- Renaud Donnedieu de Vabres - http://www.rddv.fr -

Remise des Insignes de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à Eglal Farhi

Posted By admin2011 On 2 avril 2007 @ 15:46 In Discours 2007 | No Comments

Chère Eglal Fahri,

C’est un très grand plaisir de vous recevoir aujourd’hui, pour rendre
hommage à votre destin exceptionnel, et au rôle éminent que vous jouez
depuis maintenant plus de vingt-cinq ans sur la scène du jazz en France.

C’est sur les bord du Nil, au Caire, que ce destin prend sa source, et que
votre personnalité hors du commun s’affirme, au fil des années et des
épreuves de l’Histoire. Première de la session du baccalauréat français,
vous êtes aussi classée parmi les trois championnes de natation interclubs
d’Égypte ! Vous êtes, entre autres, fille d’Harpagon sur les planches ; vous
jouez aussi des rôles d’Opéra ; et surtout, vous dansez sur Louis
Armstrong, Gene Krupa et Frank Sinatra dans les clubs anglais du Caire.

Votre parcours est placé, dès vos plus jeunes années, sous le signe de
l’excellence, et d’une curiosité, d’un appétit insatiables pour les oeuvres de
l’esprit, mais surtout les tempos des savoureuses notes bleues.

A la maison, le tourne-disque vibre aux sons du fox-trot, du shimmy et du
boogie-woogie, au cinéma, vous découvrez les films musicaux, avec Nat
King Cole et Benny Goodman.

Votre vie est à l’image de cette passion de toujours, syncopée, rythmée,
étourdissante, authentiquement libre : volontaire à la Croix Rouge pendant
la seconde guerre mondiale, vous êtes, en même temps, journaliste pour
Images, et le Journal d’Égypte. Diplômée du Bachelor of Arts and Social
Sciences de l’Université américaine du Caire, enseignante dans une école
française, pendant la Guerre des six Jours, vous vous envolez pour Paris,
où vous travaillez un temps aux éditions du Seuil, avant de partir à
nouveau, pour New York cette fois, où vous devenez responsable de la
section française d’information des Nations Unies.

Oui, votre vie est un grille proposée par un Dieu virtuose, sur laquelle vous
jouez avec toute la fougue et l’audace que nous vous connaissons.

Et lorsque les deux fils de votre mari Berto, fondateurs du club New
Morning à Genève, qui a fait résonner, sur les rives du Lac Léman, les
sons enchanteurs des orchestres les plus célèbres des États-Unis, vous
font part de leur projet de lancer un New Morning à Paris, vous vous lancez
sans hésiter dans l’aventure.

En 1981, à l’ouverture de la salle, rue des Petites Écuries, dans l’ancienne
imprimerie du Petit Parisien, vous êtes chargée de la promotion. Mais
vous découvrez très vite, par nécessité, que vous savez aussi
parfaitement improviser sur d’autres thèmes, comme les finances, la
gestion, la direction, mais aussi l’art subtil de dénicher les nouveaux
talents. Vous devenez ainsi l’âme de ce lieu unique, magique, dont vous
avez fait, en vingt-cinq années de dévotion, et de détermination, un lieu
mythique de notre capitale, à la renommée mondiale.

Dès son ouverture, le club se place sous les meilleurs auspices, avec Art
Blakey et ses Jazz Messengers, qui enflamment le public. Un an plus tard,
c’est Stan Getz qui y enregistre son Live in Paris. Il deviendra, avec Chet
Baker, Dizzy Gillespie, et de nombreux autres grands noms, un habitué,
mais surtout un ami. Entre les murs rouges du club se joue peu à peu
l’histoire du jazz en France, mais aussi celle de la belle diversité des
musiques du monde.

Vous accueillez Dexter Gordon, Ray Barreto, Dee Dee Bridgewater, mais
aussi Prince, Cesaria Evora, avant qu’elle connaisse un grand succès en
France, ou encore Diana Krall, et le maître de l’électro jazz, Erik Truffaz .

Pour les vingt ans du New Morning, en 2001, les fidèles se sont pressés
pour vous rendre hommage, à vous qui êtes leur hôtesse la plus
chaleureuse et bienveillante, le temps d’une série de concerts, qui a pris
la forme d’un véritable défilé de géants de tous les styles de jazz, Julien
Lourau, Dave Holland, Manu Dibango, Hank Jones, ou encore Kenny
Garrett.

Vous n’êtes pas plus une nostalgique que le New Morning n’est une
légende figée dans le passé. Vous offrez aujourd’hui à de nombreux
jeunes talents la chance de marcher sur les pas de leurs idoles.

Vous exaltez ainsi un répertoire ouvert et éclectique, de la nouvelle icône
pop Mathieu Chedid aux sons des Gnawas de Tanger, en passant par le
clarinettiste David Krakauer, et son klezmer déjanté, scandé par le hip hop
et les samples de l’étonnant DJ So Called. C’est cette alchimie rare,
propre à faire surgir des moments intenses, uniques, que votre public
vient goûter dans votre officine.

Les plus fidèles guettent, dans la salle, la silhouette de la grande dame du
jazz parisien, première admiratrice fervente des grands talents de la
scène, auxquels elle a ouvert ses portes et offert une renommée
internationale.

Eglal Farhi, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion
d’Honneur.


Article printed from Renaud Donnedieu de Vabres: http://www.rddv.fr

URL to article: http://www.rddv.fr/2007/04/02/remise-des-insignes-de-chevalier-dans-l-rsquo-ordre-de-la-l-eacute-gion-d-rsquo-honneur-agrave-eglal-farhi/

Copyright © 2012 Renaud Donnedieu de Vabres. All rights reserved.