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L'Europe, de la Méditerranée à l'Oural?
Posted By admin2011 On 25 janvier 2003 @ 00:00 In Journal 2002-2004 | No Comments
On peut toujours dans la vie politique se rassurer à bon compte. Imaginer que nos concitoyens marchent au même rythme que les élites dirigeantes. Eh bien, ce nest pas vrai! Parfois dailleurs ils les précèdent ou les surprennent. En témoigne la facilité assez déconcertante avec laquelle leuro est entré dans la vie quotidienne de chaque Français… On peut toujours dans la vie politique se rassurer à bon compte. Imaginer que nos concitoyens marchent au même rythme que les élites dirigeantes. Eh bien, ce nest pas vrai! Parfois dailleurs ils les précèdent ou les surprennent. En témoigne la facilité assez déconcertante avec laquelle leuro est entré dans la vie quotidienne de chaque Français.
Si lon veut faire adhérer à notre projet européen, alors oui, il faut vraiment aller de lavant. A la rencontre. Au contact. Sans esquive. Avec lucidité, panache, réalisme. Sans méconnaître les craintes, les nostalgies, les références historiques, les fantasmes qui parfois semparent dun peuple et le détournent des voies quon croyait lui tracer de manière lumineuse, «naturelle».
Lélargissement de lEurope est une chance, une victoire, une responsabilité. Cest une étape quil faut activement préparer pour quelle soit saluée comme une réussite par nos concitoyens. En France, ce nest pas encore le cas, doù lutilité du grand discours européen de Dominique de Villepin, qui a su à Marseille avec un talent très rare, relier les racines spirituelles, les cicatrices du passé avec les objectifs des générations nouvelles pour lesquelles la liberté compte plus que lhistoire.
Noublions pas dailleurs de mettre en lumière les efforts considérables faits par les gouvernements et les citoyens des 10 pays qui vont rejoindre lUnion Européenne pour «mériter» leur adhésion et se rapprocher de nos normes. Cette communication est impérative pour illustrer quil sagit bien dune réunion de famille.
Ne faisons pas semblant doublier que souvre un débat délicat quil faut assumer, celui du périmètre de lUnion européenne. Faire limpasse sur les questions qui parcourent lesprit des peuples en ce moment, cest la certitude de léchec au moment décisif de la ratification. Cest là que nous devons analyser avec finesse et discernement la nature des liens que forge et que consacre lEurope.
La valeur européenne suprême est le respect du pluralisme, de la diversité, le culte de la liberté, le refus de luniformité et de lidéologie qui brisent les racines, les cultures, les traditions, les terroirs, les croyances.
Ce qui réunit les peuples européens de manière relativement instinctive est une même volonté, une même manière de vie en commun, où les principes de la démocratie, des droits de lhomme, de la liberté absolue de conscience et de création sont reconnus comme inaliénables et sacrés.
(au sens spirituel et non religieux du terme)! Il semble à cet égard urgent de rappeler à chacun fortement que la religion doit rester le privilège de la personne humaine, libre de sa foi, de ses croyances, sans devenir une nouvelle nationalité, une bannière politique détournée de sa mission spirituelle à des fins de frontière, de guerre, de conquête, de terrorisme, de fanatisme, dintégrisme. Il y va de la paix civile et internationale. La laïcité redevient, lorsquelle nest pas conçue comme la négation agressive de toute religion, une valeur européenne fondamentale qui peut être célébrée dans nos églises, nos temples, nos synagogues, nos mosquées, sous les voûtes célestes romanes, gothiques ou contemporaines, dans nos écoles et nos mairies.
LEurope est une construction politique, rassemblant les hommes et les femmes qui décident de créer ensemble leur avenir personnel et politique. Cest le fruit dune décision. Cest le résultat dun acte volontaire. Cest laboutissement dune démarche réfléchie.
La seule limite à lEurope tient à la volonté politique des peuples qui la constituent.
Qui devons-nous accueillir? Qui souhaitons-nous associer? Comment souvrir sans exclure, tout en restant fidèle à ce que nous sommes? Ces interrogations façonnent la conception même de lunion européenne. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la caricature à lexcès et désigner par trop danticipation la candidature de tel ou tel Etat comme le bouc émissaire absolu, comme le signal du renoncement à construire une Europe démocratique forte.
Une vraie question appelle une réponse non polémique mais claire et comportant le cas échéant des alternatives.
Si lEurope réintroduisait dans ses critères de décision le concept religieux, alors le pire serait à craindre dans chaque Etat qui veut ardemment réussir lintégration de chaque citoyen quelle que soit son origine.
Evitons de grâce les errements graves qui de dérapages verbaux en glissement de pensée conduisent parfois à parler sur les ondes des «Français dorigine musulmane», comme si la religion pouvait sidentifier au concept exclusif de nation, de terre, de patrie.
Les termes du choix viennent dêtre puissamment éclairés par le discours «méditerranéen» de Dominique de Villepin qui trace les pistes de lavenir en distinguant les «membres», les «partenaires», les «associés», en ayant pris le soin intelligent et stratégique de tenir ce discours sur la rive nord de lEurope méditerranéenne, dans ce port fascinant quest Marseille.
Oui, en effet, se pose la question du renforcement des liens politiques, économiques, sociaux, culturels, diplomatiques et militaires entre les pays du bassin méditerranéen auquel nous appartenons! Comment ne pas souhaiter que le Maroc, la Tunisie, lAlgérie et demain dautres Etats, dès que le règlement du conflit israélo-palestinien le permettra, puissent sengager dans le processus avec lUnion européenne ayant comme devise « moins que ladhésion et plus que lassociation ».
LEurope, de la Méditerranée à lOural! Cest un bel objectif.
Alors, veillons à ce que la «question turque» qui surgit légitimement avec force dans le débat européen naccapare pas à elle seule lopinion publique. Veillons à ce quelle ne nous éloigne pas des solidarités que nous devons renforcer de façon prioritaire avec lensemble du Sud de la Méditerranée.
Nul doute quune manière de résoudre cette équation réside dans le fait que les institutions européennes rénovées soient non seulement fortes et démocratiques mais également souples pour que dutiles coopérations renforcées au sein de lunion européenne puissent se nouer, sans pour autant ressusciter un sentiment nostalgique de «vieille Europe»!
Pour susciter la confiance et ladhésion à notre projet européen, le dialogue en direct établi avec le peuple français par le Président de la République, le Premier Ministre et son Gouvernement, est nécessaire.
A eux, à nous tous, de donner une identité claire, des pouvoirs forts à la nouvelle Europe que nous voulons construire. Au peuple ou à ses représentants, le moment venu, de trancher souverainement ce débat qui ne fait que commencer.
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