- Renaud Donnedieu de Vabres - https://www.rddv.fr -

Festival « De l’Encre à l’Ecran »

Posted By admin2011 On 10 novembre 2005 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments

Nos pensées vont tout autant à celles et ceux qui ont donné de leur temps, de leur passion, de leur énergie pour que ce Festival – voulu par la ville de Tours – passe de l’idée à la réalité, à tous celles et tous ceux qui attendaient que ce Festival vive et qui se retrouvent aujourd’hui orphelins de père…

C’est avec le temps que l’on gagne le cœur du public et que l’on inscrit dans l’histoire culturelle d’un pays ou d’une ville un Festival qui n’est toujours au départ qu’une simple ossature. Occasion manquée pour Tours. Une de plus. Et trois de déjà perdues : le Festival de Meslay, pour son prestige et sa qualité, les Tournées Baret pour leur caractère véritablement populaire, enfin le Festival « De l’Encre à l’Ecran » pour son originalité pédagogique. 

Oui, une vraie politique culturelle s’inscrit dans la durée, s’assure de ses moyens, projette ses ambitions dans l’avenir. Si tel n’est pas le cas, point n’est besoin alors de parler de politique culturelle mais simplement de tactique culturelle, agissant au coup par coup et laissant au public le soin de s’y retrouver. Cest-à-dire de s’y perdre. Les rebondissements successifs – disons plutôt les collages, décollages et recollages successifs du Festival « De l’Encre à l’Ecran » – illustrent parfaitement le manque de vision à long terme de la Ville de Tours en matière de politique culturelle. Au bout de quatre ans, alors que ce Festival est en pleine élaboration, que des crédits sont engagés, que le public – notamment les scolaires – attendent de se retrouver autour d’une programmation souvent originale, la municipalité décide arbitrairement de donner un coup d’arrêt à cette manifestation. Motif, mon Adjoint ? Trop cher, trop peu fréquenté ! Rompez les rangs. Rangez vos pellicules. Repassez l’année prochaine ! L’ouvreuse est partie sans laisser d’adresse ? Evidemment, elle n’en avait jamais eue qu’à titre temporaire.

Ceci n’est pas tenable sur trois plans : le respect du public, le respect de celles et ceux qui en sont les artisans, le respect de la parole donnée. Le public reste toujours à conquérir. Et sans cesse à reconquérir. C’est là sa grandeur et son pouvoir. Rappeler, comme le fait la municipalité, que ce Festival n’est pas assez fréquenté, c’est oublier toute l’histoire des Festivals dans notre pays, festivals qui n’ont toujours été, en leur commencement, qu’un verbe auquel il fallait donner chair et souffle.

Nos pensées vont tout autant à celles et ceux qui ont donné de leur temps, de leur passion, de leur énergie pour que ce Festival – voulu par la ville de Tours – passe de l’idée à la réalité, à tous celles et tous ceux qui attendaient que ce Festival vive et qui se retrouvent aujourd’hui orphelins de père. Ou plutôt, orphelins de maire ! Leur amertume doit être grande, et le cours de l’histoire culturelle – que le président du Festival « l’Encre à l’Ecran » a si souvent souhaité, et à juste titre, inscrire dans le paysage politique européen – bien bousculé. En effet, ne nous y trompons pas, l’immense écrivain qu’est Jorge Semprun, Président du Festival « De l’Encre à l’Ecran », doit méditer – et on le comprend – sur le pouvoir si particulier de la rose de Touraine à faire refleurir les épines en automne. Coupez !

Quant au respect de la parole en matière de politique culturelle, elle se mesure à la continuité des moyens qui assurent la pérennité du choix et de la décision. Reprendre sa parole et la reprendre de cette manière-là, c’est témoigner publiquement de son incapacité à gérer concrètement l’avenir, à anticiper rigoureusement des moyens à donner, à construire authentiquement une vraie politique culturelle capable de prendre en charge le souci de tout un chacun d’accéder à la culture. Et à la culture sous toutes ses formes, celles exigeant précisément du temps pour être acceptées et intégrées de tous et par tous ! Peut-être est-ce là, au fond, la définition d’une culture élitiste souhaitée puis déniée par une municipalité de gauche ?


Article printed from Renaud Donnedieu de Vabres: https://www.rddv.fr

URL to article: https://www.rddv.fr/2005/11/10/festival-laquo-de-l-rsquo-encre-agrave-l-rsquo-ecran-raquo/

Copyright © 2012 Renaud Donnedieu de Vabres. All rights reserved.