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Remise des Insignes de Chevalier de l'Ordre National du Mérite à Madame Michèle Reiser
Posted By admin2011 On 30 septembre 2004 @ 14:24 In Discours 2004 | No Comments
Chère Michèle Reiser,
La passion qui vous anime est sans doute, d’abord, celle de la philosophie, car vous êtes
philosophe de formation.
Non pas celle que vous avez apprise au lycée, puis à l’université, celle qui confronte nos
conceptions et nos visions du monde, nos regards sur le monde, nos images du monde.
Et votre passion essentielle, celle qui traverse, me semble-t-il, toute votre vie et toute votre
oeuvre, c’est cette passion du monde, du monde qui nous entoure, du monde où nous
vivons. Un monde que l’ensemble de votre oeuvre nous permet de mieux connaître, grâce à
votre regard.
Un monde que vous appréhendez d’abord par les livres pour la jeunesse. Dès 1975, vous
créez une série d’émissions littéraires hebdomadaires pour les jeunes, Des Livres pour nous,
que vous présentez et produisez pendant huit ans, tout en tenant une chronique littéraire
dans Le Monde de l’éducation.
Dès 1978, vous signez vos premières réalisations, et c’est en le filmant au Festival de la
bande dessinée d’Angoulême, en 1980, que vous rencontrez Reiser. Trop tôt disparu, le 5
novembre 1983, à l’âge de quarante-deux ans, il fut l’un des créateurs les plus incisifs de
toute une génération, celui qui a décomplexé le dessin au plus haut point, en portant sur son
époque, la nôtre, un regard sans concession. C’était un homme « aux semelles de vent »,
animé dans son art de visions, dont l’exposition qui lui a été consacrée l’an dernier au Centre
Georges Pompidou nous a rappelé toute la force.
Aujourd’hui, en continuant de porter son nom, vous perpétuez sa mémoire. C’est à lui
notamment que vous consacrez votre premier portrait, diffusé sur Antenne 2 en 1985.
Puis il y a la passion de la Chine, où vous tournez, la même année, un film sur un spectacle
créé par Marcel Maréchal à Shanghaï. La Chine, où vous tournez, trois mois après les
évènements de Tian an men, en 1989, Les Amoureux de Shanghaï, un documentaire de 52
minutes sur l’amour en Chine, diffusé sur Antenne 2 le 7 mai 1990 et qui a un énorme
retentissement.
En 1993 vous tournez en quelque sorte le « négatif » de l’amour chinois, L’Amour au Brésil,
un documentaire de 52 minutes réalisé pour Canal + et diffusé l’été de cette année là.
Vous retrouvez Eros et Thanatos en signant, en 1998, pour France 2, Premiers émois,
documentaire de 52 minutes sur les enfants de sept-huit ans qui connaît un immense
succès. Début 2004, vous avez l’idée de revenir sur la vie des enfants interviewés dans
Premiers émois, qui ont donc cinq ans de plus : Vis ta vie, ou les parents ça sert à rien, porte
un regard bienveillant sur les adolescents d’aujourd’hui, leurs rêves et leurs soucis. Diffusé
sur France 5 en avril 2004, il connaît aussi un grand succès.
Cette réflexion sur l’enfance, au coeur d’une actualité parfois douloureuse et cruelle, vous la
prolongez aujourd’hui en commençant le tournage d’un film sur l’enfance et les mensonges
infantiles, pour France 5, La Vérité sort de la bouche des enfants.
Cette même passion du monde vous conduit à explorer les rapports de l’âme et du corps,
dans plusieurs films qui explorent ces « maladies du siècle » : La Maladie d’Alzheimer, qui
obtient de nombreuses distinctions ; la schizophrénie, avec cet époustouflant portrait d’un
psychotique qui vous vaut plusieurs prix, Un Homme sous haute surveillance ; les
Epilepsies, primé au Festival du film médical de Deauville.
Sans doute votre passion pour la musique s’inscrit-elle dans le prolongement de cette
exploration des méandres et de la construction de l’âme humaine. Vous avez signé, en
particulier pour France 3, la réalisation de plusieurs opéras.
Votre passion, c’est aussi de nous donner à voir et à partager la passion des autres. Parce
que vous avez vous-même la passion de la chose publique, du Politique avec un grand P,
des valeurs de la République, vous avez voulu faire partager cette passion, dans plusieurs
de vos films, qui esquissent une réhabilitation du Politique que je crois particulièrement
nécessaire aujourd’hui.
Cette réhabilitation n’est pas désincarnée. Au contraire, vous l’avez entreprise, selon votre
méthode, en nous donnant des portraits d’hommes qui partagent cette passion.
L’homme politique, l’élu local que je suis est particulièrement sensible à votre souci de
témoigner de la réalité du travail de terrain des responsables politiques. Les maires que vous
avez suivis pendant plusieurs mois, en vous immergeant dans le quotidien de trois villes, très
différentes certes par leurs parcours, leurs personnalités et les défis qu’ils ont à relever avec
leurs équipes, au service de leurs populations, mais qui partagent tous une même passion
du service de la République. Une République de proximité dont vous nous montrez le travail
quotidien.
C’est d’abord Alain Juppé, que vous filmez entre mai 1995 et avril 1996 pour la campagne
électorale à Bordeaux. Son portrait est diffusé le 25 mai 1996 sur France 3. Cette première
expérience débouche sur l’élaboration d’une nouvelle collection pour France 5, « un maire,
une ville ».
Vous commencez par Le Maire de Bordeaux (diffusé sur France 5 en novembre 2002) que
vous présentez cette fois-ci dans ses fonctions d’élu municipal.
En 2003, vous faites le portrait de Jean-Claude Gaudin, Le Maire de Marseille, diffusé en
octobre 2003 sur France 5. Avec Le Maire de Montceau-les-Mines (diffusé en juin 2004 sur
France 5), vous explorez le destin d’une ville moyenne, qui cherche à trouver une nouvelle
identité.
Votre passion de la cité rejoint votre passion de la philosophie. Et je sais que vous avez
d’autres projets notamment pour Arte sur l’histoire du féminisme. Ici, toutes vos passions se
rejoignent en une même passion du bien commun qui nous rassemble tous et qui me vaut le
plaisir et l’honneur de vous distinguer aujourd’hui.
Michèle Reiser, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons chevalier dans l’ordre national du Mérite.
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