La réforme des retraites est une vraie révolution culturelle.
Les manifestations de ce dimanche sont somme toute assez normales, car il s’agit pour « la rue » de réagir à un langage nouveau, auquel les Français n’ont pas été habitués par M. Jospin et la gauche : celui de la vérité ! Il paraît loin le temps où l’on voulait « raser gratis », promettre sans compter, communiquer au lieu d’agir. Et c’est bien de ranger ce genre d’attitudes dans les oubliettes des mauvais souvenirs politiques passés.
Travailler moins et gagner autant, c’était bien, non ! Certes, mais les réveils sont difficiles et les bénéficiaires finalement moins nombreux dans la réalité qu’on ne le pense. Une France coupée en deux, voilà le beau résultat. Bonjour l’équité ! Sans compter les problèmes en chaîne que cela a créés ou aggravés. Je pense notamment à l’hôpital.
Aujourd’hui, pour garantir aux Français une retraite décente et financée par la répartition, c’est à dire par chacun d’entre nous, nous sommes obligés, tous, de faire un effort supplémentaire : travailler plus ou plus longtemps, pour gagner autant, pour tenter de maintenir les pensions à leur niveau actuel, voire de l’augmenter pour les plus défavorisés, pour lesquels ce n’est vraiment pas du luxe… C’est l’équation proposée par le Gouvernement.
Les Français réagissent.
Ce changement de cap par rapport à la logique des « 35 heures » heurte. Interpelle comme on dit. Prend à rebrousse-poil du confort myope dans lequel chacun douillettement pensait pouvoir continuer à vivre.
« Deux minutes, monsieur le bourreau », expriment certains manifestants. Pourquoi nous ! Pourquoi maintenant ! Remettre à demain une épreuve c’est toujours doux, merveilleux, mais parfois c’est totalement impossible. C’est ce constat de la réalité, de la nécessité, faisant suite aux lâchetés socialistes qui fonde aujourd’hui notre volonté de réforme.
Le paradoxe est cependant que les plus bruyants dans les défilés sont souvent ceux qui ne sont pas directement concernés… « Pas encore », s’alarment certains en quête d’équité totale immédiate, « pas encore » pensent d’autres… qui craignent qu’un jour un même principe s’applique à chaque Français sans exception, remettant ainsi en cause les fameux régimes spéciaux, dont les défenseurs acharnés nous obligent parfois à user nos semelles…
Il paraît d’ailleurs que dans les sphères gouvernementales, on distille finement aux organisations syndicales du transport public en guise d’avertissement sans frais, de conseil amical, qu’il suffirait d’ouvrir le couvercle, de lâcher la meute parlementaire UMP pour que soit « traitée » vigoureusement la question du service minimum et celle de ces régimes hérités du passé. Quelle image est ainsi donnée de nous !
Trêve de plaisanterie.
Soyons francs et honnêtes.
Il est sûr que pèse sur cette partie des manifestants en quelque sorte une épée de Damoclès. S’ils bloquent vraiment le pays, dans cette conjoncture économique difficile, les projecteurs de l’actualité s’allumeront immédiatement sur leurs privilèges. Avec la violence et parfois l’injustice de la période actuelle…
Manifester en démocratie est toujours légitime. C’est un droit. Mais ce qui fonde la crédibilité c’est la proposition. L’idée féconde, audacieuse. Ce n’est pas uniquement le refus. Le pavé.
De ce point de vue, la gauche est toujours en panne. Dans l’impasse. Méritant son naufrage. Personne au PS n’ose lancer la moindre mesure concrète. François Hollande se tait sur ces questions, où il serait attendu et écouté pour peu qu’il ait le minimum de courage qui fait le tri entre les démagogues sans lendemain et les Hommes d’Etat.
Rattraper les cortèges, courir derrière le peuple, n’est tout simplement pas digne. Pas au niveau requis.
Certains responsables syndicaux, eux, ont davantage de vertèbres, de sens de leur mission. Leur soutien à la réforme que nous proposons ne doit d’ailleurs pas être utilisé de manière politicienne. Ils ont le droit au fond de continuer à être « de gauche » et à approuver un pan de la politique de la « droite républicaine » sans franchir la ligne jaune de la compromission, de la coalition.
Lorsque François Chérèque déclare : « remettre en cause ce texte (ndlr ! : la réforme des retraites), c’est inévitablement mettre en difficulté ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner, c’est à dire les plus modestes », il ne devient pas UMP. Il fait preuve de caractère, de bon sens et de franchise.
Je le respecte, et je tiens donc à ne pas empiéter sur sa liberté de pensée. Ni à piétiner son autonomie. Sa liberté.
J’ai par contre le droit de demander à François Hollande ce qu’il en conclut. Comme d’ailleurs de lui poser la question de la mémoire qu’il a du discours de Lionel Jospin lors de l’installation du Conseil National d’Orientation des Retraites…
Il est des sujets fondamentaux qui doivent rassembler au delà des clivages traditionnels. La retraite fait partie de ceux-là. Se planquer, ou se contenter du cri d’Antigone, « tout, tout de suite, ou alors je refuse », ou annoncer inlassablement que « le moment venu, on vous fera des propositions », n’est pas décent.
Il est des conjonctures particulièrement délicates, notamment pour ce qui a trait à l’emploi, où l’esprit de responsabilité face au droit de grève, dont personne ne conteste la légalité, doit prendre le pas. Doit primer dès lors que chacun sait que pour garantir l’avenir de nos retraites, il faudra bien « y » passer. Y étant unis pour réforme, courage, effort, solidarité.
L’heure du choix, du vote a maintenant sonné. Nous sommes prêts à accomplir le geste avec calme mais résolution. Rien ne saurait nous intimider. Nous tiendrons bon ! Mais nous n’aurons pas terminé notre tâche au soir du scrutin, car se continuera l’obligation d’explication aux Français de la portée de la réforme.
Pour eux, ce sera le moment de la vérification concrète. Des comptes précis. De la mesure exacte de l’écart éventuel entre ce que nous avons promis et ce que nous garantissons effectivement. Ne nous leurrons pas et ne trompons personne : en toute hypothèse, la meilleure garantie est celle que l’on se crée soi-même et qui est le fruit de son travail.
Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas droit à un « système » équitable de répartition. Cela signifie qu’est juste le proverbe « aide-toi, le ciel t’aidera » !
Ce n’est pas faire fi de la solidarité nationale nécessaire que de le rappeler. Raffarin n’est pas le bon Dieu ! Mais le ciel en l’occurrence c’est notre gouvernement et sa majorité ! ! ! Allez, restons modestes… la seconde manche c’est la santé pour tous sans faire exploser les comptes de l’assurance maladie… Nous avons du travail, des soucis en perspective ! Mais c’est, je crois, à notre honneur de nous « attaquer » aux dossiers brûlants. Urgents. Non pour démanteler. Mais pour garantir.

