- Renaud Donnedieu de Vabres - https://www.rddv.fr -
Participation au Festival du Court-Métrage, Maison des Congrès de Clermont-Ferrand
Posted By admin2011 On 29 janvier 2005 @ 10:46 In Discours 2005 | No Comments
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux de participer au festival international de
Clermont-Ferrand pour sa vingt-septième édition.
Le court métrage élargit notre vision du cinéma, et je dirais
même des cinémas au pluriel. Il nous fait découvrir des contrées
inattendues, en toute liberté. Le court métrage est un véritable
laboratoire de la création, mais aussi une école permanente des
talents. Il est le symbole même, de cette liberté et de cette
diversité, qui sont essentielles au renouvellement du septième
art.
Dans son foisonnement même, le court métrage est porteur de
l’avenir de la création cinématographique et audiovisuelle. Les
plus grands noms du cinéma de long métrage d’aujourd’hui sont
des courts métragistes d’hier : Arnaud Desplechin, François
Ozon, Julie Bertucelli, Orso Miret, mais aussi Jean-Pierre
Jeunet, pour ne citer que quelques exemples. Ils ne seraient pas
ce qu’ils sont aujourd’hui, s’ils n’étaient pas passés par l’étape
du court métrage.
Je tiens à tirer un grand coup de chapeau à toute l’équipe du
Festival et de l’association « Sauve qui peut le court ». Votre
réussite, votre succès, tant auprès du public que des
professionnels, est d’abord le fruit de votre passion et de votre
engagement personnel. Je tiens aussi à saluer les collectivités
territoriales qui, aux côtés de l’Etat, soutiennent avec constance
ce grand rendez-vous des amateurs de cinéma du monde entier.
En tant que ministre de la culture et de la communication, je suis
très attentif aux conditions de production des oeuvres de l’esprit,
dans tous les domaines. Je sais votre dynamisme : le nombre de
courts-métrages produits ne cesse de croître : 425 films en
2003. Sur le plan artistique, c’est un phénomène positif dans la
mesure où c’est un gage de créativité, d’innovation et de
découverte de talents.
Je sais néanmoins que le tissu économique des entreprises de
court-métrage est fragile. Il est en effet composé en majorité de
sociétés indépendantes non intégrées à des sociétés de
production de long métrage et d’audiovisuel.
Au total, le nombre de films aidés par le CNC représente la
moitié de la production, soit environ 200 films sur 400.
Je sais aussi que la diversité du court métrage implique aussi
bien des professionnels que des bénévoles passionnés. Je
connais vos inquiétudes sur ce point. Et je tiens à vous dire
aujourd’hui qu’iI n’est pas question d’assécher la diversité de ces
sources de talents. Je veux simplement que nous agissions
ensemble pour développer le soutien au court métrage, et
l’emploi dans ce secteur, en veillant à ce que son économie ne
soit pas souterraine.
C’est pourquoi il faut un véritable plan d’urgence, car l’importance
du secteur du court métrage et la situation dans laquelle il se
trouve le justifient. Mais il doit être précédé d’un travail
approfondi de réflexion et de concertation, afin de définir les
modalités d’affectation de nouvelles sources de financement
pérennes. Je souhaite ici en préciser les principaux axes, les
modalités devant être décidées avant l’été.
Le développement de l’emploi et le respect nécessaire du droit
du travail ne pourront prendre tout leur effet qu’à partir du
moment où nous serons parvenus à améliorer durablement les
conditions de financement du secteur. Les solutions que je
propose sont encore à ce stade autant de pistes de travail pour la
concertation qui commence. Les conclusions, attendues fin mars,
de la nouvelle mission que j’ai confiée à M. Alain Auclaire sur les
liens entre les aides publiques et les conditions d’emploi,
devraient nous permettre de développer des pistes pour un
meilleur financement et un contrôle amélioré du secteur.
• Il est nécessaire de renforcer la dotation à la production de
films de court métrage du CNC, en réévaluant fortement l’aide
moyenne par film, tout en maintenant le nombre de films
soutenus.
• Je souhaite également inciter les régions à développer leur
action en faveur de la production de court métrage en s’appuyant
sur les conventions Etat-CNC-Régions. Je viens de participer à la
signature de la convention avec la région Auvergne.
En 2004, les collectivités territoriales ont financé à hauteur de 3,1
M€ la production de films courts, soit près de 28% des apports au
secteur. Ces apports pourraient être plus efficaces, notamment
en évitant la dispersion, et en aidant mieux les projets.
Il s’agirait donc d’inciter les collectivités territoriales,
prioritairement les régions, à faire un double effort
supplémentaire en faveur de la production de courts métrages :
des moyens nouveaux devront être affectés au court métrage ; la
moyenne des aides apportées aux projets devra être relevée.
Dans le cadre des conventions conclues avec les collectivités
territoriales, le CNC devrait être en mesure d’accompagner
financièrement les Régions en ce sens.
• Il faut ensuite simplifier le cadre administratif de production des
films de court métrage.
Le bénéfice du soutien financier à la production de films de court
métrage est subordonné à l’obtention d’une autorisation de production. Cette autorisation conditionne également la
délivrance ultérieure de l’agrément de diffusion, qui lui-même
conditionne l’accès aux aides à la diffusion.
Or, la procédure d’attribution de l’autorisation de production n’est
plus respectée depuis au moins 20 ans ! Il faut évidemment
simplifier cette procédure. J’ai chargé le CNC de me faire avant
l’été des propositions.
• Il faut aussi favoriser l’implication des producteurs de long
métrage dans la production de films de court métrage.
La réglementation actuelle permet aux sociétés de long métrage
de mobiliser leur soutien automatique pour financer la production
d'un court métrage. Cependant, il n’y a chaque année qu’à peine
5 films de court métrage bénéficiaires du soutien automatique,
d'un montant moyen de 8 000 € par film.
Il faut inciter les sociétés de production de long métrage ayant un
fonds de soutien automatique à produire des films de court
métrage. Je souhaite une réflexion rapide sur les modalités de
cette implication. J’attends vos propositions concertées sur ce
sujet.
Je souhaite en particulier savoir si le mécanisme du « 1% » vous
paraît nécessaire et suffisant.
• Je souhaite mobiliser à l’intention du court métrage les
ressources du mécénat.
Aujourd’hui, les industries techniques, à travers la Fédération des
industries pour le cinéma, l’audiovisuel et le multimédia (FICAM),
que j’ai rencontrée jeudi lors de l’assemblée générale annuelle,
souhaitent développer des actions de mécénat, en faveur de la
production des films de court métrage. Je souhaite que soit
lancée la préfiguration d’une fondation de court métrage, qui
pourrait être ouverte à d’autres entreprises à la faveur des
nouvelles lois sur le mécénat.
• Je souhaite mener une étude sur les conditions du bénévolat
dans le secteur de la production associative.
Le mode de production associatif accompagne de jeunes auteurs
ou fédère des cinéastes. Dans le cadre de ces productions,
l’ensemble des équipes travaillent bénévolement. Une étude
pourrait être engagée et remise avant l’été 2005, pour faire le
point sur les conditions du bénévolat dans ce secteur, qui, à cet
égard, ressemble à d’autres types d’activités dans le spectacle
vivant.
• La possibilité d’une exonération de charges sociales au
bénéfice des entreprises de court métrage doit être examinée.
Cette exonération pourrait être plaidée (à la faveur de la mission
confiée à M. Alain Auclaire) auprès du Ministère des affaires
sociales dans le cadre des aides existantes sur les entreprises
innovantes, au titre de la recherche et du développement.
• L’hypothèse d’une mobilisation des fonds dédiés à la
formation dans le cadre de la production de films de court
métrage doit être étudiée.
Deux réflexions sont souhaitables : sur la mise en place de
conventions de stage et sur la possibilité de considérer le court
métrage comme un lieu de formation, pouvant aller jusqu’à
mettre en place des dispositifs d’apprentissage à imaginer.
• Enfin, je souhaite, en parallèle, que s’engage, dès cette année,
une réflexion sur la diffusion, pour permettre une amélioration
des conditions de diffusion des films de court métrage dès 2006 :
je pense à la diffusion en salles, mais aussi, à la diffusion à la
télévision et en particulier, sur les chaînes publiques, par
exemple sur France 4.
Pour conclure, je voudrais vous faire partager ma conviction que
c’est par la combinaison de l’ensemble de ces mesures que nous
pourrons, ensemble, inventer un nouveau cadre économique,
financier et juridique en faveur du court métrage. Aucune solution
partielle n’y suffira, il nous faut concevoir ensemble ce nouvel
environnement pour que l’année prochaine, au cours de la
28ème édition du Festival de Clermont-Ferrand, nous puissions
constater un regain et un épanouissement de la diversité des
oeuvres qui nous enchantent. Là est l’avenir du cinéma et de la
télévision de demain.
Je vous remercie.
Article printed from Renaud Donnedieu de Vabres: https://www.rddv.fr
URL to article: https://www.rddv.fr/2005/01/29/participation-au-festival-du-court-m-eacute-trage-maison-des-congr-egrave-s-de-clermont-ferrand/
Click here to print.
Copyright © 2012 Renaud Donnedieu de Vabres. All rights reserved.