAZIN : Susceptible d’être remis en cause…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et c’est au peuple, à ce moment-là, de trancher. Ce que je vous dis, ça n’est pas pour détourner la réalité de la vie concrète du gouvernement.
Catherine PEGARD : On voit bien que vous voulez agir et que le Premier ministre veut se déployer aussi sur tous les fronts pour conjurer…
Laurent BAZIN : On l’a vu cette semaine sur tous les fronts.
Catherine PEGARD : Ce mauvais climat, ça on l’a très bien compris que c’était une stratégie, et menée avec beaucoup d’énergie et de dynamisme et vous venez d’en faire la preuve. Mais en même temps, on entend, nous, les députés à l’Assemblée nationale. Et alors eux, ils ont le moral dans les chaussettes…
Hélène JOUAN : Et on les voit…
Catherine PEGARD : Et on les voit
Hélène JOUAN : Ou on ne les voit pas.
Catherine PEGARD : Et on les voit aussi critiquer violemment parfois le Premier ministre, ne pas être là…
Laurent BAZIN : Ou le président de la République.
Catherine PEGARD : Au moment d’un discours de censure et puis, éventuellement, s’interroger sur la question de savoir s’ils ne devraient pas écrire au président de la République pour demander le départ du Premier ministre. Comment réagissez-vous à cela ? Comment le Premier ministre peut-il retrouver la confiance de sa majorité ? Car c’est une question qui est posée, je crois, depuis le CPE et pas seulement depuis l’affaire CLEARSTREAM.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Moi, je ne me sens pas coupé de la réalité politique du terrain ; dans ma propre ville à Tours, j’ai récemment réuni un certain nombre de gens, de citoyens, membres d’associations, ou autres, pour faire le point avec eux, et parler très librement.
Laurent BAZIN : Est-ce que…
Catherine PEGARD : Et vous les sentez… qu’est-ce qu’ils disent ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On leur tend toutes les perches, si vous voulez, parce que…
Catherine PEGARD : Et ils ne vous disent pas, “ Mais qu’est-ce que vous faites là ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Nous avons la question du CPE voilà, qui est une question dans laquelle, si vous voulez, notre électorat, un certain nombre de gens nous donnaient des messages parfaitement contradictoires. Certains souhaitaient que, par principe, on tienne, et on aille jusqu’au bout de la réforme. D’autres pensaient qu’il fallait faire un geste, les troisièmes s’inquiétaient du report des examens. Bref…
Catherine PEGARD : Et parfois, ils se plaignaient de tout à la fois.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais bien sûr, et de manière simultanée et contradictoire. Ce cœur de mêlée, ne croyez pas qu’on en soit étranger et qu’on ne se rende pas compte des choses. Je crois que…
Hélène JOUAN : Le Premier ministre, lui, n’a pas ça justement.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez ; le Premier ministre, par définition quand il se déplace, quand il rencontre des gens, il a une grande capacité de contact, parce que au-delà des polémiques, il inspire confiance et les gens l’aiment bien, et les gens, si vous voulez, bon… alors il y a des moments où ça cogne, c’est évident, c’est la vérité. Moi, je dis tout simplement à l’ensemble des parlementaires, moi je serai soumis à réélection en 2007 pour les élections législatives, donc je ne suis pas, comme ça, quelqu’un de suspendu en l’air au-dessus de la mêlée et de la réalité. Je pense en tout cas une chose, c’est qu’il n’y a pas… s’il n’y a pas unité et équipe au sein de l’UMP et de la majorité présidentielle, mais alors là évidemment 2007 sera difficile.
Laurent BAZIN : Il n’y a pas, permettez-moi de vous le dire, monsieur le ministre, soyons clairs…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi ?
Laurent BAZIN : Il n’y a pas, il y a 150 députés qui vont à la buvette, dit-on, après un petit discours amical des membres du cabinet de Nicolas SARKOZY qui disent, “ Ça serait bien que vous n’y alliez pas, parce que ce serait une façon de marquer des points pour l’an prochain ”. Enfin…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Moi, j’étais… enfin comment dire, c’est très difficile de dire ça…
Laurent BAZIN : … Dans les choux…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Parce que je ne veux pas donner le sentiment de farder la réalité pour les téléspectateurs qui nous écoutent. J’étais présent dans l’hémicycle et j’ai trouvé, parce que évidemment que ça n’est pas un période facile, donc évidemment que tout le monde est inquiet et que les gens, face à la gauche, se disent “ Qui peut gagner ? Comment est-ce qu’on va gagner ? Quelles sont les mesures à prendre, etc, etc, c’est évident qu’il y a ce climat politique. Moi, j’ai été paradoxalement surpris du contraire, et je me suis dit… j’ai trouvé qu’il avait de l’électricité, et que le discours du Premier ministre avait été très bien accueilli. Moyennant quoi, j’ai vu…
Laurent BAZIN : … Dépêche…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai vu qu’il y avait eu une dépêche d’AFP, j’ai vu un certain nombre de choses. Donc j’ai vu la grille de lecture, si vous voulez, du dénombrement sur place. Mais il faut que, là aussi les choses soient claires. Pour une motion de censure, ne votent que ceux qui sont contre, donc c’est sur que la gauche et qu’une partie de l’UDF étaient là pour…
Laurent BAZIN : Alors très bien, posons la question suivante…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Manifester leur opposition, voilà…
Laurent BAZIN : Renaud DONNEDIEU de VABRES…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’intérêt politique ne sera pas facile, mais c’est une évidence, mais en tout cas, se tirer des coups, les uns contre les autres, ça, c’est la certitude de l’échec. On a connu ça à certaines périodes de l’histoire politique. Moi, je ferai en sorte, avec d’autres, qu’on s’engage fortement dans le combat face à la gauche…
Laurent BAZIN : Très bien.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et chacun aura besoin de tout le monde. Quel que soit le candidat, permettez-moi de vous dire qu’il aura, le moment venu, aussi bien de l’expression et de la parole du président de la République, que des anciens Premiers ministres, que du plus simple de nos concitoyens…
Laurent BAZIN : Je vous ai dit que c’était un guerrier, vous êtes prévenu.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais c’est la vérité. Est-ce que vous pensez… une seule chose ; la gauche, vous pensez qu’elle va continuer indéfiniment à se diviser ? Pour le moment, ils sont dans des batailles de désignation pour le candidat à l’élection présidentielle. Lorsqu’ils auront désigné leur champion, l’électorat de gauche a le souvenir de 2002, il a le souvenir de ce qu’ils ont subi, c’est-à-dire d’être éjectés du deuxième tour de l’élection présidentielle…
Laurent BAZIN : Le souvenir ou le remords.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc ils seront totalement unis. Nous, qu’on ait ça dans le crâne, et si dans les semaines qui vont précéder 2007, il y a des affrontements internes au sein de l’UMP, ça serait une catastrophe. Je vous rappelle d’ailleurs que le bureau politique…
Laurent BAZIN : Vous me permettrez après de poser ma question.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Une dernière chose : le bureau politique de l’UMP a désigné… a décidé qu’il n’y aurait qu’un seul candidat…
Hélène JOUAN : Il n’a pas encore désigné, rassurez-nous, un candidat…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Tout le monde était présent à ce bureau politique, tous les grands protagonistes et ceux qui peuvent être candidats à l’élection présidentielle, bref nous serons en ordre de marche, et j’espère…
Laurent BAZIN : Si c’est Nicolas SARKOZY, Renaud DONNEDIEU de VABRES l’ami de Dominique de VILLEPIN, celui qui était avec lui à l’ENA, soutiendra corps et âme, mettra toutes ses forces au service de Nicolas SARKOZY ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : S’il est désigné par l’UMP et si j’ai contribué à le faire, et si j’apporte mon énergie personnelle, bien sûr que je le ferai.
Laurent BAZIN : Ça fait beaucoup de si, non ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Ça ne fait pas beaucoup de si. C’est un équipage, j’ai des priorités, j’espère représenter quelque chose, j’espère être utile, et j’espère que la conjugaison d’un certain nombre de gens qui ne sont pas planqués, qui sont des gens qui ont un peu d’énergie et qui portent, chacun dans nos domaines, dans nos manières de vivre, et de penser, un certain nombre de choses, voilà, il y a une équipe. C’est, par ailleurs, une nécessaire solitude la personne qui est candidate à l’élection présidentielle, parce que c’est une fonction très particulière. Donc, de toute façon, c’est un homme ou une femme seul. C’est-à-dire qui, au fond, prend la décision et qui accepte ce rendez-vous particulier avec les Français. Mais il ou elle…
Laurent BAZIN : Mais qui aura besoin de l’équipe autour d’elle.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Ne réussira que s’il y a un espèce de mouvement d’ensemble, qu’il y a une équipe, on s’engage. Si on est là en chien de faïence, voilà, ça ne marchera pas.
Catherine PEGARD : Avant d’en arriver en 2007, est-ce qu’on peut vous poser la question des relations à l’intérieur de la majorité autrement, et même très simplement, est-ce que vous pensez que Dominique de VILLEPIN et Nicolas SARKOZY peuvent avoir la même sagesse que celle que vous réclamez ? Est-ce que, aujourd’hui, ils peuvent cohabiter dans ce gouvernement, et faire une sorte d’armistice entre eux, faire taire leur rivalité. Cette rivalité est connue, elle est connue de tous. Alors on ne va pas épiloguer dessus, mais est-ce que tous les deux peuvent avoir la sagesse de dire aujourdhui, voilà, il reste à travailler pendant dix mois, alors on va faire ce travail jusqu’à la fin de l’année…
Laurent BAZIN : Une paix des braves ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais c’est le mode de fonctionnement du gouvernement à l’heure actuelle. Dans les séminaires du gouvernement, dans les réunions du conseil des ministres, dans les grands arbitrages qui sont rendus, etc, il y a un Premier ministre, il y a un ministre d’Etat, il y a des ministres, il y a des ministres délégués. Il peut y avoir des sujets de discussion, il peut avoir des réflexions ; mais quand il y a un arbitrage ensuite, il est exécuté par tout le monde, et donc oui, je pense effectivement…
Catherine PEGARD : Vous pensez que ça marche déjà comme ça ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et je certifie que, aujourd’hui dans la marge de l’Etat, sous l’autorité très vigilante du président de la République, le gouvernement fonctionne de manière tout à fait déontologique. Et ça, c’est une priorité absolument essentielle et dans…
Laurent BAZIN : Est-ce que pour clarifier tout ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Bien sûr qu’il peut y avoir des compétitions ; dans la marge du gouvernement, ça ne se produit pas comme ça, en tout cas je ne le ressens pas comme tel, et parfois il peut y avoir des tensions entre nous. Je veux dire, il y a, de temps en temps, des discussions à l’intérieur d’un gouvernement. Moi qui suis un éternel mendiant, et qui ai toujours des besoins pour le secteur de la Culture et de la Communication…
Laurent BAZIN : A peine 1 % du budget de l’Etat…
Catherine PEGARD : Vous, vous souffrez beaucoup…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, mais ça n’est pas ça…
Catherine PEGARD : Ça, Thierry BRETON…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Un peu plus, un tout petit peu plus…
Laurent BAZIN : Un tout petit peu plus de 1 % maintenant.
Catherine PEGARD : Mais Thierry BRETON vous fait beaucoup souffrir, on a cru comprendre.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, pas du tout. Mais il y avait discussion, des dialectiques normales entre un ministre dépensier et Bercy, voilà c’est logique. Donc il y a des moments où ça peut créer des tensions, bien. Et puis, il y a des arbitrages et il y a… encore une fois, je crois que c’est l’intérêt de chacun. Et donc cet intérêt bien compris, je crois que ça soude.
Laurent BAZIN : Est-ce qu’il ne faudrait pas clarifier tout ça une bonne fois, et demander à Dominique de VILLEPIN d’engager la confiance de son gouvernement pour que, cette fois, les députés, qui ont séché les cours la dernière fois, soient là et lui manifestent clairement…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi…
Laurent BAZIN : Une confiance renouvelée…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi est-ce que vous dites qu’ils ont séché les cours. Si c’était la gauche et une partie de l’UDF qui voulaient être là…
Laurent BAZIN : 150 députés à la buvette, pardonnez-moi, c’est quand même une surprise.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez, je pense que, historiquement, la buvette ne contient pas 150 places, donc de toute façon…
Laurent BAZIN : D’accord, c’est une expression, très bien…
Catherine PEGARD : On va dire absents.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : … Retenir que le chiffre…
Laurent BAZIN : Non mais 150, c’est beaucoup. Ces 150 là, est-ce que vous les ramèneriez par un vote de confiance…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On est dans une …
Laurent BAZIN : Ça a été proposé par Monsieur BARRE.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On est dans une période qui n’est pas simple politiquement, parce qu’il y a des exigences, parce qu’il y a des impatiences, parce que parfois un certain nombre de réformes ne sont pas comprises, parce qu’il a fallu évoluer. Donc qu’il y ait des inquiétudes, c’est évident. Vous voyez bien d’ailleurs la gauche qui devient de plus en plus arrogante, etc. Donc nous, il faut qu’on se mette dans une espèce de posture psychologique pour répondre. Donc la question… on n’a pas besoin de créer ça, il n’y a pas de…
Laurent BAZIN : … Pas besoin de vote de confiance…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’opposition a déposé une motion de censure, la question ne se pose pas en ces termes. Et puis celui qui est, j’allais dire, le grand maître de l’horloge, et le grand maître des décisions, c’est le président de la République. Et c’est par ailleurs, bien sûr, le Parlement, le Parlement il y a une procédure qui prévoit tout simplement la motion de censure, la censure n’a pas été votée. Les prérogatives politiques sont exercées par le président de la République.
Hélène JOUAN : Vous venez justement de parler des réformes qui n’ont pas forcément été toutes comprises ; sur quoi va se jouer, à votre avis, la présidentielle, c’est-à-dire sur quels thèmes vous avez échoué, qu’est-ce que vous n’avez pas fait qui peut vous faire perdre, ou gagner d’ailleurs, qu’est-ce qui peut vous faire gagner ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : En réfléchissant, au fond, à cette émission et la préparant, je me suis dit que le plus grand danger, c’est la peur. Et-ce qu’il faut qu’on arrive à extirper chez nos concitoyens, c’est la peur de l’autre, quel que soit l’autre, et l’insuffisante confiance dans notre capacité nationale à faire des choses, à produire des résultats, à rayonner, à conserver des emplois et même à prospérer. Et donc, je pense que la thématique de la prochaine présidentielle, ça va être, est-ce qu’il y a encore une capacité nationale concrète de rayonnement et d’avenir pour chaque française et chaque français. Regardez ce qu’il s’est passé avec le référendum européen…
Laurent BAZIN : … Psychologique, ce que vous êtes en train de décrire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Regardez… deux éléments qui ont fortement contribué aux difficultés du référendum de la Constitution européenne, la maxime – entre guillemets – du plombier polonais, donc l’autre, la concurrence des emplois ; deuxièmement, les questions d’élargissement de l’Union européenne qui, là aussi, était l’autre, est-ce que l’autre est acceptable dans un destin… donc ce qui est très important pour nous, c’est de montrer que nous avons la capacité à créer, la capacité à faire rayonner concrètement, département par département, métier par métier, et globalement notre pays.
Hélène JOUAN : Mais c’est quoi ? C’est rendre confiance ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ?
Hélène JOUAN : C’est rendre confiance ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, rendre concrètement confiance et ne pas croire que c’est tout le système public qui va tout régler, mais que ça soit concret et que ça ait des conséquences tangibles. Dans mon domaine d’activités …
Hélène JOUAN : Ça veut dire que depuis quatre ans, vous avez échoué à ça, rendre confiance aux gens ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je dis que c’est une thématique politique qui n’est pas simple, parce que nous avons fait beaucoup de choses, il y avait des réformes qui étaient en panne et que la gauche n’avaient pas faites, mais qui étaient des réformes difficiles parce qu’elles supposaient des efforts consentis par nos concitoyens. Et chaque fois qu’on fait une réforme, le premier réflexe de nos concitoyens, c’est de se dire “ Qu’est-ce qui va encore nous piquer celui-là ? ” ou “ Qu’est-ce qu’il va encore me demander comme geste supplémentaire ? ”. Pour les retraites, on l’a fait pour garantir un système ; pour l’assurance maladie, on l’a fait pour garantir la pérennité d’un système. Mais reconnaissons que, à chaque fois, on est obligé de demander un effort, une solidarité. Regardez pour les personnes âgées, les difficultés que nous avons concrètement pour la question du lundi de Pentecôte, parce qu’il y a le moment du drame, le moment de l’émotion, le moment où chacun est solidaire, et puis ensuite la solidarité, elle n’est pas constatée dans la vie pratique. Donc oui, je crois qu’il faut qu’on constitue cette dynamique de la confiance concrète, et c’est possible. Un exemple ; dans mon domaine, par rapport à l’activité dans le domaine du cinéma, les mesures que nous avons prises, crédit d’impôt, plus ouverture des monuments historiques en un an, de 2005 donc par rapport à 2004, c’est plus 35 % de semaines de tournage dans notre pays, ça veut dire de l’emploi pour les artistes et pour les techniciens. Bref, il faut qu’on soit mobilisé, et je crois, oui, que la prochaine campagne présidentielle sera sur cette capacité française à générer une dynamique, de la confiance avec beaucoup de difficultés, parce que… c’est pour ça qu’il faut être très prudent sur les pronostics, où en sera la crise iranienne, où en sera la situation de la paix internationale, avec les conséquences que ça peut avoir sur la situation intérieure française au moment de la préparation de l’élection présidentielle ? Bref, il faut, face aux peurs, arriver à créer une dynamique, et ça je pense que c’est absolument essentiel.
Catherine PEGARD : Mais la confiance concrète, est-ce que ça n’est pas un peu contradictoire avec la rupture ? Prenez, par exemple, par le président de l’UMP.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais le terme de la…
Catherine PEGARD : Est-ce qu’on peut répondre aux peurs en allant vers la rupture ? Est-ce que ça n’est pas contradictoire ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : En tout cas plus un projet, ou une option sera en rupture, plus elle supposera l’explication. Vous l’avez bien vu ; dans un certain nombre de réformes qu’on a voulu faire, à partir du moment où il n’y avait pas le temps nécessaire de la concertation, il y a radicalité. Moi, encore une fois je ne veux pas me citer en exemple, mais c’est la vie concrète, c’est pour que ceux qui nous regardent comprennent comment travaille un ministre…
Laurent BAZIN : … Comme le dit Dominique de VILLEPIN.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, enfin…
Laurent BAZIN : Votre vraie vie…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : La responsabilité que j’ai l’honneur d’exercer. Il y a des moments où il faut prendre le temps de la discussion, de l’immersion, de la négociation, et puis il y a des moments où il faut des résultats. Et donc là, sur l’assurance chômage, par exemple, pour les artistes et les techniciens, il faut des résultats, parce que voilà le temps de la discussion est achevé…
Laurent BAZIN : Vous dites, par exemple à la CFDT, il est temps de signer maintenant l’accord, parce que les intermittents du spectacle…
Catherine PEGARD : Au bout d’un moment, ça doit être un petit peu démoralisant tout de même…
Laurent BAZIN : Parce que l’Etat est en train de mettre de sa poche, tous les jours, pour combler le trou qui est laissé. Vous avez choisi de combler ce trou…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Comment vous dire ? Moi, j’ai l’objectif des situations concrètes. Donc…
Laurent BAZIN : C’est concret, ça.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui mais non, c’est très concret. Mais ce qui est encore plus concret, c’est la situation des artistes et des techniciens. Donc à l’heure où je vous parle, le nouveau système n’est pas encore signé, n’est pas encore sur la table. J’ai prolongé les mesures que l’Etat avait garanties en 2005. Ça veut dire pour la faire brève mais très intelligible pour les artistes et les techniciens qui nous regardent…
Laurent BAZIN : Et pour les autres.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : A l’heure où je parle, les fameuses 507 heures sur 12 mois sont garanties par le système…
Laurent BAZIN : Par l’Etat.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’Etat a pris à sa charge pour 2005, et je l’ai prolongé. J’attends l’accord définitif entre un certain nombre de partenaires sociaux, j’ai proposé des mesures qui s’articuleront, j’ai fait ça avec mon collègue Gérard LARCHER et avec Jean-Louis BORLOO. Bref, j’ai l’objectif de situation concrète et dans un cas comme dans l’autre…
Laurent BAZIN : Et l’espoir d’aboutir rapidement ou pas ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Les 507 heures sur 12 mois s’appliqueront.
Laurent BAZIN : Rapidement ou pas ?
Hélène JOUAN : Et si personne ne signe, si même si la CFDT ne signe pas, vous faites comment ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : De toute façon, le système ancien sera prolongé, il n’y aura pas de vide juridique. De toute façon, ça ne sera pas le far-west et donc, à ce moment-là, évidemment s’il n’y a pas d’accord signé, le gouvernement et le Parlement seront amenés à examiner la situation…
Laurent BAZIN : … Pardon, que la CFDT vous fait un peu payer le CPE.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Elle a posé des questions légitimes qui correspondent d’ailleurs à la politique du gouvernement. C’est-à-dire la question des abus parce que les artistes et les techniciens ont intérêt, eux-mêmes, à ce que le périmètre soit bien délimité. Deuxièmement, elle a posé une très bonne question sur laquelle Gérard LARCHER et moi, nous avons engagé l’action, donc ça n’est pas… on n’est pas attentiste, de faire en sorte qu’il y ait des conventions collectives. Et donc nous avons fixé un calendrier de manière très précise. Donc nous allons publiquement répondre aux questions qui sont posées…
Laurent BAZIN : Mais on ne vous fait pas payer le CPE une seule seconde ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ? Mais écoutez…
Laurent BAZIN : A la CFDT.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Chacun a son calendrier. Je respecte les partenaires sociaux, donc vous ne me ferez pas tenir des propos mettant en cause…
Laurent BAZIN : Pas en pleine négociation.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Le rôle des partenaires sociaux, à chacun son rôle. Mais c’est la même chose pour cette magnifique exposition pour laquelle je vais une seconde de publicité au Grand Palais, sur la création contemporaine, qui s’appelle la force de l’art…
Hélène JOUAN : On va en parler !
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je respecte l’indépendance artistique.
Catherine PEGARD : Jusqu’au 27…
Renaud DONNEDIEU de VABRES ; Je respecte…
Hélène JOUAN : L’affichage d’un grand portrait d’Emile LOUIS qui, hier, a quand même un peu choqué, en particulier les associations d’enfants disparus, puisque c’était la journée, en plus, des enfants disparus.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais je ne veux pas répondre à la légère à cette question, parce que je comprends, bien sûr en règle générale, l’émotion des familles de victimes, pour lesquelles la justice ne sera jamais une vraie réparation, parce que quand on a perdu quelqu’un de sa famille ou de son environnement personnel, de toute façon rien ne réparera jamais. Mais la justice est évidemment amenée à donner des réponses. Quelle est la vraie histoire ? C’est que, au sein de cette exposition d’art contemporain, quinze commissaires indépendants ont été désignés pour présenter un certain nombre d’artistes et des thématiques. Il se trouve que la thématique retenue par le commissaire indépendant présentant ce tableau, le portrait donc d’Emile LOUIS, c’est la thématique de la violence, de la barbarie et de la destruction. Et donc vous avez trois salles…
Hélène JOUAN : Vous voulez dire que ça avait ce sens que ce tableau soit là…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’avant-dernière salle, vous avez un squelette, vous avez une vidéo absolument magnifique sur la destruction par la flamme, et vous êtes dans une atmosphère comme dans un studio, où il y a le noir, et ensuite vous entrez dans une autre pièce, qui est une pièce de violences, tout à fait minérale, désertique, et donc très blanche, très forte, avec des matériaux de métal, et puis vous avez ce portrait. Donc il n’est pas dans un écrin joyeux, il figure là parmi d’autres œuvres sensées incarner, présenter la volonté de certains artistes de dénoncer la fureur du monde. Donc si vous voulez, ça n’est pas choquant par rapport à la douleur des familles que je comprends. Et le deuxième point, et ce n’est pas pour moi ouvrir un parapluie, c’est que par définition, mon rôle de ministre de la Culture, c’est de garantir la liberté et l’indépendance artistique. Et vous savez, petite facétie, ou petit clin d’œil ; sur la façade du Grand Palais, qui a été donc inaugurée il y a trois semaines pour cette exposition, il y a un panneau qui est une œuvre d’art, bien sûr, et sur laquelle est écrit “ Adèle a démissionné ”, voilà, donc c’était il y a quoi, trois semaines, vous voyez ce que ça voulait dire ? Et quand on m’a dit…
Laurent BAZIN : …. C’est une exposition voulue par Dominique de VILLEPIN et orchestrée très rapidement en quatre mois, on comprend bien le sens.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez, regardez, vous auriez pu me dire, “ Monsieur le ministre, est-ce que vous êtes fier d’être le premier des ministres qui a comblé un retard incroyable, puisque la plupart des grandes capitales du monde, Londres et New York très présentes sur le domaine de l’art contemporain, ont un moment régulier…
Laurent BAZIN : Ça n’aurait pas été un brin vous servir la soupe…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais…
Hélène JOUAN : … On l’a quand même appelée l’expo VILLEPIN pour faire court.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai la chance d’avoir un Premier ministre qui…
Hélène JOUAN : Ça avait un sens aussi de l’appeler comme ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai la chance d’avoir un Premier ministre qui, sur le plan culturel, défend avec flamme un certain nombre de projets, et il a raison de le faire, et je suis sûr d’ailleurs qu’il prendra tous les meilleurs arbitrages, à l’avenir, même sur mon budget, cela, voyez, avec un peu d’humour.
Laurent BAZIN : … Et avec la CFDT…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc c’est très important d’arriver à faire, voilà, partager cette énergie, de faire respecter un certain nombre de principes, de libertés. C’est la même chose à Avignon, l’année dernière, parce que vous avez des spectacles ou des formes d’expression qui peuvent choquer, vous avez vu ce qui s’est passé à un certain nombre de moments où des paroles de chanson, musique rap, faisaient débat. Et donc il faut reconnaître dans la France actuelle que pour les artistes, ils ont une liberté d’expression un peu supplémentaire à celle du citoyen normal parce que…
Hélène JOUAN : Vous, vous serez toujours le garant de cette liberté-là ? Il n’y a pas de…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Sauf si je constante un appel à la haine raciale, des propos qui sont vraiment en infraction grave avec la loi. Auquel cas, la loi s’applique à tout le monde, même aux artistes. Mais oui, leur pouvoir d’interpellation, je suis là pour qu’ils puissent pousser les cris dont ils ont envie. Enfin c’est un principe, c’est la force d’un pays comme le notre.
Laurent BAZIN : Il nous reste deux minutes, dernière question, elle sera politique, Catherine PEGARD ?
Catherine PEGARD ; Oui, elle sera politique, et donc qu’est-ce que… quel jugement portez-vous sur Ségolène ROYAL qui fut votre co-disciple à l’ENA ? Est-ce que vous trouvez qu’elle fait un parcours irrésistible et qu’elle sera la candidate du Parti socialiste à tout coup ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je pense qu’elle va sortir, à son détriment, de l’ambiguïté qui la porte. Je pense qu’elle dégage de la lumière, et qu’elle a une énergie…
Laurent BAZIN : Pas seulement, elle accroche la lumière…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, qu’elle dégage de la lumière, donc je lui reconnais cette qualité-là. Je pense, par contre, qu’il faut qu’elle choisisse un positionnement politique, qu’elle ne surfe pas de manière habile. Et je lui dis là, par exemple, qu’avoir récemment ressorti la licence globale, c’est-à-dire ne pas avoir le courage de défendre les métiers artistiques, de défendre les droits d’auteur à l’ère numérique, c’est de la démagogie, et ça n’est pas ce genre d’attitudes qui la conduiront à un destin présidentiel.
Laurent BAZIN : En quinze seconde, est-ce qu’elle n’est pas dans le climat de violence que vous avez décrit depuis le début de cette émission, de manière très claire, le baume féminin dont les Français ont besoin.
Hélène JOUAN : Féminin, a t-il dit, féminin.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oh la, la ! Je crois que Ségolène ROYAL, c’est quelqu’un… c’est une lame, ne croyez pas que ça soit du baume, et je pense, si vous voulez, que dans sa manière de gérer la région Charente – Poitou, c’est quelqu’un qui n’est pas exempt de temps en temps de comportements sectaires. Donc c’est quelqu’un de très à la manœuvre.
Catherine PEGARD : C’est une âme féminine.
Laurent BAZIN : Merci d’avoir été avec nous ce soir pour nous éclairer aussi sur la personnalité de Ségolène ROYAL, mais pas seulement. Merci Mesdames, c’était pour la dernière fois évidemment, le baume féminin.
I TELE / LE FRANC-PARLER –FRANCEE INTER / LE POINT
Posted By admin2011 On 29 mai 2006 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
RDDV : Je dis que c’est une thématique politique qui n’est pas simple, parce que nous avons fait beaucoup de choses, il y avait des réformes qui étaient en panne et que la gauche n’avaient pas faites, mais qui étaient des réformes difficiles parce qu’elles supposaient des efforts consentis par nos concitoyens… Laurent BAZIN : Jacques CHIRAC le dit, lui-même, Renaud DONNEDIEU de VABRES est sympa. Mais ce charmeur, cet hôte hors pair, ce dandy, souvent drôle d’ailleurs lorsqu’il se lance dans une imitation du président dont il a le secret, est aussi un guerrier politique. Le ministre de la Culture est un combattant subtil, florentin, mais impitoyable. Il faut dire qu’il a été à très bonne école ; depuis vingt ans, dans l’ombre des cabinets ministériels, dans l’hémicycle et au gouvernement, il a beaucoup appris de la violence de la vie publique. Jeune énarque, il a été de toutes les tempête, par exemple aux côtés de François LEOTARD, souvent en cuisine, parfois les mains dans le cambouis. L’affaire du financement du Parti républicain lui vaudra d’ailleurs quelques sueurs judiciaires. Devenu plus tard le plus fidèles des chiraquiens, après avoir été balladurien, il n’hésitera pas à mouiller la chemise pour le président. Simple député, à partir de 2002, il accepte tous les duels, court les plateaux télé. Personne ne veut venir, prenez DONNEDIEU, dit-on à l’UMP. Cette stratégie du fantassin lui vaudra, deux ans plus tard, le ministère de la Culture, ça n’est pas un cadeau parce qu’on est en pleine guerre des intermittents. Alors il encaisse, et il encaisse encore les quolibets des grévistes, les cérémonies avortées, les critiques des stars, jusque la fronde de sa propre majorité, les députés de l’UMP dans la bagarre des droits d’auteur. Diplomate, il étouffe les incendies, trouve des compromis parfois très coûteux d’ailleurs, démine, ne dit rien, mais garde un chien de sa chienne à ceux qui l’ont défié, car l’animal est politique mais très rancunier. Ces temps-ci, il est souvent à Cannes, bien sûr, pour promouvoir le cinéma français. C’est qu’il a fini par s’y faire à ce métier de ministre de la Culture, et même par s’y plaire. Mais lorsqu’il descend sur la Côte d’Azur, il en profite pour faire la tournée des circonscriptions, car sous le costume policé du ministre, le guerrier est à nouveau prêt à en découdre. Monsieur le ministre de la Culture et de la Communication, bonsoir.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Bonsoir.
Laurent BAZIN :Cette émission avec Catherine PEGARD du POINT et Hélène JOUAN de FRANCE INTER risque d’être un peu animée, parce que l’actualité s’est un peu animée à nouveau, hier matin. Allez-y Hélène.
Hélène JOUAN : Parce que, effectivement hier matin, nous avons appris que Guy DRUT avait bénéficié d’une mesure d’amnistie individuelle prise par Jacques CHIRAC. Je rappelle qu’il avait été condamné dans l’affaire des marchés publics d’Ile-de-France. Alors certains aujourd’hui parlent de République bananière, d’autres, les magistrats, en particulier, disent que c’est un retour des privilèges. Qu’est-ce que vous en pensez, vous, est-ce que c’est bien raisonnable, est-ce qu’il y a une justice pour les puissants, et est-ce qu’il y a une autre justice pour les citoyens lambda qui ne sont pas amnistiés ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous savez, je crois que la loi permet un certain nombre de décisions individuelles pour des citoyens qui ont particulièrement honoré leur pays. La décision prise par le président de la République sur la proposition du garde des Sceaux, c’est une décision pour que Guy DRUT continue à défendre les intérêts de notre pays au sein du Comité International Olympique. Bref, je crois que c’est tout simplement, il faut avoir le courage de le dire, l’intérêt national de faire en sorte que trois français, dont Guy DRUT, puissent continuer à ferrailler, à se battre comme des lions au sein du Comité International Olympique. Je crois que ça n’est pas une justice ou des décisions à deux vitesses, c’est la loi de la République. Si on considère que la loi de la République ne doit pas permettre ce genre de décisions, il faut changer la loi. Mais aujourd’hui, c’est la loi qui le permet.
Laurent BAZIN : … Le camp de votre majorité qui peut la changer la loi, donc elle ne va pas le faire en l’état des choses, évidemment.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Parce qu’il faut apprécier les situations, il a été apprécié par le président de la République que l’intérêt national était de faire que Guy DRUT puisse continuer à défendre, au sein du Comité International Olympique, nos intérêts. Voilà, je crois que…
Laurent BAZIN : C’est bien le moment… ?
Hélène JOUAN : Ce n’est pas franchement… oui ça tombe mal, non…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez…
Hélène JOUAN : Dans le climat actuel, on a parlé de CLEARSTREAM, ça fait un mois qu’on parle de CLEARSTREAM…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : La décision devait être prise parce que le Comité International Olympique allait, lui-même, prendre des décisions, il y avait donc urgence à trancher, et je crois qu’il y a urgence, de toute façon partout et sur tous les fronts, à défendre les intérêts de notre pays. Donc il y a des compétitions ; souvenez-vous l’année dernière, quand on a raté l’échéance des Jeux Olympiques, un certain nombre de gens se sont posés des questions en se disant qu’on ne nous défendait pas assez, qu’on ne se défendait pas assez. Guy DRUT, qui est un champion mondial, qui honore notre pays, il pourra continuer à travailler au sein du Comité International Olympique.
Laurent BAZIN : … De jeune fille, c’est ça que vous êtes en train…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ?
Laurent BAZIN : Il ne faut pas avoir de pudeur de jeune fille, c’est ça que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, ce n’est pas ça. Il ne faut pas dire que c’est le fait du prince. La loi le permet, le président de la République en conscience a pris cette décision et je crois que Guy DRUT, qui est un champion, qui est un homme tout à fait respectable, aura les moyens de nous défendre. Donc voilà, je pense que c’est une bonne décision.
Catherine PEGARD : Mais monsieur le ministre, cette loi a été votée en 2002, personne ne le conteste, est-ce qu’il n’aurait pas fallu un petit peu expliquer, comme vous le faites ce soir, pourquoi cette amnistie avait lieu, parce que là, elle est un petit peu tombée, comme ça, en plein dans un long week-end, et je pense que ça peut étonner quand même beaucoup les Français. Donc si vous donnez l’explication que vous donnez ce soir certes, mais ne fallait-il pas la donner tout de suite ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais il faut toujours, dans la période actuelle, tout explique et là-dessus, vous avez complètement raison, parce qu’on est dans une période d’une férocité inouïe, où un certain nombre principes, de valeurs, de règles républicaines légales et démocratiques ne sont pas toujours comprises. Et donc il faut toujours, toujours effectivement expliquer les enjeux, et ne jamais laisser dire qu’on veut une France à deux vitesses, un système à deux vitesses parce que ça, c’est évidemment totalement injuste…
Catherine PEGARD : Oui, parce qu’on croit tout de suite qu’il y a des privilèges pour certains et pas pour d’autres…
Laurent BAZIN : Et on peut le croire légitimement en plus.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais la loi, telle qu’elle a été à l’époque conçue, prévoyait que pour un certain nombre de personnes ayant rendu des services éminents à notre pays, il était possible et loisible au président de la République de prendre cette décision, voilà. Mais vous avez raison, il faut toujours tout expliquer. C’est la même chose concernant le secret de l’instruction. C’est un sujet qui ressort périodiquement quand il est détourné, contourné, ou qu’il n’est plus appliqué. Est-ce que c’est une règle ou pas ? Est-ce qu’elle règle compatible dans une démocratie avancée comme la France ou pas ? Ce sont des beaux sujets. Moi, je pense que, effectivement, il ne faut jamais faire les choses par la petite porte, de manière grise…
Laurent BAZIN : C’est un peu le sentiment que ça laisse franchement…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Il faut assumer. La loi le permet, Guy DRUT a rendu des services éminents à notre pays. Le président de la République estime qu’il est utile pour défendre les intérêts nationaux au sein du Comité Olympique et sur la scène international, puisque pour le moment il n’y a que trois français, il y en a un qui va bientôt partir l’année prochaine ; bref voilà, il faut défendre nos intérêts.
Hélène JOUAN : Vous n’avez pas l’impression, quand même, que ce sont ces petits privilèges légaux, certes, mais qui accentuent peut-être le divorce des Français avec certaines institutions, la justice mais aussi la politique en général ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous avez raison, il y a une très belle phrase dans la déclaration des droits de l’homme que j’aime beaucoup, et j’essaie d’en faire ma maxime de conduite personnelle et la phrase est la suivante : toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune, toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune, ça veut dire que les hiérarchies, ça veut dire qu’un certain nombre d’éléments, qui sont parfois des avantages, doivent avoir une contrepartie intelligible pour nos concitoyens. Et dans le trouble de l’opinion publique actuel…
Laurent BAZIN : Pourquoi avoir aujourd’hui trois délégués au CIO…
Hélène JOUAN : Donc là s’il nous fait gagner les prochains JO, ce sera…
Laurent BAZIN : En quoi ça nous aide aujourd’hui ? Expliquons aux auditeurs de FFRANCE INTER, aux lecteurs du POINT et aux téléspectateurs d’ITELE, concrètement.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Concrètement, ça veut dire que, par exemple sur l’échelle des rémunérations, elle doit être justifiée par quelque chose. C’est très concret pour les gens, ça veut dire que, aujourd’hui, dans la France d’aujourd’hui, vous avez un certain nombre de gens qui ne se sentent pas reconnus pour leur métier, pour la pénibilité de leur tâche, et qui souhaitent que leur salaire, leur situation personnelle soient revalorisés. Et donc il ne faut pas… quand il y a un sentiment, si vous voulez d’injustice, d’opacité, de deux vitesses, etc, sans justification, ça génère des affrontements lourds, et je crois que c’est aujourd’hui une réalité.
Laurent BAZIN : C’est une erreur ou pas de l’avoir fait dans ce moment-ci, sans explication préalable ? C’est ça quand même que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, non, je suis en train… je vous ai dit, je veux bien vous le répéter pour la dixième fois…
Laurent BAZIN : Non, non, ça n’est pas ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je pense qu’il fallait prendre cette décision, qu’elle était opportune en raison même des contraintes du Comité Olympique International, voilà c’est tout. Et par ailleurs, il faut expliquer, je le fais ce soir et je souhaite d’ailleurs que tout le monde l’explique, parce qu’il n’y a rien à cacher.
Laurent BAZIN : Noël MAMERE dit, par exemple, Jacques CHIRAC, en faisant des choses comme ça, fait le jeu du Front national.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oh vous savez, ceux qui feront peut-être le jeu du Front national, c’est ceux qui dans leur projet politique veulent rétablir la proportionnelle, ceux qui ouvrent aujourd’hui les portes de l’Assemblée nationale dans leurs projets politiques, c’est la gauche, c’est le Parti socialiste qui, si j’ai bien lu le programme du PS, veut instiller une part très importante de proportionnelle.
Laurent BAZIN : Ce serait mal…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc…
Laurent BAZIN : De mieux représenter le pays dans la manière dont il vote aujourd’hui ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Vous savez, je crois que ce qui est important justement, pour éviter un sentiment de deux vitesses, de combines et de non transparence, c’est le rapport entre un élu et un territoire. Et de ce point de vue-là, le scrutin majoritaire, il est essentiel, ça n’est pas une combine politique, ça n’est pas quelque chose pour éliminer X, Y ou Z, c’est de faire en sorte que chaque député soit élu dans un territoire. Ça veut dire qu’il doit rendre compte à des citoyens, à des concitoyens. Ça n’est pas la logique des partis et la constitution des listes qui détermine son élection, c’est le rapport direct entre un député et un territoire, et c’est la même chose pour le président de la République, et l’ensemble du pays. Et donc je pense effectivement nécessaire, en tout cas c’est mon point de vue personnel, pour les élections législatives le maintien du scrutin majoritaire, c’est-à-dire le lien direct…
Laurent BAZIN : En gros, c’est la gauche, avec la proportionnelle, qui ferait le jeu du Front national, pour répondre à Noël MAMERE ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, enfin je veux dire, ça aura ça comme conséquence immédiate.
Catherine PEGARD : Vous ne pensez que la situation actuelle, c’est-à-dire tout ce débat autour des affaires, on dit l’affaire CLEARSTREAM n’intéresse personne, est-ce que vous ne pensez pas que, au-delà de cette affirmation, il y a une sorte de désintérêt des Français pour cette vie politique qui conduit… qui peut les conduire justement à voter pour les extrêmes. Là, ce n’est plus la proportionnelle, ça n’est plus la gauche, c’est un climat qui peut faire cela.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Catherine PEGARD, rappeler le rôle de la justice, rappeler l’indépendance nécessaire de la justice, ce n’est pas être dilatoire, ce n’est pas être combinard, ce n’est pas refuser des questions gênantes, c’est de rappeler un principe essentiel ; dans notre pays, la justice doit garantir les libertés individuelles pour tout le monde, du citoyen au ministre, elle doit garantir les libertés individuelles à chacun, c’est très important …
Laurent BAZIN : … Amnistié, vous voyez ce que je veux dire…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ? Non mais attendez…
Laurent BAZIN : On est en train de boucler une boucle, là, dans…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : C’est très important que la justice puisse sereinement faire son travail, et que la loi s’applique. S’il faut modifier la loi, encore une fois qu’on modifie la loi. Mais le plus grand service qu’on puisse rendre à l’indépendance de la justice et à une démocratie, ça n’est pas de juger prématurément à la place des juges. Dire cela n’est pas vous interdire votre travail de journalistes et la liberté d’expression, c’est la vôtre.
Laurent BAZIN : … Ministre de la Communication…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, non, c’est le citoyen républicain. Donc vous avez des garanties pour l’exercice de votre profession, et d’ailleurs il y a la possibilité de droit de réplique, il y a la possibilité de contradiction, et il y a possibilité de porter plainte parfois pour diffamation ou autre. Mais rappeler le rôle de la justice, l’indépendance… le plus important, c’est quoi ? C’est qu’un juge ne subisse aucune pression, c’est ça, et qu’il dise librement, au vu de toute une procédure, avec la sérénité nécessaire, et parfois d’ailleurs, c’est vrai qu’il y a des contradictions d’intérêt, parce qu’il y a une impatience, parce qu’une personne qui est mise en cause, quelle qu’elle soit, ou une famille de victimes, évidemment qu’elle est impatiente, et la sérénité de la justice est une garantie…
Laurent BAZIN : Nicolas SARKOZY est assez impatient aujourd’hui…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais tout le monde !
Laurent BAZIN : Par exemple.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais tout le monde est impatient dans cette affaire, permettez-moi de vous le dire, tout le monde est impatient de connaître la vérité, et que les responsabilités des uns et des autres soient très clairement établies. Je crois que c’est ça une grande démocratie, et dans notre pays…
Laurent BAZIN : Avant les présidentielles, ce serait bien…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Est-ce que dans notre pays…
Laurent BAZIN : Avant la rentrée, ça serait bien, d’une certaine manière…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Dans notre pays, il y a toujours des espèces d’évolution cyclique. Il y a des moments où on respecte par définition les décisions de justice, et des moments où on aurait tendance à vouloir ne pas les respecter, bon voilà. Que la justice fasse son travail. Dire cela n’est pas vouloir enrober les choses, c’est la réalité.
Hélène JOUAN: La différence, c’est que là on a l’impression que c’est moins une affaire de justice, même si la justice va enquêter, suivre son cours, qu’un règlement de comptes politique. La différence, c’est que là, c’est le numéro deux du gouvernement qui, en gros… dans l’affaire CLEARSTREAM, je reviens à l’affaire CLEARSTREAM, pense que c’est le numéro un qui a essayé de se servir d’un faux listing pour essayer de l’affaiblir.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais chacun pense, la justice établira la vérité. Et je crois que c’est le plus important…
Laurent BAZIN : Est-ce que vous le souhaitez…
Hélène JOUAN : Est-ce qu’un gouvernement peut encore travailler dans ces conditions-là ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je peux vous dire qu’on travaille énormément…
Hélène JOUAN : Ah oui.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et que chaque ministre, le Premier ministre, on travaille tous énormément et je crois d’ailleurs que c’est l’attente de nos concitoyens. Je veux dire que nos concitoyens, bien sûr, parlent beaucoup de tout, et parlent de l’affaire CLEARSTREAM, bien sûr, mais ils attendent de nous des résultats, ils attendent de nous des décisions, et quand le Premier ministre, ce matin, a annoncé un certain nombre de mesures nouvelles pour l’indépendance…
Laurent BAZIN : Les personnes âgées…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et pour les personnes âgées, c’est évidemment très important. Lorsqu’il défend des intérêts économiques ou qu’il considère qu’une décision de licenciement est injuste, il a raison de le faire. Lorsque moi, je me bats…
Hélène JOUAN : Mais est-ce qu’il est encore entendu…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pour faire en sorte…
Hélène JOUAN : Est-ce que sa parole porte encore ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Que l’emploi culturel progresse, je veux dire, on est tous mobilisé, on a une feuille de route, le président de la République nous l’a rappelé très clairement il y a quelques jours, c’est de se concentrer sur le programme d’action du gouvernement, pour qu’on ait tout simplement un bilan présentable, qu’on voit de quelle manière on a pu tenir, ou ne pas tenir les engagements qui ont pris en 2002. Quand on rencontre des difficultés, il faut les expliquer, on n’a rien à cacher. Et puis, il y a des perspectives ensuite à dégager. Et donc imaginez un seul instant que le climat ou les priorités deviennent immédiatement celles des présidentielles, mais nos concitoyens se diraient qu’on ne pense pas…
Laurent BAZIN : Elles ne le sont pas ?
Hélène JOUAN : Ce n’est pas le cas ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, sincèrement. Mais je ne vais pas me citer en exemple…
Laurent BAZIN : Vous pouvez, c’est celui que vous connaissez le mieux.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je m’engagerai à fond dans la campagne des élections présidentielles en apportant tout ce que j’ai de moi-même…
Hélène JOUAN : Pour qui ? Vous le savez déjà ? Derrière qui ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Le jour où les choses seront tout à fait claires, où on sera rentré dans cette période, je m’engagerai à fond. Aujourd’hui si je ne m’occupais pas de terminer les négociations nécessaires sur l’assurance chômage des artistes et des techniciens, si je ne me préoccupais pas de mener à bon port la garantie du droit d’auteur à l’ère numérique, si je ne me préoccupais pas de faire en sorte que notre patrimoine soit attractif, ouvert et rayonnant, etc…
Laurent BAZIN : Il n’y a pas de pause, il n’y a pas de temps mort, c’est ça que vous êtes en train de nous dire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais non, mais attendez ; pour nous, il faut que vous compreniez que c’est une manière de répondre à la violence de l’air du temps. Est-ce que vous ne pensez pas qu’on en a tous pris plein la gueule en 2002 quand il y a eu cette configuration politique et que, au fond, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, l’impatience et le ras-le-bol de nos concitoyens ont fait qu’on est arrivé à cette situation qui n’était pas normal ? Ce message de l’exigence de nos concitoyens, on en est absolument porteur, et rien ne nous détournera, ne me détournera de cette urgence. Et si je m’en détourne, les gens se diront, “ Mais en fait, il n’en a rien à foutre de nous. Il ne remplit plus sa mission, et sa fonction ! ”. Nous avons encore du temps de travail gouvernemental utile. Il est évident que dans les quelques semaines qui précèdent l’élection, à ce moment-là de toute façon, les décisions nouvelles, fondamentales ne seraient pas légitimes, parce que le peuple va être consulté…
Laurent BAZIN : Susceptible d’être remis en cause…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et c’est au peuple, à ce moment-là, de trancher. Ce que je vous dis, ça n’est pas pour détourner la réalité de la vie concrète du gouvernement.
Catherine PEGARD : On voit bien que vous voulez agir et que le Premier ministre veut se déployer aussi sur tous les fronts pour conjurer…
Laurent BAZIN : On l’a vu cette semaine sur tous les fronts.
Catherine PEGARD : Ce mauvais climat, ça on l’a très bien compris que c’était une stratégie, et menée avec beaucoup d’énergie et de dynamisme et vous venez d’en faire la preuve. Mais en même temps, on entend, nous, les députés à l’Assemblée nationale. Et alors eux, ils ont le moral dans les chaussettes…
Hélène JOUAN : Et on les voit…
Catherine PEGARD : Et on les voit
Hélène JOUAN : Ou on ne les voit pas.
Catherine PEGARD : Et on les voit aussi critiquer violemment parfois le Premier ministre, ne pas être là…
Laurent BAZIN : Ou le président de la République.
Catherine PEGARD : Au moment d’un discours de censure et puis, éventuellement, s’interroger sur la question de savoir s’ils ne devraient pas écrire au président de la République pour demander le départ du Premier ministre. Comment réagissez-vous à cela ? Comment le Premier ministre peut-il retrouver la confiance de sa majorité ? Car c’est une question qui est posée, je crois, depuis le CPE et pas seulement depuis l’affaire CLEARSTREAM.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Moi, je ne me sens pas coupé de la réalité politique du terrain ; dans ma propre ville à Tours, j’ai récemment réuni un certain nombre de gens, de citoyens, membres d’associations, ou autres, pour faire le point avec eux, et parler très librement.
Laurent BAZIN : Est-ce que…
Catherine PEGARD : Et vous les sentez… qu’est-ce qu’ils disent ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On leur tend toutes les perches, si vous voulez, parce que…
Catherine PEGARD : Et ils ne vous disent pas, “ Mais qu’est-ce que vous faites là ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Nous avons la question du CPE voilà, qui est une question dans laquelle, si vous voulez, notre électorat, un certain nombre de gens nous donnaient des messages parfaitement contradictoires. Certains souhaitaient que, par principe, on tienne, et on aille jusqu’au bout de la réforme. D’autres pensaient qu’il fallait faire un geste, les troisièmes s’inquiétaient du report des examens. Bref…
Catherine PEGARD : Et parfois, ils se plaignaient de tout à la fois.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais bien sûr, et de manière simultanée et contradictoire. Ce cœur de mêlée, ne croyez pas qu’on en soit étranger et qu’on ne se rende pas compte des choses. Je crois que…
Hélène JOUAN : Le Premier ministre, lui, n’a pas ça justement.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez ; le Premier ministre, par définition quand il se déplace, quand il rencontre des gens, il a une grande capacité de contact, parce que au-delà des polémiques, il inspire confiance et les gens l’aiment bien, et les gens, si vous voulez, bon… alors il y a des moments où ça cogne, c’est évident, c’est la vérité. Moi, je dis tout simplement à l’ensemble des parlementaires, moi je serai soumis à réélection en 2007 pour les élections législatives, donc je ne suis pas, comme ça, quelqu’un de suspendu en l’air au-dessus de la mêlée et de la réalité. Je pense en tout cas une chose, c’est qu’il n’y a pas… s’il n’y a pas unité et équipe au sein de l’UMP et de la majorité présidentielle, mais alors là évidemment 2007 sera difficile.
Laurent BAZIN : Il n’y a pas, permettez-moi de vous le dire, monsieur le ministre, soyons clairs…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi ?
Laurent BAZIN : Il n’y a pas, il y a 150 députés qui vont à la buvette, dit-on, après un petit discours amical des membres du cabinet de Nicolas SARKOZY qui disent, “ Ça serait bien que vous n’y alliez pas, parce que ce serait une façon de marquer des points pour l’an prochain ”. Enfin…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Moi, j’étais… enfin comment dire, c’est très difficile de dire ça…
Laurent BAZIN : … Dans les choux…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Parce que je ne veux pas donner le sentiment de farder la réalité pour les téléspectateurs qui nous écoutent. J’étais présent dans l’hémicycle et j’ai trouvé, parce que évidemment que ça n’est pas un période facile, donc évidemment que tout le monde est inquiet et que les gens, face à la gauche, se disent “ Qui peut gagner ? Comment est-ce qu’on va gagner ? Quelles sont les mesures à prendre, etc, etc, c’est évident qu’il y a ce climat politique. Moi, j’ai été paradoxalement surpris du contraire, et je me suis dit… j’ai trouvé qu’il avait de l’électricité, et que le discours du Premier ministre avait été très bien accueilli. Moyennant quoi, j’ai vu…
Laurent BAZIN : … Dépêche…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai vu qu’il y avait eu une dépêche d’AFP, j’ai vu un certain nombre de choses. Donc j’ai vu la grille de lecture, si vous voulez, du dénombrement sur place. Mais il faut que, là aussi les choses soient claires. Pour une motion de censure, ne votent que ceux qui sont contre, donc c’est sur que la gauche et qu’une partie de l’UDF étaient là pour…
Laurent BAZIN : Alors très bien, posons la question suivante…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Manifester leur opposition, voilà…
Laurent BAZIN : Renaud DONNEDIEU de VABRES…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’intérêt politique ne sera pas facile, mais c’est une évidence, mais en tout cas, se tirer des coups, les uns contre les autres, ça, c’est la certitude de l’échec. On a connu ça à certaines périodes de l’histoire politique. Moi, je ferai en sorte, avec d’autres, qu’on s’engage fortement dans le combat face à la gauche…
Laurent BAZIN : Très bien.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et chacun aura besoin de tout le monde. Quel que soit le candidat, permettez-moi de vous dire qu’il aura, le moment venu, aussi bien de l’expression et de la parole du président de la République, que des anciens Premiers ministres, que du plus simple de nos concitoyens…
Laurent BAZIN : Je vous ai dit que c’était un guerrier, vous êtes prévenu.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais c’est la vérité. Est-ce que vous pensez… une seule chose ; la gauche, vous pensez qu’elle va continuer indéfiniment à se diviser ? Pour le moment, ils sont dans des batailles de désignation pour le candidat à l’élection présidentielle. Lorsqu’ils auront désigné leur champion, l’électorat de gauche a le souvenir de 2002, il a le souvenir de ce qu’ils ont subi, c’est-à-dire d’être éjectés du deuxième tour de l’élection présidentielle…
Laurent BAZIN : Le souvenir ou le remords.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc ils seront totalement unis. Nous, qu’on ait ça dans le crâne, et si dans les semaines qui vont précéder 2007, il y a des affrontements internes au sein de l’UMP, ça serait une catastrophe. Je vous rappelle d’ailleurs que le bureau politique…
Laurent BAZIN : Vous me permettrez après de poser ma question.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Une dernière chose : le bureau politique de l’UMP a désigné… a décidé qu’il n’y aurait qu’un seul candidat…
Hélène JOUAN : Il n’a pas encore désigné, rassurez-nous, un candidat…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Tout le monde était présent à ce bureau politique, tous les grands protagonistes et ceux qui peuvent être candidats à l’élection présidentielle, bref nous serons en ordre de marche, et j’espère…
Laurent BAZIN : Si c’est Nicolas SARKOZY, Renaud DONNEDIEU de VABRES l’ami de Dominique de VILLEPIN, celui qui était avec lui à l’ENA, soutiendra corps et âme, mettra toutes ses forces au service de Nicolas SARKOZY ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : S’il est désigné par l’UMP et si j’ai contribué à le faire, et si j’apporte mon énergie personnelle, bien sûr que je le ferai.
Laurent BAZIN : Ça fait beaucoup de si, non ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Ça ne fait pas beaucoup de si. C’est un équipage, j’ai des priorités, j’espère représenter quelque chose, j’espère être utile, et j’espère que la conjugaison d’un certain nombre de gens qui ne sont pas planqués, qui sont des gens qui ont un peu d’énergie et qui portent, chacun dans nos domaines, dans nos manières de vivre, et de penser, un certain nombre de choses, voilà, il y a une équipe. C’est, par ailleurs, une nécessaire solitude la personne qui est candidate à l’élection présidentielle, parce que c’est une fonction très particulière. Donc, de toute façon, c’est un homme ou une femme seul. C’est-à-dire qui, au fond, prend la décision et qui accepte ce rendez-vous particulier avec les Français. Mais il ou elle…
Laurent BAZIN : Mais qui aura besoin de l’équipe autour d’elle.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Ne réussira que s’il y a un espèce de mouvement d’ensemble, qu’il y a une équipe, on s’engage. Si on est là en chien de faïence, voilà, ça ne marchera pas.
Catherine PEGARD : Avant d’en arriver en 2007, est-ce qu’on peut vous poser la question des relations à l’intérieur de la majorité autrement, et même très simplement, est-ce que vous pensez que Dominique de VILLEPIN et Nicolas SARKOZY peuvent avoir la même sagesse que celle que vous réclamez ? Est-ce que, aujourd’hui, ils peuvent cohabiter dans ce gouvernement, et faire une sorte d’armistice entre eux, faire taire leur rivalité. Cette rivalité est connue, elle est connue de tous. Alors on ne va pas épiloguer dessus, mais est-ce que tous les deux peuvent avoir la sagesse de dire aujourdhui, voilà, il reste à travailler pendant dix mois, alors on va faire ce travail jusqu’à la fin de l’année…
Laurent BAZIN : Une paix des braves ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais c’est le mode de fonctionnement du gouvernement à l’heure actuelle. Dans les séminaires du gouvernement, dans les réunions du conseil des ministres, dans les grands arbitrages qui sont rendus, etc, il y a un Premier ministre, il y a un ministre d’Etat, il y a des ministres, il y a des ministres délégués. Il peut y avoir des sujets de discussion, il peut avoir des réflexions ; mais quand il y a un arbitrage ensuite, il est exécuté par tout le monde, et donc oui, je pense effectivement…
Catherine PEGARD : Vous pensez que ça marche déjà comme ça ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Et je certifie que, aujourd’hui dans la marge de l’Etat, sous l’autorité très vigilante du président de la République, le gouvernement fonctionne de manière tout à fait déontologique. Et ça, c’est une priorité absolument essentielle et dans…
Laurent BAZIN : Est-ce que pour clarifier tout ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Bien sûr qu’il peut y avoir des compétitions ; dans la marge du gouvernement, ça ne se produit pas comme ça, en tout cas je ne le ressens pas comme tel, et parfois il peut y avoir des tensions entre nous. Je veux dire, il y a, de temps en temps, des discussions à l’intérieur d’un gouvernement. Moi qui suis un éternel mendiant, et qui ai toujours des besoins pour le secteur de la Culture et de la Communication…
Laurent BAZIN : A peine 1 % du budget de l’Etat…
Catherine PEGARD : Vous, vous souffrez beaucoup…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, mais ça n’est pas ça…
Catherine PEGARD : Ça, Thierry BRETON…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Un peu plus, un tout petit peu plus…
Laurent BAZIN : Un tout petit peu plus de 1 % maintenant.
Catherine PEGARD : Mais Thierry BRETON vous fait beaucoup souffrir, on a cru comprendre.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, pas du tout. Mais il y avait discussion, des dialectiques normales entre un ministre dépensier et Bercy, voilà c’est logique. Donc il y a des moments où ça peut créer des tensions, bien. Et puis, il y a des arbitrages et il y a… encore une fois, je crois que c’est l’intérêt de chacun. Et donc cet intérêt bien compris, je crois que ça soude.
Laurent BAZIN : Est-ce qu’il ne faudrait pas clarifier tout ça une bonne fois, et demander à Dominique de VILLEPIN d’engager la confiance de son gouvernement pour que, cette fois, les députés, qui ont séché les cours la dernière fois, soient là et lui manifestent clairement…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi…
Laurent BAZIN : Une confiance renouvelée…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pourquoi est-ce que vous dites qu’ils ont séché les cours. Si c’était la gauche et une partie de l’UDF qui voulaient être là…
Laurent BAZIN : 150 députés à la buvette, pardonnez-moi, c’est quand même une surprise.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez, je pense que, historiquement, la buvette ne contient pas 150 places, donc de toute façon…
Laurent BAZIN : D’accord, c’est une expression, très bien…
Catherine PEGARD : On va dire absents.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : … Retenir que le chiffre…
Laurent BAZIN : Non mais 150, c’est beaucoup. Ces 150 là, est-ce que vous les ramèneriez par un vote de confiance…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On est dans une …
Laurent BAZIN : Ça a été proposé par Monsieur BARRE.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : On est dans une période qui n’est pas simple politiquement, parce qu’il y a des exigences, parce qu’il y a des impatiences, parce que parfois un certain nombre de réformes ne sont pas comprises, parce qu’il a fallu évoluer. Donc qu’il y ait des inquiétudes, c’est évident. Vous voyez bien d’ailleurs la gauche qui devient de plus en plus arrogante, etc. Donc nous, il faut qu’on se mette dans une espèce de posture psychologique pour répondre. Donc la question… on n’a pas besoin de créer ça, il n’y a pas de…
Laurent BAZIN : … Pas besoin de vote de confiance…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’opposition a déposé une motion de censure, la question ne se pose pas en ces termes. Et puis celui qui est, j’allais dire, le grand maître de l’horloge, et le grand maître des décisions, c’est le président de la République. Et c’est par ailleurs, bien sûr, le Parlement, le Parlement il y a une procédure qui prévoit tout simplement la motion de censure, la censure n’a pas été votée. Les prérogatives politiques sont exercées par le président de la République.
Hélène JOUAN : Vous venez justement de parler des réformes qui n’ont pas forcément été toutes comprises ; sur quoi va se jouer, à votre avis, la présidentielle, c’est-à-dire sur quels thèmes vous avez échoué, qu’est-ce que vous n’avez pas fait qui peut vous faire perdre, ou gagner d’ailleurs, qu’est-ce qui peut vous faire gagner ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : En réfléchissant, au fond, à cette émission et la préparant, je me suis dit que le plus grand danger, c’est la peur. Et-ce qu’il faut qu’on arrive à extirper chez nos concitoyens, c’est la peur de l’autre, quel que soit l’autre, et l’insuffisante confiance dans notre capacité nationale à faire des choses, à produire des résultats, à rayonner, à conserver des emplois et même à prospérer. Et donc, je pense que la thématique de la prochaine présidentielle, ça va être, est-ce qu’il y a encore une capacité nationale concrète de rayonnement et d’avenir pour chaque française et chaque français. Regardez ce qu’il s’est passé avec le référendum européen…
Laurent BAZIN : … Psychologique, ce que vous êtes en train de décrire.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Regardez… deux éléments qui ont fortement contribué aux difficultés du référendum de la Constitution européenne, la maxime – entre guillemets – du plombier polonais, donc l’autre, la concurrence des emplois ; deuxièmement, les questions d’élargissement de l’Union européenne qui, là aussi, était l’autre, est-ce que l’autre est acceptable dans un destin… donc ce qui est très important pour nous, c’est de montrer que nous avons la capacité à créer, la capacité à faire rayonner concrètement, département par département, métier par métier, et globalement notre pays.
Hélène JOUAN : Mais c’est quoi ? C’est rendre confiance ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ?
Hélène JOUAN : C’est rendre confiance ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, rendre concrètement confiance et ne pas croire que c’est tout le système public qui va tout régler, mais que ça soit concret et que ça ait des conséquences tangibles. Dans mon domaine d’activités …
Hélène JOUAN : Ça veut dire que depuis quatre ans, vous avez échoué à ça, rendre confiance aux gens ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je dis que c’est une thématique politique qui n’est pas simple, parce que nous avons fait beaucoup de choses, il y avait des réformes qui étaient en panne et que la gauche n’avaient pas faites, mais qui étaient des réformes difficiles parce qu’elles supposaient des efforts consentis par nos concitoyens. Et chaque fois qu’on fait une réforme, le premier réflexe de nos concitoyens, c’est de se dire “ Qu’est-ce qui va encore nous piquer celui-là ? ” ou “ Qu’est-ce qu’il va encore me demander comme geste supplémentaire ? ”. Pour les retraites, on l’a fait pour garantir un système ; pour l’assurance maladie, on l’a fait pour garantir la pérennité d’un système. Mais reconnaissons que, à chaque fois, on est obligé de demander un effort, une solidarité. Regardez pour les personnes âgées, les difficultés que nous avons concrètement pour la question du lundi de Pentecôte, parce qu’il y a le moment du drame, le moment de l’émotion, le moment où chacun est solidaire, et puis ensuite la solidarité, elle n’est pas constatée dans la vie pratique. Donc oui, je crois qu’il faut qu’on constitue cette dynamique de la confiance concrète, et c’est possible. Un exemple ; dans mon domaine, par rapport à l’activité dans le domaine du cinéma, les mesures que nous avons prises, crédit d’impôt, plus ouverture des monuments historiques en un an, de 2005 donc par rapport à 2004, c’est plus 35 % de semaines de tournage dans notre pays, ça veut dire de l’emploi pour les artistes et pour les techniciens. Bref, il faut qu’on soit mobilisé, et je crois, oui, que la prochaine campagne présidentielle sera sur cette capacité française à générer une dynamique, de la confiance avec beaucoup de difficultés, parce que… c’est pour ça qu’il faut être très prudent sur les pronostics, où en sera la crise iranienne, où en sera la situation de la paix internationale, avec les conséquences que ça peut avoir sur la situation intérieure française au moment de la préparation de l’élection présidentielle ? Bref, il faut, face aux peurs, arriver à créer une dynamique, et ça je pense que c’est absolument essentiel.
Catherine PEGARD : Mais la confiance concrète, est-ce que ça n’est pas un peu contradictoire avec la rupture ? Prenez, par exemple, par le président de l’UMP.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais le terme de la…
Catherine PEGARD : Est-ce qu’on peut répondre aux peurs en allant vers la rupture ? Est-ce que ça n’est pas contradictoire ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : En tout cas plus un projet, ou une option sera en rupture, plus elle supposera l’explication. Vous l’avez bien vu ; dans un certain nombre de réformes qu’on a voulu faire, à partir du moment où il n’y avait pas le temps nécessaire de la concertation, il y a radicalité. Moi, encore une fois je ne veux pas me citer en exemple, mais c’est la vie concrète, c’est pour que ceux qui nous regardent comprennent comment travaille un ministre…
Laurent BAZIN : … Comme le dit Dominique de VILLEPIN.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui, enfin…
Laurent BAZIN : Votre vraie vie…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : La responsabilité que j’ai l’honneur d’exercer. Il y a des moments où il faut prendre le temps de la discussion, de l’immersion, de la négociation, et puis il y a des moments où il faut des résultats. Et donc là, sur l’assurance chômage, par exemple, pour les artistes et les techniciens, il faut des résultats, parce que voilà le temps de la discussion est achevé…
Laurent BAZIN : Vous dites, par exemple à la CFDT, il est temps de signer maintenant l’accord, parce que les intermittents du spectacle…
Catherine PEGARD : Au bout d’un moment, ça doit être un petit peu démoralisant tout de même…
Laurent BAZIN : Parce que l’Etat est en train de mettre de sa poche, tous les jours, pour combler le trou qui est laissé. Vous avez choisi de combler ce trou…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Comment vous dire ? Moi, j’ai l’objectif des situations concrètes. Donc…
Laurent BAZIN : C’est concret, ça.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oui mais non, c’est très concret. Mais ce qui est encore plus concret, c’est la situation des artistes et des techniciens. Donc à l’heure où je vous parle, le nouveau système n’est pas encore signé, n’est pas encore sur la table. J’ai prolongé les mesures que l’Etat avait garanties en 2005. Ça veut dire pour la faire brève mais très intelligible pour les artistes et les techniciens qui nous regardent…
Laurent BAZIN : Et pour les autres.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : A l’heure où je parle, les fameuses 507 heures sur 12 mois sont garanties par le système…
Laurent BAZIN : Par l’Etat.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’Etat a pris à sa charge pour 2005, et je l’ai prolongé. J’attends l’accord définitif entre un certain nombre de partenaires sociaux, j’ai proposé des mesures qui s’articuleront, j’ai fait ça avec mon collègue Gérard LARCHER et avec Jean-Louis BORLOO. Bref, j’ai l’objectif de situation concrète et dans un cas comme dans l’autre…
Laurent BAZIN : Et l’espoir d’aboutir rapidement ou pas ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Les 507 heures sur 12 mois s’appliqueront.
Laurent BAZIN : Rapidement ou pas ?
Hélène JOUAN : Et si personne ne signe, si même si la CFDT ne signe pas, vous faites comment ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : De toute façon, le système ancien sera prolongé, il n’y aura pas de vide juridique. De toute façon, ça ne sera pas le far-west et donc, à ce moment-là, évidemment s’il n’y a pas d’accord signé, le gouvernement et le Parlement seront amenés à examiner la situation…
Laurent BAZIN : … Pardon, que la CFDT vous fait un peu payer le CPE.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Elle a posé des questions légitimes qui correspondent d’ailleurs à la politique du gouvernement. C’est-à-dire la question des abus parce que les artistes et les techniciens ont intérêt, eux-mêmes, à ce que le périmètre soit bien délimité. Deuxièmement, elle a posé une très bonne question sur laquelle Gérard LARCHER et moi, nous avons engagé l’action, donc ça n’est pas… on n’est pas attentiste, de faire en sorte qu’il y ait des conventions collectives. Et donc nous avons fixé un calendrier de manière très précise. Donc nous allons publiquement répondre aux questions qui sont posées…
Laurent BAZIN : Mais on ne vous fait pas payer le CPE une seule seconde ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Pardon ? Mais écoutez…
Laurent BAZIN : A la CFDT.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Chacun a son calendrier. Je respecte les partenaires sociaux, donc vous ne me ferez pas tenir des propos mettant en cause…
Laurent BAZIN : Pas en pleine négociation.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Le rôle des partenaires sociaux, à chacun son rôle. Mais c’est la même chose pour cette magnifique exposition pour laquelle je vais une seconde de publicité au Grand Palais, sur la création contemporaine, qui s’appelle la force de l’art…
Hélène JOUAN : On va en parler !
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je respecte l’indépendance artistique.
Catherine PEGARD : Jusqu’au 27…
Renaud DONNEDIEU de VABRES ; Je respecte…
Hélène JOUAN : L’affichage d’un grand portrait d’Emile LOUIS qui, hier, a quand même un peu choqué, en particulier les associations d’enfants disparus, puisque c’était la journée, en plus, des enfants disparus.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Mais je ne veux pas répondre à la légère à cette question, parce que je comprends, bien sûr en règle générale, l’émotion des familles de victimes, pour lesquelles la justice ne sera jamais une vraie réparation, parce que quand on a perdu quelqu’un de sa famille ou de son environnement personnel, de toute façon rien ne réparera jamais. Mais la justice est évidemment amenée à donner des réponses. Quelle est la vraie histoire ? C’est que, au sein de cette exposition d’art contemporain, quinze commissaires indépendants ont été désignés pour présenter un certain nombre d’artistes et des thématiques. Il se trouve que la thématique retenue par le commissaire indépendant présentant ce tableau, le portrait donc d’Emile LOUIS, c’est la thématique de la violence, de la barbarie et de la destruction. Et donc vous avez trois salles…
Hélène JOUAN : Vous voulez dire que ça avait ce sens que ce tableau soit là…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : L’avant-dernière salle, vous avez un squelette, vous avez une vidéo absolument magnifique sur la destruction par la flamme, et vous êtes dans une atmosphère comme dans un studio, où il y a le noir, et ensuite vous entrez dans une autre pièce, qui est une pièce de violences, tout à fait minérale, désertique, et donc très blanche, très forte, avec des matériaux de métal, et puis vous avez ce portrait. Donc il n’est pas dans un écrin joyeux, il figure là parmi d’autres œuvres sensées incarner, présenter la volonté de certains artistes de dénoncer la fureur du monde. Donc si vous voulez, ça n’est pas choquant par rapport à la douleur des familles que je comprends. Et le deuxième point, et ce n’est pas pour moi ouvrir un parapluie, c’est que par définition, mon rôle de ministre de la Culture, c’est de garantir la liberté et l’indépendance artistique. Et vous savez, petite facétie, ou petit clin d’œil ; sur la façade du Grand Palais, qui a été donc inaugurée il y a trois semaines pour cette exposition, il y a un panneau qui est une œuvre d’art, bien sûr, et sur laquelle est écrit “ Adèle a démissionné ”, voilà, donc c’était il y a quoi, trois semaines, vous voyez ce que ça voulait dire ? Et quand on m’a dit…
Laurent BAZIN : …. C’est une exposition voulue par Dominique de VILLEPIN et orchestrée très rapidement en quatre mois, on comprend bien le sens.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Attendez, regardez, vous auriez pu me dire, “ Monsieur le ministre, est-ce que vous êtes fier d’être le premier des ministres qui a comblé un retard incroyable, puisque la plupart des grandes capitales du monde, Londres et New York très présentes sur le domaine de l’art contemporain, ont un moment régulier…
Laurent BAZIN : Ça n’aurait pas été un brin vous servir la soupe…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non mais…
Hélène JOUAN : … On l’a quand même appelée l’expo VILLEPIN pour faire court.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai la chance d’avoir un Premier ministre qui…
Hélène JOUAN : Ça avait un sens aussi de l’appeler comme ça…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : J’ai la chance d’avoir un Premier ministre qui, sur le plan culturel, défend avec flamme un certain nombre de projets, et il a raison de le faire, et je suis sûr d’ailleurs qu’il prendra tous les meilleurs arbitrages, à l’avenir, même sur mon budget, cela, voyez, avec un peu d’humour.
Laurent BAZIN : … Et avec la CFDT…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Donc c’est très important d’arriver à faire, voilà, partager cette énergie, de faire respecter un certain nombre de principes, de libertés. C’est la même chose à Avignon, l’année dernière, parce que vous avez des spectacles ou des formes d’expression qui peuvent choquer, vous avez vu ce qui s’est passé à un certain nombre de moments où des paroles de chanson, musique rap, faisaient débat. Et donc il faut reconnaître dans la France actuelle que pour les artistes, ils ont une liberté d’expression un peu supplémentaire à celle du citoyen normal parce que…
Hélène JOUAN : Vous, vous serez toujours le garant de cette liberté-là ? Il n’y a pas de…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Sauf si je constante un appel à la haine raciale, des propos qui sont vraiment en infraction grave avec la loi. Auquel cas, la loi s’applique à tout le monde, même aux artistes. Mais oui, leur pouvoir d’interpellation, je suis là pour qu’ils puissent pousser les cris dont ils ont envie. Enfin c’est un principe, c’est la force d’un pays comme le notre.
Laurent BAZIN : Il nous reste deux minutes, dernière question, elle sera politique, Catherine PEGARD ?
Catherine PEGARD ; Oui, elle sera politique, et donc qu’est-ce que… quel jugement portez-vous sur Ségolène ROYAL qui fut votre co-disciple à l’ENA ? Est-ce que vous trouvez qu’elle fait un parcours irrésistible et qu’elle sera la candidate du Parti socialiste à tout coup ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Je pense qu’elle va sortir, à son détriment, de l’ambiguïté qui la porte. Je pense qu’elle dégage de la lumière, et qu’elle a une énergie…
Laurent BAZIN : Pas seulement, elle accroche la lumière…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, non, qu’elle dégage de la lumière, donc je lui reconnais cette qualité-là. Je pense, par contre, qu’il faut qu’elle choisisse un positionnement politique, qu’elle ne surfe pas de manière habile. Et je lui dis là, par exemple, qu’avoir récemment ressorti la licence globale, c’est-à-dire ne pas avoir le courage de défendre les métiers artistiques, de défendre les droits d’auteur à l’ère numérique, c’est de la démagogie, et ça n’est pas ce genre d’attitudes qui la conduiront à un destin présidentiel.
Laurent BAZIN : En quinze seconde, est-ce qu’elle n’est pas dans le climat de violence que vous avez décrit depuis le début de cette émission, de manière très claire, le baume féminin dont les Français ont besoin.
Hélène JOUAN : Féminin, a t-il dit, féminin.
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Oh la, la ! Je crois que Ségolène ROYAL, c’est quelqu’un… c’est une lame, ne croyez pas que ça soit du baume, et je pense, si vous voulez, que dans sa manière de gérer la région Charente – Poitou, c’est quelqu’un qui n’est pas exempt de temps en temps de comportements sectaires. Donc c’est quelqu’un de très à la manœuvre.
Catherine PEGARD : C’est une âme féminine.
Laurent BAZIN : Merci d’avoir été avec nous ce soir pour nous éclairer aussi sur la personnalité de Ségolène ROYAL, mais pas seulement. Merci Mesdames, c’était pour la dernière fois évidemment, le baume féminin.
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