A la réunion du CRIF, le Premier Ministre ouvre le dossier « Religion et Politique »
Comme chaque année, le dîner organisé par le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France est un moment fort de la politique française, où se rencontrent pour de « chaudes » discussions responsables politiques, économiques, associatifs et religieux…
L’année dernière le fougueux, passionné et parfois même « tectonique » Président du Crif Roger Cukierman, avait parlé de la recrudescence de l’antisémitisme en évitant méticuleusement d’évoquer toutes les formes de racisme qui malheureusement refont surface dans notre pays… Pour taper juste et fort, la symétrie est pourtant nécessaire. Cette année, il a dénoncé avec vigueur l’antisémitisme de certains propos épinglés sans contestation d’ailleurs possible à l’extrême gauche, à l’extrême droite ou chez les Verts-anti-mondialisation, pour qui le Hamas palestinien est par exemple un interlocuteur privilégié.
Réaction immédiate de mon voisin de table, le nouveau patron des « Verts » : le départ pour marquer sa colère. N’était-ce pas plutôt l’expression de son malaise à être présent à cette réunion ?
Cette réunion annuelle est un moment légitimement électrique tant le couvercle qui étouffait encore récemment en France les propos à caractère raciste ou antisémite a sauté.
Pour être plus exact, il faut parler d’explosion. Un directeur de théâtre de la banlieue ouest de Paris, au nom de famille d’origine alsacienne, s’est ainsi fait traité sur le champ de « sale juif » parce qu’il exigeait d’un jeune spectateur très turbulent et agressif le respect du public et du théâtre…
La spontanéité de ce genre d’invective est malheureusement monnaie courante. Personne n’est épargné. Toutes les origines religieuses ou éthniques deviennent des apostrophes, des insultes, des expressions de révolte et de haine. Eglises, synagogues, mosquées, temples brûlent des flammes de cette sale spirale. L’expression « nique ta race » entrera bientôt dans le dictionnaire de la rue du XXIe siècle…
Les enseignants sont de ce point de vue les premiers à « éprouver » cette triste réalité, parfois difficile à éradiquer et à subir. N’est-ce pas d’ailleurs la mission première de l’école, que de conduire, en l’occurrence d’éloigner le jeune de cette sauvagerie raciste, xénophobe, attentatoire aux principes français de respect de la personne humaine.
Nos professeurs doivent se sentir davantage soutenus. Les jeunes doivent, sur ces sujets, comprendre que c’est la « tolérance zéro » pour tout manquement.
Une injure raciste n’aura jamais d’alibi, d’excuse. La religion doit rester l’apanage de la liberté de conscience de l’individu. Au dessus des principes qu’elle dispense à ceux qui ont la foi, se situe de toute manière le respect des droits de l’homme, des principes fondamentaux du droit, des lois de la République, parmi lesquels figure par exemple l’égalité entre l’homme et la femme. A bon entendeur salut à ceux qui voudraient en France porter atteinte à la liberté de la femme, qu’il s’agisse du travail, du sexe, de la vie sociale et personnelle…
Après avoir rappelé les « fondamentaux » de l’action extérieure et intérieure de son gouvernement sur toutes ces questions, Jean-Pierre Raffarin a traité des rapports entre la religion et la politique. C’est la première fois qu’un Premier Ministre affiche avec autant de force et de lucidité les nécessités d’un contenu maintenu mais renouvelé de la laïcité.
La France n’est pas la juxtaposition de communautés. La religion n’est pas une origine « nationale » mais une liberté individuelle.
Il n’y a pas dans notre pays de Français d’origine chrétienne, d’origine juive, d’origine musulmane. Et pourtant ce sont des mots ou des appellations qui sortent parfois de bouches éminentes… Il ne s’agit pas de dérapage sémantique excusable, mais d’atteinte lourde au fondement même de la République que nous voulons construire.
Faudra-t-il faire évoluer la partie de la loi de 1905 concernant le financement des cultes ? C’est une question légitime non encore publiquement posée, aujourd’hui politiquement incorrecte, mais qui deviendra vite d’actualité.
Comment en effet dans un même élan refuser toute interférence ou ingérence étrangère en la matière et ne pas se donner les moyens d’un financement public ou par le public ?
J’ai perçu l’étonnement quelque peu méprisant de l’ancien Premier Ministre Laurent Fabius et de Jean-Paul Huchon, Président du Conseil Régional d’Ile de France, tous les deux à la même table que moi, en entendant Jean-Pierre Raffarin traiter avec fougue, gravité et humanisme ces questions.
Décidément ils ne comprennent rien ou pas grand chose à la violence intellectuelle, humaine qui fait de vrais ravages dans notre pays, et contre le déferlement de laquelle il faut lutter avec la plus grande énergie.
Pourquoi sans augmentation de la pratique religieuse y a-t-il sur le plan national ou international cette irruption considérable du fait religieux ? A quel besoin d’identité spirituelle, de dépassement du matérialisme et de la normalisation correspond-elle ? Ce sont des questions majeures qu’il faut traiter.
Oui, le thème des rapports entre la religion et la politique est au cœur de notre actualité nationale et internationale. Parfois même au centre des conflits, des affrontements, des guerres, du terrorisme.
Le nier c’est se préparer à de cruelles défaites et à l’abandon de beaucoup de nos valeurs républicaines, laïques qui concourent au rayonnement de notre civilisation et de notre culture et qui sont l’honneur de notre pays.

