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De l'écriture à la scène – Studio-théâtre de la Comédie Française

Posted By admin2011 On 27 mars 2006 @ 16:43 In Discours 2006 | No Comments

Mesdames, Messieurs,

J’ai tenu à vous rencontrer aujourd’hui, à l’issue de la semaine « premières lignes »,
organisée à l’initiative du ministère, en ce lieu, dédié à la création théâtrale contemporaine,
aux auteurs et à leurs écritures, à leurs oeuvres, sans lesquels il n’est pas de théâtre.

Puisque nous sommes dans l’une des salles de sa maison, je rappellerai en préambule ce
mot de Molière, selon lequel « on sait bien que les comédies ne sont faites que pour être
jouées ». Encore faut-il qu’elles soient écrites et, comme l’écrivait Jeanne Laurent il y a
bientôt soixante ans, ne pas perdre de vue « que l’essentiel est d’avoir des auteurs et, si
possible, des poètes qui travaillent pour la scène ».

Oui, l’engagement de l’Etat en faveur de la création théâtrale contemporaine est ancien,
profond et constant : la semaine qui vient de se dérouler ici témoigne, et du talent des
auteurs, et de la force de cet accompagnement. Et le bilan de la commission d’aide à la
création d’oeuvres dramatiques, que nous a présenté Françoise Villaume, est remarquable.

Cela dit, je viens d’entendre avec un grand intérêt et beaucoup d’émotion vos témoignages,
qui montrent combien le parcours des auteurs est riche, mais demeure semé d’obstacles,
malgré la constance de l’engagement de l’Etat en faveur de la création théâtrale
contemporaine.

Cet engagement est aussi pour moi l’expression d’une conviction personnelle, qui n’a cessé
d’inspirer mon action depuis deux ans, celle que les auteurs sont l’âme de la création, au
théâtre, bien sûr, mais aussi au cinéma, dans le monde de la musique comme, naturellement
,dans celui de la littérature, et dans l’ensemble des arts et de la culture.

Aussi notre rencontre d’aujourd’hui s’inscrit-elle dans la continuité d’une politique en faveur
des auteurs, des créateurs, des artistes, de la défense et de la promotion de leur travail et de
leur talent, qui sont au coeur de ma politique culturelle.

Tel est le sens du débat que j’ai mené, ces trois dernières semaines, à l’Assemblée
nationale, sur le projet de loi sur le droit d’auteur. Même s’il ne concernait pas au premier
chef les auteurs de théâtre, c’est l’ensemble du monde de la création qui était au centre de
ce débat, pour faire reconnaître les droits, et notamment le droit à une juste rémunération du
travail, et les libertés, des auteurs qui sont à la source de toute création, à l’ère numérique
comme au temps de Beaumarchais.

C’est la même volonté de faire respecter les droits des auteurs et le sens de leurs créations
qui inspire mon action au service du très beau projet de bibliothèque numérique européenne,
lancé par la France, à l’initiative du Président de la République, pour mettre à disposition
notre immense patrimoine littéraire et culturel, non seulement historique, mais aussi
contemporain, sur les réseaux numériques.

C’est encore dans le même esprit que je ne cesse de promouvoir, depuis deux ans, une
véritable politique de l’emploi dans le secteur du spectacle vivant, dont la négociation en
cours de l’assurance chômage des artistes et des techniciens, qui fait l’objet, vous le savez,
à la fin de cette semaine, d’un rendez-vous décisif, est un aspect certes essentiel, mais au
sein d’un tout cohérent, à côté du soutien à l’activité, de la lutte contre les abus, de l’exercice
de la solidarité nationale, pour compléter la solidarité professionnelle et interprofessionnelle.

Tel est le sens des propositions que j’ai faites la semaine dernière aux commissions des
affaires culturelles de l’Assemblée nationale et du Sénat.

C’est enfin dans le même esprit de défense des créateurs, sans lesquels il n’est pas de
diversité culturelle digne de ce nom, que j’ai obtenu, vous le savez, mercredi dernier, la
validation par l’Union européenne de notre système de soutien au cinéma, le jour même où
le conseil des ministres validait le projet de loi de ratification de la convention pour la
diversité culturelle adoptée le 21 octobre dernier par la conférence générale de l’Unesco.

Ce long préambule m’amène au coeur de notre sujet d’aujourd’hui, car il s’agit toujours pour
moi de la même mission, du même objectif : faire reconnaître les droits et les talents des
créateurs et des artistes, à qui nous devons le rayonnement de notre culture, dans nos cités,
dans notre société, comme à l’échelle internationale.

J’en viens donc aux quelques principes forts que je veux affirmer devant vous.

1) Tout d’abord, je veux solennellement réaffirmer que, si le fonctionnement de la
commission d’aide à la création dramatique fait actuellement l’objet d’une réflexion, son
caractère national n’est pas et ne sera pas remis en cause. Ses membres continueront d’être
nommés par le Ministre et son organisation nouvelle sera pilotée par le Ministère de la
culture. Parmi les hypothèses étudiées, celle d’un partenariat avec le Centre National du
Théâtre est la plus avancée, de même que la recherche d’une meilleure articulation avec le
travail des comités d’experts en DRAC est souhaitée pour l’aide au montage de projets. Cela
veut dire aussi que deux commissions par an seront maintenues, à des périodes qui
devraient mieux correspondre au calendrier de production des théâtres et des compagnies.

Je tiens à ce qu’un nouveau cadre soit ainsi mis en place au plus tard le 1er janvier 2007.

Cette commission est essentielle à la vie du théâtre français. Vous savez que j’ai pris
l’initiative de célébrer les soixante ans de la décentralisation théâtrale à Avignon, le 17 juillet
prochain : comment oublier que l’aide à la création dramatique aura, elle aussi, soixante ans
en 2007 ?

En plus des aides accordées par le Centre National du Livre, depuis 1999, 547 projets ont
ainsi été accompagnés, pour un montant total de 6 800 000 €, ce qui porte à près d’un
million d’euros annuels l’aide de l’Etat. Un montant qui sera conforté cette année encore :
une commission s’est déjà réunie en février et une autre se réunira bientôt, au mois de juin,
pour délibérer sur les textes ou les propositions de spectacles les plus passionnants.

2) Je souhaite que les aides de l’Etat soient mieux articulées entre elles.

Ainsi, j’ai décidé de
relever le plancher des aides à la production à 20 000€ pour les projets les plus ambitieux
fondés sur la création d’une oeuvre nouvelle, en particulier celle d’un auteur vivant. Mais je
souhaite que l’on aille plus loin et que l’on favorise une meilleure relation entre l’aide à la
commande versée à l’auteur (6000 € en moyenne) ou l’aide à l’encouragement (3000 €
versés pour un premier texte) ; l’aide au montage (de 7000 € à 15 000 € à la compagnie, en
fonction du format du texte et 3000 € à l’auteur) et l’aide à la production (20 000 € à la
compagnie et droits d’auteurs au moment des représentations). De cette manière, en
cumulant ces aides, un projet de création nouvelle pourrait se voir doter d’au moins 10 000 €
pour l’auteur et 30 000 € pour la compagnie.

3) Je souhaite qu’une véritable « filière textes » soit constituée.

D’abord par une meilleure circulation des informations. La connaissance des conditions de
production, ainsi que l'analyse de ce qui est produit ou diffusé dans les structures
subventionnées ou non par l'Etat – je pense ici au travail remarquable de nombreux théâtres
de ville – doivent être organisées. Un travail en commun entre les lieux ressources, comme le
préconise le rapport Wallon, doit être rapidement mis en oeuvre, en partenariat notamment
avec la SACD qui a raison de demander la création d’un observatoire du spectacle vivant. Je
ne vous cache pas que je souhaiterais moi aussi disposer plus rapidement de chiffres plus
complets et plus fiables, afin de les partager avec vous, de mieux évaluer et orienter
ensemble, de façon concertée, les politiques du ministère.

Aussi ai-je demandé à Jérôme Bouët de me faire rapidement des propositions à ce sujet, car
notre réseau d’organismes et de lieux qui travaillent à la connaissance et à la transmission
des oeuvres dramatiques contemporaines est remarquable : je voudrais citer le Centre
national des écritures du spectacle de la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon qui organise
chaque année une quarantaine de résidences et de rencontres d’auteurs et mettra en place
un temps fort pendant le festival d’Avignon 2006 ; je tiens à citer aussi l’association Aux
Nouvelles Ecritures Théâtrales (ANETH), grâce à laquelle un millier de textes sont lus
chaque année et communiqués aux 17 antennes et centres de ressources associés ; mais
également la Maison Antoine Vitez qui fédère les traducteurs ; le Théâtre du Rond Point, le
Théâtre national de la Colline, Théâtre ouvert, le Théâtre de l’Est parisien, la Mousson d’Eté
à Pont à Mousson, Montevidéo à Marseille, le Théâtre 95 à Cergy-Pontoise, l'Atelier
européen de la traduction Scène nationale d'Orléans, le site « Théâtre contemporain.net » et
bien d’autres encore, qui oeuvrent au quotidien, partout en France, en faveur de la création
contemporaine et de sa rencontre avec le public.

Je souhaite aussi que les nouvelles technologies soient utilisées pour favoriser une meilleure
connaissance des textes aidés, soit par la mise en ligne d’extraits d’oeuvres dramatiques,
soit par la numérisation de textes d’auteurs vivants déjà édités mais jamais joués, sous
réserve, bien sûr, d’un accord préalable avec eux et leurs éditeurs.

Je veux également valoriser les comités de lecture et donner suite à la proposition du Centre
National des Ecritures du Spectacle de La Chartreuse de créer un répertoire des comités de
lecture, qui permettrait de fédérer leur activité dans le respect des orientations et des
méthodes de chacun, mais aussi de pouvoir disposer d’une observation plus fine des textes
reçus.

Je tiens à saluer le beau travail mené notamment par Textes en paroles en Guadeloupe, Etc
Caraïbes en Martinique, Les Journées de Lyon des auteurs de théâtre, et tous les théâtres
qui sont à l’origine d’importantes manifestations, comme Les Mardis midi des textes libres,
Lectures en scène, Corps de texte, Pur Présent, Les auteurs vivants ne sont pas tous morts,
Cartel, Frictions.

Une plus grande publicité donnée aux textes ainsi repérés pourrait prendre la forme d’un
bulletin d’information, éventuellement semestriel, qui faciliterait la circulation de ces textes à
l’étranger. Je souhaite que la SACD, l’AFAA et le CNT soient consultés, dès cet automne,
sur cette proposition.

4) L’Etat doit oeuvrer au rapprochement de l’oeuvre et de la scène.

Sur cette question sensible et sujette à controverse, je veux tout d'abord redire que la place
des auteurs vivants dans la production et la programmation de l'ensemble du théâtre public
est significative.

Selon les saisons, nous constatons que, dans les Centres Dramatiques Nationaux, plus du
tiers des productions concernent des textes d’auteurs vivants de langue française ; dans les
scènes nationales, 56% des spectacles ont certaines années été des oeuvres d’auteurs
contemporains vivants ; et selon une étude menée par l’ARSEC en 2004, sur 1162
spectacles portés par 839 compagnies, représentant la quasi-totalité des compagnies ayant
reçu un soutien de l’Etat, 58 % ont concerné des textes d’auteurs vivants.

Dans cette maison même, la Comédie-Française, j’ai tenu récemment à souligner le choix
remarquable de la programmation conjointe de « La maison des morts » de Philippe
Minyana et de « L’espace furieux » de Valère Novarina, exemples formidables de spectacles
d’auteurs vivants joués dans un grand théâtre.

Pour aller plus loin encore, je préconise la mise en place de véritables « pôles de production
», constitués par les conseillers théâtre des DRAC autour de compagnies indépendantes, de
directeurs de lieux et d’auteurs, volontaires pour réfléchir ensemble aux conditions de
création des textes aidés par l’Etat.

Tous ici, vous pouvez contribuer à la réalisation de spectacles dans des conditions
professionnelles, c’est-à- dire impliquant une juste rémunération des artistes et des
techniciens, et des modalités d’accueil et de diffusion optimales. Je sais que le relais est
parfois difficile entre les maillons de la longue chaîne qui mène à la création : nous pouvons
y remédier.

5) C’est pourquoi je tiens aussi à renforcer la place des auteurs au sein des institutions
théâtrales.

L’ouverture nécessaire des lieux est mon objectif absolu. Même si des écrivains sont déjà à
la tête d’institutions théâtrales (Jean-Michel Ribes, Olivier Py, Ahmed Madani, Catherine
Anne, Joël Dragutin, José Pliya) ou d’autres étroitement associés à des théâtres ou à des
lieux alternatifs (de Daniel Besnehard à Hubert Colas ou de Fabrice Melquiot à Pauline
Sales ou Marion Aubert par exemple) ils sont encore trop peu nombreux.

Les modes d'association d'un auteur à un lieu de théâtre sont divers et cette richesse reste à
explorer. De nombreuses résidences sont déjà proposées aux auteurs, par La Chartreuse
bien sûr, mais aussi par La Maison des auteurs à Limoges ainsi que, sur un plan
international, par Ecritures vagabondes, l’association présidée par Monique Blin.

Pour en assurer la lisibilité et en faciliter le financement, le ministère vient de rédiger une
circulaire précisant le cadre dans lequel peuvent s’inscrire de telles résidences.

J’ajoute que le contrat d’association de compositeurs et de compositrices, préconisé par le
rapport Surrans pour favoriser les résidences dans le domaine musical, est également
envisageable dans le domaine théâtral. Ce point mérite en tout cas de faire l’objet d’un
examen commun. Examen qui est aussi à l’ordre du jour de la réforme du contrat de
décentralisation dramatique, actuellement en cours de discussion avec les directeurs de
centre dramatique national.

6) Je voudrais enfin rappeler que j’ai créé et pérennisé par une convention triennale le Grand
Prix de littérature dramatique, étendu cette année aux auteurs francophones, que je remettrai
le 24 avril prochain à midi, rue de Valois. Il fallait marquer le rôle essentiel de l’édition
théâtrale : c’est fait. Et j’espère vous retrouver à nouveau à cette occasion.

Je vous remercie.


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