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Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur à François Berléand
Posted By admin2011 On 12 janvier 2006 @ 16:41 In Discours 2006 | No Comments
Cher François Berléand,
Il y a quelques mois, j’ai eu le grand plaisir de rendre hommage au talent de Christophe
Barratier et de Gérard Jugnot, artisans tout comme vous d’un succès retentissant en France et
dans le monde, celui du film « Les choristes » (8,7 millions de spectateurs en France).
A mon
plus grand regret, vous n’aviez pu être parmi nous à cette occasion. Je suis donc aujourd’hui
particulièrement heureux de vous recevoir pour vous rendre un hommage que je veux d’abord
sincère, reflet de mon admiration personnelle pour votre parcours, mais aussi solennel, à la
mesure de votre immense talent. Je sais que cette cérémonie entre un peu en conflit avec
votre modestie, car vous n’êtes pas du genre à courir après les fastes d’une gloire pourtant si
méritée, mais il m’importe d’affirmer l’attachement de l’État aux personnalités qui, à votre
image, font rayonner la culture française partout dans le monde.
Il est bien révolu, le temps où vous vous auto-proclamiez « l’acteur le plus anonyme du cinéma
français ». Depuis vos débuts au théâtre puis au cinéma, sous la direction en particulier d’Alain
Cavalier, qui avait inauguré pour vous, avec « Martin et Léa », une longue série de rôles de
policiers et de militaires, vous n’avez cessé d’élargir votre palette, avec les plus grands
réalisateurs, de Pierre Jolivet, votre ami, auquel vous êtes toujours resté fidèle, à Claude
Chabrol, avec qui vous venez de tourner, en passant par Louis Malle, Cédric Klapisch,
Bertrand Tavernier, Benoît Jacquot, Alain Corneau, Nicole Garcia, Denys Arcand, mais aussi
Guillaume Canet et bien d’autres encore.
Assureur véreux dans Ma petite entreprise de Pierre Jolivet, rôle qui vous a valu le César du
meilleur second rôle, producteur de télévision détestable et hilarant dans Mon idole, de
Guillaume Canet, vous incarnez pour nous le paradoxe d’un acteur qui s’est fait une spécialité
des rôles de pince sans rire, de sans gêne, de cyniques, d’ordures, et même de sadiques,
mais qui a su rester toujours terriblement drôle et attachant. A travers cette palette de
personnages tendrement décalés, grossièrement revêches, délicieusement abjects mais
souvent hilarants malgré eux, ce sont les faiblesses par trop humaines que vous nous inviter à
goûter, voire à déguster, nimbées d’un coulis doux-amer, qui fait le succès de votre jeu si
singulier.
Avec vos personnages, vous avez élevé le cynisme au rang d’art, ce qui est un comble pour
un acteur qui possède une telle générosité : à l’heure de votre succès éclatant, vous continuez
à faire confiance à de jeunes réalisateurs et leur offrez, avec votre talent et votre renommée,
une réelle chance de s’imposer dans le monde du cinéma.
Puisse cette générosité ne pas vous épuiser ! Passionné, vous répondez avec enthousiasme
et disponibilité aux nombreux metteurs en scène et réalisateurs qui se disputent votre
collaboration. On continue à vous proposer des seconds rôles, mais votre prestige, votre
popularité, sont aujourd’hui tels qu’on ne peut plus vraiment parler de seconds rôles : votre
présence à l’affiche d’un long métrage en garantit aujourd’hui le succès. Claude Chabrol vous
a dirigé aux côtés d’Isabelle Huppert pour L’ivresse du pouvoir, qui sortira en février, et qui a
été en partie tourné dans ces murs ; Florence Moncorgé-Gabin vous a choisi pour Le passager
de l’été qui sortira en juin ; Nicole Garcia vous a mis en scène aux côtés de Benoît Magimel et
Vincent Lindon dans Selon Charlie, qui sort en août prochain ; et Guillaume Canet vous a
proposé un rôle dans son nouveau film, Ne le dis à personne. 2006 sera, j’en suis convaincu,
une nouvelle année de succès pour vous et pour le cinéma français.
Vous vous prétendiez anonyme. Vous êtes devenu une figure du cinéma français et vous avez
conquis, par votre talent, par votre verve, et par votre style tout à fait singulier, le coeur du
public en France et à l’étranger.
François Berléand, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.
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