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Remise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres à Michèle Mercier

Posted By admin2011 On 6 mars 2006 @ 15:04 In Discours 2006 | No Comments

Chère Michèle Mercier,

Je suis très heureux de vous recevoir ce soir au Ministère de la culture
et de la communication pour vous témoigner, non seulement mon
admiration personnelle, partagée par les amoureux de cinéma et de
théâtre, mais aussi la reconnaissance de la République française pour
votre talent et votre contribution au rayonnement international de la
culture française.

La danse a été votre premier amour. Dès neuf ans, vous étiez déjà
petit rat à l’Opéra de Nice, avant d’intégrer, sept ans plus tard, les
Ballets de la Tour Eiffel, à Paris. C’est sans doute cet art qui vous a
donné la grâce, la sensualité et l’élégance qui vous ont conquis les
plus grands réalisateurs.

Maurice Chevalier, pour lequel vous jouez un rôle, dès l’âge de 15
ans, dans J’avais sept filles, vous prédit une carrière pleine de succès.
Vous ne le démentirez pas.

Aux studios de la Victorine, vous rencontrez un jour Michel Audiard et
Denys de La Patellière. Le premier avait écrit pour le second Retour
de manivelle, et ils cherchaient encore une actrice pour le rôle de la
jolie Jeanne. Vous êtes engagée, à 16 ans, pour tourner aux côtés de
Michèle Morgan et de Daniel Gélin. C’est ainsi que la danseuse
Jocelyne Mercier fait ses premiers pas d’actrice sous le nom de
Michèle, qui vous a porté chance, puisqu’il vous a élevé au firmament
du cinéma.

Vous donnez dès lors la réplique aux plus grands acteurs et tournez
avec les plus grands réalisateurs : François Truffaut, dans Tirez sur le
pianiste, avec Charles Aznavour en 1960, Jean-Pierre Melville dans
L’aîné des Ferchaux en 1963, avec Jean-Paul Belmondo et Charles
Vanel, que vous retrouvez dans Symphonie pour un massacre de
Jacques Deray, avec également Michel Auclair. Denys de La
Patellière vous offre de nouveaux grand rôles, en 1965, dans Le
tonnerre de Dieu, avec Jean Gabin et Robert Hossein, puis l’année
suivante dans Soleil noir, où vous retrouvez Daniel Gélin.

Vous devenez très rapidement une vedette internationale et tournez
avec de grands réalisateurs italiens : Franco Rossi pour Haute
infidélité, avec Nino Manfredi en 1963, Dino Risi, pour Il giovedi et Les
Monstres, la même année, dans lequel jouaient également Vittorio
Gassman et Ugo Tognazzi, Mario Monicelli pour Casanova, en 1964,
dans lequel vous donnez la réplique à l’immense Marcello Mastroianni.

Votre gloire vous fait même traverser l’Atlantique : dès 1961, Anatole
Litvak vous offre un rôle dans Aimez-vous Brahms ?, avec Yves
Montand, Ingrid Bergman et Anthony Perkins. En 1970, vous jouez
Aila, dans Les Baroudeurs, de Peter Collinson, aux côtés de trois
géants du cinéma américain, Charles Bronson, Patrick Magee et Tony
Curtis. Deux ans plus tard, c’est à Charlton Heston que vous donnez la
réplique dans L’Appel de la forêt, de Ken Annakin.

Je ne peux ici citer la liste exceptionnelle des réalisateurs et des
acteurs avec qui vous avez tourné, des plus grands noms d’Hollywood
jusqu’aux talents les plus emblématiques de la Nouvelle Vague.

Si les spectateurs vous ont adulée sous les traits de la Marquise des
Anges, qui a assis votre renommée internationale, votre carrière
exceptionnelle ne peut, nous le savons tous, se résumer aux
mythiques Angélique, en dépit de leur immense popularité. « Je ne
suis pas Angélique » avez-vous intitulé votre autobiographie parue en
2002.

Mais votre incarnation de cette femme, libre, sensuelle, combative, de
cette héroïne romanesque, passionnée, vibrante, a marqué
profondément l’esprit du public. Le personnage d’Anne et Serge Golon
avait déjà connu un énorme succès en librairie, vous lui avez offert
cinq triomphes au cinéma, sous la direction de Bernard Borderie, aux
côtés de Robert Hossein, mais aussi de Claude Giraud, Jean
Rochefort et Jean-Louis Trintignant.

« Ce personnage, c’est moi, il me convient parfaitement, je n’ai pas
l’impression de jouer », avez-vous dit. Peut-être est-ce pour cette
raison que le public vous a instinctivement érigée au rang de mythe,
en même temps que l’héroïne que vous incarniez ? Peut-être est-ce
pour cette raison que parmi les innombrables lettres d’admirateurs que
vous receviez alors – et que vous recevez encore – certaines ne
portaient parfois que la mention « Angélique, Marquise des Anges,
Versailles » ? Pour le public, qui vous a témoigné un amour, une
admiration, une dévotion exceptionnels, vous étiez et vous resterez
longtemps – un peu trop peut-être selon vous – cette Angélique
légendaire, fière et belle à mourir.

Passionnée et volontaire, vous vous affichez aujourd’hui avec les
jeunes talents de la nouvelle vague du cinéma français, et notamment
Sophie Blondy, qui vous a récemment dirigée dans le Conte d’Isis.

Je suis très heureux d’honorer ce soir une grande dame du cinéma
français, une actrice culte, au destin exceptionnel, qui a recueilli
l’amour de tous les spectateurs et porté le cinéma français par-delà les
frontières et les Océans.

Chère Michèle Mercier, au nom de la République, nous vous faisons
chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.


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