ANTISEMITISME
Non !
La question du droit lui-même à l’existence et à la sécurité de l’Etat d’Israël dans des frontières sûres et reconnues ne fait pas débat en France ! Ce qui fait l’objet d’une confrontation démocratique normale c’est la politique de M. Sharon.
J’aurais aimé rappeler cette évidence française à l’université hébraïque de Jérusalem au moment du jeu des questions et des réponses, car Bernard-Henri Lévy ne l’a pas fait… Le « prince » de la philosophie faisait une conférence sur son dernier livre « Qui a tué Daniel Pearl ? ». Toute la maison Grasset était là. Arielle Dombasle troublait l’assistance très nombreuse de sa mythique beauté et de son élégance très sophistiquée. Béni Lévy, l’ancien assistant de Jean-Paul Sartre, avait ouvert la séance de manière brillante et théâtrale. Dans ce magnifique amphithéâtre de l’université hébraïque de Jérusalem, blanc, très moderne, peu d’étudiants, des Français de religion juive, des Israéliens, tous unis par la volonté très légitime de lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme. Passionnés par la défense de l’Etat d’Israël. Naturellement peu enclins à la moindre concession au terme d’une journée marquée une nouvelle fois par la barbarie terroriste.
Une salle surchauffée. Un public prêt à vibrer, à résonner au son des paroles de Bernard-Henri Lévy, avec cette diction parfois heurtée, toujours chaude et émue, qui donne aux mots leur relief tragique et leur sens appuyé.
Le monstrueux assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, en train d’enquêter sur les réseaux du financement du terrorisme au Pakistan, parce qu’il est commis à Karachi et concerne les comparses d’Al Qaïda, permet à BHL de déclarer que « l’argument de la question palestinienne et du conflit proche-oriental comme carburant du terrorisme vole en éclat », allant même jusqu’à comparer l’établissement de ce lien terrorisme islamiste – Palestine aux pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.
Il est certainement difficile de faire la part dans la folie terroriste entre ce qui relève du conflit politique, territorial, économique et culturel entre Israël et l’Etat palestinien, et ce qui plus radicalement a trait à l’extrémisme religieux, au fondamentalisme islamiste.
Mais il est impossible d’exonérer dans l’impasse actuelle Israéliens et Palestiniens de toute responsabilité dans le « recrutement » terroriste.
Chacun convient que Ben Laden n’avait aucune sympathie, pas la moindre solidarité active pour le peuple palestinien. Pour autant, le choc des images des scènes de violence diffusées par les télévisions du monde forge les haines, alimente les spirales qui conduisent aux « bombes humaines ». La mort atroce d’enfants génère de monstrueuses représailles.
BHL ne veut pas que l’antisémitisme soit nourri des caractères contestables de la politique de Sharon ; il récuse – on le comprend ! – l’invective tendant à faire des juifs « les bourreaux modernes » à cause des souffrances des Palestiniens modérés.
Par contre, il est honnête d’admettre et de reconnaître que la critique politique d’un gouvernement ne peut être assimilée à la remise en cause du droit d’Israël à vivre en sécurité, ni à une forme sournoise, évolutive d’antisémitisme rampant.
Rappeler cette ligne jaune est une exigence morale. Un devoir absolu dans cette période de notre vie nationale et internationale où les amalgames honteux deviennent vite fait des engrenages qui conduisent aux bûchers, à la mort. Le dérapage devient injure. On passe à l’acte anodin. On crée l’élan qui entraîne les faibles en donnant un « sens » à leurs exactions. Ils ont alors une raison de vivre : « servir » au sens de la chasse à courre, c’est à dire tuer.
Parce que je respecte le talent et l’intelligence de Bernard-Henri Lévy, je lui en veux terriblement de ne pas avoir répondu sèchement aux propos d’un auditeur enflammé parlant du Quai d’Orsay comme d’un « Karachi français » et déclarant que le « génie français » est en passe de remettre en cause le principe même de l’Etat d’Israël.
J’ai failli prendre le micro. J’étais vraiment en état de choc. De rébellion. Ne pas réagir, c’est pour moi emprunter les habits du futur collabo. Fermer les yeux, se boucher les oreilles n’est tout simplement pas acceptable. Il ne s’agit pas de la défense du gouvernement, mais de notre pays, de son image. De sa réalité.
• Oui, il y a dans les écoles, les manifestations, la rue des rebuts nauséeux d’antisémitisme et de racisme. Mais il n’y a pas en France de contestation tangible d’Israël en tant qu’Etat. Nous sommes sur ces questions véritablement en « battled dress ». Au front. Au combat. A droite, comme à gauche. Reconnaissons là un vrai thème d’union nationale républicaine nécessaire.
• Non, il n’y a pas la moindre trace de racisme voire de complicité avec le terrorisme au ministère français des Affaires étrangères. Ceux qui profèrent ce genre d’insulte – ce n’est bien évidemment pas le cas de BHL - mérite le superbe qualificatif de notre langue, celui de parfait salaud !
En sortant de l’auditorium, j’ai recherché le dialogue avec les Français présents. J’avais besoin d’une sorte de communion pour effacer le sale moment de cette violente apostrophe. J’ai rencontré par hasard un militant de l’UMP du 17ème arrondissement de Paris, préférant Tel Aviv à Jérusalem qu’il considère comme une capitale religieuse étouffante… Avec l’ancien ministre de la mer, Guy Lengagne, membre comme moi de la Commission des Affaires étrangères et de cette délégation, et le Consul Général de France à Jérusalem, nous l’avons véhiculé ! Cela fait partie du charme des rencontres et des hasards de la vie !
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Parce que Daniel Pearl a un père juif, une mère juive et qu’il était juif pratiquant lui-même, Bernard-Henri Lévy fait de son assassinat l’acte antisémite « total ». Ne faut-il pas malheureusement rajouter un mobile supplémentaire, celui de la guerre « sainte » contre l’Occident ? Contre cette civilisation judéo-chrétienne, capitaliste, débauchée, « impure ».
Là encore, l’évoquer, le dire, n’est pas nier la folie de l’holocauste, qui peut de manière immonde, toujours resurgir dans tous les foyers de barbarie qui souillent la planète. C’est situer le débat là où il doit l’être, pour attaquer le mal à la racine avec une juste appréciation de la réalité de l’horreur.
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La nature du lien entre le terrorisme islamiste et le terrorisme palestinien est la question stratégique essentielle des mois qui viennent. Quelle est la part du fondamentalisme purement religieux dans la flamme terroriste ? Quelle est celle de la solidarité dans la lutte politique pour la reconnaissance des droits d’un peuple, d’un Etat, en l’occurrence la Palestine ? Le jour où les Etats-Unis percevront une connexion entre ces étendards, se déclenchera peut-être alors une nécessaire « révision déchirante » de la politique américaine au proche-orient. Leur solidarité sera alors fondée sur leurs intérêts enfin compris…
Sera-t-il trop tard pour régler aussi bien la question palestinienne, que pour éviter la nouvelle « guerre de cent ans » qui semble se profiler entre l’Islam et l’Occident ?
Cette urgence, cette priorité que revêt la réouverture d’une perspective politique de paix entre Israéliens et Palestiniens trouve alors un sens fécond pour l’ensemble du monde et non pour une seule région, meurtrie, épuisée par de séculaires affrontements. Dans une indifférence au fond vraiment révoltante. Alors que dans l’appellation « proche-orient », il y a proche. C’est à dire la rive sud de la Méditerranée. Cet océan qui nous relie et fait qu’à Jérusalem on peut imaginer être en Avignon ou à Arles…
Il est triste que ce soit la crainte d’une déflagration mondiale qui puisse être un ressort pour agir. Mais c’est le cas, car chacun semble s’accommoder de ces morts qui jalonnent chaque jour l’actualité, se résigner à cette fausse impuissance, derrière laquelle se déguise en fait le choix d’un camp.


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