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Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite à René Martin – Folle Journée de Nantes

Posted By admin2011 On 28 janvier 2005 @ 10:54 In Discours 2005 | No Comments

Cher René Martin,

Je vais sans doute, pendant quelques minutes, heurter un peu votre modestie. Mais je ne
vois guère comment faire autrement !

Car ce que vous avez réalisé, en un peu plus d’une vingtaine d’années, force véritablement
l’admiration et le respect.

Après avoir suivi un double cursus, musical et de gestion des entreprises, vous avez tout de
suite fondé, en 1979, ce qui est toujours votre base de travail, le CREA, c’est-à-dire le «
centre de réalisations et d’études artistiques », situé ici, à Nantes.

Dès lors, les projets – et leur réalisation – s’enchaînent :

– au début, ce sont des concerts de musique de chambre et des concerts spirituels, à Nantes
et dans les Pays de la Loire ;

– puis vous avez l’idée des concerts de l’Hermitage, à la Baule, là aussi consacrés à la
musique de chambre ;

– puis c’est, en 1981, la création du festival de la Roque d’Anthéron, devenu très vite le plus
grand festival de piano en Europe ;

– quelques années après, le pianiste mythique et la personnalité incomparable qu’était
Sviatoslav Richter vous confie, signe de sa grande confiance, la responsabilité de son
festival de la Grange de Meslay ;

– deux plus tard, en 1990, vous prenez la direction artistique de l’Abbaye Royale de
Fontevraud, et deux encore après, celle du Festival d’Art Sacré de Guérande.

Certains se seraient arrêtés là. Vous, vous continuez, sans relâche, avec l’organisation de
tournées de concerts en Europe et dans le monde entier.

Puis en 1995, vous créez un événement qui va radicalement changer le paysage musical
français : la Folle journée de Nantes. Quand je dis radicalement, je n’exagère pas. Car il y a
véritablement un « avant » et un « après » la Folle journée, tant pour le public que pour les
musiciens.

Pour sa 10e édition à Nantes en 2004, la Folle journée rassemblait plus de 100 000
mélomanes.

En écoutant un concert de U2 [You Two] dans un stade, vous avez rencontré des jeunes.

Vous aviez déjà organisé des festivals importants et vous vous êtes demandé pourquoi ils ne
venaient pas écouter vos concerts. Vous vous êtes dit alors qu’il fallait trouver un moyen de
susciter leur curiosité.

La Folle journée a désacralisé l’image encore parfois élitiste de la musique classique.

Aujourd’hui, les jeunes qui ont entre seize et vingt-cinq ans viennent à vos concerts, souvent
pour la première fois, et représentent plus de 25% des spectateurs.

Cela explique d’ailleurs que cette magnifique réalisation s’exporte, d’ores et déjà ; dès 2000
à Lisbonne, et plus récemment à Bilbao. On m’a également parlé d’un projet pour cette
année à Tokyo, où vous prévoyez d’amener 1000 artistes européens !

Voilà, pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, René Martin, est un cas, je dirai même un cas
bien rare !

Pourtant, en même temps, je crois que votre réussite exceptionnelle peut, pour partie,
s’expliquer. Pour partie, car un tel parcours est d’abord, évidemment, le fruit d’un immense
talent.

Je crois en tous cas entrevoir une constante dans votre démarche. Celle d’un intérêt très fort
pour l’évolution des conditions de la rencontre entre le public et les musiciens. Partout, à la
Baule, à la Grange de Meslay, à la Roque d’Anthéron, à la Folle journée… et à chaque fois
de façon différente, vous avez su imaginer, créer un cadre particulier, un cadre choisi pour
cette rencontre.

Tant pour les musiciens que pour leur public, ce cadre joue un rôle déterminant, je crois,
dans leur plaisir à être là, dans leur plaisir à revenir toujours plus nombreux l’année suivante.

C’est ainsi en tous cas que je le ressens moi-même.

Il est vrai qu’à Nantes, vous êtes allé encore plus loin. Vous avez fait évoluer le « rite » du
concert. On va d’un lieu à l’autre, on choisit son propre parcours au sein du programme, à
chaque fois pour des concerts courts, centrés sur une ou deux oeuvres. Et malgré le
caractère vraiment impressionnant de ce festival pris dans son ensemble, et du lieu qui
l’abrite, vous avez su garder et même recréer toute l’intimité, toute la chaleur nécessaires à
la rencontre entre les musiciens et leur public.

Je trouve cela simplement formidable. Et d’autant plus formidable que vous avez su associer
d’autres villes de la région à la Folle journée, en développant ainsi encore son rayonnement.

Cette réussite est aussi une aventure humaine exceptionnelle. Celle que vous menez avec
les musiciens, très nombreux, qui vous donnent leur confiance. Celle aussi que vous
développez avec ceux qui vous accompagnent dans votre parcours, avec les partenaires
des manifestations que vous organisez.

Votre parcours exceptionnel, je le sais, nous réserve encore quelques belles surprises. Vous
programmez près de 500 concerts chaque année. Presque deux par jour ! L’énergie ne vous
manque pas. Vous êtes aussi conseiller musical à la Villa Médicis, à Rome.

Continuez à nous étonner et à nous émerveiller !

René Martin, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont
conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre national du Mérite.


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