DISCOURS de la Rue de Valois
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Documents de campagne


Renaud Donnedieu de Vabres

Ancien Ministre, Conseiller municipal de Tours

 

La réforme des retraites est une vraie révolution culturelle.

24 mai 2003
Enregistré dans : Economie, Social — RDDV @ 2:05 am --- Imprimer ce Post

Les manifestations de ce dimanche sont somme toute assez normales, car il s’agit pour « la rue » de réagir à un langage nouveau, auquel les Français n’ont pas été habitués par M. Jospin et la gauche : celui de la vérité ! Il paraît loin le temps où l’on voulait « raser gratis », promettre sans compter, communiquer au lieu d’agir. Et c’est bien de ranger ce genre d’attitudes dans les oubliettes des mauvais souvenirs politiques passés.

Travailler moins et gagner autant, c’était bien, non ! Certes, mais les réveils sont difficiles et les bénéficiaires finalement moins nombreux dans la réalité qu’on ne le pense. Une France coupée en deux, voilà le beau résultat. Bonjour l’équité ! Sans compter les problèmes en chaîne que cela a créés ou aggravés. Je pense notamment à l’hôpital.

Aujourd’hui, pour garantir aux Français une retraite décente et financée par la répartition, c’est à dire par chacun d’entre nous, nous sommes obligés, tous, de faire un effort supplémentaire : travailler plus ou plus longtemps, pour gagner autant, pour tenter de maintenir les pensions à leur niveau actuel, voire de l’augmenter pour les plus défavorisés, pour lesquels ce n’est vraiment pas du luxe… C’est l’équation proposée par le Gouvernement.

Les Français réagissent.

Ce changement de cap par rapport à la logique des « 35 heures » heurte. Interpelle comme on dit. Prend à rebrousse-poil du confort myope dans lequel chacun douillettement pensait pouvoir continuer à vivre.

« Deux minutes, monsieur le bourreau », expriment certains manifestants. Pourquoi nous ! Pourquoi maintenant ! Remettre à demain une épreuve c’est toujours doux, merveilleux, mais parfois c’est totalement impossible. C’est ce constat de la réalité, de la nécessité, faisant suite aux lâchetés socialistes qui fonde aujourd’hui notre volonté de réforme.

Le paradoxe est cependant que les plus bruyants dans les défilés sont souvent ceux qui ne sont pas directement concernés… « Pas encore », s’alarment certains en quête d’équité totale immédiate, « pas encore » pensent d’autres… qui craignent qu’un jour un même principe s’applique à chaque Français sans exception, remettant ainsi en cause les fameux régimes spéciaux, dont les défenseurs acharnés nous obligent parfois à user nos semelles…

Il paraît d’ailleurs que dans les sphères gouvernementales, on distille finement aux organisations syndicales du transport public en guise d’avertissement sans frais, de conseil amical, qu’il suffirait d’ouvrir le couvercle, de lâcher la meute parlementaire UMP pour que soit « traitée » vigoureusement la question du service minimum et celle de ces régimes hérités du passé. Quelle image est ainsi donnée de nous !

Trêve de plaisanterie.

Soyons francs et honnêtes.

Il est sûr que pèse sur cette partie des manifestants en quelque sorte une épée de Damoclès. S’ils bloquent vraiment le pays, dans cette conjoncture économique difficile, les projecteurs de l’actualité s’allumeront immédiatement sur leurs privilèges. Avec la violence et parfois l’injustice de la période actuelle…

* * *

Manifester en démocratie est toujours légitime. C’est un droit. Mais ce qui fonde la crédibilité c’est la proposition. L’idée féconde, audacieuse. Ce n’est pas uniquement le refus. Le pavé.

De ce point de vue, la gauche est toujours en panne. Dans l’impasse. Méritant son naufrage. Personne au PS n’ose lancer la moindre mesure concrète. François Hollande se tait sur ces questions, où il serait attendu et écouté pour peu qu’il ait le minimum de courage qui fait le tri entre les démagogues sans lendemain et les Hommes d’Etat.

Rattraper les cortèges, courir derrière le peuple, n’est tout simplement pas digne. Pas au niveau requis.

Certains responsables syndicaux, eux, ont davantage de vertèbres, de sens de leur mission. Leur soutien à la réforme que nous proposons ne doit d’ailleurs pas être utilisé de manière politicienne. Ils ont le droit au fond de continuer à être « de gauche » et à approuver un pan de la politique de la « droite républicaine » sans franchir la ligne jaune de la compromission, de la coalition.

Lorsque François Chérèque déclare : « remettre en cause ce texte (ndlr ! : la réforme des retraites), c’est inévitablement mettre en difficulté ceux qui n’ont pas les moyens d’épargner, c’est à dire les plus modestes », il ne devient pas UMP. Il fait preuve de caractère, de bon sens et de franchise.

Je le respecte, et je tiens donc à ne pas empiéter sur sa liberté de pensée. Ni à piétiner son autonomie. Sa liberté.

J’ai par contre le droit de demander à François Hollande ce qu’il en conclut. Comme d’ailleurs de lui poser la question de la mémoire qu’il a du discours de Lionel Jospin lors de l’installation du Conseil National d’Orientation des Retraites…

Il est des sujets fondamentaux qui doivent rassembler au delà des clivages traditionnels. La retraite fait partie de ceux-là. Se planquer, ou se contenter du cri d’Antigone, « tout, tout de suite, ou alors je refuse », ou annoncer inlassablement que « le moment venu, on vous fera des propositions », n’est pas décent.

Il est des conjonctures particulièrement délicates, notamment pour ce qui a trait à l’emploi, où l’esprit de responsabilité face au droit de grève, dont personne ne conteste la légalité, doit prendre le pas. Doit primer dès lors que chacun sait que pour garantir l’avenir de nos retraites, il faudra bien « y » passer. Y étant unis pour réforme, courage, effort, solidarité.

* * *


L’heure du choix, du vote a maintenant sonné
. Nous sommes prêts à accomplir le geste avec calme mais résolution. Rien ne saurait nous intimider. Nous tiendrons bon ! Mais nous n’aurons pas terminé notre tâche au soir du scrutin, car se continuera l’obligation d’explication aux Français de la portée de la réforme.

Pour eux, ce sera le moment de la vérification concrète. Des comptes précis. De la mesure exacte de l’écart éventuel entre ce que nous avons promis et ce que nous garantissons effectivement. Ne nous leurrons pas et ne trompons personne : en toute hypothèse, la meilleure garantie est celle que l’on se crée soi-même et qui est le fruit de son travail.

Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas droit à un « système » équitable de répartition. Cela signifie qu’est juste le proverbe « aide-toi, le ciel t’aidera » !

Ce n’est pas faire fi de la solidarité nationale nécessaire que de le rappeler. Raffarin n’est pas le bon Dieu ! Mais le ciel en l’occurrence c’est notre gouvernement et sa majorité ! ! ! Allez, restons modestes… la seconde manche c’est la santé pour tous sans faire exploser les comptes de l’assurance maladie… Nous avons du travail, des soucis en perspective ! Mais c’est, je crois, à notre honneur de nous « attaquer » aux dossiers brûlants. Urgents. Non pour démanteler. Mais pour garantir.

Economie
 
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ANTISEMITISME

23 mai 2003
Enregistré dans : Laïcité — RDDV @ 12:32 pm --- Imprimer ce Post

Non !
La question du droit lui-même à l’existence et à la sécurité de l’Etat d’Israël dans des frontières sûres et reconnues ne fait pas débat en France ! Ce qui fait l’objet d’une confrontation démocratique normale c’est la politique de M. Sharon.

J’aurais aimé rappeler cette évidence française à l’université hébraïque de Jérusalem au moment du jeu des questions et des réponses, car Bernard-Henri Lévy ne l’a pas fait… Le « prince » de la philosophie faisait une conférence sur son dernier livre « Qui a tué Daniel Pearl ? ». Toute la maison Grasset était là. Arielle Dombasle troublait l’assistance très nombreuse de sa mythique beauté et de son élégance très sophistiquée. Béni Lévy, l’ancien assistant de Jean-Paul Sartre, avait ouvert la séance de manière brillante et théâtrale. Dans ce magnifique amphithéâtre de l’université hébraïque de Jérusalem, blanc, très moderne, peu d’étudiants, des Français de religion juive, des Israéliens, tous unis par la volonté très légitime de lutter contre toutes les formes de l’antisémitisme. Passionnés par la défense de l’Etat d’Israël. Naturellement peu enclins à la moindre concession au terme d’une journée marquée une nouvelle fois par la barbarie terroriste.

Une salle surchauffée. Un public prêt à vibrer, à résonner au son des paroles de Bernard-Henri Lévy, avec cette diction parfois heurtée, toujours chaude et émue, qui donne aux mots leur relief tragique et leur sens appuyé.

Le monstrueux assassinat du journaliste américain Daniel Pearl, en train d’enquêter sur les réseaux du financement du terrorisme au Pakistan, parce qu’il est commis à Karachi et concerne les comparses d’Al Qaïda, permet à BHL de déclarer que « l’argument de la question palestinienne et du conflit proche-oriental comme carburant du terrorisme vole en éclat », allant même jusqu’à comparer l’établissement de ce lien terrorisme islamiste – Palestine aux pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.

Il est certainement difficile de faire la part dans la folie terroriste entre ce qui relève du conflit politique, territorial, économique et culturel entre Israël et l’Etat palestinien, et ce qui plus radicalement a trait à l’extrémisme religieux, au fondamentalisme islamiste.

Mais il est impossible d’exonérer dans l’impasse actuelle Israéliens et Palestiniens de toute responsabilité dans le « recrutement » terroriste.

Chacun convient que Ben Laden n’avait aucune sympathie, pas la moindre solidarité active pour le peuple palestinien. Pour autant, le choc des images des scènes de violence diffusées par les télévisions du monde forge les haines, alimente les spirales qui conduisent aux « bombes humaines ». La mort atroce d’enfants génère de monstrueuses représailles.

BHL ne veut pas que l’antisémitisme soit nourri des caractères contestables de la politique de Sharon ; il récuse – on le comprend ! – l’invective tendant à faire des juifs « les bourreaux modernes » à cause des souffrances des Palestiniens modérés.

Par contre, il est honnête d’admettre et de reconnaître que la critique politique d’un gouvernement ne peut être assimilée à la remise en cause du droit d’Israël à vivre en sécurité, ni à une forme sournoise, évolutive d’antisémitisme rampant.

Rappeler cette ligne jaune est une exigence morale. Un devoir absolu dans cette période de notre vie nationale et internationale où les amalgames honteux deviennent vite fait des engrenages qui conduisent aux bûchers, à la mort. Le dérapage devient injure. On passe à l’acte anodin. On crée l’élan qui entraîne les faibles en donnant un « sens » à leurs exactions. Ils ont alors une raison de vivre : « servir » au sens de la chasse à courre, c’est à dire tuer.

Parce que je respecte le talent et l’intelligence de Bernard-Henri Lévy, je lui en veux terriblement de ne pas avoir répondu sèchement aux propos d’un auditeur enflammé parlant du Quai d’Orsay comme d’un « Karachi français » et déclarant que le « génie français » est en passe de remettre en cause le principe même de l’Etat d’Israël.

J’ai failli prendre le micro. J’étais vraiment en état de choc. De rébellion. Ne pas réagir, c’est pour moi emprunter les habits du futur collabo. Fermer les yeux, se boucher les oreilles n’est tout simplement pas acceptable. Il ne s’agit pas de la défense du gouvernement, mais de notre pays, de son image. De sa réalité.

•    Oui, il y a dans les écoles, les manifestations, la rue des rebuts nauséeux d’antisémitisme et de racisme. Mais il n’y a pas en France de contestation tangible d’Israël en tant qu’Etat. Nous sommes sur ces questions véritablement en « battled dress ». Au front. Au combat. A droite, comme à gauche. Reconnaissons là un vrai thème d’union nationale républicaine nécessaire.

•    Non, il n’y a pas la moindre trace de racisme voire de complicité avec le terrorisme au ministère français des Affaires étrangères. Ceux qui profèrent ce genre d’insulte – ce n’est bien évidemment pas le cas de BHL - mérite le superbe qualificatif de notre langue, celui de parfait salaud !

En sortant de l’auditorium, j’ai recherché le dialogue avec les Français présents. J’avais besoin d’une sorte de communion pour effacer le sale moment de cette violente apostrophe. J’ai rencontré par hasard un militant de l’UMP du 17ème arrondissement de Paris, préférant Tel Aviv à Jérusalem qu’il considère comme une capitale religieuse étouffante… Avec l’ancien ministre de la mer, Guy Lengagne, membre comme moi de la Commission des Affaires étrangères et de cette délégation, et le Consul Général de France à Jérusalem, nous l’avons véhiculé ! Cela fait partie du charme des rencontres et des hasards de la vie !

*  *  *

Parce que Daniel Pearl a un père juif, une mère juive et qu’il était juif pratiquant lui-même, Bernard-Henri Lévy fait de son assassinat l’acte antisémite « total ». Ne faut-il pas malheureusement rajouter un mobile supplémentaire, celui de la guerre « sainte » contre l’Occident ? Contre cette civilisation judéo-chrétienne, capitaliste, débauchée, « impure ».

Là encore, l’évoquer, le dire, n’est pas nier la folie de l’holocauste, qui peut de manière immonde, toujours resurgir dans tous les foyers de barbarie qui souillent la planète. C’est situer le débat là où il doit l’être, pour attaquer le mal à la racine avec une juste appréciation de la réalité de l’horreur.

*  *  *

La nature du lien entre le terrorisme islamiste et le terrorisme palestinien est la question stratégique essentielle des mois qui viennent. Quelle est la part du fondamentalisme purement religieux dans la flamme terroriste ? Quelle est celle de la solidarité dans la lutte politique pour la reconnaissance des droits d’un peuple, d’un Etat, en l’occurrence la Palestine ? Le jour où les Etats-Unis percevront une connexion entre ces étendards, se déclenchera peut-être alors une nécessaire « révision déchirante » de la politique américaine au proche-orient. Leur solidarité sera alors fondée sur leurs intérêts enfin compris…

Sera-t-il trop tard pour régler aussi bien la question palestinienne, que pour éviter la nouvelle « guerre de cent ans » qui semble se profiler entre l’Islam et l’Occident ?

Cette urgence, cette priorité que revêt la réouverture d’une perspective politique de paix entre Israéliens et Palestiniens trouve alors un sens fécond pour l’ensemble du monde et non pour une seule région, meurtrie, épuisée par de séculaires affrontements. Dans une indifférence au fond vraiment révoltante. Alors que dans l’appellation « proche-orient », il y a proche. C’est à dire la rive sud de la Méditerranée. Cet océan qui nous relie et fait qu’à Jérusalem on peut imaginer être en Avignon ou à Arles…

Il est triste que ce soit la crainte d’une déflagration mondiale qui puisse être un ressort pour agir. Mais c’est le cas, car chacun semble s’accommoder de ces morts qui jalonnent chaque jour l’actualité, se résigner à cette fausse impuissance, derrière laquelle se déguise en fait le choix d’un camp.

 
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« L’accoutumance » au conflit israélo-palestinien doit mobiliser les Européens. Pour y mettre fin.

19 mai 2003
Enregistré dans : International — RDDV @ 11:27 am --- Imprimer ce Post

Retrouvons l’orgueil de faire ! L’audace d’essayer ! La volonté de parler, d’écouter, d’imposer. De réagir. De ne pas rester éternellement les bras croisés face à un conflit méditerranéen, européen. Qu’il devrait nous appartenir de régler.

Non pas au nom d’une « puissance européenne » hostile par principe et par construction aux Etats-Unis et cherchant par tous les moyens à exister en s’opposant. Phase classique de la puberté politique… Mais parce que tout simplement il s’agit de la rive sud de la Méditerranée, cet océan baptisé de « continent liquide ». Non une frontière, mais un vecteur de communication, de liaisons d’autant plus naturelles qu’elles unissent des peuples appartenant à la même civilisation.

*  *  *

En assistant en 1995 aux obsèques d’Itzhak Rabin sur le mont Herzl de Jérusalem, j’avais eu le sentiment en partageant l’émotion générale particulièrement sincère et forte, qu’un engrenage infernal s’ouvrait. Celui qui naît d’une phrase simple mais lourde de conséquences violentes : «  à qui la faute » ? Cette maxime interrogative génère le sentiment de légitime défense, la certitude du bon droit. Tout ce qui fonde la haine, la guerre, le terrorisme, le coup de force. Une phrase dans les têtes de chacun, dès lors qu’un événement « cogne » à la une de l’actualité trop quotidiennement sanglante.

*  *  *

En découvrant plus longuement Israël et les Territoires Palestiniens lors de ce voyage de quatre jours de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale, au terme d’entretiens des deux côtés du mur qui se construit jour après jour, je suis davantage convaincu de l’urgence impérative à refaire de la paix dans cette magnifique « région » une priorité de la Communauté internationale.

Ce n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. D’où la nécessité des coups de projecteur qu’il faut donner sur ces affrontements qui se nourrissent inlassablement de la spirale des représailles, qui font naturellement suite à la provocation d’un camp.

A quand une vraie mobilisation du monde ? Celle qui garantira effectivement aux Israéliens de vivre dans leur Etat en sécurité et aux Palestiniens d’avoir enfin un Etat indépendant, dont le tracé des frontières assure la viabilité.

Pourquoi ne pas envoyer les dizaines de milliers de casques bleus indispensables pour imposer la paix ? Faire que chaque partie retrouve le chemin du vrai dialogue que n’interrompent pas les massacres. Les factions terroristes, d’où qu’elles viennent, seraient alors combattues dans un même élan par les deux Etats, leurs peuples, la Communauté internationale.

Quelle belle feuille de route pour l’Union Européenne en liaison avec les Etats-Unis !

A Jérusalem, rappelons aux Européens qui n’ont pas encore eu la chance de visiter ce « lieu universel » que nous sommes dans le berceau de notre civilisation. C’est rare de ne pas se sentir à l’étranger lorsque l’on quitte son pays ou l’Europe. Ici, c’est vraiment le cas.

L’enchevêtrement des clochers d’églises, des minarets de mosquées et des étoiles des synagogues crée un paysage qui fait espérer le meilleur : la fraternité retrouvée.

Même dans ce séjour marqué par de monstrueux attentats ayant fait de très nombreuses victimes israéliennes, j’ai parfois eu le sentiment qu’une entente était encore possible.

Dans une rue voisine de l’esplanade des mosquées, j’ai croisé, sans ressentir de tension particulière, des jeunes arborant fièrement kippas, croix, voiles.

A l’opposé, à une réception officielle au Consulat Général de France où se trouvaient rassemblées de nombreuses personnalités de « tous horizons », je fus au cœur d’une conversation qui aurait pu dégénérer rapidement tant était palpable et instinctive la haine entre Juifs et Palestiniens.

Je suis donc reparti aussi pessimiste que volontaire.

Nous n’avons pas le droit de laisser faire. De lâchement contempler comme une fatalité aussi vieille que le monde cette guerre qui oppose entre eux des « frères ».

Car les dérapages sont nombreux, la radicalisation des esprits évidente.

« Pendant les travaux, la vente continue », lit-on sur les façades des grands magasins en rénovation dans chaque ville de France. Ici c’est plutôt :  « Pendant la panne de volonté internationale, les coups de force s’accélèrent ».

Halte au feu !

Faisons comprendre à notre allié américain qu’il y a un intérêt stratégique majeur à agir. Ne serait-ce que parce que le fondamentalisme islamique se nourrit de l’impasse palestinienne.

Les plus lucides de nos interlocuteurs à Tel Aviv ressentent fortement et amèrement qu’il n’y a pas de priorité, d’urgence pour les Etats-Unis à véritablement régler le conflit ancestral. A imposer une solution. C’est notre devoir de les y inciter. C’est dans l’intérêt bien compris de chacun.

*  *  *

L’équation n’est évidemment pas facile à résoudre. Ni originellement. Ni aujourd’hui.

Israël abrite 6,5 millions d’habitants, dont 1,2 million de Russes et 1,2 million d’Arabes Israéliens. Les «  colons » étaient 206 000 en 1992. Ils sont près de 435 000 en 2002 (7 000 à Gaza 190 000 à Jérusalem Est). Les Palestiniens sont estimés à 4,5 millions, dont 3,3 dans les Territoires et 1,2 en Israël.

Ces chiffres expriment par eux-mêmes les termes des affrontements de part et d’autre du mur qui se construit pour délimiter, pour séparer, pour encercler, pour étouffer. Pour disperser et morceler l’Etat palestinien. Pour protéger l’Etat israélien des incursions terroristes, ce qui serait tout à fait légitime si le tracé de ce mur était incontestable, au plus près de la frontière de 67, la fameuse « ligne verte », ce qui n’est en de nombreux points absolument pas le cas.

Des villes arabes israéliennes sont ainsi totalement isolées des territoires palestiniens tandis que des enclaves de colons juifs en territoires palestiniens rompent toute notion de continuité territoriale. Un cordon sanitaire pour isoler et protéger des incursions terroristes encercle désormais des hauts lieux spirituels, tel Bethléem dont le maire, Hanna J. Nasser, dit que sa ville est devenue « a big prison ».

Les autoroutes, les barbelés, les points hauts construits, ces fameuses colonies, sont autant de nouvelles frontières, décidées sans aucune référence à l’histoire récente ou ancienne pour ce qui a trait au tracé.

Pour l’ancien ambassadeur d’Israël à Paris, Ovadia Soffer, il s’agit délibérément d’inscrire dans le sol de nouvelles lignes pour faire d’Israël un Etat viable et non une bande étroite, étriquée. Sans retour possible, ni cession ultérieure.

Pour un de ses homologues, proche conseiller du Premier Ministre, Ariel Sharon, Avi Pazner, il n’est question que de créer les termes d’un futur échange, d’un grand marchandage territorial au moment des accords de paix.

Que le Ciel l’entende, car ces implantations ne peuvent être justifiées, même lorsque s’abat comme une foudre terrifiante la violence aveugle et fanatique des « bombes humaines ».

Le mur électronique qu’Israël construit (il a déjà 110 km) peut se comprendre. Son tracé souvent provocateur de représailles certainement pas. La colonisation en plein territoire palestinien ou sur le sommet de certains toits de Jérusalem d’aucune manière.

Faire ce constat brutal n’est pas remettre en cause le droit à la sécurité des Israéliens. C’est chercher la voie d’une paix juste et durable. D’un accord équitable.

*  *  *

Il y a une limite, une sorte de ligne de crête, entre la provocation et la légitime défense .

Lorsque le 28 septembre 2000, Ariel Sharon pénètre agressivement sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem, ce toit du monde d’une beauté magique, il déclenche directement et porte la responsabilité de la 2ème Intifada qui débute le lendemain. Entraînant de nombreuses victimes innocentes israéliennes.

Inversement, les attentats terroristes palestiniens généralement issus du Hamas ou du Jihad islamique rendent compréhensibles les représailles israéliennes. Egalement meurtrières.

*  *  *

Qui aura la force de s’arrêter le premier ? Unilatéralement, sans préalable impossible par nature à satisfaire.

L’arrêt de toute violence ne sera jamais constaté de manière totalement symétrique. Simultanée.

D’utiles pressions doivent donc être exercées sur chacune des parties pour stopper l’engrenage actuel. La situation devient de plus en plus inextricable. Les échanges intérieurs de plus en plus difficiles, tant deviennent humiliants et prohibitifs les contrôles militaires aux abords des villes palestiniennes.

Dont on oublie parfois qu’elles abritent les hauts lieux de la Chrétienté. En 1948, 95 % de la population de Bethléem était chrétienne, 35 % aujourd’hui.

Une très grande et belle figure de la diplomatie et de l’université israéliennes, Elie Barnavi, ancien ambassadeur à Paris, résume amèrement la situation actuelle des deux camps : « Ils pourraient mais ils ne veulent pas », visant là le gouvernement Sharon ; « Ils voudraient mais ils ne peuvent pas », illustrant ici les difficultés du nouveau gouvernement palestinien d’Abou Mazen.

*  *  *

Des clarifications doivent être obtenues de part et d’autre pour mettre un terme aux questions de principe tout à fait essentielles. Dont chacun est parfaitement fondé à vouloir une réponse sans ambiguïté et non démentie par la réalité du terrain : le droit à l’existence dans des frontières sûres, reconnues, viables .

Cela reste la priorité tant sont nombreuses les déclarations contredisant ce passeport vers la paix. Indispensable. Obligée.

Mais il est également essentiel que la vie quotidienne dans ce qu’elle a d’impossible, de castratrice, d’humiliante, d’appauvrissante, ne génère pas de nouveaux ressorts de haine, des motifs pour remettre en cause les amorces de dialogue retrouvé.

Les attentats terroristes du week-end, au moment de la première rencontre entre Sharon et Abou Mazen, à la veille du voyage à Washington du Premier Ministre israélien, sont directement fomentés par ceux qui ne voudront jamais d’une paix équilibrée, garantissant à chacun le droit de vivre. Le pire est de penser qu’ils peuvent avoir des relais dans le camp opposé. Ou tout au moins de silencieux observateurs complices.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : annulation du déplacement aux Etats-Unis où il était possible d’espérer que le Président Bush tienne un langage de fermeté, pour que s’ouvre « la feuille de route » conçue par le célèbre quartet : Etats-Unis, Russie, ONU, Union Européenne, formant à nouveau un ensemble cohérent et harmonieux.

*  *  *

« L’expédition américaine en Irak est un détour inutile » lance de manière cinglante et désabusée un conseiller influent d’Ariel Sharon.

« Dire que ce sont des chrétiens qui ont fait cela » répond en stéréo, Sœur Sophie, la mère supérieure de l’Hôpital de la Sainte Famille à Bethléem, dont le rayonnement humain et spirituel est bouleversant. Immense. Nécessaire, car elle est confrontée à toutes les violences de la vie des hommes et des femmes dans cette ville et dans cette région où des filles-mères musulmanes ayant « connu » au sens biblique… un chrétien ou un juif sont torturées et violées à leur retour par leur propre famille. En toute impunité.

Carrefour d’Etats, d’entités nationales, politiques comprenant en leurs seins des communautés religieuses diverses, ou juxtaposition de religions cherchant à obtenir un espace territorial homogène, « pur », telle est la question qu’il faut trancher. Derrière laquelle se dissimule le « droit au retour » revendiqué par les uns et contrecarré par les autres.

Comment rétablir une cohabitation pacifique à l’intérieur de chaque Etat, tant que les obstacles de principe du droit de chacun ne sont pas levés ?

Les pierres, les oliviers, les cyprès qui créent le paysage de la Bible et du Christ et rendent concrète la beauté divine restent aujourd’hui le décor de l’enfer. Malgré leur radieuse apparence.

Tant que nous ne prendrons pas les décisions nécessaires et fortes, la situation se détériorera. Il ne s’agit pas d’une action préventive. Le chaos est là. Mais d’une politique visant à rétablir par la force diplomatique et militaire la paix.

En aurons-nous le courage, la lucidité ? Faudra-t-il attendre de nouveaux attentats faisant suite à ceux de Ryiad et de Casablanca pour qu’enfin se réveille l’occident ? Pour que nous soyons effectivement solidaires ?

Beaucoup à Tel Aviv, à Jérusalem, en Israël, en Palestine, implorent sans y croire notre intervention. Ne les décevons pas, eux qui sont ou deviennent des artisans de paix, à la différence de certains de leurs concitoyens… parfois masqués, mais toujours présents.

 
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Pour Bush, la bataille d’Irak est une victoire contre le terrorisme.

10 mai 2003
Enregistré dans : International — RDDV @ 11:29 am --- Imprimer ce Post

« Le tyran a été renversé et l’Irak est libre », a déclaré le Président Bush le 1er mai à bord du porte-avion américain Abraham Lincoln au large de la Californie, marquant ainsi la fin de la guerre.

« La bataille d’Irak est une victoire dans la guerre contre le terrorisme qui a commencé le 11 septembre 2001 et continue toujours ». « Du Pakistan aux Philippines jusqu’à la Corne de l’Afrique, nous pourchassons les tueurs d’Al Qaïda. Il y a 19 mois, j’ai promis que les terroristes n’échapperaient pas à la justice patiente des Etats-Unis. A ce jour, presque la moitié des hauts responsables d’Al Qaïda ont été capturés ou tués. »

« La libération de l’Irak est une avancée décisive dans la campagne contre le terrorisme. Nous avons supprimé un allié d’Al Qaïda et supprimé une source de financement du terrorisme. Et cela est certain : aucun réseau terroriste n’obtiendra des armes de destruction massive auprès du régime Irakien, car ce régime n’existe plus. »

« Notre mission continue. Al Qaïda est blessée mais pas détruite. »

Les termes de ce discours de fin de guerre résument à eux seuls la méprise totale-parfaitement regretable- entre la France et les Etats-Unis. Présenter la guerre contre l’Irak et le régime de Saddam Hussein comme la destruction du système terroriste de Ben Laden est, dans l’état actuel de l’information internationale disponible, tout simplement faux. Non prouvé. Non établi. Plus personne d’ailleurs ne se souvient avoir établi un tel lien. Interrogé récemment par mes soins à la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, l’Ambassadeur du Royaume-Uni, qui a défendu avec une grande intelligence son pays et sa diplomatie tout au long de la crise, a reconnu un peu tardivement mais clairement qu’effectivement le but de la guerre contre Saddam Hussein n’était pas Al Qaïda car la connexion directe n’était pas établie.

Le rappeler aujourd’hui peut sembler provocateur. Mais dès lors que nous sommes directement et brutalement mis en cause par l’entourage du Président Bush, c’est nécessaire. Une sorte de légitime défense !

Ras le bol des invectives inutiles du Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, en stéréo agressive avec son subordonné, Richard Perle… contre nous.

Chaque Etat occidental, au premier rang desquels figure l’Amérique, a « joué » avec l’Irak et avec son Président.

Il s’agissait à l’époque de contenir l’intégrisme révolutionnaire iranien, à un temps heureusement révolu où le communisme n’avait pas disparu de la planète. Avant de se servir des religieux. Et Rumsfeld lui-même n’était pas en retard…

Attention au boomerang des déclarations intempestives ! Nous menacer en déclarant que « la France a eu historiquement des liens très étroits avec l’Irak. Je crois savoir que cela a continué jusqu’au début de la guerre. Ce qui s’est passé ensuite nous le savons » (sic) génère une spirale de violence verbale entre nos deux gouvernements. Ou tout au moins entre nos opinions publiques toujours promptes à l’échauffement.

Cela alimente des réflexes d’anti-américanisme très compréhensibles. A qui la faute ? Certes pas à la France qui s’abstient de toute polémique. Ce qui serait pourtant facile… Faire référence aux armes de destruction massive biologiques ou bactériologiques difficilement trouvables par les 300000 militaires de la coalition pourrait être la première étape…

Une escalade inutile. Mais pour autant, comment ne pas avoir envie d’en découdre avec de tels protagonistes ? Alors que l’heure est à la reconstruction de liens féconds. Au-dessus de nos épaules subsistent de part et d ‘autre de l’Atlantique les mêmes menaces terroristes.

Le réveil des Démocrates en train de s’opérer est un contrepoint utile et salutaire. Nous nous sentons moins seuls aux Etats-Unis !

Il faut aller au contact. Non pour plaider car nous n’avons pas à nous justifier. Mais pour recadrer le débat, arrêter les caricatures, rechercher des solidarités actives pour que notre vision de la scène internationale soit partagée même par les Américains.

Nous ne sommes pas un allié défaillant dans la lutte contre le terrorisme, car la guerre en Irak n’est pas la destruction d’Al Qaïda, combien de fois faudra-t-il le rappeler ? C’est urgent de le dire à Washington même !

*


Les opinions publiques sont plus solides qu’on ne le pense ou ne le craint. En témoignage le sondage européen et transatlantique
publié aujourd’hui par « le Journal du Dimanche ». Ce trouve ainsi traduit le décloisonnement des opinions publiques nationales. L’émergence d’une vraie opinion publique européenne est d’ailleurs le seul signe prometteur de cette période de tension entre « vieille » et « nouvelle » Europe, pour utiliser un qualificatif Rumsfeldien !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ils devraient être un parfait antalgique pour tous ceux qui ont des douleurs de colonne vertébrale !

• Pour 87% des Français, 68% des Espagnols, 64% des Allemands, 62% des Britanniques et 38% des Américains, les Etats-Unis ont tendance à recourir trop rapidement à la force armée contre d’autres pays.

• Pour 82% des Français, 81% des Allemands, 71% des Britanniques, 66% des Espagnols et 44% des Américains, la guerre d’Irak n’a pas réduit la menace terroriste de manière importante.

• Pour 79% des Français, 70% des Espagnols, 63% des Anglais, 62% des Allemands et 54 % des Américains, les évènements récents ont gravement porté atteinte à l’ONU.

Pas d’arrêt sur image. Pas de leçon rétroactive ou rétrospective. Certes ! Certes !

Mais restons solides car nous n’avons aucun complexe à avoir, aucune repentance à entamer.

Si la coalition américano-britannique ne sait pas s’arrêter à temps, avoir les gestes de réconciliation vis-à-vis de l’ensemble du peuple irakien, faire preuve d’équité et de justice dans la gestion du pétrole, le bilan de l’opération se limitera à la destitution certes toujours utile d’un dictateur. Mais à quel prix !

Comment convaincre notre partenaire américain de ces nécessités « objectives » ? Or ces temps ci, même Tony Blair semble y avoir renoncé. C’est dire que la flamme américaine doit brûler fort… Le messianisme religieux en politique est un vrai danger, quel que soit le « Dieu » qu’il sert ou qu’il croit servir.

C’est ce que rappelait ce matin dans le ravissant Temple protestant de Tours le Président de la Fédération Protestante de France, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, visiblement furieux des amalgames faits à torts entre les églises protestantes américaines et françaises.

Partout, au Congrès, à l’Assemblée, dans les Eglises, les Temples, les Synagogues et les Mosquées, l’heure est « chaude », électrique. Puisse un vrai esprit de paix prévaloir. C’est le contraire du pacifisme. C’est tout simplement la volonté de fonder les rapports politiques et spirituels sur la raison. Vaste ambition !

 
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Le pèlerinage de Kerbala peut-être le prélude au retour au pouvoir des chiites.

9 mai 2003
Enregistré dans : International — RDDV @ 11:39 am --- Imprimer ce Post

A l’appel de l’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (ASRII), réfugiée en Iran, des centaines de milliers de pèlerins se sont rendus en pèlerinage à Kerbala le 22 avril. Objectif : afficher la force et renaissance des chiites qui représentent 60% de la population irakienne. Cible : les américains, c’est-à-dire la domination étrangère.

Acte de simple nationalisme, voir de refus de toute occupation, ce serait somme toute assez légitime. Signe annonciateur d’une nouvelle étape de la révolution islamique, c’est malheureusement plus probable et bien davantage inquiétant. La loi religieuse vient d’être rappelée en 4 points interdisant : « la musique et la danse, l’imitation des mécréants occidentaux, la renonciation au voile pour les femmes et l’adoption des lois tribales en lieu et place des lois islamiques ».

Cela rappelle exactement ce qui s’était passé au lendemain de l’abdication du Shah d’Iran en 1978 : l’organisation du pouvoir local autour des mosquées.

Souhaitons qu’établi sur des bases religieuses, ce nouveau pouvoir qui se profile respecte le pluralisme, et notamment les 800000 Assyro-chaldéens, les Sunnites et les Kurdes. Faute de quoi, la chute du régime de Saddam Hussein n’aura pas l’effet positif souhaité et revendiqué par le libérateur occidental…

*

Des slogans anti-américains avaient fait leur apparition en ce 22 avril, jour de pèlerinage : « non, non au colonialisme, non, non à l’occupation, non, non à l’impérialisme ; si l’Amérique reste chez nous elle souffrira, non, non à Israël. »

Dès son premier prêche, le nouveau chef religieux de Mossoul, le Cheikh Ibrahim Al Nama’a, tête d’une assemblée d’une demi douzaine d’oulémas, autorisés à proclamer des fatwa, les commandements islamiques, s’inscrit dans cette perspective. Claire. Inquiétante. Délibérément politique. Ecoutons-le :

« En pénétrant sur une terre musulmane, l’objectif des infidèles a toujours été de détruire les valeurs culturelles de l’Islam. Avec eux, ils amènent le nationalisme, la démocratie, le libéralisme, le communisme, le Christianisme, toutes leurs idoles de chair et de sang qui voudraient que tous les musulmans tournent le dos aux injonctions de Dieu. Aujourd’hui, les Irakiens souffrent. Or c’est justement parce que l’Irak a oublié les enseignements divins, n’a pas suivi les precepts de l’Islam, que le pays est occupé. Nous sommes délivrés de l’injustice d’un homme mais nous ne devons pas accepter la domination américano-britannique. Saddam Hussein est toujours vivant, tout comme ses fils et le reste de sa famille, quand nos sœurs, nos frères sont morts sous les bombardements. L’invasion de l’Irak a été réalisée pour le seul intérêt d’Israël. (…) Les américains avaient promis la paix mais nous ont apporté le pillage, la faim, la misère. Dans ce chaos seuls les vrais musulmans ont arrêté les voleurs, ouvert des dispensaires dans les mosquées, donné la nourriture aux pauvres. Et que voient les gens ? Que les américains interdisent aux musulmans de gérer leur ville».

Ces paroles sont des slogans aptes à électriser les foules. Seront-elles le prélude à une véritable prise de pouvoir ? C’est certainement leur objectif, qu’il sera difficile de contrecarrer si la « présence » occidentale n’est pas rapidement parée des atours du droit, de l’impartialité, de l’efficacité.

*

Il n’aura fallu attendre que quelques jours pour que le chef de la principale formation de l’ex-opposition chiite irakienne, l’ayatollah Mohamed Bager Hakim, fasse un retour triomphal. Devant plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées à Bassorah, le chef de l’Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak lance en ce 10 mai : « Nous voulons un Gouvernement indépendant, choisi par le peuple. Le peuple irakien est capable de bâtir un nouvel Irak sans l’aide d’un autre pays, capable d’assurer la sécurité. Ils doivent laisser l’Irak aux Irakiens ».

En réponse la foule scande : « Oui, oui à l’Islam, oui, oui au Hakim (le « sage » en arabe) ; sunnites, chiites, pas de différences, tous derrière l’Islam ».

Avant de quitter Téhéran dans son prêche d’adieu, l’ayatollah Hakim avait prévenu : « l’avenir de l’Irak appartient à l’Islam ».

Allons-nous assister progressivement à la création d’une République islamique d’Irak ? Tout semble y conduire, tant le réveil religieux est fort et lourd de conséquences politiques. Il s’agit d’une vraie revanche après les années de souffrances endurées sous le régime de Saddam Hussein. Perçu comme un chef laïc, d’où le fait qu’aucune capitale arabe ne l’ait vraiment pleuré…

L’aspiration légitime à la liberté s’accommodera-elle d’un pouvoir religieux conservateur, pour ne pas dire fondamentaliste pour certains tenants d’un Islam très rigoureux ?

C’est l’enjeu des prochaines confrontations dans les jours et semaines qui viennent. Nul doute que si l’ordre n’est pas rapidement rétabli par les forces d’occupation auxquelles incombent légalement cette responsabilité, le chaos peut déboucher sur l’instauration sans préalable démocratique d’un régime islamique chiite, majoritaire dans le pays. Si les civils ne remplissent pas leur office, les religieux prendront le pouvoir. Ils seront perçus comme un progrès. Avant peut-être d’apparaître tels qu’ils sont pour certains d’entre eux : très éloignés de la démocratie, que cette guerre était pourtant censée propager, faire renaître, consacrer…

*

Qui fait la loi ? Quel est le pouvoir du peuple ? Qu’a-t-il le droit de décider face au pouvoir religieux, à la norme spirituelle, divine, infaillible ?

Ces questions continuent de traverser l’Afghanistan où beaucoup reste à faire pour parler de démocratie authentique. La future Constitution y sera-t-elle exclusivement fondée sur la loi islamique ? Telle est l’interrogation qui ressort des déclarations du Vice-président de la Cour suprême Afghane, Fazel Hamad Malawi, qui déclare au terme d’une rencontre de 75 chefs religieux musulmans (sunnites et chiites) du pays : « L’Islam et la Charia sont les seules sources du droit en Afghanistan. L’Islam est le fondement de l’unité nationale. Les médias afghans doivent respecter les valeurs de l’Islam et de la Charia ; dans le cas contraire, les journalistes seront considérés comme des criminels, interrogés et punis ».

C’est dire que dans cette région du monde, les « canons » de la démocratie politique occidentale mettront du temps à prévaloir. On retrouve peut-être les théories de Montesquieu sur la géographie des régimes…

Encore un coup des Français ! Une preuve de notre séculaire arrogance intellectuelle…

*

Lorsque de nombreux pays dont la France souhaitent que flotte en Irak le drapeau de l’ONU, c’est-à-dire le pavillon du droit international, ils expriment une urgence face à la montée des intégrismes religieux.

C’est, aussi paradoxal que cela puisse paraître l’arme la plus utile pour défendre certaines valeurs occidentales… autres que le pétrole mais tout aussi stratégiques.

Le risque est immense dans cette poudrière irakienne où l’ordre n’est toujours pas rétabli, que surgisse avec une violence inouïe et une efficacité féroce un pouvoir intégriste et fanatique. Où serait le progrès ? On resterait dans le pire. Alors, ne renonçons pas à exprimer le cap nécessaire. Sans arrogance. Mais avec détermination et courage. Tout simplement parce qu’il y va de notre sécurité internationale et nationale. Et des principes sans lesquels il ne peut y avoir le moindre ordre international.

Si un sentiment d’injustice naît de l’accaparement par des sociétés américaines de la richesse du sous-sol irakien, alors se déclenchera une spirale révolutionnaire que rien ne pourra arrêter. L’addition du religieux et de l’ultra temporel formerait alors les ingrédients d’un cocktail dramatique, explosif et dangereux.

Le rappeler n’est pas être un allié défaillant. Mais faire preuve de la gravité et de la responsabilité appropriées aux temps actuels

Démocratie
 
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