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Lancement de la saison « Etonnante Lettonie »

Posted By admin2011 On 18 octobre 2005 @ 17:38 In Discours 2005 | No Comments

Madame, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Nous sommes rassemblés ce matin pour mieux connaître et faire connaître un étonnant
pays. Un pays de grande culture européenne. Un pays qui a vu naître l’un des plus grands
précurseurs du cinéma universel, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein. Un pays qui a survécu
aux occupations successives, comme à l’absurdité de son effacement politique. Un pays où,
symboles de sagesse et d’énergie, les pierres parlent, la démocratie chante, le président de
la République est une femme, Mme Vaira Vike Freiberga, que la France aura l’honneur
d’accueillir lors de sa visite officielle du 7 au 9 novembre prochains. Un pays qui nous invite
à nous laisser surprendre, à voir, à écouter, à apprendre et à découvrir la richesse et la
vitalité de sa culture et de ses créations.

Quelques premiers pas avaient été franchis, par le Ministère de la Culture et de la
Communication, dès le début des années quatre-vingt-dix, avec une exposition d’art
contemporain d’artistes des trois pays baltes « Aujourd’hui les Baltes », avec la
manifestation « les belles étrangères » en 1992, qui avait mis à l’honneur les littératures
baltes, et plus récemment, avec le festival des Boréales, qui a consacré sa dernière édition,
l’an dernier, en partie à la culture lettonne. Je suis très heureux qu’aujourd’hui nous ayons
fait le choix d’accueillir un festival letton dont le titre, au-delà « des assonances et des
allitérations qui constituent la substance sonore de la poésie » selon Valéry, nous invite à
nous laisser surprendre à nouveau et davantage encore !

Je tiens à remercier très chaleureusement tous nos amis Lettons et tout particulièrement,
Madame la Ministre Helena Demakova, dont l’engagement personnel a été précieux et
Madame Vita Timermane-Moora, commissaire du Festival, qui a su avec tout son sourire et
sa générosité, aidée de l’équipe de l’Association française d’action artistique, monter une
programmation ambitieuse.

A vous aussi, Monsieur l’Ambassadeur Roland Lapuke [lapouké] un grand merci, vous qui
n’avez cessé d’accompagner ce festival de votre regard attentif et constructif. Je veux saluer
aussi les villes qui ont très largement participé à cette manifestation (Paris, Bordeaux,
Strasbourg et Lyon, mais aussi Lorient, Rennes, Annecy, Caen, Cognac, Le Mans, Lille,
Mulhouse, Grenoble, Dijon). Je salue aussi toutes les institutions culturelles qui ont ouvert
grand leurs portes à la Lettonie.

Je remercie enfin les deux personnalités qui parrainent cette manifestation : l’actrice
française Dominique Blanc, auteur d’un magnifique documentaire qui sera diffusé sur France
5 le 18 novembre, jour de la fête nationale Lettone ; l’historien d’art et directeur du château
de Rondale – que vous me permettrez de qualifier de « Versailles Letton » – Imants
Lancmanis.

Je tiens à remercier les entreprises mécènes qui, comme Loréal, permettent à ce festival de
nous étonner.

L’étonnante programmation qui vous est proposée et dont vous trouverez le détail dans le
dossier de presse qui vous est distribué, se déclinera donc principalement dans les villes que
j’ai citées tout au long du mois de novembre prochain. Plus de 100 manifestations seront
ainsi proposées au public, dans tous les domaines.

Dans le domaine des arts de la scène, la musique et le chant seront à l’honneur : véritables
armes pacifiques de résistance aux tragédies de l’Histoire, elles sont restées le coeur de la
culture lettone. De nombreux concerts sont à l’affiche, dont Gidon Kremer avec la Kremerata
Baltica au Châtelet, le groupe vocal du choeur de la radio lettone à Bordeaux, ou encore
deux concerts consacrés au grand compositeur contemporain Peteris Vasks à Lyon.

Dans le domaine du théâtre, nous découvrirons le travail novateur et surprenant de la figure
de proue de la jeune génération de metteurs en scène lettons, Alvis Hermanis, dont le
spectacle « la vie longue » sera présenté à Bordeaux, Lyon et Strasbourg. Dans le domaine
des arts visuels, nous irons à la rencontre d’une scène artistique naissante mais foisonnante.

A Strasbourg, le Musée d’Art Moderne et Contemporain proposera une magnifique
exposition consacrée au constructiviste soviétique Gustav Klucis. A Bordeaux, le Musée des
Beaux Arts, avec une exposition « le modernisme classique », nous fera découvrir la
génération lettone qui a profondément marqué la première moitié de l’art du XXe siècle. Ce
festival propose aussi du cinéma, avec des programmations consacrées au cinéma
d’animation, à Eisenstein, des débats, des colloques, des évènements autour de la mode et
du design.

« Etonnante Lettonie » nous offrira aussi ses fameuses Pierres Parlantes, installation
itinérante, qui résume à elle seule la singularité d’un pays, où même les pierres prennent
formes humaines. Le public français pourra converser avec ces pierres animées et
chantantes à la nuit tombée, sur la place du Palais Royal d’abord, puis à Strasbourg, place
Gutenberg, à Bordeaux, place Camille Jullian, et enfin à Lyon, place Bellecour.

Etonnant pays, étonnante programmation, mais surtout étonnante proximité. En dépit de 45
ans d’occupation et de censure, le destin de la Lettonie est sans doute, grâce à la vitalité de
sa culture, indéfectiblement resté lié à celui de l’Europe. Ce festival l’illustre de façon
éclatante et nous rappelle que Riga fut appelé « le Paris du Nord » pour son cosmopolitisme,
pour sa fécondité artistique. Dans l’entre-deux-guerres, nos créateurs entretenaient des
relations régulières et fortes. Le choix de la France de soutenir l’éphémère nation Lettone,
dès 1920, nous rapprocha avant de nous éloigner pendant plusieurs décennies. « Etonnante
Lettonie » fait revivre ces concordances passées et surtout les fait résonner dans notre
présent.

Notre proximité nous conduit aussi aujourd’hui à partager une vision du monde, fondée sur le
respect et la promotion de la diversité culturelle, que la convention soumise au vote de la
Conférence générale de l’UNESCO, ces tout prochains jours, fait enfin entrer dans le droit
international.

Notre proximité est aussi un espoir pour l’Europe. Nous avons à coeur de défendre
l’importance de la culture dans la construction européenne. Ebauchée à Berlin en novembre
2004, la déclaration pour une charte pour l’Europe de la culture que nous avons signée à
Paris lors des Rencontres que j’ai organisées les 2 et 3 mai derniers, marque une étape pour
redonner un sens à notre destin commun. D’autres étapes viendront, dès le mois prochain à
Budapest puis à Grenade l’année prochaine.

Oui, la culture est sans aucun doute l’un des meilleurs moyens de retrouver le goût de
l’Europe. Comme l’a dit Paul Ricoeur, avant de disparaître, le défi est de « réussir à différer
ensemble ». C’est l’essence même du projet européen. De cela, nous pourrons nous
entretenir ensemble, Madame la Ministre, puisque ces moments d’échanges culturels sont
aussi des temps politiques forts.

Je souhaite un grand succès au festival « Etonnante Lettonie ». Qu’il nous surprenne, nous
bouscule, nous réjouisse et nous conduise à travers un « voyage de découvertes qui ne
consiste pas – forcément – à voir de nouveaux paysages » comme l’écrivait Proust, mais
surtout « à avoir de nouveaux yeux ».

Je vous remercie.


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