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Colloque Film et Théâtre au Théâtre Athénée Louis Jouvet
Posted By admin2011 On 31 janvier 2005 @ 10:50 In Discours 2005 | No Comments
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Je tiens tout d’abord à remercier les initiateurs de cette journée
professionnelle de débat sur « le film de théâtre », l’Athénée et le
Centre National du théâtre, et les institutions qui les ont aidés, le
CNC, l’ADAMI, et le SCEREN (CNDP).
Je place de grands espoirs dans vos discussions et dans les
propositions que vous serez amenés à faire, les uns et les
autres, tout au long de vos trois tables rondes. Je m’en tiendrai
étroitement informé.
J’ai tenu à intervenir personnellement ici, d’abord en raison du
nombre et de la qualité des personnalités présentes, venues de
tous les horizons de la création et de la production
audiovisuelles, et du théâtre, mais aussi des juristes, des
éditeurs, des exploitants et des responsables de services et
d’institutions publiques et privés.
En envisageant ici, l’ensemble des relations entre le théâtre et
l’audiovisuel, dans toute leur complexité, et en élargissant votre
réflexion à toutes les dimensions de la diffusion des oeuvres,
vous apportez aujourd’hui une contribution essentielle au
dialogue, entre la culture et la communication, que j’ai appelé de
mes voeux dès que j’ai pris mes fonctions. Entre ces deux
univers, qui n’ont évidemment nulle vocation à être séparés l’un
de l’autre, des liens ont été tissés au cours du temps, qui font
progresser le décloisonnement que j’appelle de mes voeux. Fort
heureusement, nous ne partons pas zéro, comme vous le savez
tous. Mais, je suis convaincu qu’il faut, dans le monde
d’aujourd’hui, franchir une étape nouvelle, pour créer de
nouveaux liens, à la hauteur des attentes de nos concitoyens et
de la place que nous souhaitons donner à la culture, aux
artistes, et au spectacle vivant, en particulier, dans la cité.
Nous sommes ici pour construire ensemble, dans l’échange, des
réponses aux multiples questions que vous vous posez, et dont
certaines appellent des réponses urgentes. Nous sommes aussi
ici pour inventer l’avenir.
Le temps n’est plus, me semble-t-il, aux réticences des puristes.
Bien sûr, le spectacle vivant est éminemment éphémère.
Il existe, à partir d’une rencontre, à un certain moment, et en
certains lieux. C’est là sa grandeur, mais aussi, sa faiblesse. Rares
sont les arts qui ne subsistent ainsi que dans le coeur et la
mémoire sensible des spectateurs. Oui, le théâtre est fatalement
périssable, mais nécessairement transmissible, grâce au travail
des acteurs, des auteurs, des metteurs en scène, des techniciens,
et de tous les métiers qui permettent de créer cette rencontre entre
le théâtre et son public, cette convergence entre le texte, la parole,
le geste, la scène.
C’est, le « tumulte ordonné », le « feu d’artifice », cher à Louis
Jouvet, « pour que l’oeuvre naisse, prenne corps, pour qu’elle
existe », pour qu’elle « commence à vivre physiquement pour les
acteurs et par les spectateurs ». C’est « cette fécondation,
artificielle peut-être, mais nécessaire pour que la pièce passe à la
vie, qu’elle quitte l’état larvaire de l’impression, l’état embryonnaire
des gestes où elle se trouve sur le papier ». Dans Le Comédien
désincarné, Louis Jouvet décrit ainsi cette énergie humaine du jeu,
qui s’inscrit dans l’espace et dans l’instant pour s’incarner.
Cette présence du spectacle vivant, parce qu’elle implique celle du
corps, est tout sauf virtuelle. Elle peut être démultipliée par l’image,
et par l’écran.
L’image et le film, pour le théâtre, c’est, sans doute, d’abord une
mémoire, pour les professionnels eux-mêmes en premier lieu, et
aussi, bien sûr, pour le public.
Très nombreux sont les artistes qui, depuis longtemps, s’archivent
eux-mêmes, en transformant l’espace de leur théâtres en image,
en durée. Je tiens à saluer le travail de la COPAT, dont les DVD,
et les cassettes, représentent un trésor de créations accumulées et
accessibles au plus grand nombre.
Sur la mémoire du théâtre, vous poserez cet après-midi de
nombreuses questions. La première est celle-ci : doit-on, peut-on
« tout » conserver ? Evidemment non. La première tâche de
l’archiviste, c’est le tri, le choix. Mais il y a, en matière de théâtre
aussi, un devoir de mémoire, un devoir d’enseigner et de
transmettre. Un devoir qui est aussi un plaisir. Et je suis persuadé
que les archives historiques peuvent rencontrer et rencontrent
déjà, pour certaines, la faveur du public.
Cela dit, je suis profondément persuadé que la représentation
théâtrale, par nature du domaine magique du fugace et de
l’éphémère, ne saurait s’évaporer à jamais.
Je souhaite donc qu’une réflexion s’engage pour que les
représentations théâtrales puissent être filmées. Cela ne préjuge
en rien de leur diffusion future qui, si elle a lieu, devra respecter la
rémunération des ayants-droits. Il s’agit que cette diffusion puisse
un jour être possible et ne soit pas perdue pour toujours alors que
des diffuseurs seraient intéressés.
Il faut aussi, dans le même esprit, je sais que c’est le cas, que
l’INA s’attache à favoriser la diffusion de son remarquable
patrimoine.
Et je suis heureux que votre réflexion s’élargisse à la vocation
pédagogique de la diffusion et des images du théâtre. Le film de
théâtre est évidemment un outil précieux de médiation culturelle. Il
est essentiel de s’ouvrir aux attentes du monde de l’éducation. La
collaboration entre la COPAT et le SCEREN (CNDP) me paraît à
cet égard très positive.
Au-delà de la mémoire et de la transmission, au-delà même de
l’éducation, il y a l’apport incontestable de l’audiovisuel à la
diffusion du théâtre. Les modes de diffusion se diversifient, avec
les nouvelles technologies, en posant, nous l’avons vu, des
problèmes juridiques non négligeables. Je suis convaincu que
l’arrivée de ces technologies nouvelles va modifier la captation du
spectacle vivant, et donc du théâtre. La captation pourra devenir
une véritable mise en scène nouvelle, permettant ainsi l’attrait d’un
public nouveau. De la même manière, des nouveaux récepteurs de
diffusion, comme les écrans plats, vont donner un relief nouveau à
la diffusion de la retransmission théâtrale à la télévision.
Je veux insister sur la pluralité des supports de diffusion. Le DVD
est aussi aujourd’hui un vecteur de diffusion de la culture et le
théâtre doit y prendre sa place avec l’aide de nos politiques de
soutien. Les ventes de DVD indiquent un engouement pour le
théâtre, même si les pièces anciennes ont plus de succès que le
répertoire actuel.
Le DVD doit jouer un rôle plus important dans la constitution d’une
offre diversifiée.
Sans doute peut-on envisager un soutien sélectif vidéo laissant
une part plus importante au spectacle vivant, et notamment aux
captations, puisque aujourd’hui, cela a été dit, le soutien sélectif
vidéo est essentiellement tourné vers le cinéma. Je souhaite que le
CNC engage une modification du travail de la commission
sélective dans ce sens.
Mais je veux aujourd’hui vous parler surtout de la télévision et
d’abord de la télévision publique, même si l’ensemble des chaînes,
peuvent naturellement jouer un rôle important. Et certaines d’entre
elles, je pense en particulier aux chaînes thématiques, participent
en tant que premiers diffuseurs au financement des captations et
des recréations (Paris Première, étant celle qui investit le plus
dans le théâtre, suivie par Multivision, Mezzo et Comédie, mais
aussi par deux chaînes locales, TLM et TV10 Angers).
Quant aux chaînes publiques, je veux d’abord tirer un coup de
chapeau à Arte, pour son investissement en faveur du spectacle
vivant à l’écran. Au total, les « cases » régulières consacrées aux
oeuvres de spectacle vivant constituent une offre de programmes
de deux cent cinquante heures par an, dont soixante heures trente
de programmes en 2004 consacrés au théâtre. C’est dans le cadre
de l’un de ces rendez-vous qu’a été diffusé en 2004, par exemple,
le déjeuner chez Wittgenstein. Arte est en France le principal
diffuseur investisseur dans les programmes de théâtre. Et elle est
la seule chaîne à avoir maintenu les programmes de théâtre en
« prime time ». Je tenais aujourd’hui à le souligner.
Quant à France Télévisions, je souhaite que les crédits
supplémentaires dégagés cette année permettent d’enrichir l’offre
de programmes. La captation et la recréation dans le domaine du théâtre font partie intégrante de la différence concrète que les
téléspectateurs doivent voir à l’antenne. Je sais que les
statistiques d’audience font souvent état de scores…relativement
faibles. Mais je pense qu’il faut surtout créer les conditions d’un
environnement plus favorable aux émissions culturelles et donc
aux émissions sur le théâtre. Et cela implique sans doute de
passer d’une logique quantitative à une logique qualitative.
Je suis heureux que les chaînes du service public réfléchissent,
non seulement aux horaires de programmation, pour les captations
et les recréations, mais aussi à de nouveaux rendez-vous
réguliers, permettant de mettre en valeur les spectacles, grâce à
de nouveaux magazines, à de nouveaux programmes,
susceptibles de faire naître de nouvelles rencontres avec les
spectacles. Je tiens à souligner le rôle actif de France 2 dans la
réorganisation des Molières, qui sont d’ores et déjà programmés le
9 mai et qui bénéficieront d’une promotion particulière avant leur
diffusion.
Je suis confiant dans la capacité des chaînes et des créateurs à
faire naître de nouveaux désirs de théâtre. La réunification des
familles du théâtre autour de la cérémonie des Molières en sera
une première étape.
Mais je compte en particulier beaucoup sur France 4, sur ces
nouveaux programmes que permet la télévision numérique pour
tous. France 4 proposera de nouveaux rendez-vous réguliers, et
mènera, en plus des achats, une politique de captation en préachats
et en co-productions de pièces de théâtre, en
complémentarité de l’action des autres chaînes publiques et des
évènements, comme le festival d’Avignon.
Pour autant, bien sûr, tout n’est pas gagné. Votre débat prouve
que la rencontre entre le spectacle vivant et l’image est en marche.
Pour ma part, j’ai décidé de créer un groupe de travail, composé
d’artistes et de professionnels de l’image et de la scène, chargé
de confronter leurs sensibilités et d’approfondir la réflexion sur les
modes de captation et les écritures télévisuelles, à l’heure où les
progrès techniques, je pense par exemple à la progression
spectaculaire de l’équipement en écrans plats, permettront de voir
le théâtre comme on ne l’a jamais vu avant à la télévision.
Je souhaite ainsi disposer d'ici l'été, cette saison où le spectacle
vivant est roi dans de nombreux festivals, d'un ensemble de
propositions concrètes, destinées à bâtir des ponts plus solides
encore entre la scène et l’écran.
Je vous remercie.
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