DISCOURS de la Rue de Valois
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Documents de campagne


Renaud Donnedieu de Vabres

Ancien Ministre, Conseiller municipal de Tours

 

L’échelle des rémunérations en France doit obéir à des règles intelligibles. Ce n’est pas le cas !

10 juillet 2003
Enregistré dans : Emploi et précarité — RDDV @ 3:14 pm --- Imprimer ce Post

Est-ce l’annonce de l’arbitrage américain concernant le très « golden » parachute de Jean-Marie Messier qui a mis le feu aux poudres ? Est-ce la publication par le « Journal des Finances » de la mi-juin d’une vraie bombe concernant les salaires des patrons du CAC 40 ? Est-ce la révélation des montants des stocks options attribués à certains dirigeants jour après jour par l’ensemble de la presse ? Le fait est, en tout cas, que la question des modalités de la rémunération des élites françaises est posée. A juste titre, n’en déplaise à Ernest-Antoine Seillière qui a déclaré le 7 juin : « les questions de rémunération sont l’affaire des actionnaires, des conseils d’administration et des directions. »

Il fut un temps assez récent où l’AFEP (association des dirigeants des grandes entreprises françaises) avait décidé une totale transparence sur les salaires et avantages des PDG. Je me rappelle avoir à l’époque vivement réagi contre, car si je comprends les réalités de la concurrence et de la stimulation des énergies par l’argent, j’estime inopportun de jeter en pâture à l’opinion des chiffres aussi exorbitants. La transparence absolue est souvent ingérable politiquement ! Autant je juge normal qu’une découverte, qu’un contrat gagné, qu’un marché remporté, qu’un résultat financier brillant soient fortement récompensés, autant l’automaticité parfois pharaonique me semble très inopportune voire  choquante.

Je suis prêt à justifier des écarts très importants par rapport à la moyenne des Français dans les 1er cas. Dans le second, je souhaite une plus juste appréciation des hiérarchies nécessaires.

L’irruption totalement débridée du capitalisme financier dans notre pays est en train de créer une vraie onde de choc, à laquelle nous ne sommes absolument pas préparés. Nous ne sommes pas un pays anglo-saxon où l’argent est une mesure reconnue de la valeur et de l’effort.

L’aspiration à l’égalité ou tout au moins à un encadrement des hiérarchies est vraiment dans notre tempérament. Nous sommes vite jaloux, envieux, dénonciateurs, rarement enclins à facilement accepter et considérer comme normal que le voisin soit plus riche que soi…

Il y a 20 ans, le débat public portait sur une échelle moyenne de rémunérations qui s’étalait de 1 à 2 pour le parti communiste, à 1 à 7 ou 8 pour la droite libérale. Aujourd’hui, l’écart s’est énormément creusé dans des proportions politiquement inacceptables et ingérables.

De 1 à 200…

Faire fortune est totalement légitime voire même souhaitable dès lors que la raison en est intelligible, fondée sur la performance, le génie, le succès. Mais s’il s’agit d’une sorte de rente de situation, de privilège sans contrepartie socialement explicable, c’est vraiment destructeur du consensus économique minimal qui doit exister dans une grande puissance économique démocratique comme la France.

Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle «  toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune ».

C’est à mes yeux une très belle maxime, libérale et intelligente politiquement : oui aux hiérarchies ! Mais oui également à la contrepartie des privilèges !

C’est l’addition de ces 2 exigences qui fonde l’équilibre social. Sans cette « utilité commune », la « distinction » devient un fossé jugé excessif dans un premier temps, déclencheur de révoltes et de ruptures dans un second.

***

Le caractère « explosif » des chiffres « balancés » en pâture à l’opinion se renforce par la comparaison des évolutions entre la rémunération des dirigeants et celle des actionnaires, qui sont parfois « petits »… et qui ont vu leur portefeuille boursier s’effondrer. L’étude publiée en juin par le « Journal des Finances » faisait ainsi apparaître qu’en 2002, les patrons des sociétés du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter en moyenne de 13%, alors que l’indice boursier chutait dans le même temps de 40%. Cette dissymétrie se complexifie encore par le fait que le revenu moyen des dirigeants de ces sociétés a atteint 2 ,07 millions d’euros (contre 1,8 millions en 2001) alors que ces sociétés ont affiché dans l’année des pertes cumulées supérieures à 20 milliards d’euros.

Alain Marsaud, le Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat et ancien de Vivendi, a donc parfaitement raison de justifier sa demande de mission d’information parlementaire en rappelant que la valorisation boursière des sociétés a parfois été divisée de 10 à 2 au cours des 2 dernières années, et que dans le même temps, les rétributions des PDG ont été multipliées de 2 à 6. Pour conclure justement : « il n’appartient pas à notre Assemblée de s’immiscer dans le fonctionnement ordinaire d’une entreprise privée, cependant (…) la rémunération excessive des dirigeants, non liée aux résultats voire en totale contradiction avec ceux-ci, est de nature à créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter »…

***

Au-delà des problèmes de répartition et d’équité entre dirigeants d’entreprises et épargnants, entre patrons et ouvriers, se pose pour tous les salariés du privé et du public la question de la juste rémunération du travail et de l’effort.

Elle est absolument centrale et recèle pour l’avenir autant de risques que de chances !

L’égalitarisme, le nivellement, la non différenciation, la « prime variable fixe »…, découragent, dépriment, dissuadent de faire tout effort puisqu’il n’y a pas de résultat à la clé. Les seuils engendrent autant d’injustices que de droits positifs. Une vie professionnelle sans carrière possible, c’est-à-dire sans évolution des salaires, génère l’usure, la démotivation, la résignation, le contraire de l’énergie nécessaire pour travailler mieux, créer, réagir.

Le niveau des rémunérations est pour certains métiers totalement dissuasif. La revalorisation du travail manuel, à cet égard, passe certainement par l’augmentation des salaires versés. La pénibilité de certaines conditions de travail doit être de ce point de vue compensée, récompensée même. La même fonction selon le lieu où elle est exercée est radicalement différente. Enseigner par exemple au lycée Descartes à Tours ou à Henry IV à Paris, ce n’est pas être à Sarcelles ou à Argenteuil, qui sont au demeurant des villes parfaitement honorables !

La comparaison entre les métiers devient de plus en plus explosive. Beaucoup de nos concitoyens sont prompts à s’étonner de différences parfois incompréhensibles entre des professions également utiles. Prenons par exemple le traitement d’un policier et d’un instituteur…

***

Qu’importe pour beaucoup de nos concitoyens le sommet de la pyramide de la société, aussi inatteignable que détonnant.

Par contre, la situation des classes moyennes doit retenir vraiment l’attention.

C’est au fond du plus grand nombre de Français qu’il s’agit, avec bien sûr – sachons le reconnaître – des différences très importantes. C’est cette France qui travaille parfois durement, qui a le culte du service bien fait, du labeur vraiment assumé, de la qualité et de l’effort que nous devons davantage entendre. Encourager. Mieux rémunérer lorsque nombreuses sont les heures supplémentaires accomplies. Bien supérieures aux 35 heures réservées à des Français privilégiés.

N’ayons pas peur de continuer sur la voie de la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle ne doit pas être liée, dans son principe, aux marges de manœuvre disponibles. Elle est un impératif pour mettre un terme au sentiment de pénalisation du travail et de l’effort.

Elle n’est pas, en tant que telle, l’étape qui suit la remise en ordre des déficits publics. C’est son rythme et son montant, qui seuls, sont conditionnés par les possibilités financières de nos grands argentiers…

***

Jérôme Jaffré dans « le Monde » d’aujourd’hui parle de droite sans complexe.

« Depuis 15 mois, il se produit une petite révolution politique. Pour la première fois depuis l’ère pompidolienne, il y a trois décennies, la droite au pouvoir s’assume sans complexe comme telle. »

Cette droite doit être intelligente, raisonnable et humaine. C’est la raison pour laquelle elle ne peut fermer les yeux et croiser les bras face aux excès du capitalisme financier récemment constatés en France. Elle ne peut non plus rester sourde aux revendications légitimes de la France pompidolienne, de cette France qui refuse l’égalitarisme mais pas l’équité.

 
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Apprentissage

14 avril 2002
Enregistré dans : Emploi et précarité, Education — RDDV @ 1:43 am --- Imprimer ce Post

Longtemps dévalorisé et dénigré en France, l’apprentissage doit aujourd’hui faire l’objet d’une nouvelle approche et d’une révolution culturelle. Il ne doit plus exister d’un côté l’enseignement ” noble ” généraliste et de l’autre côté, l’enseignement professionnel destiné à ” occuper ” les jeunes élèves en échec.L’orientation vers l’apprentissage doit donc être plus précoce, plus ciblée et plus positive. Dès lors, les filières professionnelles d’apprentissage prendront toute leur dimension et constitueront un véritable atout pour l’emploi et pour nos territoires. Il est paradoxal de constater aujourd’hui que le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans atteint encore plus de 17 % alors que des professions entières créent des emplois et ne trouvent pas de main d’œuvre qualifiée. Il est donc urgent de sortir de cette spirale de la ” mauvaise orientation ” qui pousse nos jeunes vers des filières d’études supérieures sans débouchés et réaffirmer la noblesse des métiers.

Pour les élèves, il s’agit d’apprendre le plus tôt possible un métier qui débouchera sur un emploi ferme et qui leur donnera savoir-faire, confiance et dignité. Pour les professionnels, les filières d’apprentissage permettent d’orienter l’enseignement autour de l’évolution de leurs besoins et de disposer d’une main d’œuvre performante.

 
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Emplois-jeunes

8 avril 2002
Enregistré dans : Emploi et précarité — RDDV @ 1:47 am --- Imprimer ce Post

350.000 emplois-jeunes ont été créés par le Gouvernement depuis fin 1997 (au lieu des 700.000 prévus) dans les secteurs public, parapublic et associatif, dans les domaines sportif, culturel, éducatif, d’environnement et de proximité. Les contrats sont d’une durée de 5 ans non renouvelables, financés à hauteur de 80% du SMIC par l’Etat ; les 20% restants sont à la charge de l’employeur.Les emplois-jeunes sont une mauvaise réponse à un problème réel.

Ce sont en premier lieu de faux emplois, qui ont eu pour principale vertu de dégonfler les statistiques du chômage le temps de la législature de la gauche plurielle. Ils ne correspondent pas à des besoins réels, et rien n’a été prévu pour les pérenniser, ni pour permettre à leurs bénéficiaires une transition vers un emploi rentable dans le secteur privé.

Ils sont profondément injustes puisque les adultes de plus de 30 ans en sont exclus tout comme les chômeurs de longue durée. Ils ont en outre contribué à une augmentation des inégalités puisqu’ils ont en grande majorité (80%) profité à de jeunes diplômés.

Ils représentent enfin un dispositif extrêmement coûteux - 35 milliards de francs par an - entièrement financé par l’impôt, venant ainsi alourdir considérablement le poids des prélèvements obligatoires.

Cet argent aurait été mieux dépensé dans

  • une baisse des charges sociales qui, conjuguée à la croissance, aurait incité les entreprises à recruter des jeunes pour de vrais emplois, correspondant à de vrais besoins et pour une durée indéterminée,
  • un effort pour l’insertion de la jeunesse la plus défavorisée, la moins formée et la plus fragile
 
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Cadres

4 avril 2002
Enregistré dans : Emploi et précarité — RDDV @ 1:45 am --- Imprimer ce Post

Les cadres ont longtemps fait partie des plus privilégiés au sein des entreprises.Leurs contraintes sont aujourd’hui au moins aussi importantes que leurs avantages : temps de travail particulièrement extensible, pour un salaire qui lui demeure fixe. En outre, il est très rare que leur rémunération, souvent très codifiée, tienne compte de leur talent, de leur capacité d’initiative et d’encadrement. Enfin, ils sont probablement la catégorie de Français dont les revenus sont les plus spoliés par l’impôt : suffisamment riche pour être la principale contributrice de l’impôt sur le revenu mais pas assez pour s’autoriser certains montages fiscaux compliqués qui permettent d’alléger la pression fiscale. Ce sont eux qui, plus que tous autres, ont le sentiment que la pression fiscale qu’ils subissent est totalement confiscatoire de leur pouvoir d’achat.

Avec les 35 heures, ils se sont fait entendre pour la première fois en exigeant de bénéficier des avantages de la réduction du temps de travail au même titre que les autres Français.

N’attendons pas qu’ils descendent dans la rue pour leur proposer une baisse d’impôt substantielle ! Cette mesure coûtera cher, mais elle est indispensable, ne serait-ce qu’au nom de l’égalité des citoyens devant l’impôt. Elle devra, comme toutes les autres baisses d’impôts, être financée par une baisse des dépenses publiques - ou, dans un premier temps, par la vente d’actifs de l’Etat.

 
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