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L’INVITE DE RADIO CLASSIQUE INFO
Posted By admin2011 On 10 octobre 2005 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Tours c’est ma ville, j’aime bien m’y retrouver, pour moi la pression baisse et surtout ça me permet des contacts directs avec la population et de sentir, au fond, l’état d’esprit de mes concitoyens, de sentir où ils en sont… la semaine dernière j’ai fait un grand déjeuner débat sur les bords du Cher, on était un peu plus de mille et ça a permis des expressions directes et spontanées. J’essaie d’être utile, aussi, à ma ville, chaque fois que je suis sollicité, pour faire en sorte que l’Etat prenne de bonnes décisions…
Emmanuel CUGNY : 08h36, invité de “ Radio Classique Info ”, Renaud DONNEDIEU de VABRES, ministre de la Culture et de la Communication, il répond à vos questions, Gérard BONOS.
Gérard BONOS: Bonjour monsieur le ministre.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Bonjour.
Gérard BONOS: J’ai envie de dire aussi : bonjour monsieur le conseiller municipal de Tour.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Eh oui, vous avez raison, parce que j’essaie de garder cette fonction locale. Conseiller municipal d’opposition, donc c’est un rôle, si vous voulez, en fait, où on n’a pas de grandes décisions à prendre. Moi, j’aime bien le contact avec le terrain, avec la réalité, j’essaie de maintenir mes permanences de quartiers, ça me permet d’avoir les pieds par terre.
Gérard BONOS: Alors, on va y revenir, mais, d’un mot, quand même, hier il s’est passé quelque chose sur le plateau de FRANCE 3, hier, celui de FOGIEL a été envahit par des partisans du comique, dont je viens d’oublier le nom…
Renaud DONNEDIEU de VABRES: DIEUDONNE.
Gérard BONOS: DIEUDONNE, voilà, je cherchais, merci.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: A ne pas confondre avec DONNEDIEU.
Gérard BONOS: Oui… et, eh bien votre réaction en tant que ministre de la Culture sur cette… sur ce “ coup de force ”.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Je crois, si vous voulez, qu’un plateau, quel qu’il soit, dans une radio, dans une télévision, une salle de rédaction, ce sont les temples de la liberté d’expression, ce sont les endroits du pluralisme et donc tout ce qui porte atteinte à la liberté d’expression, tous ceux qui exercent des pressions, eh bien, je crois, desserrent les causes que cela est sensé servir, donc je condamne évidemment cette intrusion. Encore une fois, je crois que dans la violence de l’ère du temps actuelle, on a le droit d’avoir des patients, on a le droit de considérer que des propos sont intentatoires à ses principes, la justice est là pour trancher, mais notre pays ne doit pas devenir une jungle. Il y a des règles du jeu à respecter, surtout là, la liberté qui est en cause, et c’est absolument essentiel.
Gérard BONOS: La culture, c’est souvent, justement, on essaie en tout cas que la culture ça soit l’humanisme, la tolérance. Que vous inspire, en tant que ministre de la Culture, cette montée des radicalités, que ça soit en économie, justement, culture, ces côtés très tranchés, très péremptoires ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Vous savez, quand j’ai pris mes fonctions il y a à peu près… un peu plus de 18 mois, maintenant, j’avais été avant à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale et donc, j’allais dire, en prise directe avec les violences et les fureurs du monde. Je crois que le rôle, aujourd’hui, du ministre de la Culture, le rôle des artistes, c’est d’essayer d’être un lien, un élément de réconciliation et de respect de l’identité de chacun. Cest tout ce que j’essaie de faire pour que la création contemporaine ne soit pas antinomique du patrimoine, que ceux qui sont des amoureux de danse classique acceptent le répertoire et la création la plus contemporaine, bref, que le respect de l’identité de chacun apparaisse comme une maxime française et européenne. Cest ce que nous sommes en train de faire prévaloir à l’UNESCO, la France et l’Union européenne sont en train de gagner cette bataille extraordinaire pour la diversité culturelle. C’est le respect de chacun. C’est une valeur aussi bien importante dans un immeuble, dans un quartier d’une de nos villes que sur le plan international.
Gérard BONOS: Renaud DONNEDIEU de VABRES, on va parler Tours et puis on reviendra bien sûr à vos fonctions de ministre de la Culture, mais, alors, est-ce que vous avez encore le temps, quand même, de suivre votre région, parce que vous n’avez pas un petit ministère ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Non non, bien sûr, mais j’essaie d’être le plus présent possible. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, Tours c’est ma ville, j’aime bien m’y retrouver, pour moi la pression baisse et surtout ça me permet des contacts directs avec la population et de sentir, au fond, l’état d’esprit de mes concitoyens, de sentir où ils en sont… la semaine dernière j’ai fait un grand déjeuner débat sur les bords du Cher, on était un peu plus de mille et ça a permis des expressions directes et spontanées. J’essaie d’être utile, aussi, à ma ville, chaque fois que je suis sollicité, pour faire en sorte que l’Etat prenne de bonnes décisions. Avec mon collègue, Jean-Louis BORLOO, nous avons pris des décisions très importantes de mises à disposition de crédits pour la politique de la ville, de rénovation des centres urbains. Sur le plan culturel, l’autre jour j’ai eu l’immense fierté de rouvrir le Cloître de La Psallette, juste à côté de la Cathédrale et d’y organiser un très beau son et lumière, avec, ce qui était très beau, cest une lumière et une création musicale très contemporaine, un spectacle vivant avec un orchestre et puis les métiers d’art, les compagnons du devoir et les tailleurs de pierres. Bref, j’essaie d’être dans ma ville, dans ma cité, et puis je réfléchis, bien sûr, et j’ai les yeux ouverts. J’ai été, depuis 18 mois, je crois, j’ai fait 200 déplacements dans la France métropolitaine, indépendamment des déplacements en Europe et à l’étranger, donc je vois les stratégies menées par des villes, sur le plan de l’attractivité culturelle et j’ai la faiblesse de penser que, globalement, Tours est une très grande ville, l’art de vivre y est réel, même si certaines difficultés persistent, on peut encore faire davantage.
Gérard BONOS: Alors, justement, vous inaugurez un peu cette semaine spéciale que nous consacrons, ici, à RADIO CLASSIQUE, à Tours et à la région avec nos amis de la CAISSE D’EPARGNE CENTRE VAL DE LOIRE, justement, la ville de Tours, a une particularité, cest qu’elle est à moins d’une heure de Paris par le TGV, elle est très ancrée, c’est la porte d’entrée de toute la vallée de la Loire et des châteaux, notamment des Châteaux de la Loire, donc, très fort contenu culturel et touristique, et on a l’impression qu’en même temps elle appartient à la région Centre, donc, on a l’impression qu’elle est un peu tiraillée entre ses différentes lignes de force. Elle est où ? Elle devrait être où, selon vous ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Moi, je souhaite qu’elle ne soit pas tiraillée, je souhaite qu’elle devienne concrètement, véritablement, la capitale de la Vallée de la Loire, elle le mérite. Elle a des atouts extraordinaires et, si vous voulez, là aussi il y a une espèce d’alliance ou de réconciliation possible entre le patrimoine le plus ancien, qui est un capital d’avenir, cest-à-dire que pour moi ce n’est pas uniquement le respect du passé, mais l’ensemble des cites de la Vallée de la Loire, des châteaux, des monuments, des villages, des petits lavoirs et de tout ce qui fait notre art de vivre, cest quelque chose de très important. Nous y accueillons, d’autre part, la pointe absolue de la technologie dans le domaine de la médecine, de la santé, de la chimie, dans le domaine de l’énergie, dans le domaine de la technologie de pointe, de la cosmétologie. Le gouvernement, d’ailleurs, et le Premier ministre, ont décidé deux pôles de compétitivités, donc cest quelque chose de très important. Voilà, on a ce capital entre les mains, ce travail fait par les hommes, cette capacité scientifique et technique et pour autant je pense qu’il faut que l’on développe une stratégie renforcée d’attractivité, ça, ça fera l’objet des prochains débats à venir en 2007 et 2008.
Gérard BONOS: Par ailleurs, néanmoins, justement, si on reste sur la dimension économique de Tours et de sa région, il y a une dimension européenne. A votre avis, Tours doit regarder vers le Nord de l’Europe, vers le Sud de l’Europe ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: D’abord, Tours va être un cœur de communication absolument extraordinaire puisque, j’allais dire, enfin, on avait déjà l’autoroute qui traversait du Nord vers le Sud Ouest, l’A10, on va avoir celle qui arrive au fond de l’onde, de Rouen, du Mans et donc qui va permettre aussi de rejoindre Tours. On va avoir la liaison Ouest/Est, cest-à-dire Nantes, Angers, Tours, Lyon. On a le TGV, on a un aéroport, donc on a un dispositif de communication absolument exceptionnel, donc cet art de vivre, ce patrimoine, cette capacité technique et scientifique, ces voies de communication, bref, on a entre les mains des atouts pour faire un grand bond en avant, j’espère que l’on y parviendra.
Gérard BONOS: Et aussi conseiller municipal de Tours puisque vous inaugurez cette semaine spéciale consacrée à la ville et à sa région. Mais, maintenant, cest au ministre que je vais m’adresser. On peut faire un bilan de l’été, Renaud DONNEDIEU de VABRES ? Plutôt les grands dossiers un peu délicats, tout ça, c’est bien passé, en fin de compte.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Vous savez, la France doit rester la première destination touristique mondiale, ça veut dire tout simplement que nous devons avoir une stratégie très active de valorisation de notre patrimoine, de mise en avant du spectacle vivant, de soutien à tous les festivals qui se déroulent partout en France et puis que notre pays soit en tenue d’attractivité, cest-à-dire que l’accueil dans un café, dans un restaurant, dans un hôtel, l’entretien de notre littoral, le respect de nos espaces naturels, tout cela concourt à l’attractivité française, cest une immense activité économique. Donc, la culture est de ce point de vue là quelque chose d’essentiel et j’essaie de faire comprendre en permanence que je ne suis pas le responsable des loisirs intelligents, voyez, avec ce que cela a d’ésotérique, de sympathique mais de marginal, la culture est une activité économique, cest un jeu de la liberté de l’esprit et de la création, mais c’est aussi quelque chose de très important pour nos emplois. Hier, et ça a pu étonner, mais ça m’est complètement égal que cela étonne, j’étais sur les Champs Elysées, à l’inauguration d’une très grande maison du luxe français…
Gérard BONOS: Louis VUITTON, oui.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: … qui ouvrait des espaces magnifiques, eh bien cest un coup de tonnerre positif pour l’emploi dans notre pays et quelques heures avant j’étais au défilé de la couture d’un concurrent de cette maison, donc, voyez, je ne suis pas rivé à une maison par rapport à une autre, mais je pense que ces investissements, ce rayonnement de notre pays, cest ça qui entretien, dans la désespérance actuelle, dans les risques de délocalisations, la relocalisation, et ça c’est pour moi un objectif.
Gérard BONOS: Alors, si j’ai bien compris, ce plus grand centre du groupe Louis VUITTON, puisque c’est sur sept étages, il y aura aussi des parties consacrées, justement, à la culture, avec des expositions, me semble-t-il, puisque l’on va découvrir ça mercredi, le grand public va pouvoir le voir mercredi prochain : c’est important que l’économique et le culturel, un peu comme à la grande époque de la Renaissance, puissent s’interpénétrer, comme ça ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Bien sûr. Moi, je ne suis pas Monsieur désengagement de l’Etat et donc le Premier ministre m’a permis de faire face à un certain nombre d’obligations de soutien au spectacle vivant, au patrimoine, à toutes les formes d’expression artistique, et je souhaite que les collectivités locales, les grandes entreprises et les petites entreprises, que ça ne soit pas uniquement les noms les plus illustres, mais que chacun ait à cœur d’apporter sa pierre, donc c’est tout à fait essentiel. L’art contemporain doit être présent partout, les spectacles vivants aussi et justement, à Tours, vous avez un certain nombre de petites entreprises qui ont accueilli en résidence des plasticiens, des peintres, des artistes, qui sont venus travailler dans l’entreprise, qui ont parfois créé leurs œuvres avec du matériau de l’entreprise, eh bien dans les très grandes maisons comme dans les maisons de taille plus modestes, avoir le souci d’accueillir un artiste, en résidence, c’est ce que j’appelle un compagnonnage d’un nouveau type et c’est tout à fait essentiel.
Gérard BONOS: On va parler de la FIAC, à propos d’artistes, puisqu’elle s’est ouverte la semaine dernière…
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Il y a quelques jours, cest un très grand succès. La France doit rester une place très importante pour le marché de l’art, pour la création contemporaine, et le Premier ministre, tout à l’heure, va venir à la FIAC annoncer lui-même un certain nombre d’orientations nouvelles et de décisions, je ne les déflorerai pas, parce que quand il s’exprime, ça a beaucoup de force.
Gérard BONOS: Même si j’insiste, ça ne marchera pas ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Ah oui, ça cest sûr.
Gérard BONOS: Bon, tant pis, j’aurai essayé, néanmoins. D’un mot, aussi, vous allez inaugurer bientôt, au Musée de Cluny, le Pilier de Saint Landry qui avait été et qui est une œuvre du Moyen Âge, puisque cest le Musée national du Moyen Âge. Cest important aussi puisque c’est un musée, ce n’est pas lui faire injure, d’autant que, de ma part, mais ce n’est pas Le Louvre, quoi, mais c’est un musée…
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Non, mais il y a justement un pluralisme des époques et des lieux magnifiques que nous essayons, progressivement, de restaurer, de remettre en lumière avec toutes celles et ceux qui travaillent dans ces lieux, qui sont de grands experts, des conservateurs, des historiens, tous les métiers d’art qui permettent la restauration de notre patrimoine et dans ce lieu il y a quelqu’un, je crois, auquel vous êtes attaché, comme moi, qui nous a quittés…
Gérard BONOS: Oui, Vivien NUCHARD
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Voilà, qui était une magnifique personnalité, très attachante, à l’intelligence rayonnante, et donc la culture cest aussi ceux qui au quotidien permettent la présentation des œuvres, permettent tout simplement de retracer ce parcours de mémoire, et c’est parce que l’on est fort de son passé, de son identité, de sa mémoire, que l’on est accueillant à l’autre et à la création. Il n’y a pas, là non plus, de distorsion.
Gérard BONOS: Je vais vous poser une question plus politique puisque, aujourd’hui, LE PARISIEN montre un sondage qui dit que 70 %, 78 % des Français pensent que leurs élus ignorent leurs problèmes, 76 % d’entre eux n’ont pas confiance dans leurs élus, et 71 % en ont pas une bonne image. Vous avez du travail.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Bien sûr que l’on a du travail. Je pense que les élus concernés, qui sacrifient leurs loisirs pour leurs concitoyens vont trouver que ce sondage est injuste. Ça ne sert à rien de considérer que quelque chose est injuste et cest posé là, cest-à-dire qu’il y a toujours des distances qu’il faut abolir, du courage qu’il faut avoir, parce que les élus, dans la France d’aujourd’hui, il ne faut pas que ça soit des aiguilles de boussoles affolées, il ne faut pas que ça soit des gens gris. On est dans une période de bagarre, il faut que dans une ville on se batte pour les intérêts de sa ville, cest la même chose pour son pays et il faut expliquer, expliquer, expliquer, ne jamais fuir les débats, ne jamais être planqué, parler de la réalité et d’autant plus qu’on veut la transformer. Voilà. Donc, ce sondage, effectivement, il interpelle. Bon, il y a des fonctions qui sont évidemment perçues comme très positives, et cest très bien parce qu’elles le sont, je pense à tous ceux, dans le sondage, on nous dit que les infirmières, les médecins, ceux qui concourent, si vous voulez, au fond, à la vie quotidienne, sont des gens très proches. Ça, c’est vrai.
Gérard BONOS: Merci, Renaud DONNEDIEU de VABRES.
Renaud DONNEDIEU de VABRES: Merci à vous.
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