Europe1
RDDV : Si on ne fait rien, si on ne fait rien Jean-Pierre ELKABBACH, à ce moment là, il ne faudra pas se plaindre d’une forme de domination mondiale extérieure. Moi je suis pour la diversité, je suis pour la réconciliation. Donc je veux qu’il y ait le maximum d’œuvres disponibles par Internet… JULIE : JacobJean-Pierre ELKABBACH, vous recevez ce matin le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud DONNEDIEU de VABRES.
JEAN-PIERRE ELKABBACH: Renaud DONNEDIEU de VABRES, bonjour, merci d’ être là, surtout aujourd’hui c’est le premier jour d’un nouveau site Internet ; les téléchargements.com. Sa vocation est simple apparemment et sans doute utile, des échanges entre créateurs et internautes, qu’ils se parlent quoi !
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, absolument, je crois qu’il faut que chacun comprenne la réalité de l’autre. Les internautes ont envie de dire et je les comprends ; vive notre liberté, on veut avoir accès à tout, c’est un lieu d’échange extraordinaire. Les créateurs, les artistes, les techniciens disent : pour nous c’est un métier c’est notre rémunération, c’est notre travail. Et donc je souhaite que les uns et les autres se parlent, à 18 heures aujourd’hui mon collègue Thierry BRETON et moi-même, nous avons rendu possible ce nouveau site Internet. Les téléchargements.com, il y aura des blogs, il y aura des tchatches, des explications, chacun pourra s’expliquer, parler librement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Vous voulez rendre heureux, Benjamin VINCENT, Catherine NIVEZ et Pierrick FAY, les grands experts d’EUROPE 1 et tous ceux qui leur sont fidèles. C’est bien, cest-à-dire que les artistes, les internautes ont du mal à se connaître et à se dialoguer et donc la grande vertu de l’art et de la culture c’est de se parler, d’échanger.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bien sûr, parce qu’il faut parler aussi des choses du métier. Si vous voulez la culture, les œuvres de l’esprit c’est à la fois l’immatériel absolu, c’est un écrivain qui a comme ça, un stylo, une feuille de papier blanc et puis qui est génial et qui écrit et qui exprime quelque chose. Un compositeur de musique, un cinéaste, tous les métiers qui vont avec, il y a une dimension immatérielle. Et par ailleurs il faut avoir le courage de dire que ce sont des emplois, des métiers, que la France a un capital à défendre. Soyons fiers de ce que représente notre littérature, notre musique et notre capital cinématographique…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Rassurez-vous, nous le sommes !
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Si on ne fait rien, si on ne fait rien Jean-Pierre ELKABBACH, à ce moment là, il ne faudra pas se plaindre d’une forme de domination mondiale extérieure. Moi je suis pour la diversité, je suis pour la réconciliation. Donc je veux qu’il y ait le maximum d’œuvres disponibles par Internet. Si on ne fait rien, eh bien les propriétaires de droit ne basculeront pas leur catalogue sur Internet. Le cinéma va venir sur Internet, vidéo à la demande.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : La mondialisation, oui, mais quoi donc ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : La mondialisation si c’est pour faire qu’il n’y ait plus de talent français, plus de talent européen, je refuse. Et donc, si vous voulez, la mondialisation c’est très bien, parce que c’est une ouverture, c’est un échange, mais cela veut dire qu’il faut que l’on soutienne nos propres créateurs. Je vous signale d’ailleurs que Bruxelles et l’Europe sont en train de reconnaître la validité du système français d’aide au cinéma, d’aide à la musique. Nous ne sommes plus les moutons noirs, nous sommes ceux qui protégeons la diversité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : D’accord, mais la Commission de Bruxelles, la Commission BARROSO ne cesse aussi de dénoncer des monopoles nationaux de sociétés d’auteurs qui freinent la concurrence et donc l’usage.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, mais si Bruxelles reconnaît une chose, c’est la bataille de la diversité culturelle que nous avons tous ensemble gagnée avec la Commission européenne et les Vingt Cinq états membres de l’Union européenne. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que les œuvres de l’esprit, les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres, nous voulons les défendre. Mais nous voulons qu’elles soient diffusées. Internet est une chance et donc si vous voulez, pour moi c’est un élément de liberté, je veux une offre nouvelle. Je veux que le jeune groupe de rock de Tours puisse être diffusé sur Internet et vive de son travail. C’est l’auteur qui décide librement, il peut diffuser gratos, il peut faire une coopérative entre artistes où il peut vivre et vendre chacun de ses œuvres.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et le public ou le consommateur lui, a un usage personnel grâce à de nouvelles technologies.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Absolument et le modèle économique doit évoluer, cest-à-dire que les prix vont évoluer je pense à la baisse et des formes attractives de forfait, d’abonnement, de carte de pré-paiement etc, d’écoute et pas uniquement d’achat de l’œuvre – tout ça va se développer. Il faut qu’il y ait un système de garantie juridique, c’est ce que nous voulons établir.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Est-ce qu’un jour on arrivera à parvenir, comme c’est demandé par Bruxelles à un même système de licence pour toute l’Europe ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je ne sais pas ce que veux dire le terme de licence, le terme de licence si vous voulez cela a été utilisé par certains qui voulaient faire une sorte de taxation pour une rémunération forfaitaire, ce n’est pas le système préconisé par la France…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : C’est ce qui avait été fait en décembre !
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Aucun pays européen, ni dans le monde ne l’a retenu.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Donc il doit y avoir un débat, la date a été fixée du 7 au 9 mars, les députés vont débattre du projet de loi qui revient sur les droits d’auteurs sur Internet – est-ce que cette fois Renaud DONNEDIEU de VABRES il est prêt ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, je suis prêt à tout moment, je pense qu’il y avait des explications nécessaires à donner, je l’ai fait. Parce que passer d’un système de gratuité qui apparaît merveilleux, mais qui est un leurre à un système auquel chacun devra payer quelque chose pour avoir accès aux œuvres – évidemment c’est quelque chose qui n’est pas simple politiquement. Mais, il n’y avait pas d’alternative, cest-à-dire…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Surtout que les lobbies sont très forts, très organisés et très forts.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : D’un côté si vous voulez, vous aviez un pot de miel et les gens disaient, eh bien tiens, je vais y avoir accès, c’est fantastique, je peux avoir accès à la musique et au cinéma gratos. Et s’il n’y avait pas d’offre légale à côté, évidemment la concurrence elle était épouvantable.
JEAN-PIERRE ELKABBACH: Donc …
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Nous mettons en place une offre nouvelle.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Donc ce n’est pas une nouvelle redevance, une nouvelle taxe, mais qui paie ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, il n’est pas question…eh bien ce sera tout simplement le consommateur. Le consommateur qui est abonné à Internet, s’il veut avoir accès à un certain nombre d’œuvres, il y aura des formules, des forfaits, des abonnements, des paiements à l’unité – ça c’est le marché, c’est le système économique qui le déterminera. Je pense que la concurrence fera que les prix évolueront à la baisse.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Donc on peut défendre les droits des écrivains, des artistes, des musiciens, des créateurs à l’heure de la mondialisation et en même temps encourager l’accès libre et peut-être à des prix de plus en plus bas pour le public.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est tout l’enjeu, c’est pour ça que c’est une réconciliation et c’est une chance partagée, une chance entre les internautes et entre les créateurs.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Alors samedi, Monsieur le ministre de la Culture, du cinéma, soirée des César retransmise sur CANAL+ et sur EUROPE 1, vous aviez fait la promesse de négocier, de régler avant la fin février, le début mars 2006, le statut des intermittents. Est-ce que vous serez samedi au rendez-vous que vous avez donné ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je serai bien sûr à la cérémonie des César et vis à vis de la rémunération et de l’emploi, c’est ça qui me préoccupe le plus. Soutien à l’emploi des artistes et des techniciens et vigilance pour qu’ils bénéficient d’un système d’assurance chômage juste et équitable…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Qu’est-ce qui manque aujourd’hui ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Tout le monde voulait une vraie négociation. J’ai créé les conditions d’une vraie négociation et je remercie les partenaires sociaux de s’être mis autour de la table. Ils ont commencé le 14, il y a donc quelques jours, il y a une réunion aujourd’hui, il y en aura une au début du mois de mars, c’est une vraie négociation. Je suis extraordinairement vigilant, parce qu’il y a une obligation de résultat sur nos épaules. Nous voulons un nouvel équilibre, nous voulons un nouveau système, en l’attente de ce nouveau système, j’ai prolongé les mesures prises en 2005. A l’heure où je vous parle, grâce au système de l’Etat, 21.439 artistes et techniciens ont été réintégrés dans leur droit. Donc je suis plus que mobilisé, je souhaite que les partenaires sociaux réussissent à définir ce nouvel équilibre…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Dans quels délais, là maintenant, dans les jours qui viennent ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le plus rapidement possible, mais entre la précipitation et un bon accord, je préfère un bon accord…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : C’est-à-dire ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et donc, je n’ai aucune exigence de date, moi j’ai pris les mesures qui permettent de tenir.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Qu’est-ce qui cloche encore, qu’est-ce qui manque pour qu’il y ait l’accord , sans entrer dans la technique ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Que ce soit un vrai débat professionnel et que chacun comprenne la logique de l’autre, les artistes et les techniciens exercent un beau métier, pour notre pays, c’est essentiel. Qu’on arrête de considérer que ce sont des troubadours sympathiques qui ne correspondent pas à une responsabilité économique. Pour la France, sa politique culturelle c’est une énorme politique économique aussi.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : D’avoir autant d’intermittents !
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Là aussi, il faut concilier l’immatériel et le matériel. Les intermittents cela veut dire quoi Jean-Pierre ELKABBACH ? Cela veut dire tout simplement que les artistes et les techniciens ils vivent au fond, la saisonnalité, l’année. C’est-à-dire qu’il y a à un moment tel festival, telle chose etc et donc il y a des moments de coupure dans leur activité – ce n’est pas conjoncturel, c’est lié à l’exercice même de leur métier. Par contre, quand il y a un emploi permanent, le contrat de travail doit être permanent et avis aux fraudeurs, gare à eux, parce que là, les contrôles sont en cours.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Vous allez vous faire siffler encore samedi… peu importe, peu importe, vous avez l’habitude !
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES :Mais comment vous dire, moi je suis quelqu’un de passionné, voilà j’essaye de défendre les intérêts des uns et des autres. J’essaye de faire comprendre la situation des artistes et des techniciens à l’ensemble de nos concitoyens – je veux que chacun soit raisonnable et quand je pense, quand je constate que les lignes jaunes sont franchies, alors je suis aussi quelqu’un de passionné qui répond.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le cinéma, ce sera une nouvelle fois. Le numérique explose partout grâce à l’engouement exceptionnel des Français de tous âges, d’ailleurs, ils en pratiquent toutes les formes et tous les usages, est-ce que vous êtes surpris ? Je ne pense pas, de l’ampleur des succès que souligne Dominique BAUDIS, président du CSA. Et est-ce que le triomphe du numérique ne va pas entraîner à une date que vous allez donner, peut-être la disparition plus rapide que prévu de l’analogique, cest-à-dire la télévision…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : La TNT, c’est un succès partagé entre le CSA et le gouvernement, nous avons choisi les bonnes mesures, faire en sorte que cela se répande partout sur le territoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et des professionnels aussi.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et ensuite le vrai succès, vous avez raison Jean-Pierre ELKABBACH, c’est la qualité de l’offre, cest-à-dire c’est la qualité des programmes, la créativité et les talents qui font que c’est attractif ou que cela ne l’est pas. Nous allons le généraliser le plus vite possible…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : C’est-à-dire ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il y a des problèmes concrets qui se trouvent posés, parfois dans des immeubles, la TNT cela suppose uniquement d’acheter un petit décodeur. Il n’est pas question que cela ne soit pas gratuit, je dis ça au passage. Nous veillons à ce que l’ensemble du territoire national soit couvert. Nous allons essayer de basculer le plus rapidement possible de l’analogique vers le numérique – la date prévue sera peut-être anticipée, je ne suis pas encore en mesure de l’annoncer officiellement.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Comme on avait dit que c’était 2010, si c’est anticipé, cela va vraiment vite. GOOGLE, YAHOO, MISCROSOFT ont le projet de réussir la maîtrise, je vais vite, mais c’est important, la domination planétaire de leur système et c’est plutôt pour eux très bien parti.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : A la domination je réponds, vive l’équilibre ! Et donc c’est pour ça que comme vous le savez, le président de la République m’a demandé de mener à bien un projet de bibliothèque numérique européenne…
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Dont l’idée avec été lancée par Jean-Noël JEANNENEY qui est le président actuel de la Bibliothèque nationale de France, cest-à-dire que vous voulez numériser le patrimoine français…les grands chefs d’œuvres…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Toutes les œuvres littéraires, toutes les archives, tous les documents qui sont en notre possession pour qu’ils soient disponibles au plus grand nombre et puis se posera la question des livres qui paraissent – et là, cela suppose des discussions avec les éditeurs et avec les auteurs. Mais donc, la numérisation Internet, c’est une grande chance, cela permet des rencontres, des dialogues et des débats. Donc je fais de nouveau un tout petit peu de publicité, à 18 heures aujourd’hui, www.lestéléchargements.com.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et moi je veux savoir si vous aurez en plus un jour la réussite du projet spectaculaire qui est engagé, la Bibliothèque numérique d’Europe ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, on l’aura, les pays européens sont très mobilisés sur ce sujet, la plupart des pays ont donné leur accord et nous sommes en train de réfléchir, de manière très concrète et opérationnelle à un portail européen commun. Ensuite, il faut qu’on accélère la numérisation des œuvres, cela veut dire que les œuvres soient disponibles sur Internet. Cela veut dire que des trésors qui sont aujourd’hui dans nos coffres pourront rester dans nos coffres pour être conservés, mais disponibles. Vous pourrez lire et voir par Internet par exemple l’Edit de Nantes et dans ces périodes de racisme et d’affrontements religieux, tous les documents qui appellent à la tolérance sont de bonnes choses.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Renaud DONNEDIEU de VABRES, les chefs d’œuvres du passé, mais aussi aujourd’hui mettre des livres sous droits.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Absolument les livres qui paraissent, cela supposera tout simplement un accord avec l’auteur et avec l’éditeur.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Donc une bibliothèque numérique européenne qui ne serait pas une machine européenne anti GOOGLE, mais qui serait quand même une création européenne – les Français si je comprends bien vivent en ce moment sous leurs yeux une grande révolution.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, c’est une belle révolution et moi j’essaye qu’elle ne soit pas destructrice de diversité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Bonne journée !
