L’échelle des rémunérations en France doit obéir à des règles intelligibles. Ce n’est pas le cas !
Est-ce l’annonce de l’arbitrage américain concernant le très « golden » parachute de Jean-Marie Messier qui a mis le feu aux poudres ? Est-ce la publication par le « Journal des Finances » de la mi-juin d’une vraie bombe concernant les salaires des patrons du CAC 40 ? Est-ce la révélation des montants des stocks options attribués à certains dirigeants jour après jour par l’ensemble de la presse ? Le fait est, en tout cas, que la question des modalités de la rémunération des élites françaises est posée. A juste titre, n’en déplaise à Ernest-Antoine Seillière qui a déclaré le 7 juin : « les questions de rémunération sont l’affaire des actionnaires, des conseils d’administration et des directions. »
Il fut un temps assez récent où l’AFEP (association des dirigeants des grandes entreprises françaises) avait décidé une totale transparence sur les salaires et avantages des PDG. Je me rappelle avoir à l’époque vivement réagi contre, car si je comprends les réalités de la concurrence et de la stimulation des énergies par l’argent, j’estime inopportun de jeter en pâture à l’opinion des chiffres aussi exorbitants. La transparence absolue est souvent ingérable politiquement ! Autant je juge normal qu’une découverte, qu’un contrat gagné, qu’un marché remporté, qu’un résultat financier brillant soient fortement récompensés, autant l’automaticité parfois pharaonique me semble très inopportune voire choquante.
Je suis prêt à justifier des écarts très importants par rapport à la moyenne des Français dans les 1er cas. Dans le second, je souhaite une plus juste appréciation des hiérarchies nécessaires.
L’irruption totalement débridée du capitalisme financier dans notre pays est en train de créer une vraie onde de choc, à laquelle nous ne sommes absolument pas préparés. Nous ne sommes pas un pays anglo-saxon où l’argent est une mesure reconnue de la valeur et de l’effort.
L’aspiration à l’égalité ou tout au moins à un encadrement des hiérarchies est vraiment dans notre tempérament. Nous sommes vite jaloux, envieux, dénonciateurs, rarement enclins à facilement accepter et considérer comme normal que le voisin soit plus riche que soi…
Il y a 20 ans, le débat public portait sur une échelle moyenne de rémunérations qui s’étalait de 1 à 2 pour le parti communiste, à 1 à 7 ou 8 pour la droite libérale. Aujourd’hui, l’écart s’est énormément creusé dans des proportions politiquement inacceptables et ingérables.
De 1 à 200…
Faire fortune est totalement légitime voire même souhaitable dès lors que la raison en est intelligible, fondée sur la performance, le génie, le succès. Mais s’il s’agit d’une sorte de rente de situation, de privilège sans contrepartie socialement explicable, c’est vraiment destructeur du consensus économique minimal qui doit exister dans une grande puissance économique démocratique comme la France.
Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle « toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune ».
C’est à mes yeux une très belle maxime, libérale et intelligente politiquement : oui aux hiérarchies ! Mais oui également à la contrepartie des privilèges !
C’est l’addition de ces 2 exigences qui fonde l’équilibre social. Sans cette « utilité commune », la « distinction » devient un fossé jugé excessif dans un premier temps, déclencheur de révoltes et de ruptures dans un second.
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Le caractère « explosif » des chiffres « balancés » en pâture à l’opinion se renforce par la comparaison des évolutions entre la rémunération des dirigeants et celle des actionnaires, qui sont parfois « petits »… et qui ont vu leur portefeuille boursier s’effondrer. L’étude publiée en juin par le « Journal des Finances » faisait ainsi apparaître qu’en 2002, les patrons des sociétés du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter en moyenne de 13%, alors que l’indice boursier chutait dans le même temps de 40%. Cette dissymétrie se complexifie encore par le fait que le revenu moyen des dirigeants de ces sociétés a atteint 2 ,07 millions d’euros (contre 1,8 millions en 2001) alors que ces sociétés ont affiché dans l’année des pertes cumulées supérieures à 20 milliards d’euros.
Alain Marsaud, le Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat et ancien de Vivendi, a donc parfaitement raison de justifier sa demande de mission d’information parlementaire en rappelant que la valorisation boursière des sociétés a parfois été divisée de 10 à 2 au cours des 2 dernières années, et que dans le même temps, les rétributions des PDG ont été multipliées de 2 à 6. Pour conclure justement : « il n’appartient pas à notre Assemblée de s’immiscer dans le fonctionnement ordinaire d’une entreprise privée, cependant (…) la rémunération excessive des dirigeants, non liée aux résultats voire en totale contradiction avec ceux-ci, est de nature à créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter »…
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Au-delà des problèmes de répartition et d’équité entre dirigeants d’entreprises et épargnants, entre patrons et ouvriers, se pose pour tous les salariés du privé et du public la question de la juste rémunération du travail et de l’effort.
Elle est absolument centrale et recèle pour l’avenir autant de risques que de chances !
L’égalitarisme, le nivellement, la non différenciation, la « prime variable fixe »…, découragent, dépriment, dissuadent de faire tout effort puisqu’il n’y a pas de résultat à la clé. Les seuils engendrent autant d’injustices que de droits positifs. Une vie professionnelle sans carrière possible, c’est-à-dire sans évolution des salaires, génère l’usure, la démotivation, la résignation, le contraire de l’énergie nécessaire pour travailler mieux, créer, réagir.
Le niveau des rémunérations est pour certains métiers totalement dissuasif. La revalorisation du travail manuel, à cet égard, passe certainement par l’augmentation des salaires versés. La pénibilité de certaines conditions de travail doit être de ce point de vue compensée, récompensée même. La même fonction selon le lieu où elle est exercée est radicalement différente. Enseigner par exemple au lycée Descartes à Tours ou à Henry IV à Paris, ce n’est pas être à Sarcelles ou à Argenteuil, qui sont au demeurant des villes parfaitement honorables !
La comparaison entre les métiers devient de plus en plus explosive. Beaucoup de nos concitoyens sont prompts à s’étonner de différences parfois incompréhensibles entre des professions également utiles. Prenons par exemple le traitement d’un policier et d’un instituteur…
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Qu’importe pour beaucoup de nos concitoyens le sommet de la pyramide de la société, aussi inatteignable que détonnant.
Par contre, la situation des classes moyennes doit retenir vraiment l’attention.
C’est au fond du plus grand nombre de Français qu’il s’agit, avec bien sûr – sachons le reconnaître – des différences très importantes. C’est cette France qui travaille parfois durement, qui a le culte du service bien fait, du labeur vraiment assumé, de la qualité et de l’effort que nous devons davantage entendre. Encourager. Mieux rémunérer lorsque nombreuses sont les heures supplémentaires accomplies. Bien supérieures aux 35 heures réservées à des Français privilégiés.
N’ayons pas peur de continuer sur la voie de la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle ne doit pas être liée, dans son principe, aux marges de manœuvre disponibles. Elle est un impératif pour mettre un terme au sentiment de pénalisation du travail et de l’effort.
Elle n’est pas, en tant que telle, l’étape qui suit la remise en ordre des déficits publics. C’est son rythme et son montant, qui seuls, sont conditionnés par les possibilités financières de nos grands argentiers…
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Jérôme Jaffré dans « le Monde » d’aujourd’hui parle de droite sans complexe.
« Depuis 15 mois, il se produit une petite révolution politique. Pour la première fois depuis l’ère pompidolienne, il y a trois décennies, la droite au pouvoir s’assume sans complexe comme telle. »
Cette droite doit être intelligente, raisonnable et humaine. C’est la raison pour laquelle elle ne peut fermer les yeux et croiser les bras face aux excès du capitalisme financier récemment constatés en France. Elle ne peut non plus rester sourde aux revendications légitimes de la France pompidolienne, de cette France qui refuse l’égalitarisme mais pas l’équité.

