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CANAL PLUS: "LA MATINALE" invite RENAUD DONNEDIEU DE VABRES MINISTRE DE LA CULTURE
Posted By admin2011 On 19 octobre 2004 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Je souhaite si vous voulez que tout le monde se mette autour de la table dans un esprit où il n’y a pas de vainqueur et de vaincu. Je crois que cet état d’esprit là et que cette période est maintenant derrière nous. On a à bâtir un système définitif, en tout cas, l’Etat assumera ses responsabilités au début de l’année 2005… VALERIE ASTRUC : Renaud DONNEDIEU-de-VABRES, ministre de la Culture et de la Communication, il a organisé hier une journée du spectacle vivant sans provoquer de fièvre, de poussée de fièvre des intermittents. Donc on va faire le point sur ce dossier et faire aussi le bilan de son voyage en Chine.
BRUCE TOUSSAINT : Bonjour Monsieur le Ministre, bienvenue dans la Matinale, on est ravi de vous accueillir, le carton rouge, vous savez c’est une tradition dans cette interview, le carton rouge vous l’adressez à qui aujourd’hui ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, je l’adresse à Bruno GOLLNISCH pour ses propos infamants sur les camps de concentration – parce qu’il y a des sujets où la mémoire est sacrée et donc je trouve ça indigne. Mais au-delà de l’indignité si vous voulez, je n’arrive pas à comprendre pourquoi vouloir avoir des intentions aussi, j’allais dire misérables.
VALERIE ASTRUC : Alors il y a les propos révisionnistes de Brno GOLLNISCH, il y a aussi les propos limites anti sémites de Alain MENARGUES le directeur de l’Information de RFI. Il dit en autres qu’Israël est un état raciste, qu’est-ce que vous en pensez est-ce que vous condamnez ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Je pense si vous voulez, que les journalistes ont évidemment une liberté d’expression totale, mais aussi un devoir un peu particulier. Parce que c’est eux qui au fond par leurs messages, par leurs expressions, par leurs commentaires forgent l’esprit de nos concitoyens. Je pense que la violence au Proche Orient est évidemment atroce. Que d’une certaine manière l’impuissance de la Communauté internationale est difficilement supportable et pour autant, voilà, il faut avoir un regard juste sur ce qui se passe.
BRUCE TOUSSAINT : Il a démissionné là Alain MENARGUES.
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Il a quitté ses fonctions, il y a quitté ses fonctions, parce que…
BRUCE TOUSSAINT ; Vous l’avez poussé à démissionner, parce que l’on sait que RFI c’est une chaîne qui…
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Non, non je n’exerce pas de tutelle au sens…
BRUCE TOUSSAINT : Le gouvernement je veux dire.
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Non, mais auquel je suis ministre de la Communication, mais ce n’est pas à moi de dicter la conduite personne d’une rédaction ou d’un journaliste ou d’un président de chaîne.
BRUCE TOUSSAINT : Vous pourriez accepter qu’il reste malgré ses propos ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Mais comment vous dire, il y a ce que je pense politiquement, et il y a mon pouvoir juridique. Il faut que vous sachiez la répartition des rôles d’ailleurs qui intervient sur ces sujets, dans le domaine de la télévision par exemple entre le Conseil supérieur de l’audiovisuel et le ministre de la Communication. A chacun son rôle et la déontologie est quelque chose de très important, elle est assurée je pense par les journalistes eux-mêmes.
VALERIE ASTRUC : Alors si nous revenons sur les intermittents, vous aviez donc organisé hier les Entretiens du spectacle vivant, même le journal LIBERATION, réputé pour ne pas être un journal qui aime la droite dit que ces journées, c’était une journée de consensus tel qu’aucun ministre n’ose plus en rêver. Alors comment vous avez fait, est-ce qu’il n’y a plus de problème des intermittents ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Non, d’abord la question traitée si vous voulez était beaucoup plus large que l’assurance chômage qui est évidemment un sujet très important, qui est encore devant nous, qui n’est que partiellement réglé.
VALERIE ASTRUC : Mais les intermittents auraient pu polluer justement votre journée !
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Mais ils étaient là, tout le monde a discuté, il y a eu des moments très vifs. Mais mon objectif, il était très simple, il était que, le monde du théâtre, de la musique, de la danse, du cirque, enfin de toutes les formes de spectacles vivants parle librement, directement de leur métier. Comment on rentre dans le métier, comment on n’y rentre pas. Alors il y a eu des moments où il y a eu des sujets qui ont mis beaucoup d’électricité. Par exemple dans l’espace du cirque FRATELLINI dans lequel on était hier à Saint-Denis, qui est un endroit absolument exceptionnel, qui est vraiment un endroit, qui, en lui-même si vous voulez génère une atmosphère magnifique. Et quand vous prononcez le terme de diplôme, paf le feu prend. Quand il y a des polémiques sur le public pour savoir s’il y a beaucoup de monde, pas assez monde, etc à certains spectacles, paf le feu prend. Quand on parle des grandes institutions à côté des petites troupes qui ont des situations très précaires, bon, il y a des tas de sujets où le débat était posé. Mais je crois qu’effectivement tout le monde avait besoin de se retrouver et je suis heureux que chacun soit venu et qu’il y a eu une forme de grand respect. C’est-à-dire qu’on était à certains moments 800 ou 900 et chacun a pu parler dans un vrai silence. Ce qui n’a pas signifié que pour autant que c’était un rassemblement d’eunuques. Parce que, parce que, il y a encore beaucoup d’électricité dans l’air voilà.
VALERIE ASTRUC : Alors revenons justement à ce problème des intermittents, vous avez mis en place un fonds provisoire de 80 millions d’euros pour indemniser les exclus du nouveau régime. Seulement un million a été utilisé jusqu’ici, est-ce que cela veut dire que finalement il n’y a pas tant d’exclus que ça et que finalement le nouveau régime n’est pas si dramatique que ça ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Non, ce n’est pas aussi simple, permettez-moi de dire les choses de cette manière. Il y avait un certain nombre de gens qui étaient exclus par le dispositif du protocole négocié en 2003. Il n’était pas possible de tout revoir de fond en comble immédiatement, mais il fallait que l’on sorte de la crise. Donc le gouvernement m’a… j’avais une feuille de route très précise qui m’était fixée par le président de la République et par le Premier ministre, donc l’Etat s’est engagé. Donc nous avons mis un fonds provisoire, l’enveloppe n’était qu’estimative, mais il s’agissait de rattraper celles et ceux qui avaient fait leurs 507 heures de travail, non pas en onze mois, mais en douze mois. Je dis ça, parce que je crois qu’il y a un certain nombre de gens qui ne connaissent pas encore la mesure. Donc je dis à tous les intermittents du spectacle, aux artistes et aux techniciens, si vous avez 507 heures en douze mois, eh bien vous pouvez toucher l’indemnisation du chômage.
VALERIE ASTRUC : Ils ne sont pas assez informés, c’est pour ça que le fonds n’est pas assez utilisé.
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Il y a peut-être un problème d’information. L’enveloppe si vous voulez, elle n’était qu’estimative, je l’ai toujours dit et donc on va voir son application. J’ai désigné un expert indépendant pour faire le point sur les chiffres de l’UNEDIC et proposer un système définitif, il me remettra son rapport dans le courant du mois de novembre.
VALERIE ASTRUC : Alors justement ce système définitif, vous voulez le mettre en place fin 2004, est-ce que vous pensez que le MEDEF et la CFDT sont prêts à réviser leur copie ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Ecoutez, de toute façon pour l’année 2005 il y aura le cas échéant, un système provisoire complémentaire que je déciderai, si jamais les partenaires sociaux ne décidaient pas immédiatement de renégocier.
VALERIE ASTRUC : Mais vous êtes optimiste, vous pensez que les partenaires sociaux vont réviser leur copie ou pas ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Je souhaite si vous voulez que tout le monde se mette autour de la table dans un esprit où il n’y a pas de vainqueur et de vaincu. Je crois que cet état d’esprit là et que cette période est maintenant derrière nous. On a à bâtir un système définitif, en tout cas, l’Etat assumera ses responsabilités au début de l’année 2005, en d’autres termes, cela veut dire concrètement, s’il n’y a pas de système définitif établi et négocié à ce moment là, eh bien, je prolongerai de manière revisitée, parce que cela ne sera pas le même fonds provisoire un dispositif d’état. J’espère qu’on y arrivera parce que…
VALERIE ASTRUC : De toute façon, Renaud DONNEDIEU-de-VABRES, quoi qu’il en soit, est-ce que de toute façon l’Etat et les collectivités locales, de toute façon financeront, mettront un petit peu la main à la poche pour financer ce régime d’assurance-chômage… ?
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Il y a deux aspects différents, il y a le soutien financier à l’assurance chômage, mais moi ce qui m’intéresse, c’est le soutien de l’activité culturelle. Donc je souhaite que de toute façon que l’Etat, ce qu’il fait aujourd’hui, les collectivités territoriales ce qu’elles font déjà aujourd’hui, ne soyons pas injustes, mais on peut tous faire davantage pour soutenir l’emploi culturel. Et donc on en déterminera les conditions là aussi autour d’une table.
BRUCE TOUSSAINT : Alors je voudrais que l’on parle du voyage présidentiel en Chine, vous avez participé à ce voyage, on sait que la moisson de contrats a été un petit peu moins bonne que prévu, sur le plan culturel est-ce que…
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Attendez, d’abord sur les contrats, l’esprit même des Chinois c’est la gestion du temps. Donc ne considérez pas que les résultats en terme de contrats économiques…
BRUCE TOUSSAINT : Enfin il y a des patrons qui ont dit qu’ils étaient déçus quand même !
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Ils ont le droit de dire ce qu’ils veulent. Moi je leur dis, soyez un tout petit peu patients, vous verrez d’ici quelques semaines ou d’ici quelques mois, finalement ce qu’il en sera advenu. En ce qui concerne l’aspect culturel, cela a été un moment extraordinaire, parce que…non, non franchement, je pense que cela peut nous remplir de fierté. C’est-à-dire que l’ensemble des artistes qui ont été présentés là-bas et qui tout au long de l’année, de la France en Chine vont se présenter ont un rayonnement exceptionnel. Et je souhaite que nos concitoyens soient tout simplement fiers de l’image que donne leur pays. Et je pense d’ailleurs, et je l’ai dit souvent, mais que la culture ce n’est pas la cerise sur le gâteau. Je ne suis pas le ministre des vieilles pierres et de troubadour, même si j’ai beaucoup d’affection pour les vieilles pierres et les troubadours. Je souhaite que nos concitoyens mesurent à quel point dans le monde d’aujourd’hui on a le sentiment qu’on nous pique tout, à quel point le rayonnement culturel est une arme d’influence et d’activité.
VALERIE ASTRUC : Alors à propos de rayonnement culturel, avant la Chine, Jacques CHIRAC est allé au Vietnam et il a accusé les Etats-Unis d’imposer au monde une sous-culture, qu’est-ce que vous en pensez, est-ce que vous le rejoignez sur ce terrain là, parce qu’une sous-culture, c’est quand même un peu exagéré.
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Je pense si vous voulez, qu’il a voulu dire et affirmer la nécessité de la force et de la diversité de la culture de chacun dans le monde et c’est pour ça qu’il m’a demandé de rester un peu plus longtemps que lui en Chine. Et j’ai été à une réunion internationale sur la diversité culturelle. Cela veut dire qu’aujourd’hui il faut dire…
VALERIE ASTRUC : Non, mais est-ce que les Etats-Unis nous menacent effectivement de nous imposer une sous-culture ou non ? Il ne faut pas exagérer !
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Eh bien chacun a forcément une vision un peu hégémonique de son rayonnement. Mais il y a un sujet très important, c’est le droit à chaque pays de défendre ses racines, son identité et sa politique culturelle. C’est un débat très compliqué en ce moment, parce que c’est le débat qui oppose l’UNESCO et l’OMC. Cela veut que pour les gens, ils se disent, qu’est-ce que cela veut dire tout ça ? C’est du jargon de technocrates, cela veut dire que nous considérons que les échanges culturels sont une nécessité, mais que ce ne sont pas des biens comme les autres et qu’il faut avoir le souci de protéger les plus petits et l’identité de chacun. Dans le monde d’aujourd’hui, dans la violence internationale actuelle, ce n’est pas uniquement la défense des artistes, même si c’est très nécessaire, c’est la défense de la paix, c’est beaucoup plus important que ça.
BRUCE TOUSSAINT : Alors on est au terme de cette interview, je voudrais vous demander un mot sur les otages français qui sont actuellement détenus en Irak, c’est le 61ème jour pour Christian CHESNOT et Gorges MALBRUNOT et leur chauffeur syrien. Le mot qui revient le plus dans les déclarations du gouvernement, c’est la discrétion…
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Ecoutez oui !
BRUCE TOUSSAINT : Mais plus concrètement, est-ce qu’aujourd’hui vous avez par exemple des preuves qu’ils sont encore en vie, voilà effectivement c’est la question qui est peut-être la plus importante aujourd’hui.
RENAUD DONNEDIEU-DE-VABRES : Je n’ai aucun élément de plus que ce qu’a annoncé le Premier ministre la semaine dernière. En d’autres termes, que le contact avec les ravisseurs, de manière indirecte avait pu être rétabli, voilà. Et donc tant qu’ils ne seront pas dans les bras d’autorités françaises, la prudence du Gouvernement sera totale.
BRUCE TOUSSAINT : Merci beaucoup Monsieur le Ministre, merci d’avoir participé à la Matinale.
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