DISCOURS de la Rue de Valois
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Documents de campagne


Renaud Donnedieu de Vabres

Ancien Ministre, Conseiller municipal de Tours

 

Islam

28 juillet 2005
Enregistré dans : Laïcité, Société — RDDV @ 12:00 pm --- Imprimer ce Post

Deuxième religion de France avec près de 4 millions de croyants, l’Islam est aujourd’hui confronté au défi de la modernité.
Jadis source de progrès scientifique (les mathématiques modernes) et culturel (avec des personnalités telles qu’Averohes), l’Islam doit aujourd’hui s’adapter à son siècle, à des sociétés différentes et combattre sans réserve sa ” maladie infantile ” : l’islamisme intégriste. En France, il faut autonomiser l’islam en développant un véritable ” Islam de France ” compatible avec la République. En d’autres termes, cela signifie que l’Etat doit avoir des représentants musulmans clairement identifiés et qui proclament leur attachement à la France et à la République. Il faut notamment que les imams soient formés en France, connus, et prêchent en Français.

Par ailleurs, il faut également aménager les lieux de culte pour que les musulmans de France puissent pratiquer leur foi dans des conditions dignes.

Ainsi, pour contribuer au ” vouloir vivre en ensemble ” en toute harmonie, nous devons avoir pour grande ambition pour l’islam et la République de construire un Islam républicain, français et moderne (notamment sur la question des femmes) tout en luttant avec la plus grande détermination contre l’intégrisme meurtrier.

Laïcité et religion
 
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Droit de vote

18 mars 2004
Enregistré dans : Laïcité, Société — RDDV @ 2:27 am --- Imprimer ce Post

Le système médiatique des démocraties occidentales s’apparente à une vaste chaudière ayant tendance à s’emballer et à ne jamais étouffer, dans laquelle il est facile de jeter un « fagot ».

Le feu prend immédiatement. Nous le constatons sans pouvoir l’arrêter. La porte reste ouverte. Un autre « fagot » se présente. L’histoire se répète. Inlassablement, jusqu’à l’explosion finale… Ce scénario est en passe de devenir notre actualité quotidienne. Les combustibles prennent des allures variées, puisqu’il peut s’agir aussi bien d’un acte terroriste, d’une rumeur, d’une exécution politique, d’une performance, d’une barbarie, d’un exemple, d’un outrage, d’un hommage éphémère, d’un règlement de compte définitif.

Nous subissons. Nous tentons de prévenir. Nous ne pensons pas assez à guérir ce qui devrait l’être par urgence et par priorité.

Bref, nous, nos valeurs, notre liberté, nos privilèges démocratiques, notre éthique sont en libre service… À la disposition de chacun. Nos moyens d’information, essentiels à la vraie liberté politique sont aussi offerts, comme peut l’être un être humain sur un panneau de publicité.

Nous donnons ainsi toutes les armes à nos principaux ennemis, hostiles à nos valeurs, à notre idéal, à notre culture, à notre civilisation.

Le cercle parfaitement vicieux et infernal qui se met ainsi en marche conduit à une contradiction fondamentale : les apôtres du droit à la critique, du respect de l’autre, du pluralisme, de la liberté de chacun à avoir et à être que chaque démocrate se revendique d’incarner devraient, au nom de la légitime défense, renoncer. Devraient devenir censeurs, contre-terroristes, vigies, sentinelles, tireurs d’élite.

Pour que la guerre à laquelle nous assistons médusés, pétrifiés voire même complices, puisse au moins être menée à armes égales. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où nous sommes K.O debout, cognés par des agressions de plus en plus radicales et fortes qui s’apparentent à des vagues perpétuelles de mer et de galets comme au moment des tempêtes au pied des falaises d’Etretat où les rouleaux sont particulièrement puissants.

Dans ce contexte très dangereux et même explosif, nous ne devons surtout pas renoncer à l’expression de nos valeurs, à l’affirmation de nos principes et de nos maximes. La vraie victoire des terroristes, des liberticides, des oppresseurs, des tyrans serait de leur ressembler.

Mais pour ne pas être noyés et broyés, nous devons savoir leur résister, ce qui suppose le rassemblement et l’unité. La hiérarchie dans les priorités. La vigilance dans l’action. L’audace dans la proposition. L’abstention de toute critique ou polémique purement politicienne. La vérité intégrale et sans fard dans la conduite de la lutte. La participation de chacun à cette grande cause nationale qui conditionne notre survie.

Paradoxalement, la conduite de cette guerre suppose encore plus de démocratie, de foi humaniste et de force d’esprit. Nous devons rester des phares qui émettent, dont le faisceau lumineux porte loin. Il n’est pas choquant de parler de « croisade » pacifique et ciblée pour la liberté et pour les droits de l’homme. Ce qui suppose pour être efficace le respect absolu du droit. Qu’on ne caricature pas notre démarche : ce n’est pas une guerre de religion que nous livrons, une renaissance des affrontements des chrétiens contre les musulmans que nous souhaitons voir s’enclencher.

C’est plus simplement la volonté de priver nos adversaires intégristes et fondamentalistes de la capacité de nous anéantir, en restant un modèle politique original et exemplaire.

La lutte contre l’obscurantisme, la barbarie et le terrorisme passe par notre engagement personnel. Première étape : dimanche ! Dans le respect des convictions de chacun, aux urnes citoyens !

Le suffrage universel est un privilège qu’il faut savoir défendre en le pratiquant. Les enfants gâtés que nous sommes risquent de ne plus l’être longtemps s’ils ne prennent pas rapidement conscience que le sursaut est urgent et nécessaire.

Ce n’est pas une manœuvre bassement électoraliste de l’affirmer. C’est une exigence éthique.

Démocratie
 
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« Un juge juif », « un préfet musulman », « un ambassadeur chrétien » : NON à ces appellations !

21 novembre 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:29 pm --- Imprimer ce Post

Avec parfois de très bonnes intentions, avec parfois d’inacceptables arrière-pensées, de vraies erreurs politiques sont commises.

Combien de fois pour être entendu faudra-t-il rappeler que la religion n’est pas une origine nationale, que la liberté de conscience ou de croyance appartient au domaine privé de la personne humaine ; qu’il est donc interdit, contraire aux principes fondamentaux de notre droit et de la République française de promouvoir ou de discriminer quiconque en raison de la religion ; qu’est par contre garantie à chacun la libre pratique religieuse.
Comment ne pas être révolté et choqué lorsque l’on voit apparaître une «demande de récusation d’un juge juif » ?

À quelle époque sommes-nous retombés ? Aux pires heures de la seconde guerre mondiale ?

Que dans la France d’aujourd’hui puisse exister une requête en récusation présentée par un justiciable tunisien musulman contre un magistrat du tribunal correctionnel de Paris, au motif que ce magistrat aurait été de religion juive et donc, selon le justiciable, partial à son égard, est monstrueux.

Le Garde des Sceaux a eu mille fois raison de déclencher des poursuites pour outrage à magistrat contre l’auteur de la requête.

La France ne doit tolérer aucune dérive à caractère raciste. Antisémite. Xénophobe.

***

Avec l’objectif louable de l’intégration concrètement réussie, une grande confusion est en train de s’installer dans nos esprits.

Veiller à la reconnaissance de tous les talents, à la promotion des meilleurs en veillant à ce que chacun ait sa chance, quelles que soient la couleur de sa peau, l’origine nationale de ses ancêtres, la religion pratiquée ou son absence revendiquée, est un bel objectif politique. Prioritaire et urgent.

Afficher le souci de nommer en fonction de critères religieux est une erreur lourde. C’est d’ailleurs illégal. Contraire aux valeurs françaises.

Ce n’est pas la même chose de souhaiter que de jeunes hauts fonctionnaires français soient issus de familles du sud de la Méditerranée et d’indiquer que la sélection s’opérera sur le choix d’une religion.

Le Ministre de l’Intérieur a raison de veiller à l’aspect symbolique des nominations qu’il propose. A leur équilibre et à leur équité.

En revanche, il prend le risque de troubler lorsqu’il indique à Blois il y a quelques jours : « je suis gêné qu’il n’y ait pas un seul préfet de la République musulman autant d’années après la décolonisation. Je vais m’employer à en nommer ».

Qu’il n’y ait pas de méprise fâcheuse ! Ce qui est critiquable c’est d’accoler une «étiquette» religieuse pour justifier une nomination, nullement de veiller à la reconnaissance des talents des Français issus de l’immigration.

La sélection pour entrer dans la fonction publique suppose une double « qualité » : être français, être jugé apte par un concours où les égalités des chances sont assurées. Rien de plus, rien de moins.

Etre juif, chrétien, musulman est un engagement. C’est le privilège de l’individu de croire ou de ne pas croire. C’est une belle liberté.

Dans notre République, cela ne peut devenir un critère, ne serait-ce que parce qu’il est illégal de faire figurer dans un questionnaire d’identité et de candidature une telle interrogation. Au même titre que les opinions politiques.

Le respect de la laïcité, le rappel par la loi de ses principes notamment à l’école publique où elle est malheureusement trop souvent battue en brèche, sont d’ardentes obligations, de vraies priorités.

***

Halte au feu !

Chacun sent confusément les risques d’affrontement que les dérives, quotidiennement constatées, laissent entrevoir.

La gauche ne devrait pas caricaturer sur ces questions la droite républicaine. C’est aussi indigne que honteux.

Les démocrates devraient sur cet enjeu républicain essentiel aller unis au combat. Il est plus que temps, si l’on veut éviter une remise en cause radicale de l’esprit même de notre pays et de ses valeurs.

***

Vouloir rétablir l’égalité entre tous les Français quelle que soit leur origine sociale est à l’honneur du Président Chirac, du Premier Ministre et de chacun des Ministres.

Force est de constater que l’ascenseur social ne fonctionne pas suffisamment pour tous, mais plus encore pour ces jeunes souvent très prometteurs qui vivent dans des quartiers défavorisés, et qui ne peuvent accéder comme ils le souhaiteraient aux écoles et aux universités qui forment nos élites dans des domaines scientifiques, économiques et administratifs.

C’est vers eux que doit porter notre action non parce qu’ils sont le plus souvent issus de l’immigration, mais parce qu’ils ne disposent pas des mêmes chances au départ que d’autres étudiants et qu’il est de notre devoir de les aider à suivre le “bon” cursus, la filière appropriée pour pouvoir effectivement devenir préfet, magistrat, diplomate etc…

Ils ont les talents de notre élite républicaine, mais trop souvent la porte leur est injustement fermée. C’est leur mérite et non leur origine qui sera leur vrai titre de noblesse, mais, encore faut-il pour que ce soit vrai que les portes s’ouvrent réellement. L’initiative prise par Sciences-Po est à cet égard exemplaire.

Promouvoir des exemples de réussite, en veillant attentivement à leur diversité et à leur représentativité de l’ensemble de la population française figure parmi les objectifs évidents de la majorité présidentielle.

Savoir épingler, choisir, mettre en lumière, celles et ceux qui sont de nouveaux Français, qui plus que les autres souffrent d’exclusion, de manque de reconnaissance, de mépris est une obligation vitale, pour enrayer les humiliations, les frustrations qui débouchent sur la haine et la violence.

Mais n’employons pas le terme de discrimination positive, qui dénature nos intentions et peut les faire apparaître partiales, communautaristes, donc contestables, alors que notre volonté est sincère.

Tout concept comprenant le terme de discrimination heurte, crée des fronts du refus alors que l’objectif est de réunir dans une même dynamique nationale.

Bannissons de notre langage politique épithètes et références qui apparaissent en rupture avec le principe d’égalité absolue qui doit prévaloir entre tous les citoyens.

« Toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune » dit la déclaration des Droits de l’Homme.

C’est au nom de cette belle maxime que les meilleurs doivent être choisis, promus, encouragés, récompensés.

Sans distinction d’origine, de race, de religion.

Ainsi sera véritablement et durablement reconnue la valeur de nombreux Français légitimement impatients de l’être. Et souvent prompts à ressentir leur origine comme une injustice.

 
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Sommes-nous entrés en guerre de religions ?

4 novembre 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:30 pm --- Imprimer ce Post

Il est certes « interdit » de constater l’ irruption du fait religieux dans la fureur du monde et dans la violence urbaine !

Et pourtant jamais l’actualité n’a répandu autant de braises brûlantes et crépitantes s’agissant d’un dialogue entre les religions qui tourne en de nombreux lieux à l’affrontement.

Les propos publics s’enchaînent à une vitesse qui donne le tournis. Venant parfois d’interlocuteurs réputés pour leur sagesse et leur humanisme. Émanant également des spécialistes de la provocation et des propagateurs de haine. La place de la religion dans la cité est partout au cœur des débats.

La spécificité de l’islam fait l’objet de multiples analyses, pour diagnostiquer les symptômes d’une hypothétique guerre entre chrétiens et musulmans, ou plus radicalement pour expertiser sa compatibilité avec la démocratie politique occidentale.

La mondialisation de l’information alliée aux chocs quotidiens des cultures et des traditions à l’intérieur même de nos immeubles aboutit à ce que chacun se sent défié, dans sa liberté de conscience ou plus largement dans le respect de son identité et de ses racines.

Le pluralisme est parfois vécu comme une menace, comme un risque pour soi-même de disparition ou de perte d’influence, voire ce qui est pire, d’identité. La tolérance est même perçue par certains comme une lâcheté.

Il faut reconnaître que “ça cogne” avec des propos d’une crudité et d’une cruauté rarement égalées qui font des paroles de paix heureusement professées en réponse des voeux pieux qui apparaissent décalés de la réalité « chaude »…

Ainsi, au hasard de l’actualité récente, le florilège est particulièrement « éloquent »:

. En réponse au Sous-secrétaire adjoint au Pentagone, le Général William Boykin , assimilant la guerre contre le terrorisme à une lutte de la chrétienté contre l’islam, le Président Bush a été obligé le 28 octobre dernier de déclarer « notre guerre n’est pas contre la foi musulmane » ajoutant « les Musulmans sont les bienvenus dans notre pays ».

. Chahdortt Djavan, Iranienne et écrivain de 35 ans, militante virulente contre le port du voile, explique dans « Bas les Voiles » qu’il s’agit d’un « stigmate, étoile jaune de la condition féminine », un instrument au service des intégristes. «C’est des droits de l’homme qu’il s’agit, pas de laïcité. Le voile des mineures est une maltraitance, comme l’excision ».

. Claude Imbert , le fondateur du «Point», une personnalité particulièrement rayonnante de lucidité et d’intelligence, se déclare « islamophobe ». Simple provocation, contre-terrorisme intellectuel délibéré, qu’importe… Les mots et les paroles sont là :

« Nous avons le droit de combattre le racisme, d’accepter une pratique paisible de l’Islam. Et j’ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays à penser que l’islam - je dis bien l’Islam, je ne parle même pas des islamistes - en tant que religion apporte une débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme, et en plus un souci de supplanter la loi des Etats par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe. »

« L’Islam en tant que religion n’est pas ma tasse de thé. L’Islam depuis le XIIIe siècle s’est calcifié et a jeté sur l’ensemble des peuples une sorte de camisole, une sorte de carcan. S’il avait d’une certaine façon donné de la dignité à des peuples de misère, l’islam a également prolongé, à beaucoup d’égards, leur misère en freinant leur développement et notamment la modernité. »

« L’Islam me paraît être une sorte de contradiction permanente à la modernité. »

. Lors du 80e anniversaire de la fondation de la République par Mustafa Kemal Ataturk sur les ruines de l’Empire Ottoman, le Président de la République turque, Ahmet Necdet Sezer, n’a pas invité les épouses des députés de la majorité (AKP) issus d’un mouvement islamiste, par crainte de les voir se présenter à la réception voilée. Les députés de l’opposition pro-laïque ont été eux invités avec leur femme…

. Depuis Rome, le Président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, a formulé le voeu qu’il soit fait état de l’islam si les racines judéo-chrétiennes sont mentionnées dans la future constitution européenne:

« Ne parler que de racines judéo-chrétiennes de l’Europe, qui compte 17 millions de musulmans en Europe occidentale, me semblerait un peu injuste.» « Si on tient à cette définition judéo-chrétienne, à ce moment-là, associons l’Islam pour le moins ». « Par souci d’objectivité, et pour simplement ne pas créer de surenchère, je dirais de parler des références spirituelles ».

. Tandis que le Conseil français du culte musulman, en réponse au Conseil de discipline du lycée Henri-Vallon d’Aubervilliers, ayant exclu Lila et Alma, déclare que « le port du foulard est une prescription religieuse », le nouveau prix Nobel de la paix, l’iranienne Shirin Abadi, juriste et militante des droits de l’homme, estime à juste titre :

« Contrairement à ce que l’on pense souvent en Occident, l’Islam n’est pas plus incompatible avec la démocratie que les autres grandes religions. Le problème ne vient pas de l’islam lui-même mais de l’interprétation qui en est faite par des sociétés rigoristes et patriarcales. C’est le même problème pour les femmes. Leur liberté passe avant tout par une meilleure connaissance de leurs droits et de leur religion car l’Islam n’est pas plus contre les femmes que contre la démocratie. »

À propos de l’interdiction du voile à l’école à Aubervilliers, son propos est moins acceptable :

« Je ne comprends pas cette position. L’école est un espace de liberté qu’il faut protéger de tout les prosélytismes. Mais là, ce n’était pas le cas. On dit pouvoir être libre de se promener avec un chapeau ou tête nue si on le veut ».

. Organisé et financé par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, le Forum Social Européen recevra le « témoignage » du professeur d’islamologie de l’université de Genève, Tarik Ramadan, ce qui suscite une légitime « bronca » vue la nature des propos qu’il a tenus récemment, mettant en cause « des intellectuels  juifs français »  en les accusant notamment de défendre Israël par réflexe communautaire.

« Depuis quelques années (avant même la seconde intifada), des intellectuels juifs français que l’on avait jusqu’alors considérés comme des penseurs universalistes ont commencé, sur le plan national comme international, à développer les analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire.»

« Que ce soit sur le plan intérieur (lutte contre l’antisémitisme) ou sur la scène internationale (défense du sionisme), on assiste à l’émergence d’une nouvelle attitude chez certains intellectuels omniprésents sur la scène médiatique (…). On perçoit clairement que leur positionnement politique répond à des logiques communautaires, en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d’Israël ».

. Le plus monstrueux vient une nouvelle et dernière fois du Premier Ministre de Malaisie, Mohamad Mahatir, qui s’est littéralement emporté le 16 octobre dernier lors du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci) en des termes les plus ravageurs :

« les Européens ont tué 6 millions de juifs sur 12. Mais aujourd’hui, les juifs dirigent le monde par procuration. Ils obtiennent que les autres se battent et meurent pour eux.  Nous sommes en réalité très forts. 1,3 milliard de personnes ne peuvent être simplement exterminées. »

En réponse à la tempête médiatique ainsi déclenchée, Mohamad Mahatir en rajoute :

« Dans un discours, j’ai condamné toutes les violences, même les attaques-suicide et j’ai dit aux musulmans qu’il était temps d’arrêter tout cela. C’était le ton général mais les médias ont compris juste une phrase où je disais que les juifs contrôlent le monde. Et bien, la réaction du monde montre qu’ils (les juifs) contrôlent le monde. »

***

Il n’y aurait pas beaucoup à creuser pour découvrir d’autres « perles » non pas rondes et parfaites mais tout à fait difformes. Sans éclat autre que la haine qui affleure dans nombre de prises de position.

L’international - c’est-à-dire principalement les affrontements inter-ethniques, les guerres et les menées terroristes - nourrit qui plus est en permanence les scènes désormais banales de racisme ordinaire.

L’extrême gauche fait la courte échelle à l’extrême droite dans la course poursuite à caractère sectaire et xénophobe. Le silence d’Arlette Laguiller lors du choix du 2ème tour des présidentielles a été ainsi « éloquent ».

Les amalgames, les clichés, les fantasmes, mais aussi la réalité tragique d’une poussée du fondamentalisme islamiste et de l’intégrisme créent une spirale infernale.

Même et surtout si on ne veut pas que la religion soit à l’ extérieur comme à l’intérieur un vecteur de conflit voire de violences, une grille de lecture, d’explication de la conjoncture, le mal est là. Les tranchées se creusent, les positions s’exacerbent, les passions s’enveniment. Avec des réflexes toujours compréhensibles de riposte et de représailles, dès lors que l’ « on » se sent menacé et nié dans son être et dans sa dignité.

Face à toutes les dérives racistes, xénophobes et antisémites, rappelons que la France n’est pas une juxtaposition de communautés et que la religion n’est pas une origine.

Lorsque dans une grande émission de télévision , «100 minutes pour convaincre »,  Laurent Fabius, à plusieurs reprises, parle des Français d’origine musulmane, il a gravement tort. Beaucoup plus gravement tort que certains cités dans le tableau apocalyptique que j’ai évoqué plus haut. Il emboîte le pas de tous ceux qui, de dérapages sémantiques en lapsus révélateurs, commettent une vraie faute politique, beaucoup plus importante qu’il n’y paraît.

Allons-nous parler des Français d’origine chrétienne, des Français d’origine juive, des Français d’origine musulmane ? Non !

Pratiquer une religion n’est pas identifiable à une origine nationale, grâce au fait que le pluralisme et la liberté de conscience et de foi sont heureusement dans de nombreux pays une réalité. Dans d’autres une conquête à mener.

La confusion entre une région et une religion est malheureusement fréquente. Qui imagine que le ministre des Affaires étrangères de Jordanie est chrétien ? Tous les Français originaires du Maghreb ne sont pas musulmans, d’où la nécessité d’une instance laïque pour les représenter et leur permettre de cultiver leurs racines.

De nombreuses lignes jaunes sont chaque jour franchies.

La pratique religieuse sert parfois d’alibi. De glaive pour mener des combats très étrangers à l’esprit ou à la conscience. De masque dissimulant mal le visage hideux de la haine et du fanatisme.

Elle est souvent expliquée comme un déterminisme politique. Une sorte de genèse de la décision publique. L’exemple le plus récent est l’amalgame fait entre l’engagement chrétien personnel du Premier ministre et sa réaction lors de la réouverture du débat sur l’euthanasie à la suite de la mort de Vincent Humbert.

***

Une double question se pose :

Y a-t-il une géographie de la religion ? Non pas au sens d’une sorte de “spécialisation” territoriale, mais d’interpénétration féconde entre le laïc et le religieux, entre le terroir et le spirituel.

Y a-t-il interférences et imbrication entre morale laïque et morale religieuse ? Avec comme sous interrogation à la portée redoutable et capitale, y a-t-il une hiérarchie entre la norme laïque, la loi de l’État et le précepte religieux ?

La réponse française nécessaire est le rappel des règles de la laïcité et leur application effective à chacun sans aucune distinction. Et sans aucun complexe.

Face à de nombreuses remises en cause de nos maximes républicaines, il est vital et urgent de manifester un attachement clair à l’unité de la République et au respect en tous points du territoire national des règles de notre droit et des principes fondamentaux des droits de l’homme et du citoyen, au premier rang desquels figure l’égalité entre l’homme et la femme.

Alain Juppé a eu raison de rappeler devant la Commission Stasi que la force d’une loi est nécessaire. Avec calme mais détermination. Car notre opposition au port ostentatoire du voile plus largement de tout signe religieux à l’intérieur de l’école, n’est en rien un combat contre la religion musulmane. C’est l’affirmation de nos principes et de nos valeurs nationales, édictés par nos lois, sans considération d’origine, de race, de religion.

Ce n’est pas la négation de la liberté de chacun à pratiquer ou à ne pas pratiquer une religion.

Le débat parlementaire qui va donc s’ouvrir devra clarifier et pacifier. Il doit mettre un terme à une forme de moins en moins sournoise de guerre de religion qui se développe malheureusement de façon inquiétante.

Sans porter de jugement péremptoire sur la supériorité de telle religion sur telle autre.

Et s’agissant de la religion musulmane, sans attendre qu’elle accomplisse sa  Réforme comme celle que nous avons connue lors de la Renaissance.

En garantissant à chacun l’application de l’article XI de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

En permettant à chacun en France de s’épanouir selon les préceptes « terrestres» édictés par les représentants du peuple que sont les législateurs ! Et en les faisant respecter partout et par tous .

C’est déjà un progrès que nous ne nous prenions pas pour Dieu ! Car en son nom beaucoup de crimes ont été et sont malheureusement chaque jour commis…

Mais c’est légitime d’exiger le respect de la loi.

 
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Représenter les courants de l’Islam, mais également les laïcs du Sud de la Méditerranée !

15 juin 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:32 pm --- Imprimer ce Post

L’annonce des résultats de la consultation régionale pour la représentation du culte musulman a suscité à bon droit de nombreuses réactions.

Chacun ressent confusément une gêne face à la “réalité électorale” qui apparaît au grand jour. Les courants les plus rigoureux de l’Islam sont en France prépondérants. De là naît la peur de l’impossibilité d’une vraie intégration de certains citoyens français de religion musulmane plus enclins au respect des codes rituels qu’aux lois de la République. Le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, est à cet égard direct en posant carrément la question de sa démission de la présidence du Conseil Français du Culte Musulman : “je ne peux pas cautionner une instance où vont dominer les intégristes. La société française doit se réveiller : nul n’est à l’abri d’une déferlante islamiste”.

Faux procès ? Fantasmes ? Constat cruel ? Comme toujours, les choses ne sont pas aussi simples ou purement binaires.

Nicolas Sarkozy a raison de souhaiter un islam de France, de croire possible une sorte de géographie de la religion aboutissant à un mariage heureux entre la loi française et les préceptes du Coran, d’agir concrètement pour que le culte musulman ne soit pas enfermé dans les caves et les sous-sols souvent indignes.

Et pour autant, le score obtenu par l’UOIF – qui ne doit pas devenir le partenaire privilégié des pouvoirs publics – est  évidemment inquiétant car il semble traduire une vision beaucoup plus conflictuelle. Antagoniste. Un vrai choc de civilisations qui s’annonce, en se préparant en douceur. Un schéma de rupture et d’affrontement qu’il faut à tout prix éviter. Où la religion peut faire office de constitution politique.

Toutes les bornes sont parfois franchies. Il est ainsi édifiant et scandaleux d’apprendre qu’au Département arabe de l’Institut National des Langues Orientales des élèves ont refusé qu’une spécialiste de l’islamologie lise des versets du Coran prétextant que c’est interdit aux femmes non musulmanes. Ca suffit !

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Le fait que de nombreux jeunes puissent se réclamer d’une affiliation qui tangente l’intégrisme prouve l’urgence qu’il y a à ce que chacun puisse tout à la fois identifier ses racines, ce qui est nécessaire et légitime, et se sentir, au sens fort et plein du terme “enfant de la République”, c’est à dire capable de réussir et de se sentir à l’aise dans les lois du sol français où il est d’ailleurs souvent né…

Ce qui suppose que nous sachions réaffirmer avec fierté et sans aucune repentance la valeur des droits de l’homme, de nos principes démocratiques et républicains, du respect dû à la personne humaine, aux hommes comme aux femmes d’égale dignité.

Il y a urgence, car l’édifice paraît se lézarder. La France est parfois méconnaissable, au sens où elle ne ressemble pas à ce que nous voudrions qu’elle fût : un pays fort, humaniste, rayonnant d’une pratique effective de nos valeurs communes. Et non une constellation de communautés voisines, puis rivales, avant d’être franchement hostiles.

Un lavage de cerveau au “savon républicain” est vraiment nécessaire. Non pour gommer les cultures, les traditions, les origines, mais pour les situer dans une perspective dynamique et positive, comme un apport, une “fondation”. Et non un mausolée où l’air ne rentre pas, où chacun rétrécit, se recroqueville et ne supporte plus “l’autre”. Quel que soit l’autre, qui devient “en soi” intolérable, étranger, interdit de cité, frappé d’indignité.

Oui, il est vraiment impératif de prendre conscience des dangers extrêmes du fanatisme, de l’intégrisme, du communautarisme pratiqué jusqu’à l’absurde, c’est à dire la négation de toute altérité.

Impératif également de retisser des liens solides et fraternels entre tous les citoyens de notre pays. Ce qui suppose le respect d’autrui, mais également l’acceptation sans aucune restriction de la “loi supérieure”, cet ensemble de préceptes et de valeurs qui fondent la République française que nous aimons. Que nous devons aimer ou alors que nous devons quitter… pour adapter à la France une maxime d’origine américaine !

***

Organiser le culte musulman dans notre pays est une obligation morale, tant il est vrai que chaque religion doit avoir “droit de cité”, c’est à dire pouvoir être pratiquée dans des lieux ouverts, accessibles, décents, beaux. De ce point de vue, le Conseil Français du Culte Musulman est tout à fait primordial. Son existence, attendue, est en elle-même la reconnaissance et l’acceptation de ce principe concret d’égalité. Une irruption féconde pour régulariser des anomalies choquantes.

Mais il ne faut pas qu’une institution chargée des questions religieuses franchisse le périmètre du laïc, où la légitimité doit être exclusivement politique c’est à dire issue du suffrage universel, sans aucune exclusive autre que la nationalité.

Que le CFCM se saisisse  de la question du foulard islamique, “baptisé” voile de manière plus provocatrice…, et de son régime d’autorisation permettra de faire le point sur la part religieuse du problème. C’est utile et intéressant car sera débattu par là-même le cumul-conflit entre pratique religieuse et mode de vie, entre rite et civilisation, entre le temporel et le spirituel. Ne sera pas pour autant épuisée l’intégralité du sujet : d’autres religions sont concernées. Et au delà des aspects spirituels, des considérations philosophiques, civiques et politiques doivent primer. Et emporter la décision.

Au nom de principes “géographiques”,  inscrits dans le sol de la Nation française. Politique au sens universel et transversal du terme. Ancrés dans la réalité de notre histoire, de nos traditions, de nos coutumes. Et “bousculés” par l’évolution nécessaire sans pour autant sombrer dans un maelström confus, indéfini et donc vulnérable. Dans une confusion générale où finissent par triompher les idéologues, les sectaires et les fanatiques. Où le camp de ces nouveaux trotskistes peut l’emporter sur la masse des “sans”. Sans foi, sans conviction, sans appétit spirituel, sans réflexe civique. Nous… Si nous n’y prenons garde et si nous ne nous réveillons pas !

***

La culture méditerranéenne de la France ne fait pas de notre pays un Etat musulman. Il faut donc créer à côté du CFCM une instance laïque, représentant les origines “sudistes” de nombreux de nos compatriotes. Rendant fécond l’enchevêtrement des cultures, des origines. Vivaces et réconciliés, les rapports entre les deux rives de la Méditerranée. Pacifiques les pratiques religieuses. Yazid Sabeg, Betoule Fekkar-Lambiotte qui a su quitter à temps le Conseil Français du Culte Musulman, et tant d’autres ont pris une initiative opportune et intelligente, la création de “la Convention laïque pour l’égalité des droits et la participation des Musulmans de France”. Vitale, en fait pour éviter de contraindre à l’Islam les Français de Méditerranée qui souhaitent simplement être respecté, en tant que Français du Sud, et non en tant que Français “d’origine musulmane”, comme le disent certains esprits complètement déstructurés et déboussolés. Qui devraient en fait parler des Français de religion musulmane… ou d’origine algérienne, marocaine, tunisienne. Bref méditerranéenne !

Combien de fois faudra-t-il répéter que la religion ne saurait constituer une origine nationale dans la tradition française ?

Ces dérapages de plus en plus fréquents sont la semonce d’un rappel à l’ordre qui devient vraiment urgentissime. Comme l’a affirmé avec vigueur et clairvoyance récemment le Cardinal Lustiger, visiblement préoccupé non par l’esprit de croisade et de conversion vers l’Eglise Catholique, mais par l’incompatibilité entre certaines dérives religieuses et les principes culturels, philosophiques et finalement politiques de la France.

***

Pointe à l’horizon – proche – une question insoluble… Choquante parce que vraie, brute de décoffrage et peut-être incendiaire : comment intégrer dans notre patrimoine vivant la religion musulmane sans oublier nos racines judéo-chrétiennes ?

Interrogation doublée par de nombreux fantasmes, de redoutables caricatures et de légitimes interpellations sur la philosophie politique sous-tendue par le Coran.

. D’où l’utilité d’enseigner à l’école le contenu de toutes les religions pour tenter d’éviter les mauvais engrenages, ceux qui partent de l’ignorance et conduisent à l’intolérance.

Les Français, très attachés à la laïcité, n’en sont pas encore persuadés, puisque 62% de nos concitoyens pensent que l’enseignement du fait religieux à l’école publique y porterait atteinte contre 36% qui estiment que cela fait partie de la culture générale des enfants (sondage IFOP pour le JDD 15 juin).

. D’où également la nécessité de réaffirmer sans aucune restriction la force de nos valeurs qui constituent la civilisation européenne, plus respectueuse du pluralisme que la civilisation occidentale, dont nous sommes l’aile humaniste.

C’est à une sorte de “croisade” laïque qu’il faut appeler, qui garantira à chacun l’épanouissement de sa liberté de conscience dans le respect de nos valeurs républicaines.

Ne donnons donc pas une sorte de monopole de la représentation à une instance religieuse. C’est contraire à notre système démocratique. Qui doit accueillir en son sein, sans tomber dans les pièges du communautarisme, la diversité française.

 
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ANTISEMITISME

23 mai 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:32 pm --- Imprimer ce Post

Non !
La question du droit lui-même à l’existence et à la sécurité de l’Etat d’Israël dans des frontières sûres et reconnues ne fait pas débat en France ! Ce qui fait l’objet d’une confrontation démocratique normale c’est la politique de M. Sharon.

J’aurais aimé rappeler cette évidence française à l’université hébraïque de Jérusalem au moment du jeu des questions et des réponses, car Bernard-Henri Lévy ne l’a pas fait… Le « prince » de la philosophie faisait une conférence sur son dernier livre « Qui a tué Daniel Pearl ? ». Toute la maison Grasset était là. Arielle Dombasle troublait l’assistance très nombreuse de sa mythique beauté et de son élégance très sophistiquée. Béni Lévy, l’ancien assistant de Jean-Paul Sartre, avait ouvert la séance de manière brillante et théâtrale. Dans ce magnifique amphithéâtre de l’université hébraïque de Jérusalem, blanc, très moderne, peu d’étudiants, des Français de religion juive, des Israéliens, tous unis par la volonté très légitime de lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme. Passionnés par la défense de l’Etat d’Israël. Naturellement peu enclins à la moindre concession au terme d’une journée marquée une nouvelle fois par la barbarie terroriste.

Une salle surchauffée. Un public prêt à vibrer, à résonner au son des paroles de Bernard-Henri Lévy, avec cette diction parfois heurtée, toujours chaude et émue, qui donne aux mots leur relief tragique et leur sens appuyé.

Le monstrueux assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, en train d’enquêter sur les réseaux du financement du terrorisme au Pakistan, parce qu’il est commis à Karachi et concerne les comparses d’Al Qaïda, permet à BHL de déclarer que « l’argument de la question palestinienne et du conflit proche-oriental comme carburant du terrorisme vole en éclat », allant même jusqu’à comparer l’établissement de ce lien terrorisme islamiste – Palestine aux pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.

Il est certainement difficile de faire la part dans la folie terroriste entre ce qui relève du conflit politique, territorial, économique et culturel entre Israël et l’Etat palestinien, et ce qui plus radicalement a trait à l’extrémisme religieux, au fondamentalisme islamiste.

Mais il est impossible d’exonérer dans l’impasse actuelle Israéliens et Palestiniens de toute responsabilité dans le « recrutement » terroriste.

Chacun convient que Ben Laden n’avait aucune sympathie, pas la moindre solidarité active pour le peuple palestinien. Pour autant, le choc des images des scènes de violence diffusées par les télévisions du monde forge les haines, alimente les spirales qui conduisent aux « bombes humaines ». La mort atroce d’enfants génère de monstrueuses représailles.

BHL ne veut pas que l’antisémitisme soit nourri des caractères contestables de la politique de Sharon ; il récuse – on le comprend ! – l’invective tendant à faire des juifs « les bourreaux modernes » à cause des souffrances des Palestiniens modérés.

Par contre, il est honnête d’admettre et de reconnaître que la critique politique d’un gouvernement ne peut être assimilée à la remise en cause du droit d’Israël à vivre en sécurité, ni à une forme sournoise, évolutive d’antisémitisme rampant.

Rappeler cette ligne jaune est une exigence morale. Un devoir absolu dans cette période de notre vie nationale et internationale où les amalgames honteux deviennent vite fait des engrenages qui conduisent aux bûchers, à la mort. Le dérapage devient injure. On passe à l’acte anodin. On crée l’élan qui entraîne les faibles en donnant un « sens » à leurs exactions. Ils ont alors une raison de vivre : « servir » au sens de la chasse à courre, c’est à dire tuer.

Parce que je respecte le talent et l’intelligence de Bernard-Henri Lévy, je lui en veux terriblement de ne pas avoir répondu sèchement aux propos d’un auditeur enflammé parlant du Quai d’Orsay comme d’un « Karachi français » et déclarant que le « génie français » est en passe de remettre en cause le principe même de l’Etat d’Israël.

J’ai failli prendre le micro. J’étais vraiment en état de choc. De rébellion. Ne pas réagir, c’est pour moi emprunter les habits du futur collabo. Fermer les yeux, se boucher les oreilles n’est tout simplement pas acceptable. Il ne s’agit pas de la défense du gouvernement, mais de notre pays, de son image. De sa réalité.

•    Oui, il y a dans les écoles, les manifestations, la rue des rebuts nauséeux d’antisémitisme et de racisme. Mais il n’y a pas en France de contestation tangible d’Israël en tant qu’Etat. Nous sommes sur ces questions véritablement en « battled dress ». Au front. Au combat. A droite, comme à gauche. Reconnaissons là un vrai thème d’union nationale républicaine nécessaire.

•    Non, il n’y a pas la moindre trace de racisme voire de complicité avec le terrorisme au ministère français des Affaires étrangères. Ceux qui profèrent ce genre d’insulte – ce n’est bien évidemment pas le cas de BHL - mérite le superbe qualificatif de notre langue, celui de parfait salaud !

En sortant de l’auditorium, j’ai recherché le dialogue avec les Français présents. J’avais besoin d’une sorte de communion pour effacer le sale moment de cette violente apostrophe. J’ai rencontré par hasard un militant de l’UMP du 17ème arrondissement de Paris, préférant Tel Aviv à Jérusalem qu’il considère comme une capitale religieuse étouffante… Avec l’ancien ministre de la mer, Guy Lengagne, membre comme moi de la Commission des Affaires étrangères et de cette délégation, et le Consul Général de France à Jérusalem, nous l’avons véhiculé ! Cela fait partie du charme des rencontres et des hasards de la vie !

*  *  *

Parce que Daniel Pearl a un père juif, une mère juive et qu’il était juif pratiquant lui-même, Bernard-Henri Lévy fait de son assassinat l’acte antisémite « total ». Ne faut-il pas malheureusement rajouter un mobile supplémentaire, celui de la guerre « sainte » contre l’Occident ? Contre cette civilisation judéo-chrétienne, capitaliste, débauchée, « impure ».

Là encore, l’évoquer, le dire, n’est pas nier la folie de l’holocauste, qui peut de manière immonde, toujours resurgir dans tous les foyers de barbarie qui souillent la planète. C’est situer le débat là où il doit l’être, pour attaquer le mal à la racine avec une juste appréciation de la réalité de l’horreur.

*  *  *

La nature du lien entre le terrorisme islamiste et le terrorisme palestinien est la question stratégique essentielle des mois qui viennent. Quelle est la part du fondamentalisme purement religieux dans la flamme terroriste ? Quelle est celle de la solidarité dans la lutte politique pour la reconnaissance des droits d’un peuple, d’un Etat, en l’occurrence la Palestine ? Le jour où les Etats-Unis percevront une connexion entre ces étendards, se déclenchera peut-être alors une nécessaire « révision déchirante » de la politique américaine au proche-orient. Leur solidarité sera alors fondée sur leurs intérêts enfin compris…

Sera-t-il trop tard pour régler aussi bien la question palestinienne, que pour éviter la nouvelle « guerre de cent ans » qui semble se profiler entre l’Islam et l’Occident ?

Cette urgence, cette priorité que revêt la réouverture d’une perspective politique de paix entre Israéliens et Palestiniens trouve alors un sens fécond pour l’ensemble du monde et non pour une seule région, meurtrie, épuisée par de séculaires affrontements. Dans une indifférence au fond vraiment révoltante. Alors que dans l’appellation « proche-orient », il y a proche. C’est à dire la rive sud de la Méditerranée. Cet océan qui nous relie et fait qu’à Jérusalem on peut imaginer être en Avignon ou à Arles…

Il est triste que ce soit la crainte d’une déflagration mondiale qui puisse être un ressort pour agir. Mais c’est le cas, car chacun semble s’accommoder de ces morts qui jalonnent chaque jour l’actualité, se résigner à cette fausse impuissance, derrière laquelle se déguise en fait le choix d’un camp.

 
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Laïcité

2 mars 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:34 pm --- Imprimer ce Post

Il est certainement tout à fait « incorrect » d’oser constater l’irruption du fait religieux dans l’actualité politique nationale et internationale.

Mais c’est la réalité, qu’il faut d’ailleurs distinguer de la pratique religieuse.

On ne peut en effet dire qu’il y a une recrudescence de fréquentation dans les églises, les temples, les mosquées, les synagogues. Et pourtant, le langage politique qui n’est jamais neutre égrène, tel un chapelet, les références religieuses : « la rue musulmane », « le périmètre chrétien », « les milieux juifs », « l’esprit protestant » etc… Est-ce la mondialisation de l’information, l’universalisation des problèmes, l’abolition de toutes les frontières pour la vie économique et culturelle, qui, provoquant une perte de repères, une crainte de destruction de ses propres valeurs familières, conduit le citoyen du monde à se fabriquer ou tout au moins à rechercher son identité dans la religion ? La recherche des causes est délicate. Le fait en tout cas s’impose.

Face à cette situation, le rétablissement de la laïcité est une urgence politique. Aussi bien sur le plan national qu’international.

Sont à l’œuvre aujourd’hui en effet de nombreuses violences intellectuelles ou physiques à caractère religieux. Il faut tirer la sonnette d’alarme. Les clignotants sont fixes, rouges, définitivement inquiétants et lourds de conséquences. Le racisme religieux est à l’œuvre dans notre pays. Le nier est une erreur politique grave. De même sur le plan international, il est illusoire de nier le choc et l’affrontement en de nombreuses régions du globe des religions, des cultures.

Le reconnaître n’est surtout pas faire un constat de l’inéluctable, baisser les bras devant la fatalité, le destin décidément tragique de l’humanité. C’est se préparer à agir, pour contrecarrer ce fléau des temps modernes, qui est malheureusement une spirale vers la guerre, un alibi pour le meurtre, un refuge trop commode pour les fanatismes, les intégrismes qui hélas se multiplient. A Tours. A Evry. A Paris. A Tel Aviv. A Jérusalem. A Beyrouth. Partout.

Regravons sur nos crânes comme le nouvel étendard des temps modernes les maximes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, du Préambule et de la Constitution elle-même.

Article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »

Préambule de la Constitution de 1946 :
« Le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. »

Article 2 de la Constitution de 58 :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

* * *

C’est un enjeu politique majeur de rétablir sur le plan national ces règles républicaines strictes. Avant de les étendre au plan international, faute de quoi les solidarités religieuses transnationales emporteront les frontières et les règles de droit de chaque Etat, détruiront les constructions politiques nationales, créeront des situations propices à tous les affrontements les plus sanglants puisqu’ayant un « alibi » sacré.

La réaffirmation sans concession de l’intangibilité des frontières et de la souveraineté de tout Etat est la seule garantie d’un maintien minimal de sécurité internationale. Sans cela tenter d’organiser un ordre politique mondial sera un vain mot, une chimère absolue. L’avertissement ces jours derniers des Kurdes d’Iran menaçant d’envahir l’Irak si les Kurdes de Turquie intervenaient en Irak s’inscrit dans cette spirale de la déflagration, sorte de stéréo des guerres en cascade.

Logique des territoires. Logique des religions. Sont à l’œuvre aujourd’hui une confusion des genres et des enjeux, un amalgame pour déguiser derrière l’expansion religieuse les intérêts économiques, financiers, politiques. L’inverse peut être également vrai.

Rappelons qu’au dessus des religions, il y a le droit international, la loi nationale, les principes de respect des droits de l’homme et du citoyen qui eux sont universels. La pratique religieuse est une liberté individuelle, une liberté de conscience essentielle qui ne peut d’aucune manière s’ériger en loi humaine normative, absolue. Les enceintes religieuses mondiales ne peuvent devenir des lieux d’élaboration des décisions internationales.

Longue vie à l’Organisation des Nations Unies qui repose sur le respect de chaque Etat !

* * *

Ce rappel de l’impératif de la laïcité pourrait paraître décalé. L’actualité quotidienne est malheureusement une gifle permanente qui doit réveiller nos aveuglements lâches et douillets. En soi, parce que les atteintes aux droits de la personne humaine sont bafoués tous les jours dans les écoles, les quartiers de nos villes. Mais avec une acuité particulière en ces jours de veille d’une guerre qui pourrait apparaître à beaucoup comme « missionnaire ». Comme une croisade du monde occidental chrétien contre le monde musulman. Que ce soit faux n’empêche pas la gravité du constat, de la perception, car cela légitime de nouvelles solidarités de rue à caractère religieux. Irrationnelles. Emotives. Dangereuses.

Les dépêches des agences de presse révèlent à chacun la gravité de la situation. Prenons la semaine écoulée :

•    Le conflit du Franprix d’Evry est de ce point de vue édifiant : le maire indique que « la question de principe, c’est qu’il n’est pas possible que le seul magasin généraliste de ce quartier populaire ne s’adresse plus qu’à une catégorie de la population alors qu’une boucherie hallal existe déjà » ; face à quoi le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, déclare « qu’il y a en France une liberté de commerce, d’entreprise qui fait que chacun est maître chez lui (…) il y a bien des magasins indiens, chinois, pakistanais ». Cela n’exclut naturellement nullement le pluralisme nécessaire des lieux commerciaux et culturels reflétant toutes les couleurs du monde.

« Chacun est maître chez lui », sur des bases religieuses, ethniques, nationales en France ? Non, non, non ! Faute de quoi, le communautarisme sévira et notre pays deviendra une juxtaposition de mini-républiques autoproclamées et autogouvernées.

La loi est au dessus de tous et de chacun. Arrêtons les dérapages qui font dire à l’ancien gérant qu’il est insoupçonnable puisqu’il a même licencié des musulmans… : « on en a marre, on a eu droit à tout : les services de l’hygiène de la mairie qui nous ont harcelés, les services vétérinaires, on nous a même accusés de racisme parce qu’on n’avait pas repris les anciens employés ! Mais parmi eux, il y avait des musulmans, et on les a pas pris pour autant. »

Cette France de l’origine religieuse, de la discrimination positive ou négative pour des considérations ethniques ou confessionnelles, récusons-la avec la fermeté que fonde l’urgence de la situation. La religion n’est pas une nationalité, un critère de sélection recevable. Etre contraint de le proclamer avec un mégaphone est une dure réalité. Celle d’aujourd’hui, de ce Moyen-Age contemporain.

•    « Un élève juif obligé de changer de collège », tel est le titre d’un article de presse. Quelle honte ! Quelle horreur que ce retour de temps qu’on espérait révolus ! C’est ainsi qu’on apprend qu’un élève de 12 ans, scolarisé en sixième dans un collège du 20ème arrondissement à Paris, a dû changer d’établissement début janvier après avoir subi des insultes de nature antisémite de la part d’un de ses camarades. Le rectorat explique que « sur les conseils d’un médecin, il a été jugé préférable de changer d’établissement l’élève victime de ce harcèlement. »

La mère est contrainte d’expliquer : « mon enfant ne porte pas de kippa, pas d’étoile de David. Simplement, il y a 2 ans, il a participé à l’inauguration d’une plaque à la mémoire des enfants déportés, apposée sur la façade de son école primaire. »

* * *

Il ne suffit pas de s’insurger, de dénoncer, de qualifier de monstruosité ce genre de scénario maléfique. Il faut agir. Traiter le mal à la racine. Interdire. Eduquer. Brutaliser les esprits pour rétablir la raison républicaine. Luc Ferry sur RTL jeudi matin rappelait que « sale juif » « sale bougnoule » étaient devenus des insultes fréquentes dans les cours de « récréation ». Quelle récréation…

Avec Xavier Darcos, il a eu totalement raison de lancer un plan d’urgence dans les écoles de France. Pour aider les enseignants à domestiquer la horde sémantique honteuse. Pour contraindre les jeunes au respect de l’autre, quelle que soit sa religion, son origine. Pour leur rappeler qu’il s’agit d’une valeur essentielle, que c’est une obligation morale sans aucune dérogation possible que de la pratiquer et de s’y conformer.

J’ai appelé au téléphone notre Ministre de l’Education nationale en me permettant de lui donner l’idée dans ce genre de circonstance particulièrement horrible d’aller immédiatement sur place : tous les élèves au garde à vous dans la cour de l’école. Pour entendre les propos du Ministre en charge de la transmission du savoir certes, mais également des valeurs de la République.

Aucune absence tolérée. L’électrochoc positif. La ligne jaune brutalement rétablie.

Cette lepénisation des esprits permettant l’insulte raciste rampante explose littéralement à la face de l’actualité. Avec une violence inouïe. Halte au feu ! Que l’enseignement de l’Histoire soit un rappel salutaire à l’ordre des valeurs essentielles. Que le traitement équitable des conflits de par le monde évite de nouvelles contagions racistes, antisémites. Prive de tout alibi le terrorisme.

* * *

L’accord obtenu par Nicolas Sarkozy permettant la création d’un Conseil Français du Culte Musulman est dans cette conjoncture particulièrement lourde et inquiétante une nouvelle très importante.

Jean-Pierre Raffarin a lui-même à juste titre rappelé en venant saluer les négociateurs musulmans « qu’aucune religion ne devait apparaître comme clandestine en France et que l’accord était un préalable afin que l’on puisse parler des musulmans sans peur ni haine. » Le Ministre de l’Intérieur exprimant quant à lui « le droit des musulmans de ne pas se sentir victimes d’amalgames entre Islam et terrorisme » et montrant ainsi sa préoccupation de la dégradation de l’image de l’Islam depuis les attentats du 11 septembre 2001.

La seule femme de la Consultation des Musulmans de France ou plutôt des Français musulmans, pour respecter les priorités républicaines…, présidente de « Terres d’Europe », Inspectrice honoraire de l’Education nationale, Mme Betoule Fekker-Lambiotte, a cru devoir démissionner brutalement pour dénoncer la trop grande place faite aux fondamentalistes au sein du Conseil Français du Culte Musulman : « Je ne peux pas accepter pour la France ce que j’ai combattu de toutes mes forces en Algérie » indique-t-elle avec gravité et révolte. Du même ordre est la critique formulée par la « coordination des musulmans », association affirmant représenter les « républicains et démocrates français de confession musulmane » : « à travers la création du CFCM, le gouvernement continue à renforcer l’aile extrémiste de l’islam et les supplétifs des services spéciaux étrangers ». Diantre ! J’aurais pu dire diable ! Mais cela aurait été une référence religieuse dans un propos politique laïc… Comme quoi il ne peut y avoir de séparation totale ! La religion n’est-elle pas d’ailleurs un élément de notre patrimoine culturel, partie intégrante de notre civilisation. Vaste débat ! Pour une autre page d’actualité…

Donner toutes ses chances à un « Islam de France », tel est le défi, la juste mission que s’assigne le gouvernement. Pour contrecarrer les dérives parfois constatées de « l’Islam en France ». Faudra-t-il pour y parvenir faire évoluer quelques aspects de la loi sur le financement des cultes, c’est une proposition de l’Eglise protestante, qui mérite d’être examinée. Ce n’est pas, en effet, remettre en cause les principes « sacrés » de la laïcité à la française que de souhaiter éviter certaines ingérences étrangères sur notre territoire. Il est compréhensible que Nicolas Sarkozy ne veuille ouvrir tous les chantiers en même temps. Mais il est certainement parfaitement conscient de la nécessité d’aller jusqu’au bout dans la légitime recherche d’une banalisation de chaque religion en France. C’est le meilleur moyen d’avoir une intégration réussie de chacune d’entre elles.

* * *

D’inquiétantes dérives intégristes subsistent, qui remettent en cause le respect des droits de la personne humaine et forgent une dérive communautariste inacceptable, qui doit être combattue.

Dans cette perspective, le rappel des droits de la femme en France est particulièrement indispensable. La marche des femmes contre la violence des quartiers ghettos le rappelle utilement. Pour contrecarrer, osons le dire des pratiques non conformes avec la loi française. Un combat beaucoup plus rude que certains ne l’imaginent existe aujourd’hui en France, pour le maintien de la liberté de la femme. Pour l’application effective de la loi française portant égalité entre les sexes, respect des droits de l’homme.

Nous sommes bien au delà de la question du foulard islamique, de la kippa, du port des insignes religieux, des autorisations d’absence pour pratique du culte, de l’absence aux cours d’éducation physique.

C’est en 1992 que le Conseil d’Etat, à la suite d’incidents survenus au Collège Jean Jaurès de Montfermeil et d’un règlement intérieur qui y avait été édicté, s’est prononcé en rappelant les principes suivants :

« Dans les établissements scolaires le port par les élèves de signes par lesquels ils entendent manifester leur appartenance à une religion n’est pas par lui-même incompatible avec le principe de laïcité, dans la mesure où il constitue l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation de croyances religieuses, mais que cette liberté ne saurait permettre aux élèves d’arborer des signes d’appartenance religieuse qui, par leur nature, par les conditions dans lesquelles ils seraient portés individuellement ou collectivement, ou par leur caractère ostentatoire ou revendicatif, constitueraient un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande, porteraient atteinte à la dignité ou à la liberté de l’élève ou d’autres membres de la communauté éducative, compromettraient leur santé ou leur sécurité, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement et le rôle éducatif des enseignants, enfin troubleraient l’ordre dans l’établissement ou le fonctionnement normal du service public. »

« Oui, mais » au port d’insignes religieuses dit le Conseil d’Etat en 1992 dans l’arrêt kherouaa. N’est-il pas opportun de déclarer « non, tant que » ? Ne faudrait-il pas aller plus loin aujourd’hui en interdisant à l’école le port de tout signe religieux ? Ne serait-ce pas une sage précaution pour rétablir par le droit, par la loi, le respect d’autrui, de sa liberté, de sa foi, de sa conscience ?

Ne serait-ce pas pédagogique pour rappeler qu’en France il ne saurait être dérogé aux droits fondamentaux de la personne humaine, que le législateur laïc a édictés ?

Le débat dépasse largement la liberté religieuse. Les nombreuses manifestations et associations qui voient le jour prouvent l’acuité du problème : quelles que soient leurs origines ou leur religion, les jeunes Français n’acceptent pas ce qui serait un retour en arrière, rétrograde et dégradant. Etre juste à ce stade c’est dénoncer non le principe religieux lui-même, mais les déviations intégristes et fanatiques, parfois constatées de certains extrémismes. Qui n’ont plus aucun lien intelligible d’ailleurs avec le « divin » ou le « spirituel ».

La liberté intellectuelle, sociale, sexuelle ne saurait être à géométrie variable au gré des traditions, des racines, des quartiers, des villes. Pas plus pour les filles que pour les garçons d’ailleurs.

L’unité de la nation, le respect pour chaque citoyen d’une loi universelle républicaine ne sauraient souffrir d’exception.

Il est minuit moins une pour éviter l’explosion. Le retour à la laïcité française est donc une urgence. Un impératif. Une feuille de route implacable. Le mot d’ordre qu’il faut rappeler à chacun. Le gouvernement a raison de s’y atteler avec « foi »… Non, avec courage !

 
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Nationalité

8 avril 2002
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:35 pm --- Imprimer ce Post

Le nouveau code de la nationalité renforce le droit du sol dans l’acquisition de la nationalité, ce qui est une bonne chose, conforme à la tradition d’accueil de notre République.Mais il fait entrer les nouveaux Français par la petite porte dans leur nouvelle nationalité, alors que c’est une véritable fierté pour chacun d’entre nous d’être Français. Ca l’est en particulier pour ceux qui le deviennent au cours de leur vie.

Rendons plus solennelle l’acquisition de la nationalité française : tâchons de ne pas nous contenter de la remettre par voie postale, mais au cours d’une cérémonie officielle, à la Mairie par exemple ! Que l’adhésion soit l’expression d’une volonté clairement exprimée !

 
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