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FORUM RADIO J
Posted By admin2011 On 11 janvier 2005 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je pense que le bilan de son action et les projets qu’il incarne en font un excellent candidat éventuel. Mais, ce n’est pas à moi d’ouvrir prématurément ce débat, ni ce n’est pas l’heure. Pour le moment, il a été élu, les parlementaires ont été élus pour cinq ans, nous avons un travail à réaliser… FREDERIC HAZIZA : Monsieur Renaud DONNEDIEU de VABRES, bonjour.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonjour.
FREDERIC HAZIZA : Et merci d’avoir accepté cette invitation du “ Forum Radio J ”. Alors c’est encore la situation internationale qui pèse sur ce début d’année, et puis, un dossier qui vous concerne plus particulièrement, Monsieur le Ministre de la Culture et de la communication, il s’agit de la disparition à Bagdad de la journaliste française Florence AUBENAS de LIBERATION. Alors vous allez pouvoir nous dire ce que le gouvernement français sait du sort de notre consœur, et puis au-delà, jusqu’où doit aller la nécessité d’informer ? En clair, les médias doivent-ils continuer à envoyer leurs journalistes en Irak ? Et puis, nous allons, bien entendu, aussi, vous interroger avec Francis LAFON, de L’ALSACE, et Eric MANDONNET, de L’EXPRESS, sur les autres dossiers qui dominent l’actualité, comme les conséquences du raz de marée en Asie, y a-t-il un risque d’exploitation politique de l’aide humanitaire ? Les élections palestiniennes, sommes-nous à la veille d’une nouvelle ère au Proche-Orient ? Sans oublier, bien entendu, l’actualité politique. Que retenez-vous de cette semaine de vœux de Jacques CHIRAC ? Comment envisagez-vous la campagne référendaire ? Et quid dans ces conditions de l’avenir du gouvernement et de Jean-Pierre RAFFARIN ? Et c’est Francis LAFON qui va vous poser la première question de l’émission.
FRANCIS LAFON : Bien entendu, elle concerne notre consœur, Florence AUBENAS, à ce stade, que sait le gouvernement ? Est-ce qu’on peut parler de rapt, de kidnapping d’ores et déjà ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, le président de la République, le Premier ministre et l’ensemble du gouvernement, nous sommes tous totalement mobilisés, 24h sur 24, pour avoir des informations et pour avoir des nouvelles confirmées et définitives. A l’heure où je m’exprime, ce n’est pas le cas.
FRANCIS LAFON : Vous n’avez aucune information ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Donc nous n’avons aucune information définitive concernant l’état dans lequel se trouve aujourd’hui Florence AUBENAS et son chauffeur irakien. Et donc mes premières pensées, c’est pour sa famille. Mais pour chacun d’entre nous, mais plus encore évidemment pour sa famille, l’attente, elle est insupportable. Des nouvelles sont distillées, je ne suis pas, à l’heure où je vous parle, en mesure de les confirmer. La seule chose que je peux vous dire, c’est que les services de l’Etat agissent 24h sur 24 pour avoir le maximum d’informations possibles, et prendre les décisions qui s’imposeront à partir du moment où des informations nous seraient données…
FRANCIS LAFON : Ce qui n’est pas le cas pour l’instant…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ce qui n’est pas le cas pour le moment…
ERIC MANDONNET : Considérez-vous qu’à cette heure-ci, Florence AUBENAS est retenue en otage ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, je ne suis pas en mesure de dire quoique ce soit, nous n’avons aucune information permettant de le penser, nous n’avons aucune information confirmée sur l’état dans lequel elle se trouve actuellement…
FRANCIS LAFON : Est-ce que vous avez des contacts avec les autorités américaines sur place ? Et elles ont des éléments éventuels, non ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, nous travaillons 24h sur 24 pour avoir des informations et nous avons travaillé pour la libération de nos deux otages français pour, non seulement, là, avoir des informations confirmées, pour, à chaque fois, les vérifier, mais pour faire en sorte qu’ils soient libérés. Nous ne sommes pas aujourd’hui encore dans cette situation. Mais les services de l’Etat sont totalement mobilisés, et je ne vais pas donner la moindre information sur la manière qu’ils ont de travailler, c’est évidemment… ça serait dangereux de le faire, et pour eux et pour la situation sur place.
FRANCIS LAFON : Mais est-ce que par exemple… on va vous poser quand même une question : est-ce que par exemple, comme dans le cas de Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT, une équipe française, de militaires français, est partie pour Bagdad ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais, les services français sont totalement mobilisés, et donc vous pensez bien que le gouvernement ne reste pas les bras croisés, et que toutes les initiatives qui doivent être prises pour avoir le maximum d’information le sont, la situation en Irak est extraordinairement préoccupante, très difficile, comme vous le savez, sur le terrain, c’est la raison pour laquelle, le président de la République et le Premier ministre ont recommandé une grande prudence de la part des médias par rapport à l’envoi des journalistes sur place…
INTERVENANT : Au-delà de la…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est la responsabilité de chacun de prendre la décision définitive, mais aujourd’hui, vu la situation sur place, le danger le plus extrême et la difficulté la plus totale existent pour exercer son métier de journaliste.
ERIC MANDONNET : Alors, justement, là, une question…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Permettez-moi, au passage, de rappeler justement, vis-à-vis de l’ensemble de nos concitoyens, qui nous écoutent, la difficulté qu’il y a à exercer cette profession de journaliste dans des situations de crise. C’est la raison pour laquelle, au mois de juillet, eh bien, nous avions souhaité organiser un rassemblement autour de la mémoire de celles et ceux qui ont été victimes du devoir en matière de liberté de l’information…
INTERVENANT : 53 en 2004.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et liberté de presse. Voilà. Donc l’esprit de responsabilité doit prévaloir. Et évidemment qu’il y a, d’une certaine manière, et je comprends parfaitement, dans la passion d’informer, la volonté tout simplement d’être présent, témoin, partout où le monde craque, partout où il y a la violence et la fureur du monde. J’imagine que dans beaucoup de conférences de rédaction, et dans beaucoup de discussions, média par média, cette question est évoquée, c’est la responsabilité des pouvoirs publics d’appeler à la plus grande vigilance, parce que les conditions pour assurer la sécurité minimum et éviter la spirale des prises d’otages, eh bien, ces conditions, malheureusement, si vous voulez, elles ne sont pas réunies en Irak.
FREDERIC HAZIZA : Alors justement une question de Eric MANDONNET à ce sujet.
ERIC MANDONNET : Entre la responsabilité individuelle, que vous avez évoquée, la responsabilité de chacun et la responsabilité des pouvoirs publics. Est-ce que vous considérez que la présence d’otages français, ça a été le cas jusqu’à très récemment, c’est peut-être encore le cas. Est-ce que la présence d’otages français a une incidence, a eu une incidence sur la politique de la France, sur la politique étrangère de la France, ces derniers mois, et donc a pu gêner la politique de la France ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, d’aucune manière, d’aucune manière. Je veux dire, ce qui a été fait, mis en œuvre par le gouvernement, par le président de la République pour la libération de nos otages français et de leur chauffeur syrien n’a eu aucune conséquence sur les définitions du contenu de notre politique étrangère ou de notre politique intérieure française. Ça serait – mais si vous voulez – plus qu’une catastrophe, totalement choquant et scandaleux de penser qu’on prenait à ce moment-là en otage la politique de notre pays. Nous avons voulu, au contraire, défendre un certain nombre d’options, et rien n’a été fait qui puisse, si vous voulez, faire apparaître que l’ensemble de notre politique était prise en otage. Ça aurait été choquant au dernier degré.
ERIC MANDONNET : Mais ces interventions de Jacques CHIRAC et de Michel BARNIER à l’ONU, en septembre dernier, sont apparues sur certains points comme des réponses assez précises sur des engagements que nous demandaient les ravisseurs…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, pas du tout, nous avons voulu éviter la caricature. C’est-à-dire que nous avons voulu éviter que les positions de la France soient dénaturées et détournées de leur contenu, et nous avons rappelé que sur la scène internationale, au moment de la crise irakienne, la France avait eu des positions extraordinairement précises et claires, fondées sur le droit, exclusivement sur le droit, sur la compétence des Nations Unies, pour faire prévaloir nos vues. Et donc, il n’y a pas eu d’évolution, parce que je pense que ça aurait pu être choquant, mais par contre, il faut faire comprendre nos positions. C’est la raison pour laquelle, je pense qu’on en parlera au cours de cette émission, le président et le Premier ministre ont décidé de donner existence à une chaîne d’information internationale, pour relayer ce qui existe déjà…
FREDERIC HAZIZA : La voix de la France…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Sur le plan de l’information internationale…
FREDERIC HAZIZA : On va en parler tout à l’heure.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Sur l’AFP, RADIO FRANCE INTERNATIONALE, TV5, EURONEWS…
FREDERIC HAZIZA : On va en parler…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Un certain nombre de grands médias français concoure à la diffusion, au-delà de nos frontières, du contenu même de nos valeurs ; ce n’est pas qu’on soit caricaturé, c’est pour ça qu’on a rappelé fortement, notamment quel était le contenu de la laïcité dans notre pays. Ce n’est pas un contenu, si vous voulez, qui met en péril telle ou telle religion, c’est le droit de chacun, c’est le respect de l’autre, et donc il a fallu effectivement qu’on fasse passer des messages…
FREDERIC HAZIZA : On va en parler…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ça, oui, mais on n’a jamais fait évoluer le cœur même de nos conceptions.
FREDERIC HAZIZA : Alors on va en parler tout à l’heure. Mais justement, pour revenir sur la question que vous a posée Eric MANDONNET, certains se sont demandé à quoi servait la politique arabe de la France si elle conduisait… elle pouvait conduire aux rapts de journalistes français ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais attendez, d’abord, quelles sont les motivations des ravisseurs qui ont pris les journalistes français en otages ? Elles étaient certainement multiples. En tout cas, il est très important que ce sache dans le monde entier que la France est un pays solide, et que les Françaises et les Français n’accepteraient pas tout simplement que, un gouvernement, quel qu’il soit, rentre dans une spirale de chantages…
FREDERIC HAZIZA : Pas de négociation, pas de chantage, pas de rançon ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais non, mais non. Evidemment non, nous sommes des gens solides. Nous avons eu le courage, parfois, d’envoyer des soldats dans des situations périlleuses, il y avait, à l’époque même du service national, où des appelés étaient envoyés, il y a eu des morts. Et les Français sont des gens solides, nous avons un socle de valeurs, de convictions. Simplement, dans la fournaise, qu’est la situation internationale actuelle, nous ne voulons pas être caricaturés. Et donc de temps en temps, il faut dire très clairement les choses, et rappeler ce qu’a été l’attitude de la France pour qu’il n’y ait pas d’amalgame.
FREDERIC HAZIZA ; Et si donc Florence AUBENAS était aux mains de ravisseurs aujourd’hui, vous utiliseriez le même langage…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, soyez précis, pour le moment, vraiment, nous ne le savons pas…
FREDERIC HAZIZA : C’est pour ça que j’ai employé le mot “ si ”…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et j’espère que ce n’est pas le cas. Pour le moment, à l’heure, encore une fois, où nous parlons, nous n’avons aucun élément d’information…
FREDERIC HAZIZA : Il n’y a pas de chantage…
FRANCIS LAFON : Vous dites… le président de la République a conseillé aux rédactions de ne pas envoyer de journalistes français en Irak. Nous étions, tous les journalistes qui participent à cette émission, à la cérémonie des vœux, et nous avons entendu, au-delà, une recommandation de ne pas y aller. Donc le président… au-delà. Alors est-ce que concrètement, le ministre de la Communication qui n’a pas d’influence directe sur le contenu, sur les choix rédactionnels du service public…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ça, c’est heureux, ça, c’est heureux…
FRANCIS LAFON : Mais, a tout de même eu, toujours, par le passé, des capacités de donner son sentiment, ce qui est son droit, est-ce que vous avez… vous invitez aujourd’hui les chaînes de service public françaises à ne pas envoyer de journalistes français en Irak ?
FREDERIC HAZIZA : Publiques ou autres d’ailleurs…
FRANCIS LAFON : En l’occurrence, moi, je parle plus spécifiquement du public, dans la mesure où il y a des…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, il n’y a pas de tri à faire, là, entre le public et le privé. Si vous voulez, de toute façon, il y a un grand principe, qui est celui de l’indépendance de la presse dans notre pays. Et donc que ce soit de la presse du secteur public ou du secteur privé, pour l’audiovisuel, de toute façon, ce principe, il doit prévaloir. Là, c’est une situation de crise, d’une extrême gravité, un pays qui est plongé dans des turbulences et dans des violences considérables, le métier de journaliste, aujourd’hui, sur place, est extraordinairement dangereux, et perd, d’une certaine manière, de son sens, à partir du moment où la liberté même du journaliste, qui doit avoir la possibilité d’aller, de venir, de rencontrer qui il veut, eh bien, n’est pas assurée. Et donc c’est la raison pour laquelle, moi, je me situe dans le droit fil de ce qu’a dit le président de la République et le Premier ministre, et le ministre des Affaires étrangères, c’est de demander aux rédactions une extraordinaire vigilance, parce que nous ne pouvons pas aujourd’hui assurer le minimum de sécurité dû aux journalistes présents sur place.
FREDERIC HAZIZA : Mais vigilance, ça veut dire…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ceci étant dit, à partir du moment où un français, quel qu’il soit, journaliste ou non, se trouve dans une situation de difficulté sur place, de toute façon, nous sommes mobilisés 24h sur 24, et nous mettrons tous les moyens nécessaires. Donc, voyez ce que je veux dire, de toute façon, même malgré cette recommandation qui a été formulée par le président de la République, de toute façon, nous sommes en train d’agir.
FREDERIC HAZIZA : Mais vigilance, ça veut dire ne pas y aller ou pas ? C’est ça la question.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Pardon ?
FREDERIC HAZIZA ; Vigilance, ça veut dire ne pas y aller ou pas ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Dans l’état actuel des choses, c’est certainement préférable.
FREDERIC HAZIZA : Donc ne pas y aller ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui.
FREDERIC HAZIZA : Ne pas y aller. Alors ça nous pose aussi… vous savez ce que vous a répondu par avance Serge JULY, ce qu’il a répondu à Jacques CHIRAC, donc le patron de LIBERATION. Il dit que de ne pas y aller, ça serait de faire dépendre l’information des troupes américaines ou de ZARKAOUI, qu’est-ce que vous lui dites ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, écoutez, je ne vais pas rentrer dans des polémiques et des règlements de compte sur ce sujet, c’est un sujet extraordinairement grave. Encore une fois, nous respectons l’indépendance des rédactions, et ça, c’est à chaque rédaction de prendre ses responsabilités, ce n’est pas un propos, si vous voulez, pour me dédouaner, c’est tout simplement la répartition normale des rôles. L’Etat est fondé à mettre en garde, les rédactions ont la liberté de prendre la décision qu’elles veulent prendre. Nous serions des irresponsables si nous ne donnions pas à chaque rédaction tous les éléments d’information sur la situation opérationnelle sur place. Et d’ailleurs, un certain nombre de journalistes qui ont été sur place disent qu’ils ont beaucoup de mal à exercer leur fonction et leur responsabilité. Mais là où la réflexion de Serge JULY est tout à fait juste, c’est qu’il faut le pluralisme. Et il ne faut pas que l’information soit dépendante évidemment de quelque source d’information unique, donc c’est toute la complexité des choses, et peut-être même la contradiction…
FREDERIC HAZIZA : Le pluralisme…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Voilà, c’est cette situation, si vous voulez, tant que la situation en Irak ne sera pas rétablie avec une règle, un droit, un ordre public, rétabli, évidemment, on sera dans une situation d’une extraordinaire difficulté…
FREDERIC HAZIZA : Alors, on va parler du pluralisme de la presse en France. Une question d’Eric MANDONNET.
ERIC MANDONNET : Oui, sur l’indépendance de la presse, il y a eu certaines évolutions capitalistiques au cours de ces derniers mois. Et le gouvernement, le président ont annoncé la mise en place d’une Commission de réflexion sur les concentrations. Est-ce que vous diriez que l’indépendance de la presse française actuellement est en recul, du fait des évolutions capitalistiques ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, je n’irais pas jusqu’à dire que le pluralisme ou l’indépendance de la presse est en recul, je ne le pense pas. Mais simplement, il y a des évolutions qui peuvent être préoccupantes, et c’est la raison pour laquelle, le président et le Premier ministre souhaitent qu’on réfléchisse très rapidement à la question de savoir s’il ne faut pas des dispositions juridiques supplémentaires. Alors…
FREDERIC HAZIZA : Attendez, évolutions préoccupantes, lesquelles, le fait par exemple…?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il y a deux problèmes justement, il y a deux problèmes…
FREDERIC HAZIZA : Que le gouvernement contrôle une bonne partie de la presse ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, attendez, non, non. Il y a deux problèmes distincts. Il y a d’abord le problème du fait qu’il n’y ait pas assez de français qui lisent la presse ou qui s’intéressent à l’information en tant que telle. Donc il y a tout un plan…
FREDERIC HAZIZA : Donc il y a le rapport SPITZ…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, pas uniquement le rapport SPITZ, il y a tout un plan d’actions concrètes dans le budget 2005, décidé par le gouvernement et voté par le parlement, qui va rentrer en vigueur pour la modernisation de la presse, pour un certain nombre de restructurations, pour la diffusion de la presse, pour les fameux kiosques, si vous voulez, c’est-à-dire l’offre de proximité, il y a eu des accords renouvelés entre la presse et la POSTE, ce sont des augmentations de budget absolument considérables…
FREDERIC HAZIZA : 38 millions d’euros…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : 38 millions pour la modernisation, plus, auxquels s’ajoute encore un certain nombre de millions d’euros, avec des cibles plus précises et plus particulières. Le budget, sur ces questions, augmente de 30% en 2005. Donc c’est quelque chose de tout à fait considérable. Ça, c’est pour défendre l’activité économique. Et il faut avoir le courage de dire que sans soutien financier, la presse, sous toutes ses formes, a du mal à vivre, et avec des équilibres très subtils, vous savez très bien, liés parfois à la publicité, et c’est la raison pour laquelle nous sommes très vigilants pour que la presse quotidienne régionale, par exemple, ne soit pas menacée par l’ouverture du secteur de la publicité à la distribution, pour les télévisions régionales, les télévisions locales, qui sont par ailleurs une nécessité, bien. Donc problèmes économiques globaux de la presse, nous y travaillons. Deuxièmement…
FREDERIC HAZIZA : Problème de…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Deuxièmement, problème de… mais ce n’est pas la même chose, voyez, c’est… enfin, l’un peut conduire à l’autre, mais ce n’est pas exactement la même chose. Deuxième chose, problème de concentration, problème de savoir s’il faut qu’on modifie la règle du jeu actuelle avec les seuils actuels de protection de la concentration, et donc nous y travaillons.
FREDERIC HAZIZA : Vous y seriez favorable ou pas ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, le gouvernement est préoccupé par les évolutions sur ce sujet, c’est la raison pour laquelle nous allons confier à une sorte de Comité des sages, avec un délai limité, une réflexion opérationnelle sur ce sujet pour faire des propositions libres au gouvernement, faire le diagnostic et faire des propositions. Je crois savoir que le Premier ministre en parlera demain, et à la suite de ce que le président de la République a dit vendredi. Donc ne comptez pas sur moi pour m’exprimer à la place du Premier ministre…
FREDERIC HAZIZA : Avant le Premier ministre…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ça serait franchement maladroit de ma part…
FRANCIS LAFON : Il y a une double anomalie française par rapport à d’autres pays dans la presse, au point de vue des capitaux, c’est effectivement, il y a… d’une certaine manière, elle est moins concentrée qu’ailleurs, mais les capitaux sont détenus par des groupes qui ne sont pas à l’origine des groupes de presse, et qui vivent de fonds publics…
FREDERIC HAZIZA : Des groupes d’armement notamment…
FRANCIS LAFON : Est-ce que c’est la nature du capital qui pose problème ou le degré de concentration ? Est-ce qu’on n’est pas en train de répondre à un faux problème en posant le problème sous la forme de la concentration ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non. Je ne pense pas que ce soit l’origine du capital qui pose problème. Et je pense d’abord qu’il y a une règle, qui est celle de l’indépendance des rédactions, de l’indépendance des journalistes, de la liberté d’expression, de la liberté de travail…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, attendez, écoutez, mais ça, ce n’est pas au ministre… attendez, moi, je ne suis pas le ministre de l’Information, il faut que les choses, de ce point de vue-là, soient claires, moi, je dois définir…
FREDERIC HAZIZA : Vous êtes le garant du bon fonctionnement…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, moi, je dois définir les règles du jeu, la puissance publique doit définir des règles applicables à chacun. Nous devons, c’est ce que nous faisons, aussi nous préoccuper de la situation financière. Mais je pense que c’est rédaction par rédaction que les journalistes sont à même de faire valoir tout simplement leur droit, et leur droit, c’est celui de la liberté, et donc voilà. Alors il y a parfois, j’imagine, des conflits, mais il y a des conflits…il peut y avoir un conflit d’ailleurs entre un chef de service et un journaliste, il n’y a pas que des conflits entre le propriétaire et le journaliste…
FRANCIS LAFON : En gros, en gros, qu’une bonne partie de la presse française soit détenue par des capitaux de l’armement, ne pose pas problème ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien écoutez, pourquoi vous dites, par exemple, que le capital, puisque vous parlez de Serge DASSAULT et de la maison DASSAULT, ce n’est pas que de l’armement, dans les revenus du groupe…
FREDERIC HAZIZA : C’est un avionneur d’ailleurs, il précise toujours qu’il n’est pas dans l’armement…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES ; Oui, attendez, mais dans les revenus du groupe DASSAULT, moi, je ne connais pas le contenu exact des revenus et des sources de revenus du groupe DASSAULT, mais enfin, je sais très bien quand même que les avions, que l’électronique etc, qu’il n’est pas forcément lié à la défense. Encore une fois, pas de procès d’intention. Ce qui est très important, c’est quoi ? 1°) : c’est qu’il y ait de l’argent qui s’investisse dans la presse. Voilà. Ça, c’est tout à fait très important parce que sinon ça ne marchera pas…
FREDERIC HAZIZA : Et puis, il faut attendre les résultats de…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, deuxièmement…
FREDERIC HAZIZA : Et les déclarations de Jean-Pierre RAFFARIN demain…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il y a : il faut faire confiance aussi aux journalistes eux-mêmes, pour savoir faire respecter dans les rédactions, ce qui, je crois, est le cas…
FREDERIC HAZIZA : Alors…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, demandez à un certain nombre de vos confrères. Demandez à un certain nombre de vos confrères s’ils ont le sentiment, alors qu’ils sont dans un journal à capitaux privés, que leur indépendance rédactionnelle est “ portée atteinte ”, si c’est le cas, il faut l’exprimer et etc…
FREDERIC HAZIZA : Alors il faut faire confiance…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il faut être très vigilant…
FREDERIC HAZIZA : Il faut faire confiance aux journalistes, il faut aussi parfois faire confiance au CSA et au ministre de la Culture et de la communication, comme on l’a vu, avec le dossier AL-MANAR. Une question d’Eric MANDONNET.
ERIC MANDONNET : Alors, on a vu, on a été sidéré que la liberté des ondes se traduise par la présence en France d’images et de propos comme ceux que diffusait la chaîne AL-MANAR. Quand est-ce que le gouvernement va modifier la législation pour faire en sorte qu’un dossier, comme celui d’AL-MANAR, puisse être réglé dans des conditions autres que celles de l’année dernière ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Monsieur MANDONNET, la France a été le premier pays à adopter des mesures concernant la chaîne AL-MANAR…
FREDERIC HAZIZA : Suivi après par les Etats-Unis…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Donc ne me demandez pas sur ce sujet de faire un acte de repentance. Nous avons été très à la manœuvre, pourquoi ? Parce que dans la fureur du monde actuel, il y a effectivement un retour à des propos, à caractère raciste, xénophobe, antisémite, appelant à la violence et à la haine raciale, qui sont proprement scandaleux. Qu’il s’agisse d’une cour d’école, qu’il s’agisse d’un média satellitaire, qu’il s’agisse d’un tract, de toute façon, nous sommes, là-dessus, plus qu’à la manœuvre. Conscient de cette difficulté, la loi du 9 juillet 2004, récente donc, que le parlement a bien voulu adopter sur proposition du gouvernement, a prévu tout un arsenal juridique. Deux choses : le conventionnement et le cas échéant la saisie en référé du Conseil d’Etat si des propos à caractère raciste, xénophobe antisémite sont tenus. Le conventionnement, pourquoi ? Pour qu’il y ait une norme et que les opérateurs satellitaires ne puissent pas, à la légère, diffuser n’importe quoi, mais ils sont en train de prendre l’engagement de ne diffuser que les chaînes qui auront fait l’objet d’un conventionnement. Conventionnement, ça veut dire tout simplement vérification. Ensuite, contrôle, le contrôle du contenu, dans les démocraties avancées, il n’est pas fait directement par le gouvernement, il est fait par une institution indépendante, en l’occurrence, c’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel, qui a la charge, 24h sur 24, 7 jours sur 7, avec d’ailleurs tous les systèmes de traduction, d’interprétariat, et tous les moyens qu’il faut peut-être renforcer, d’exercer ce contrôle. Et s’il y a le moindre propos, le moindre dérapage par rapport à la loi française ou aux valeurs européennes, puisque ce problème se pose aussi, si vous voulez…
FREDERIC HAZIZA : International…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Entre les différents pays, eh bien, il faut saisir le Conseil d’Etat. Alors, la seule question qui se pose, qui fait effectivement débat, c’est : est-ce qu’il faut renforcer encore l’arsenal juridique ? Permettez-moi de vous dire quand même que l’arsenal juridique, il a fait ses preuves. Ça veut dire que…
FREDERIC HAZIZA : Ou est-ce qu’il faut faire dépendre ces décisions du ministère de l’Intérieur ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, mais, les référés ont eu lieu, et aujourd’hui, la chaîne AL-MANAR s’est vue privée, voilà, elle est interdite de séjour…
FREDERIC HAZIZA : Ou est-ce qu’il faut faire dépendre ces autorisations au ministère de l’Intérieur ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, mais, j’en ai discuté, moi, avec les opérateurs satellitaires eux-mêmes. Eux, ce qu’ils veulent, c’est une décision de justice définitive. C’est-à-dire que, eux, ils veulent au fond qu’il y ait le filtre du conventionnement, et qu’il y ait, ensuite, la décision de justice définitive. Ce qui est important, si vous voulez, c’est qu’il y ait une traque à ces propos qui sont parfois tenus, et deuxièmement, qu’il y ait, ensuite, une immense rapidité, c’est-à-dire le référé pour que la décision soit prise très rapidement. Alors franchement, là, je trouve que le président de la section du contentieux du Conseil d’Etat a délibéré et a pris sa décision en toute souveraineté très rapidement, il y avait un trouble grave à l’ordre public. Et moi, je ne me satisfais pas uniquement, si vous voulez, sur ce sujet de ce qui se passe au plan national, puisque le président et le Premier ministre m’ont demandé – ce que j’ai fait – évidemment, sans délai, de saisir les institutions européennes. Donc j’ai saisi la Commissaire européen chargée des médias, Viviane REDING, à un prochain Conseil des ministres de la Communication, cette question sera évoquée. La présidence luxembourgeoise est saisie. Et vous voyez que pour une fois, c’est de la France qu’est venue, j’allais dire, sur ce sujet par rapport aux reproches qui nous sont faits, l’attitude de plus grande fermeté…
FREDERIC HAZIZA : Alors…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Puisqu’aux Etats-Unis, c’est après la décision française que…
FREDERIC HAZIZA : Que la décision a été prise…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Que la décision a été prise…
FREDERIC HAZIZA : Alors…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, mais attendez, je dis ça, parce que, on a quand même l’habitude de nous faire mille reproches sur ce sujet, et de considérer que la France est un pays laxiste, eh bien, la France est le contraire d’un pays laxiste, tout simplement parce qu’elle croit à la règle du droit. Ce n’est pas, si vous voulez, lié à des fantasmes ou au fait du prince, c’est la règle du droit. Ce sont les valeurs essentielles, auxquelles nous croyons.
FREDERIC HAZIZA : Alors, il y a un autre dossier dont je voudrais vous faire part, Monsieur le Ministre. C’est le dossier de la radio RADIO MEDITERRANEE qui, dimanche après dimanche, et avant même cette émission, qui, dans le cadre d’une ligne ouverte, dirigée par Taoufik MATHLOUTHI, celui qui a lancé la marque MECCA COLA, lance de véritables appels au meurtre sur les ondes, RADIO MEDITERRANEE, une ligne ouverte donc qui lance de véritables appels au meurtre sur ses ondes…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais attendez, attendez, alors là, soyons clairs, si vous avez connaissance du moindre appel au meurtre, j’espère que vous avez immédiatement saisi la justice…
FREDERIC HAZIZA : Des insultes…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : En tout cas, si vous me faites… je n’ai pas le script des émissions, si je considère que des propos à caractère raciste, d’appel au meurtre, d’incitation à la haine raciale, sous toutes leurs formes, sont proférés, ils n’ont pas le droit de cité dans notre pays. Donc je regarderai ça avec la plus extrême attention.
FREDERIC HAZIZA : C’est en tout cas le sens de nombreux appels que nous avons reçus de nos auditeurs, qui s’estiment choqués par le fait que dimanche après dimanche, les juifs soient la cible de cette émission, sous le biais d’accusations de sionisme ou de soutien à Israël. Donc est-ce que vous comptez vous saisir de cette affaire ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ah, mais attendez, je vais regarder les choses avec beaucoup de précision. Je demanderai le script d’un certain nombre d’émissions, et s’il faut prendre des initiatives, nous les prendrons. Encore une fois, vous savez, on est dans une période où il y a sur ces sujets, parfois, beaucoup de confusion. Mais ce qui n’est pas confus dans un crâne, c’est quand des propos à caractère raciste et antisémite sont tenus, ce sont des propos à caractère raciste et antisémite, ils n’ont pas le droit cité. Voilà. alors maintenant qu’il y ait des débats politiques, très compliqués sur la situation au Proche-Orient, j’imagine qu’on va en parler…
FREDERIC HAZIZA : On va en parler…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Sur la situation entre israéliens et palestiniens, sur toutes sortes de questions, ce n’est pas la même chose. Donc il ne faut pas qu’il y ait d’amalgame, si vous voulez…
FREDERIC HAZIZA : Non, non, pas d’amalgame…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, mais je ne dis pas ça… ce n’est pas un reproche, je dis simplement par rapport à nos auditeurs qu’un propos raciste, un propos antisémite, ça correspond à des critères précis, qu’il y ait des débats politiques sur des sujets, eh bien, voilà, alors, il peut y avoir parfois des capillarités, en tout cas, je suis très vigilant.
FREDERIC HAZIZA : D’autant plus qu’à la veille du 60ème anniversaire de la commémoration de la libération des camps nazis, c’est un sujet qui est doublement symbolique aujourd’hui ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, bien sûr, mais attendez, nous sommes totalement mobilisés, parce que… vous voyez bien refleurir malheureusement, et parfois, chez les plus jeunes de nos concitoyens, des propos, des invectives, des espèces de cris spontanés à caractère tout à fait raciste, antisémite ou xénophobe. Cette traque, elle est enclenchée, et je suis très fier de l’audiovisuel public qui, autour de la commémoration de la libération d’Auschwitz et des camps, au mois de janvier prochain, et toute l’année 2005, va programmer toute une série d’émissions de réflexion, de films, voilà, et moi-même, je suis en train… je ne sais pas si j’y parviendrais, d’essayer de reprogrammer une pièce exceptionnelle que j’ai eu la chance de voir, il y a quelques jours, à Paris, qui s’appelle : “ Kaddish pour un enfant qui ne naîtra pas ”, qui est une pièce exceptionnelle, avec un acteur prodigieux, qui dit un texte pendant deux heures, du Prix Nobel hongrois de littérature, de KERTESZ, et je voudrais que le jour où le président va à Auschwitz, pour la commémoration…
FREDERIC HAZIZA : Donc le 27 janvier…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Peut-être, on arrive à retrouver un lieu, si l’acteur est disponible, pour redonner cette pièce. Voilà, donc, nous sommes totalement mobilisés sur ces questions.
FREDERIC HAZIZA : Nous allons marquer une pause, Monsieur DONNEDIEU de VABRES et nous retrouver dans quelques instants.
ERIC MANDONNET : La semaine qui se termine a vu le début de la campagne pour le référendum sur la Constitution européenne en quelque sorte qui sera l’événement majeur de cette année politique 2005, avec une divergence très forte qui semble apparaître entre le président de la République et l’UMP. Le président de la République demande que soit totalement distingué le débat sur la Constitution européenne et celui sur la Turquie. L’UMP, au contraire, est en train de rôder un argument qui explique que la Constitution européenne, qui doit être adoptée par référendum, sera le meilleur moyen de contrôler les futurs élargissements et donc de dire non à la Turquie. Entre ces deux thèses, quelle est la vôtre ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous savez, elle est très claire. On a un objectif, c’est de réussir l’Europe à vingt-cinq. Donc, pour ce faire, il faut qu’il y ait une clarification vis-à-vis de nos concitoyens pour qu’ils sachent mieux qui fait quoi au niveau européen, au niveau national et au niveau local. Donc, une règle du jeu a été proposée, c’est la Convention présidée par Valéry GISCARD d’ESTAING, qui a permis de définir pour la première fois un texte constitutif. Donc, moi, je souhaite que le débat dans les mois qui viennent, avant que les Français n’aient la parole, porte exclusivement sur l’Europe à vingt-cinq que nous voulons construire, sur le contenu des politiques, sur qui doit faire quoi et qu’on rende les choses plus proches. Parce qu’il ne faut pas que l’Europe, ce soit uniquement cantonné aux élites politiques, culturelles, scientifiques, économiques, c’est le peuple qui a la parole. Le président de la République n’était pas obligé, il a voulu que ce soit les Français eux-mêmes qui adoptent cette Constitution pour l’Europe, c’est une très bonne chose. La question de la Turquie, c’est une question dont il a annoncée également que ce sera, le moment venu, les Français qui auront la parole. Mais ce moment…
FREDERIC HAZIZA : Ce n’est pas ce que dit Valéry GISCARD d’ESTAING, par exemple…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ce moment, c’est dans dix ou quinze ans. Donc, ne confondons pas les choses. Ne confondons pas les genres. Il y a un grand débat qui doit exister dans les six mois qui viennent, moi, je vais y participer très, très fortement parce que je pense que la culture a une place éminente dans la construction européenne, c’est le débat sur l’Europe à vingt-cinq. Les futurs élargissements, les discussions, les négociations, ce n’est pas l’actualité immédiate. Donc, si on veut créer le trouble, si on veut prendre le risque de ce point de vue-là que les Français veuillent traiter la question de la Turquie au moment de cette réflexion sur l’Europe à vingt-cinq, je pense que c’est un danger pour la question européenne. Voilà. Donc, moi, je pense, si vous voulez, qu’il faut qu’on se concentre sur la question qui nous est posée, ça ne doit pas apparaître comme un plébiscite, ce n’est pas pour ou contre le gouvernement, pour ou contre le président, pour ou contre le Premier ministre, pour ou contre Pierre, Paul ou Jacques, c’est tout simplement un vote sur l’Europe, sur l’Europe à vingt-cinq, ni plus, ni moins. Toutes les autres questions sont légitimes, on a le droit de se poser des tas de questions, mais de confusion des genres et pas d’hypocrisie.
FREDERIC HAZIZA : Eric MANDONNET.
ERIC MANDONNET : Pas de confusion des genres, vous êtes ministre et vous êtes aussi l’un des membres quasi-fondateurs de l’UMP, est-ce que vous demandez à votre parti de bien dissocier et de ne pas lier les deux questions comme… ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais bien sûr je le demande ! Bien sûr je le souhaite…
ERIC MANDONNET : … Comme…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, le parti, ce n’est pas une caserne ! Le parti, il a déjà voté sur cette question. Beaucoup de gens à l’intérieur du parti considèrent que le partenariat renforcé serait mieux que l’adhésion. Ca, c’est un vote qui est déjà exprimé, mais ce n’est pas la question, ce n’est pas la question des six mois qui viennent, qu’on n’induise pas les Français en erreur. Ce qui compte, c’est de faire la pédagogie aujourd’hui. Qu’est-ce qui s’est passé ? Il y a eu au fond la réconciliation entre la France et l’Allemagne, ça a été la première étape de la construction européenne. La deuxième étape que nous venons de vivre, c’est la réunification du continent européen, c’est cette Europe à vingt-cinq, c’est ça que nous avons entre nous à gérer. Viennent d’autres questions. Si des pays frappent à la porte, si des pays veulent évoluer dans le bon sens, si des pays veulent renoncer à l’intégrisme, si des pays veulent tout simplement faire œuvre de paix, de démocratie et de progrès économique et social, l’intelligence politique, c’est de ne pas les dissuader. L’intelligence, c’est de savoir tout simplement encourager les évolutions positives. On ne peut pas, d’un côté, si vous voulez, avoir la peur de la situation internationale et, de l’autre, ne pas vouloir que l’Europe apparaisse comme un bouclier. L’Europe est un bouclier, est une protection, c’est ça qu’il faut faire valoir à nos concitoyens. Et aux frontières…
FREDERIC HAZIZA : Et notamment à Nicolas SARKOZY. Francis LAFON…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et aux frontières – et je termine d’un mot – aux frontières, certains Etats frappent à la porte, est-ce qu’ils sont prêts aujourd’hui ? Non. Est-ce que les opinions publiques dans nos pays sont prêtes ? Pour le moment, certes, non. Est-ce que pour autant, il faut stopper des évolutions qui sont positives ? Certes non également. Mais en tout cas, franchement, toutes les questions sont légitimes, les Français, ils ont le droit de se poser toutes les questions, c’est normal et je ne veux surtout pas donner le sentiment que je leur interdis des débats ou des questions légitimes. Mais la question du référendum sur la Constitution, c’est celle de l’Europe à vingt-cinq.
FRANCIS LAFON : Est-ce que vous dites que mélanger les questions, comme le fait l’UMP, c’est favoriser le “ non ” au bout du compte au référendum sur la Constitution européenne ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais attendez, s’il devait y avoir, ce qui n’est certainement pas d’ailleurs l’intention de Nicolas SARKOZY, donc je ne souhaite pas lui faire un mauvais procès, je pense que Nicolas SARKOZY veut effectivement l’adoption de la Constitution européenne. C’est un Européen tout à fait convaincu. Donc, je ne pense pas du tout qu’il soit engagé dans une espèce de jeu sur ce sujet…
FRANCIS LAFON : Mais est-ce que de fait, il favorise le “ non ” ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il faut en tout cas faire très attention, chacun, et on en parlera entre nous avant de parler sur la place publique, parce qu’on a un effort de mobilisation à faire de nos concitoyens pour expliquer, pour rendre…
FREDERIC HAZIZA : Il y a un risque aujourd’hui de démobilisation à partir de ce cas turc.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il ne faut jamais, jamais considérer qu’une élection est gagnée d’avance. Si vous commencez à considérer qu’un vote est acquis d’avance parce que c’est une évolution naturelle, vous vous trompez. L’avantage du référendum, c’est une discipline exigeante, c’est pour ça que le président de la République a eu raison de faire cette ratification par référendum parce que ça va contraindre tout le monde à mouiller sa chemise. Ca va nous contraindre à aller organiser le maximum de réunions sur place, de terrain, moi, je l’ai annoncé dans ma ville, à Tours, hier. Je vais faire des réunions de quartier sur l’Europe, soyons francs, je ne les aurais certainement peut-être pas faites s’il n’y avait pas eu la perspective de ce référendum. Donc, c’est bien d’aller à la rencontre, d’aller discuter librement. La Turquie, c’est pour dans dix, quinze ans, ce n’est pas le sujet immédiat.
FREDERIC HAZIZA : Comment vous êtes perçu à Tours ? Vous êtes bien perçu, vous êtes le ministre de la Culture, élu de Tours.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je travaille, je ne sais pas comment je suis perçu …
FREDERIC HAZIZA : Est-ce que vous considérez que l’état de Jean-Pierre RAFFARIN dans l’opinion publique peut lui permettre de conduire cette campagne référendaire au niveau national ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je considère qu’on a un excellent Premier ministre. Je considère qu’il a fait très souvent l’objet de critiques très violentes, très injustes et qu’à aucun moment je n’ai senti, dans mes permanences de quartier, dans les gens que je rencontre, le sentiment qui était parfois exprimé par-ci-, par-là. Vous savez, les réformes qui ont été faites, dont il faut surveiller l’application, parce qu’il ne faut pas se rassurer à bon compte et se dire que parce qu’on a pris une décision de voter une loi que tout est réglé, le lendemain, il y a des conditions d’application qui se posent, il faut toujours être très vigilant. Mais son bilan est impressionnant, il a une feuille de route devant lui qui est très importante, c’est quelqu’un de très…
FREDERIC HAZIZA : Pour dix ans ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais pourquoi vous dites pour dix ans ? On n’est pas…
FREDERIC HAZIZA : C’est ce qu’a dit Jacques CHIRAC.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous avez le droit de fixer des objectifs en matière économique et politique dans notre pays, heureusement, il y a le suffrage universel qui est un couperet tous les cinq ans, tous les six ans, selon la nature des élections. Donc, il y aura les grands rendez-vous politiques de 2007 avec les présidentielles et les législatives. D’ici là, ce n’est pas à moi de prendre les décisions de nomination, mais je considère que Jean-Pierre RAFFARIN est un homme considéré par les Français comme courageux, comme apte au contact, comme solide, comme totalement loyal. Vous savez, moi, je dois dire que c’est très confortable pour un ministre, parce qu’on est toujours confronté à des situations difficiles, qu’il y ait cette unité entre le président et le Premier ministre. C’est essentiel pour réussir des réformes difficiles.
FREDERIC HAZIZA : Eric MANDONNET.
ERIC MANDONNET : Est-ce que vous considérez que depuis le lundi 29 novembre 2004, le Premier ministre a rebondi et que l’ambiance au sein du gouvernement a changé ? Le 29 novembre 2004, il y avait un petit remaniement et un nouveau ministre de l’Economie, Hervé GAYMARD, qui remplaçait le précédent, Nicolas SARKOZY.
FRANCIS LAFON : Un ministre en moins dans le gouvernement qui était Nicolas SARKOZY.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais on a besoin du talent de chacun.
FREDERIC HAZIZA : Non, mais, là, il n’y a plus le talent de Nicolas SARKOZY.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : On a besoin d’un parti politique en forme qui alimente les débats sur le terrain pour faire réussir l’action du gouvernement…
FREDERIC HAZIZA : Ce n’était pas le sens de la question…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, moi, j’ai besoin… On avait quoi ? Malheureusement, à cause des évènements que chacun connaît, l’UMP n’avait plus à sa tête de président. Donc, pour l’action politique de la majorité présidentielle, on a besoin d’un parti, d’un groupe parlementaire et d’un gouvernement en bonne forme. Le gouvernement travaille, le gouvernement…
FREDERIC HAZIZA : On le comprend bien, mais est-ce que vous vous sentez mieux, est-ce que vous vous sentez plus à l’aise au sein du gouvernement depuis le départ de Nicolas SARKOZY ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Cette question n’a aucun sens. Ce qui compte, c’est quoi ? C’est que le gouvernement soit à la manœuvre, c’est que chacun des ministres soit au cœur de la mêlée et qu’il y ait addition de talents et d’énergies. Moi, je souhaite l’addition du talent de Jean-Pierre RAFFARIN, des ministres que nous sommes avec l’équipe de Nicolas SARKOZY. Sinon, mais attendez, s’il n’y a pas cette addition des talents et des énergies, on pourra toujours pleurer au lendemain, je ne sais pas quelle sera la date de l’élection 2007, on aura qu’à s’en prendre à nous-mêmes. Donc, voilà, vive l’addition des talents et des énergies ! Je ne suis pas hypocrite, myope, sourd ou aveugle en disant qu’il y a parfois de la compétition dans l’air, mais chacun est à sa place. Nicolas SARKOZY a voulu être président de l’UMP, il l’est. Chaque ministre dans le gouvernement est à la manœuvre, on bosse comme des fous, et voilà.
FREDERIC HAZIZA : Francis LAFON.
FRANCIS LAFON : Chacun est à sa place, je rebondis sur votre formule, visiblement, la campagne pour le “ oui ” va se conduire à droite de manière plurielle puisque tout le monde est appelé à défendre le “ oui ”. Est-ce que ça ne fait pas trop de monde ? Est-ce qu’il n’y a pas tout de même aux yeux des Français une hiérarchie, une organisation à présenter ? Comment ça va se passer ? On a l’impression que tout le monde veut y aller et que personne ne veut aller au front véritablement.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oh, écoutez, vous le verrez, on va aller tout à fait au front ! Mais, il faut essayer de le faire de manière, comment vous dire, non politicienne, non partisane au sens fort du terme, parce que se retrouveront dans le camp du “ oui ” des gens qui ont des options politiques et philosophiques personnelles différentes. C’est très bien d’ailleurs, il y a un arc-en-ciel politique dans notre pays. Donc…
FRANCIS LAFON : Mais à droite, qui conduira la campagne à droite ? Est-ce que vous pouvez nous dire comment ça va s’organiser tout ça ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Pourquoi réfléchir immédiatement en termes de chef, etc ? Il faut que, soyons clairs alors, il faut que Nicolas SARKOZY, il faut que Jean-Pierre RAFFARIN, il faut que l’ensemble des membres du gouvernement, que l’ensemble des parlementaires, que l’ensemble des élus, etc, qu’on soit tous mobilisés, qu’on aille à la rencontre…
FREDERIC HAZIZA : Tous pour un, un pour tous, c’est ça ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, sur ce sujet, l’objectif, c’est quoi ? C’est de faire comprendre les enjeux aux Françaises et aux Français, de leur expliquer le contenu de la Constitution. Donc, plus il y aura de gens sur le terrain qui vont l’expliquer, ce ne sera pas le bazar, ce sera franchement la nécessité du temps de l’explication. En tout cas, moi, j’ai une feuille de route très précise qui est de faire en sorte que la dimension culturelle dans ce débat soit très présente. Dans cette période où nos concitoyens craignent l’uniformisation, la banalisation, la standardisation, la perte de nos racines, de nos identités, l’affirmation du droit à la diversité culturelle en Europe et dans le monde, c’est une valeur politique absolument essentielle. Une grande culture européenne, c’est une façade authentique et préservée dans chacun de nos pays, c’est, sur le plan du livre, de l’écriture, de la musique, quelque chose qui sonne de manière originale, c’est la gastronomie qui n’est pas McDO, mais qui est le produit original de chaque pays. Cette dimension de la diversité, du parcours, de la découverte, de la communauté des valeurs, c’est quelque chose de très important. Le président de la République m’a demandé d’organiser le 3 mai à Paris un grand rassemblement des artistes, des intellectuels, des architectes, de tous celles et ceux qui contribuent à la fierté culturelle européenne, j’ai l’accord sur ce point de tous mes collègues de l’Union européenne. Je pense que c’est quelque chose de très important. Il y a un lien aussi, il y a une sorte de cohérence entre les positions que nous avons eues en matière de politique étrangère, le rayonnement de notre pays et notre volonté en matière culturelle, c’est ce que je vais essayer de faire prévaloir dans les semaines qui viennent.
FREDERIC HAZIZA : On va revenir à Jacques CHIRAC. On est à l’issue d’une semaine, de sa semaine traditionnelle des vœux, certains ont interprété ses successions de discours comme l’ébauche d’un programme présidentiel. Vous, vous croyez à une nouvelle candidature de Jacques CHIRAC ou pas en 2007 ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, ce n’est pas à moi…
FREDERIC HAZIZA : Est-ce que vous la souhaitez ? Est-ce que vous la souhaitez ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, je l’ai trouvé en très grande forme et j’ai trouvé effectivement qu’on sentait qu’il avait une grande capacité d’avenir devant lui et qu’il n’était pas en train de préparer son bilan, mais qu’il avait le maximum d’énergie pour faire en sorte que toutes les forces françaises aient une grande énergie. Toutes les forces françaises, c’est aussi bien la société civile, les entreprises, les pouvoirs publics, les ministres, etc. C’est sûr qu’on a un président à la manœuvre, avec un Premier ministre également à la manœuvre, donc je trouve qu’il a dégagé beaucoup d’énergie et un grand dynamisme. Donc, par définition, l’énergie, ça veut toujours être employé.
FREDERIC HAZIZA : Notamment en 2007 donc ? CHIRAC, candidat en 2007… ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Frédéric HAZIZA, est-ce que vous pensez un seul instant que c’est moi qui vais dicter au président de la République sa conduite et la décision qu’il prendra le moment venu ?
FREDERIC HAZIZA : Vous avez peut-être un souhait…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je trouve que ce qu’il fait aujourd’hui est utile aux Français, l’énergie qu’il déploie prouve qu’il peut la déployer et la déployer longuement encore et je le lui souhaite.
ERIC MANDONNET : Est-ce que vous diriez – je vais poser la question très simplement – sans vous engager sur ses décisions, qu’il est à cette heure le meilleur candidat de votre camp ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je pense que le bilan de son action et les projets qu’il incarne en font un excellent candidat éventuel. Mais, ce n’est pas à moi d’ouvrir prématurément ce débat, ni ce n’est pas l’heure. Pour le moment, il a été élu, les parlementaires ont été élus pour cinq ans, nous avons un travail à réaliser. Si la France s’engage prématurément dans un débat de campagne présidentielle, alors, les Français se diront : Ces gens-là, ils ne pensent qu’à eux-mêmes. Nous, nous ne pensons pas à nous-mêmes, nous pensons aujourd’hui au travail que nous voulons faire, nous avons pris des engagements, il faudra, le moment venu, savoir qui sera notre champion. Ca, c’est le moment venu, ce sera…
FREDERIC HAZIZA : Pourquoi pas Jacques CHIRAC ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : … Fin 2006, début 2007.
FREDERIC HAZIZA : Pourquoi pas Jacques CHIRAC ? Vous vous dites pourquoi pas Jacques CHIRAC ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Evidemment.
FREDERIC HAZIZA : On va passer d’une élection présidentielle à une autre, en ce moment même ont lieu les élections palestiniennes, Mahmoud ABBAS sera sans nul doute, ce soir, le successeur de Yasser ARAFAT à la tête de l’Autorité palestinienne. Pour vous, c’est une nouvelle ère qui commence au Proche-Orient, l’ère nouvelle de la paix ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, vraiment, je le souhaite. C’est-à-dire que…
FREDERIC HAZIZA : Vous étiez d’ailleurs à Jérusalem il y a quelques semaines.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, j’étais à Jérusalem il y a quelques semaines. J’avais fait un aller-retour pour soutenir, enfin, nous avions organisé avec une association un moment symbolique magnifique qui était un concert à Jérusalem rassemblant Israéliens et Palestiniens, juifs, chrétiens et musulmans, chantant d’une seule et même voix. A la fin, c’était un moment très émouvant. Donc, je souhaite que cette élection permette une nouvelle étape. On ne peut pas laisser faire, on ne peut pas laisser faire cette spirale de haine, de violence, le terrorisme devenir la loi sur place. Je souhaite vraiment qu’il y ait des efforts symétriques et que la communauté internationale s’engage très fortement pour accompagner, enfin, la mise en œuvre d’un processus de paix. Franchement, on a le sentiment, si vous voulez, d’une certaine manière qu’on ne fait pas assez. C’est-à-dire que…
FREDERIC HAZIZA : Qui est cet “ on ” ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : La communauté internationale. Face à ce déferlement, à cette impossibilité de paix, il faut que ce soit la priorité de la communauté internationale. Je souhaite que les prises de position courageuses du Premier ministre israélien avec le retrait de Gaza, il a le courage de…
FREDERIC HAZIZA : Il annonce sa rencontre aujourd’hui même avec Mahmoud ABBAS.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : … De mettre en œuvre la désignation, l’élection d’un nouveau président pour l’Autorité palestinienne, avec tout le travail qui lui incombe d’organisation de son administration, de la société civile et économique de son pays, je souhaite qu’on soit tous, l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, la communauté internationale, fort de la feuille de route que nous avons tous ensemble déterminée, que tout le monde se mette autour d’une table. Vraiment, c’est quelque chose de très important pour que soit mis un terme à ce déferlement de haine, de fureur qui a évidemment des tas de conséquences dans le monde entier.
FREDERIC HAZIZA : Le fait que cette arrivée de Mahmoud ABBAS au pouvoir puisse permettre à un certain nombre d’observateurs, pratiquement à la totalité des observateurs de dire que quelque chose de nouveau est en train de se passer, est-ce qu’en creux, ça ne signifie pas que Yasser ARAFAT était un obstacle pour la paix ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : A chaque période correspond une logique. Il y a eu des logiques d’affrontements, de violence, d’utilisation du terrorisme à des fins politiques, je souhaite qu’enfin, on rentre dans une phase de négociations et de processus de paix. Je crois que si son élection est confirmée, le président de l’Autorité palestinienne a tenu des propos courageux, il faut qu’il y ait une symétrie dans le courage en permanence parce qu’il peut y avoir, de part et d’autre, des forces extrémistes qui n’ont pas intérêt au processus de paix. Donc, j’espère vraiment qu’on entre dans une nouvelle période et à charge pour nous, Européens, et pour la communauté internationale d’en garantir la bonne fin.
FREDERIC HAZIZA : Justement, vous disiez cette semaine dans PARIS-MATCH que la culture pouvait être un instrument de politique étrangère, et là, vous parliez de l’Asie. C’est aussi le cas au Proche-Orient ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bien sûr. Bien sûr. Le respect de chacun, le respect de l’identité de chacun, le respect du pluralisme, c’est une valeur culturelle, c’est une valeur politique. Lorsque le jour des Journées du patrimoine, j’ai sorti des Archives nationales l’Edit de Nantes, texte fondateur sur la liberté religieuse entre, en l’occurrence, la catholique et protestante, qui dit Edit de Nantes, dit révocation de l’Edit de Nantes, dit donc fragilité des constructions politiques. Donc, je crois que, oui, le pluralisme, le respect du droit, le respect de l’autre, de chaque identité, de chaque période, c’est une valeur culturelle, c’est une valeur politique. Quand j’essaye, si vous voulez, de le décliner entre les différentes formes d’expression artistique, entre les époques pour vous dire qu’au fond entre l’architecture contemporaine et la protection de notre patrimoine le plus emblématique, il y a une unité ou une symbiose nécessaire, je sers une cause politique qui est celle aussi de ce pluralisme nécessaire et du droit de chacun au Proche-Orient.
FREDERIC HAZIZA : En ce qui concerne l’Asie, monsieur DONNEDIEU de VABRES, quelles conséquences il faut tirer des aides qui sont arrivées vers les Asiatiques qui ont souffert de cette tragédie ? Est-ce qu’il faut redouter une exploitation politique de l’aide humanitaire, comme certains ont l’air de le dire aujourd’hui ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non. Il faut d’abord qu’elle soit la plus efficace possible, donc la mieux coordonnée possible avec les efforts qui sont déployés par la communauté internationale, par les organisations internationales. Donc, là-dessus, il faut, si vous voulez, qu’il y ait le maximum de coordination. Ces réflexes de générosité tout simplement dans ces périodes où, parfois, on doute au fond, tant il y a de barbarie de la capacité du genre humain à émettre quelque chose de positif, je trouve que cet élan de générosité et de solidarité concrète, c’est vraiment fantastique. Maintenant, il faut que les choses soient bien organisées. Evidemment, ce serait monstrueux de penser qu’il puisse y avoir des exploitations médiatiques et politiciennes, ce n’est franchement pas le sujet. Le sujet, c’est aussi de faire en sorte, si vous voulez, que le développement économique et touristique soit peut-être mieux accompagné, que les dispositifs de prévention soient mis en œuvre. Et puis, il y a parfois des catastrophes naturelles qu’on ne peut pas éviter. Mais je pense que cette solidarité internationale, c’est vraiment quelque chose de très positif.
FREDERIC HAZIZA : Francis LAFON.
FRANCIS LAFON : Vous l’avez évoqué tout à l’heure, le 60ème anniversaire de la libération des camps va être marqué avec beaucoup d’émotion, de solennité. Quel est le message plus universel que vous attendez de ces commémorations de ce souvenir ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Malheureusement, je dois considérer que la barbarie, ce n’est pas quelque chose de désincarné, que la barbarie, ça a frappé le continent européen – les camps, là, quoi, à 2 heures d’avion de Paris ! – et que ce n’est pas quelque chose comme ça, un objet virtuel. J’attends de ces cérémonies une prise de conscience pour la jeunesse de France d’aujourd’hui, la jeunesse européenne, la jeunesse du monde que quelque part, au fond de nous-mêmes, on a le mal absolu et qu’il faut en permanence le combattre. Donc, ça suppose une vigilance très forte, et puis, ça suppose parfois des éléments de droit, de droit, c’est-à-dire la justice internationale ; en 2005, c’est la commémoration de la libération des camps, en 2006, ce sera la commémoration du procès de Nuremberg. Donc, face à cette barbarie, il doit y avoir la justice, le droit tout simplement pour faire en sorte de traquer – et j’utilise à dessein ce terme – toute velléité de recommencer. C’est une prise de conscience que j’attends de ces évènements, de ces commémorations. Bien sûr, la mémoire de ceux qui en ont été les victimes, mais surtout, je pense que le plus bel hommage qu’on puisse leur rendre, c’est de faire en sorte qu’aujourd’hui, les gens soient mobilisés.
FREDERIC HAZIZA : Merci en tout cas, Renaud DONNEDIEU de VABRES, d’avoir été notre invité aujourd’hui. Rendez-vous dimanche prochain avec le Premier secrétaire du PS, François HOLLANDE.
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