DISCOURS de la Rue de Valois
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Documents de campagne


Renaud Donnedieu de Vabres

Ancien Ministre, Conseiller municipal de Tours

 

“Ce pays n’aime pas ses enfants” lance le père d’un jeune raveur amputé de sa main droite.

26 juillet 2003
Enregistré dans : Société — RDDV @ 12:54 pm --- Imprimer ce Post

La photo publiée par le Journal du Dimanche en dit long sur le désespoir et l’incompréhension malgré la proximité familiale, l’affection paternelle : Un lit d’hôpital, un père, la cinquantaine, retraité de l’armée de terre, au chevet de son fils, un jeune de 19 ans, revenu gravement blessé d’une amorce de rave party qui a mal tourné puisqu’il a fallu l’amputer de la main droite. Son regard, vide et usé en dit long sur la détresse, l’engrenage de plus en plus subi, plus ou moins volontaire qui conduit de l’escapade nocturne, de l’ivresse de la musique techno à la violence, à l’affrontement brutal avec les forces de l’ordre. C’est en relançant une grenade qui venait d’atterrir à ses pieds que le garçon a déclenché l’explosion. Les propos du père traduisent un immense désarroi, une haine à fleur de peau tant est forte sa douleur, ayant cru, dans son rôle de père, bien faire, c’est à dire tracer la voie tout en respectant la liberté individuelle. “On parle beaucoup entre nous. L’alcool et la drogue ne sont pas des sujets tabous et nous avons des rapports de confiance. On leur dit toujours de dormir où ils sont, plutôt que d’essayer de rentrer à tout prix à la maison”. La colère, paternellement amnésique de certains faits, se fait entendre juste après : “on a envoyé des militaires lourdement équipés taper sur des jeunes qui demandaient à écouter de la musique cela pour satisfaire la volonté de pouvoir de certains. Je remonterai les responsabilités jusqu’au plus haut niveau de la décision. On n’utilise pas des armes contre des gamins (…). Aujourd’hui, les hommes politiques s’invitent aux 60 ans de Johnny ou de Mike Jagger et tapent sur les gosses de la techno. Décidément, ce pays n’aime pas ses enfants”. *** Le même week-end, dans l’édition des 26 et 27 juillet, “Libération” publie un courrier des lecteurs tectonique au titre délibérément pathétique : “J’avoue ma faute” avec comme sous-titre; “on a laissé trop de jeunes sombrer dans la haine et le repli”. L’auteur est le co-parolier d’Alex Métayer avec lequel, au milieu des années 70, il raconte avoir écrit le sketch intitulé “le fils réac”. Ecoutons ce professeur de sciences économiques et sociales, “pousser le cri d’alarme d’un vieux monsieur” qui s’adresse à ses co-religionnaires de mai 68… “Les replis intégristes que l’on constate dans les banlieues - et dont sont victimes les traditionnels boucs-émissaires, filles, juifs et homosexuels (il manque juste les handicapés et les Tsiganes, ça viendra !) – sont des symptômes de la crise de la raison et de celle de la modernité. Notre génération est prise entre 2 feux. Le feu de nos parents qui avaient tendance à réprimer toute manifestation de liberté sexuelle et celui de jeunes dont certains pourraient nous “rapper” “une fille qui a du plaisir, c’est une pute, faut la brûler”. Nous avons (oui, nous !) abandonné, nous abandonnerons encore, les jeunes au libéralisme dévastateur, à la télévision anthropophage, à la publicité dégradante, au monde des marchands tous azimuts, à la normalité impitoyable et ravageuse de l’idéologie du “maillon faible”. Et nous nous étonnons que les valeurs de démocratie et de respect de l’autre soient à ce point foulées aux pieds. Nous nous étonnons de voir monter la violence quand nous n’assumons plus le travail de la culture qui aurait dû nous en tenir éloignés. Nous sommes responsables de ces dérives. Enfant de Mai. Il est temps de réagir. Sous prétexte de lutter contre l’autoritarisme, nous n’avons pas su tenir ensemble les pôles d’interdicteurs identificatoires et d’écouteurs compréhensifs vis-à-vis de nos enfants. Nous avons abandonné maintes fois l’un ou l’autre de ces pôles pour finalement délaisser l’idée même d’autorité. Nous avons abandonné progressivement les rites initiatiques de passage qui structuraient en les intégrant tous les adolescents de toutes les sociétés humaines avant la nôtre. Nous avons abdiqué dans notre lutte contre la société de consommation, pour fabriquer ou pour laisser fabriquer le monde du conformisme frustré et laisser les enfants à la furie des offreurs de rêves artificiels , qui “griffent” les jeunes à coups de marques de fringues, par absence de marquage social, en surdéveloppant en eux les valeurs d’individualisme, de mépris de l’Autre et d’amour du fric. Il est urgent et nécessaire d’aller à la rencontre des jeunes avec les quelques outils culturels qui nous restent pour leur apporter la reconnaissance, oxygène de l’existence comme le dit Jean-Jacques Rousseau. Sinon, par absence de père et de repères, ils se comporteront de plus en plus en bandes de pairs, dans le renouvellement de leur violence, tribale, légitimée”. *** Cette stéréo dramatique entre 2 pères marqués par la violence des temps actuels est au cœur même du message politique urgent et nécessaire, que nous devons diffuser avec force et sans complexe : . Comment garantir la liberté de la personne, la libération des mœurs issue ou amorcée par mai 68 sans tomber dans l’enfer de la négation de la dignité humaine, dans le chaos social et l’impasse qui résultent du mépris de l’autre et de l’irrespect de toute norme érigé en maxime de comportement ? . Comment concilier la légitime aspiration à l’épanouissement sans borne du “moi” avec la non moins légitime obligation de fixer des règles, des principes, des valeurs par définition contraignants. Ces branches de l’alternative humaine et politique, traditionnelle et éternelle, trouvent aujourd’hui une portée beaucoup plus cruelle et grave. L’actualité de ce week-end l’a une nouvelle fois prouvé. Après tant d’autres, où viols collectifs, overdoses et agressions armées scandent un monstrueux refrain. Si on reste les bras croisés, les yeux fermés, face à la montée de la violence sous toutes ses formes, il ne faudra pas s’étonner des représailles “spontanées”, des balanciers peu démocratiques, totalement extrémistes, délibérément instinctifs au sens le plus vil et grossier du terme. Est donc en jeu – en cause – le principe même de l’éducation, de ce parcours vers la maturité, l’expérience, la plénitude, la maîtrise de soi. Si nous n’osons plus affirmer comme vitales certaines valeurs, nous n’arriverons plus à “transformer”, à faire changer de nature “l’animal” qui dort en nous, et qui est prêt à tout moment à prendre le dessus. D’où l’extraordinaire difficulté du “métier” de parents dans la France d’aujourd’hui. . Ce n’est pas être “réac” que de vouloir rendre compatibles les droits nouveaux que nous nous sommes justement arrogés avec les principes éternels forcément castrateurs que nous devons nous imposer. . Ce n’est pas être “facho” – pour reprendre les caricatures consacrées ! – que de réguler les besoins nouveaux issus de notre époque avec les maximes de vie que chacun doit appliquer pour éviter des dérives qui deviennent parfois aussi insupportables que dangereuses. . Ce n’est pas être “archéo” que de rappeler la nécessité de donner du sens, de la valeur, une certaine forme de beauté et d’élévation spirituelle à nos actes, à notre comportement, à notre vie. De ce point de vue, le langage politique ne doit plus avoir peur d’appeler au dépassement de soi, à l’effort, à l’engagement individuel, à la responsabilité de la personne. Ce n’est pas être l’apôtre d’une morale révolue que de le proclamer. Un pays n’aime pas ses enfants lorsqu’il ne leur offre ni liberté, ni règle ; ni rêve, ni effort ; ni idéal, ni vérité. . “L’arme” qui est parfois utilisée contre les gamins, pour reprendre l’expression du père meurtri, c’est la lâcheté, la démagogie, la faiblesse, le manque d’amour, la veulerie. C’est un réveil exigeant auquel nous devons songer, si nous voulons répondre au cri d’alarme de ces 2 pères. La mobilisation des esprits doit être absolument générale. Impliquer chacun. Sans quoi les repentances ne seront que des exercices sympathiques mais inutiles car sans portée concrète. Il ne s’agit pas d’enterrer “mai 68”, mais d’en sélectionner et de n’en garder que la part de progrès générée par toute révolution culturelle. Oui à l’hymne à la liberté ! Non à l’interdiction d’interdire, car elle débouche parfois sur la haine, la blessure, la mort. Halte au feu !

Société
 
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Blair

20 juillet 2003
Enregistré dans : Economie, International — RDDV @ 2:07 am --- Imprimer ce Post

Mardi 19 novembre. Il est tôt à la gare du Nord, où j’ai rendez-vous avec Alain Juppé, Jean-Claude Gaudin, Philippe Douste-Blazy que j’accompagne, en tant que Président du groupe parlementaire d’amitié France – Grande Bretagne et Irlande du Nord, pour une journée à Londres.

Eurostar. Le tunnel sous la Manche. Que de découvertes ! Un peu de retard. Attention à la répétition car cela remet l’avion dans le coup… L’arrivée à Waterloo Station au cœur de cette ville magnifique, certes contrastée, mais rayonnante d’une vraie puissance. Paris ne doit pas s’endormir ! Nous arrivons en retard dans les splendides locaux du Parlement pour rencontrer le leader du parti conservateur, Mr. Duncan Smith. Cet homme élégant et intelligent nous « signifie » sa conception de l’Europe. Il est notre « homologue », notre partenaire logique ! Il faudra que l’eau coule sous les ponts de Londres et de Paris pour que se crée une dynamique européenne entre nous. Mais c’est l’objectif que rappelle avec tact et mesure Alain Juppé. Je comprends la fierté du leader conservateur, sa volonté de défendre les couleurs de son pays, de sa famille politique. A nous de le rendre moins sensible aux sirènes « européennes » de Philippe de Villiers…

Déjeuner dans un prestigieux Club anglais avec de nombreux chefs d’entreprises français. Lieu magique. « L’atmosphère » rare et impressionnante de la grande tradition britannique. Les siècles façonnent une perfection décontractée et chaleureuse. Mais attention à la fausse note dans cet univers rituel et parfait.

Une magnifique bibliothèque abrite des échanges vifs et directs où se mêlent les clichés sur les différences entre les deux pays, les expériences vécues, racontées avec la passion justifiée par le risque et la réussite, la volonté pour nous de défendre malgré tout le « modèle » français qui doit se réformer — c’est notre objectif politique – mais que nous aimons ! Curieux dialogue parfois entre des Français que séparent désormais un mode de vie et un système de valeurs assez différents de ceux que l’hexagone façonne…

En présence de nos amis journalistes, à plusieurs reprises, Alain Juppé sauve la France !

Au fur et à mesure que nous nous rapprochions du moment fort de la journée – la rencontre avec le Premier Ministre Tony Blair – me revint en mémoire avec brutalité et ivresse son discours à l’Assemblée Nationale au cours de la dernière législature.

Dans un français parfait, avec l’efficacité conférée par le talent, le charisme et l’esprit d’à propos, il a désespéré définitivement ses « amis » socialistes français par l’évocation d’un souvenir estudiantin aux contours tectoniques !

Saint Germain des Prés. Un bar. Un patron. Des clients. Des pourboires. Une caisse pour les déposer sans délai. Une promesse de répartition équitable en fin de mois… La fin de non recevoir du patron ! D’où la conclusion, torride, définitive, jubilatoire pour la droite : « ce jour-là j’ai compris le socialisme à la française… » Nous debout ! Eux, le gouvernement et la majorité socialiste furieux, amers, trahis, provoqués, impuissants, venimeux, anti-anglais !

10 Downing Street. Je croyais que c’était une petite maison au bord d’une rue passante… C’est un lieu protégé – ce qui est plus que normal – et « habité » à tous les sens du terme. Ni bureau solennel, ni résidence accessible, tout à la fois le siège du pouvoir et le lieu vivant, prestigieux mais chaleureux. Au moment de la photo finale, les exclamations du jeune Léo, le fils de Tony Blair que le protocole n’a pas cherché à éloigner.

Alain Juppé rencontre tout d’abord en tête à tête Tony Blair. Le « messager » préféré de Jacques Chirac avait certainement un objectif… Nous discutons dans la salle du Conseil avec l’équipe du Premier Ministre. Atmosphère directe, amicale, conviviale, constructive. Les divorces rituels entre nous n’arrivent pas à éliminer la proximité culturelle, politique, humaine.

L’entrée de Tony Blair restera longtemps dans ma mémoire. Une vraie lumière. Celle de l’âme, du physique, de l’être. En chemise. Sans veste. Sans huissier. Avec l’apparat de ce qu’il est.

Un grand Européen, résolu à convaincre son peuple de la nécessité de l’Euro… Ce qui est un défi à sa portée ! Un homme au rayonnement exceptionnel.

Fin de l’entretien. Il disparaît dans son bureau, contigu. Un coup de fil avec Bush… Non ! Il va chercher sa veste pour la photo finale.

Malgré la force de cette rencontre, qui n’a pas besoin de support sur papier, je veux l’immortaliser. Il me faut les coordonnées du photographe de l’agence Gamma, qui était avec nous. C’est urgent et impératif ! Pas par orgueil personnel. Pour fixer ce moment fort de ma vie politique.

J’admire Alain Juppé face à la presse, cherchant avec malice, « sadisme » et intelligence à nous faire avouer notre proximité, notre complicité avec Tony Blair, même si sa réussite – soyons juste – repose sur les fondations de Margaret Thatcher…

Il résiste. Du coup, ils cherchent à lui faire annoncer la date du prochain sommet franco-britannique… Histoire de créer l’harmonie entre lui et Dominique de Villepin ! ! !

Dimanche 24 novembre. Eurostar. Rebelote ! Pour être à l’heure, le lendemain matin, à une conférence « ministérielle » sur le crime organisé dans l’Europe du sud-est, où Dominique de Villepin m’a fait le clin d’œil amical de me désigner pour diriger la délégation française…

Journée étonnante à bien des égards ! Je révélerai pourquoi le moment venu, que j’espère le plus proche possible !

Journée précédée par un dîner avec une équipe de diplomates français, particulièrement intelligents et accueillants, et une nuit dans cette très belle ambassade dont le nouveau maître est aussi subtil que prospectif, attentif à tout et à chacun, parfaitement à l’aise dans cette grande fonction républicaine.

Je retrouve le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Jack Straw, que nous avions rencontré mardi. Précis. Volontaire. Energique. Fier d’être l’inspirateur de ce rassemblement de la Grande Europe, qui doit rester proche des réalités citoyennes pour ne pas devenir une utopie élitiste.

Il introduit le véritable responsable de la lutte contre la criminalité organisée, Mr. David Blunkett.

Quelle belle revanche sur l’adversité de la vie. Un ministre de l’Intérieur aveugle, dont l’autorité naturelle, la fermeté rayonnante et l’intelligence particulièrement percutante sont un pied de nez au handicap.

Au terme de son brillant discours, de la mobilisation souhaitée par le Royaume-Uni et l’Union Européenne contre les mafias, les trafics, les crimes d’origine balkanique, il repart de la magnifique salle richement décorée de Lancaster House, escorté par son chien. Quelle vision incroyable ! Quelle grande capacité au respect que celle de l’opinion publique britannique… En serions-nous capables ? C’est un beau défi symbolique à relever - Un de plus !

Je débute l’après-midi par la séance de questions d’actualité à la Chambre des Communes, grâce à l’hospitalité improvisée mais chaleureuse du « speaker » de la Chambre. Dans ce temple de la démocratie parlementaire, je suis frappé par la vivacité des débats, mais aussi par le respect de l’institution. En entrant dans la salle des débats, où gouvernement et majorité font ensemble face à l’opposition, chaque parlementaire marque un temps d’arrêt sur une bande blanche fixée au sol et salue d’un mouvement de tête. Une sorte de purification avant le débat démocratique…

Tony Blair est percutant, malgré les difficultés générées par la grève générale des pompiers, qui commence à paralyser nombre d’activités dans le pays. L’armée est réquisitionnée pour garantir la sécurité des édifices et des moyens de transport performants mais vulnérables.

Il essaye de justifier la fermeté de son gouvernement par la nécessité d’éviter l’extension des revendications à l’ensemble des services publics. \n

Pourquoi priver les uns de ce que les autres auraient obtenu ? C’est en règle générale, en Grande-Bretagne comme en France, la difficulté d’une négociation à chaud.

Au moment de ces débats, je pense à la « méthode Raffarin » et à l’habileté de Gilles de Robien qui permettent de sortir du risque de paralysie du pays. Au-delà des problèmes des transporteurs routiers, si nous réussissons la réforme des retraites en 2003, la pratique gouvernementale française fera référence… européenne !

Dernière étape de la journée : la prise de contact avec Madame Joyce Quin, Député, mon homologue à la présidence du groupe d’amitié parlementaire britannico-français.

Elle a été Ministre des Affaires Européennes. Elle parle remarquablement français – je me trouve nul car mon anglais est loin d’être parfait ! Sa vivacité d’esprit, son humour élégant et sa tranquille fermeté me permettent d’envisager un travail fructueux pour célébrer dans un an le centenaire de l’entente cordiale… qu’auront d’ici-là certainement fêté le Président de la République Jacques Chirac et Tony Blair ! ! !

Je débute l’après-midi par la séance de questions d’actualité à la Chambre des Communes, grâce à l’hospitalité improvisée mais chaleureuse du « speaker » de la Chambre. Dans ce temple de la démocratie parlementaire, je suis frappé par la vivacité des débats, mais aussi par le respect de l’institution. En entrant dans la salle des débats, où gouvernement et majorité font ensemble face à l’opposition, chaque parlementaire marque un temps d’arrêt sur une bande blanche fixée au sol et salue d’un mouvement de tête. Une sorte de purification avant le débat démocratique…

Tony Blair est percutant, malgré les difficultés générées par la grève générale des pompiers, qui commence à paralyser nombre d’activités dans le pays. L’armée est réquisitionnée pour garantir la sécurité des édifices et des moyens de transport performants mais vulnérables.

Il essaye de justifier la fermeté de son gouvernement par la nécessité d’éviter l’extension des revendications à l’ensemble des services publics.

Je lui propose d’assister à la rencontre de rugby le 15 février France – Angleterre… Je comprends que ce n’est pas son sport favori… Je transformerai l’essai une autre fois !

Compétition internationale
 
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L’échelle des rémunérations en France doit obéir à des règles intelligibles. Ce n’est pas le cas !

10 juillet 2003
Enregistré dans : Emploi et précarité — RDDV @ 3:14 pm --- Imprimer ce Post

Est-ce l’annonce de l’arbitrage américain concernant le très « golden » parachute de Jean-Marie Messier qui a mis le feu aux poudres ? Est-ce la publication par le « Journal des Finances » de la mi-juin d’une vraie bombe concernant les salaires des patrons du CAC 40 ? Est-ce la révélation des montants des stocks options attribués à certains dirigeants jour après jour par l’ensemble de la presse ? Le fait est, en tout cas, que la question des modalités de la rémunération des élites françaises est posée. A juste titre, n’en déplaise à Ernest-Antoine Seillière qui a déclaré le 7 juin : « les questions de rémunération sont l’affaire des actionnaires, des conseils d’administration et des directions. »

Il fut un temps assez récent où l’AFEP (association des dirigeants des grandes entreprises françaises) avait décidé une totale transparence sur les salaires et avantages des PDG. Je me rappelle avoir à l’époque vivement réagi contre, car si je comprends les réalités de la concurrence et de la stimulation des énergies par l’argent, j’estime inopportun de jeter en pâture à l’opinion des chiffres aussi exorbitants. La transparence absolue est souvent ingérable politiquement ! Autant je juge normal qu’une découverte, qu’un contrat gagné, qu’un marché remporté, qu’un résultat financier brillant soient fortement récompensés, autant l’automaticité parfois pharaonique me semble très inopportune voire  choquante.

Je suis prêt à justifier des écarts très importants par rapport à la moyenne des Français dans les 1er cas. Dans le second, je souhaite une plus juste appréciation des hiérarchies nécessaires.

L’irruption totalement débridée du capitalisme financier dans notre pays est en train de créer une vraie onde de choc, à laquelle nous ne sommes absolument pas préparés. Nous ne sommes pas un pays anglo-saxon où l’argent est une mesure reconnue de la valeur et de l’effort.

L’aspiration à l’égalité ou tout au moins à un encadrement des hiérarchies est vraiment dans notre tempérament. Nous sommes vite jaloux, envieux, dénonciateurs, rarement enclins à facilement accepter et considérer comme normal que le voisin soit plus riche que soi…

Il y a 20 ans, le débat public portait sur une échelle moyenne de rémunérations qui s’étalait de 1 à 2 pour le parti communiste, à 1 à 7 ou 8 pour la droite libérale. Aujourd’hui, l’écart s’est énormément creusé dans des proportions politiquement inacceptables et ingérables.

De 1 à 200…

Faire fortune est totalement légitime voire même souhaitable dès lors que la raison en est intelligible, fondée sur la performance, le génie, le succès. Mais s’il s’agit d’une sorte de rente de situation, de privilège sans contrepartie socialement explicable, c’est vraiment destructeur du consensus économique minimal qui doit exister dans une grande puissance économique démocratique comme la France.

Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle «  toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune ».

C’est à mes yeux une très belle maxime, libérale et intelligente politiquement : oui aux hiérarchies ! Mais oui également à la contrepartie des privilèges !

C’est l’addition de ces 2 exigences qui fonde l’équilibre social. Sans cette « utilité commune », la « distinction » devient un fossé jugé excessif dans un premier temps, déclencheur de révoltes et de ruptures dans un second.

***

Le caractère « explosif » des chiffres « balancés » en pâture à l’opinion se renforce par la comparaison des évolutions entre la rémunération des dirigeants et celle des actionnaires, qui sont parfois « petits »… et qui ont vu leur portefeuille boursier s’effondrer. L’étude publiée en juin par le « Journal des Finances » faisait ainsi apparaître qu’en 2002, les patrons des sociétés du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter en moyenne de 13%, alors que l’indice boursier chutait dans le même temps de 40%. Cette dissymétrie se complexifie encore par le fait que le revenu moyen des dirigeants de ces sociétés a atteint 2 ,07 millions d’euros (contre 1,8 millions en 2001) alors que ces sociétés ont affiché dans l’année des pertes cumulées supérieures à 20 milliards d’euros.

Alain Marsaud, le Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat et ancien de Vivendi, a donc parfaitement raison de justifier sa demande de mission d’information parlementaire en rappelant que la valorisation boursière des sociétés a parfois été divisée de 10 à 2 au cours des 2 dernières années, et que dans le même temps, les rétributions des PDG ont été multipliées de 2 à 6. Pour conclure justement : « il n’appartient pas à notre Assemblée de s’immiscer dans le fonctionnement ordinaire d’une entreprise privée, cependant (…) la rémunération excessive des dirigeants, non liée aux résultats voire en totale contradiction avec ceux-ci, est de nature à créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter »…

***

Au-delà des problèmes de répartition et d’équité entre dirigeants d’entreprises et épargnants, entre patrons et ouvriers, se pose pour tous les salariés du privé et du public la question de la juste rémunération du travail et de l’effort.

Elle est absolument centrale et recèle pour l’avenir autant de risques que de chances !

L’égalitarisme, le nivellement, la non différenciation, la « prime variable fixe »…, découragent, dépriment, dissuadent de faire tout effort puisqu’il n’y a pas de résultat à la clé. Les seuils engendrent autant d’injustices que de droits positifs. Une vie professionnelle sans carrière possible, c’est-à-dire sans évolution des salaires, génère l’usure, la démotivation, la résignation, le contraire de l’énergie nécessaire pour travailler mieux, créer, réagir.

Le niveau des rémunérations est pour certains métiers totalement dissuasif. La revalorisation du travail manuel, à cet égard, passe certainement par l’augmentation des salaires versés. La pénibilité de certaines conditions de travail doit être de ce point de vue compensée, récompensée même. La même fonction selon le lieu où elle est exercée est radicalement différente. Enseigner par exemple au lycée Descartes à Tours ou à Henry IV à Paris, ce n’est pas être à Sarcelles ou à Argenteuil, qui sont au demeurant des villes parfaitement honorables !

La comparaison entre les métiers devient de plus en plus explosive. Beaucoup de nos concitoyens sont prompts à s’étonner de différences parfois incompréhensibles entre des professions également utiles. Prenons par exemple le traitement d’un policier et d’un instituteur…

***

Qu’importe pour beaucoup de nos concitoyens le sommet de la pyramide de la société, aussi inatteignable que détonnant.

Par contre, la situation des classes moyennes doit retenir vraiment l’attention.

C’est au fond du plus grand nombre de Français qu’il s’agit, avec bien sûr – sachons le reconnaître – des différences très importantes. C’est cette France qui travaille parfois durement, qui a le culte du service bien fait, du labeur vraiment assumé, de la qualité et de l’effort que nous devons davantage entendre. Encourager. Mieux rémunérer lorsque nombreuses sont les heures supplémentaires accomplies. Bien supérieures aux 35 heures réservées à des Français privilégiés.

N’ayons pas peur de continuer sur la voie de la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle ne doit pas être liée, dans son principe, aux marges de manœuvre disponibles. Elle est un impératif pour mettre un terme au sentiment de pénalisation du travail et de l’effort.

Elle n’est pas, en tant que telle, l’étape qui suit la remise en ordre des déficits publics. C’est son rythme et son montant, qui seuls, sont conditionnés par les possibilités financières de nos grands argentiers…

***

Jérôme Jaffré dans « le Monde » d’aujourd’hui parle de droite sans complexe.

« Depuis 15 mois, il se produit une petite révolution politique. Pour la première fois depuis l’ère pompidolienne, il y a trois décennies, la droite au pouvoir s’assume sans complexe comme telle. »

Cette droite doit être intelligente, raisonnable et humaine. C’est la raison pour laquelle elle ne peut fermer les yeux et croiser les bras face aux excès du capitalisme financier récemment constatés en France. Elle ne peut non plus rester sourde aux revendications légitimes de la France pompidolienne, de cette France qui refuse l’égalitarisme mais pas l’équité.

 
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