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Remise du troisième Grand Prix de littérature dramatique

Posted By admin2011 On 2 avril 2007 @ 15:06 In Discours 2007 | No Comments

Monsieur le Président du jury, cher Olivier Py,

Monsieur le Président d’Aneth, cher Michel Corvin,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir ici aujourd’hui pour rendre
hommage aux auteurs et à leurs oeuvres, sans lesquels il n’est pas de
théâtre. Les femmes et les hommes de lettres et de théâtre que nous
mettons en lumière aujourd’hui contribuent par leur travail et leur talent à la
richesse de la scène française et internationale. Au moment de récompenser
les lauréats de cette troisième édition du Grand prix de littérature dramatique,
c’est un métier, une profession, ou plutôt une vocation, que nous avons voulu
mettre en valeur : la vocation de ceux qui se sont engagés au service de la
création théâtrale, dans l'écriture, dans l'invention, dans la recherche, pour
enrichir le corpus des oeuvres destinées aux acteurs, aux metteurs en scène,
au public d'aujourd'hui, et pour constituer le patrimoine théâtral de demain.

Ce n'est pas sans émotion que j'ouvre ce matin la troisième édition de ce prix
qui, déjà, s'est installé durablement dans notre calendrier culturel. Il y a trois
ans, j'ai souhaité, avec de très nombreux partenaires, la création de cet
événement novateur, parce que j'avais la conviction que l'écriture
dramatique, qui souvent reste à l'écart de l’actualité littéraire, méritait d'être
mise en lumière, d'être encouragée et récompensée, à la mesure de l'apport
inestimable qu'elle offre chaque année aux théâtres, aux acteurs, aux publics
et aux lecteurs. Aujourd'hui, trois ans après sa création, le succès que
rencontre ce prix, manifesté en particulier par votre présence ici, est venu
vérifier l'intuition qui en était à l'origine.

Je sais désormais que je partage
cette intuition avec les passionnés de théâtre que vous êtes, tous, chacun
dans votre domaine : éditeurs d’abord qui, avec détermination et souvent
avec courage, permettez que les textes existent et se diffusent
indépendamment de leur représentation, et aussi bien sûr auteurs, acteurs,
metteurs en scène et directeurs de théâtre, journalistes, acteurs publics et
responsables associatifs. Tous, nous partageons la conviction que l'écriture
dramatique est une création artistique à part entière, une écriture qui fait
partie intégrante de la littérature ; si parfois elle vient en bouleverser les
critères et les canons, si elle s'affranchit de ses codes et de ses formes, c'est
pour rendre au verbe, à la poésie, au langage, toute sa puissance, celle qu'ils
prendront sur scène, portés par la voix, par le souffle, par le corps des
acteurs.

Oui, l’auteur, l'écrivain de théâtre, fait oeuvre de littérature ; il fait aussi oeuvre
de vie et d'avenir, en apportant au répertoire de nouveaux textes, qui sont
autant de nouvelles occasions de jeu, de plaisir, de réflexion et de
découverte. L'enjeu de ce renouvellement, est, bien sûr, avant tout, de
porter, dans le patrimoine théâtral, l'empreinte de notre époque, de notre
temps, de notre actualité – au sens le plus haut de ce terme. Je suis d'ailleurs
heureux d'observer que les oeuvres qui concourent pour ce troisième prix ont
ceci en commun, qu'elles ouvrent la scène aux grandes interrogations, aux
angoisses et aux espoirs de nos sociétés. La violence, la guerre et le
fanatisme, les problèmes sociaux ou écologiques, la mondialisation, telles
sont en effet, les thématiques qui courent tout le long des oeuvres
sélectionnées par le jury ; traitées avec les mots, les accents, les références
de notre temps, ces questions apportent un témoignage significatif sur les
failles de notre époque.

Soutenir la création contemporaine, c'est donc soutenir le théâtre dans son
ensemble, promouvoir ce qui constitue sa richesse et son avenir, encourager
son renouvellement, contribuer à sa diversité. Ce Grand prix de littérature
dramatique s'inscrit dans le cadre d'un projet global de soutien, sur tous les
fronts, au théâtre et au spectacle vivant. Parfois, j’entends caricaturer
hâtivement l'action qu'a menée le ministère de la Culture et de la
Communication dans ce domaine si difficile, si exigeant mais si passionnant,
qui peine parfois à trouver ses ressources et son équilibre. Trop souvent, on
s'est refusé à considérer tout ce qui avait été fait, toutes les mesures prises,
toutes les aides apportées, toute l'attention accordée dans notre pays à l’art
dramatique.

Pour en prendre un exemple, c'est grâce en particulier à la
persévérance du ministère de la Culture que nous avons pu fêter, au cours
des derniers mois, la rénovation ou la construction de lieux de théâtre partout
en France, parmi lesquelles la réouverture de l'Odéon, à Paris, a constitué un
événement exceptionnel. Quant au soutien à la création dramatique, dont ce
Grand prix est l'une des illustrations, il faut rappeler que nous fêtons cette
année le soixantième anniversaire de l'aide aux auteurs de théâtre : c'est en
1947, en effet, que Charles Dullin proposa à Jeanne Laurent d'instituer un
dispositif ministériel durable chargé de découvrir et de subventionner les
écrivains produisant de nouvelles pièces de théâtre. L'aide à la première
pièce était née ; elle allait compter parmi ses membres Albert Camus ou
Pierre Renoir, et parmi ses lauréats, Julien Gracq ou Emmanuel Robles.

Vingt ans après, elle devient une aide, plus large, à la création dramatique,
conduite par Jean Vilar, puis, entre autres, par Henri Gouhier ou Antoine de
Clermont-Tonnerre. L'aide de l'État, qui consistait alors dans un simple
soutien a posteriori, s'est améliorée, élargie et développée jusqu'à
aujourd'hui. Car au cours des dernières années, contrairement à ce que l’on
entend parfois ici ou là, l'État ne s'est pas désengagé ; bien au contraire, il a
tenu et affermi ses engagements. Au cours des huit dernières années, ce
sont 656 projets ou textes qui ont été soutenus, parmi lesquels plus de 95%
ont été réellement menés à bien. Aujourd'hui, si nous venons d'installer la
Commission nationale consultative d'aide à la création d'oeuvres dramatiques
sous l'égide du Centre national du théâtre, c'est pour faire en sorte que l'aide
de l'État soit rendue à la fois plus stable, plus concentrée et plus efficace, et
que de plus en plus d'auteurs et de textes puissent en bénéficier.

Parmi les décisions que j’ai eu à prendre rue de Valois, je suis heureux et fier,
– et dois-je préciser, je le rappelle, dans le respect le plus absolu de leur
liberté de créateur et de leurs convictions de citoyen – d’avoir nommé Pascal
Rambert, auteur, à Gennevilliers, Jean Lambert-Wild, auteur, à Caen, et
Olivier Py, auteur, à l’Odéon, car ils manifestent que le talent se joue des
frontières et des disciplines. C’est aussi dans cet esprit qu’avec Bertrand
Delanoë, j’ai renouvelé le mandat de Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-
Point, accordant à ce théâtre, né pour et par les auteurs, des moyens
renforcés.

Dans le même esprit et la même volonté de décloisonnement, je souhaite que
soit mise en place, parallèlement au soutien et à l'encouragement que
l’engagement de l’État doit apporter aux auteurs, une véritable "filière des
textes", par laquelle les oeuvres ainsi soutenues seront diffusées auprès des
directeurs de théâtre, des metteurs en scène, ainsi que des éditeurs. La
circulation des informations, des textes, des projets, est un élément essentiel
pour permettre à la création dramatique de "monter sur scène", de trouver
son public, ses lieux, ses débouchés ; et je veux d'ailleurs remercier et
féliciter tous ceux, de Marseille à Sarran, de Pont-à-Mousson à Limoges, qui contribuent à cette circulation, à cette ouverture réciproques, à ce dialogue
constant et fécond des créateurs et des acteurs du théâtre au sens large.

Parmi ceux-ci, je veux citer en particulier l'association Aux Nouvelles Ecritures
Théâtrales (ANETH), qui organise cette année encore le Grand prix de
littérature dramatique ; je remercie également, au nom de toute la
communauté des gens de théâtre, les acteurs publics que sont le Centre
national du Théâtre, le Centre National du Livre et la Direction de la Musique,
de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, la Société des Auteurs et
Compositeurs Dramatiques, ainsi que les Écrivains Associés du Théâtre.

C'est grâce à eux, grâce à tous les organismes qui contribuent, avec les
pouvoirs publics, à soutenir et à faire vivre la création théâtrale, que nous
pouvons aujourd'hui fêter et admirer la littérature dramatique contemporaine,
dont ce Prix reflète toute la richesse.

Vous accueillir ici aujourd’hui, c’est témoigner du rôle éminent des auteurs
dans la création, qui légitime que l’État s’engage fortement, comme je l’ai
voulu, comme je n’ai cessé de la faire depuis trois ans, pour défendre et
promouvoir leurs droits, leur travail et leurs talents.

Puissions-nous, chaque jour, dans l’exercice de nos métiers et de nos
responsabilités, ne jamais perdre de vue cette conviction prophétique de
Jeanne Laurent « que l’essentiel est d’avoir des auteurs et, si possible, des
poètes qui travaillent pour la scène ».

Je vous remercie.

Je passe la parole à M. le Président du jury, Olivier Py.


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