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Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres à Stephen Melchiori

Posted By admin2011 On 19 d├ęcembre 2005 @ 23:25 In Discours 2005 | No Comments

Cher Stephen Melchiori,

Il a fallu les Rencontres pour l’Europe de la culture pour que nous
rencontrions et que votre remarquable parcours, votre créativité, votre
professionnalisme, et votre passion pour le cinéma soient enfin
reconnus par la République.

C’est que vous ne cherchez pas les honneurs. Vous avez la modestie
de ceux qui travaillent dur, qui mesurent les enjeux et les défis de
notre temps et décident de les relever. Je crois aussi que votre
modestie est celle des hommes qui, patiemment, dans l’ombre plutôt
que dans la lumière, construisent de grands projets.

Vous aimez les acteurs, les réalisateurs et tous les techniciens du
cinéma, photographes, monteurs, musiciens. Et vous avez consacré
votre vie à les faire connaître dans le monde. Vous avez leur
reconnaissance, puisqu’ils sont nombreux aujourd’hui à vous
entourer, vous et votre famille. Deborah Kerr en personne vous a
manifesté sa gratitude, lors d’un festival, en vous prenant dans ses
bras !

Vous aimez vous définir comme un « fan » de cinéma parmi d’autres,
et votre vocation fut de mener les plus grandes étoiles du cinéma à la
rencontre de leur public, pour le plus grand bonheur des spectateurs
et des acteurs eux-mêmes. Ce public aussi vous est reconnaissant,
qui se déplace nombreux aux festivals et aux rencontres que vous
organisez.

Vous qui, depuis de nombreuses années, travaillez dans l’ombre au
rayonnement mondial du cinéma français, vous méritez bien,
aujourd’hui, ici, d’être, si je puis dire, sous les feux de la rampe !

Oui, le cinéma français, la culture française, vous doivent beaucoup.

C’est vous qui avez fait de la montée des marches du Palais des
festivals à Cannes l’un de ces moments magiques qui rythment la vie
du septième art. Je rappelle qu’à Unifrance, auprès de Daniel Toscan
du Plantier, dont je tiens à saluer ici la mémoire, vous avez lancé le
festival du film français de Yokohama, le festival du film francomexicain
d’Acapulco, et le Festival international du film de Marrakech.

Je sais l’importance de votre compagnonnage. Je sais combien vous
lui êtes redevable et l’affection que vous lui portez et qu’il n’a cessé
de vous témoigner.

Enfin, c’est vous qui avez grandement contribué à organiser les 2 et 3 mai
derniers, les Rencontres pour l’Europe de la culture, qui, au fil des ans,
contribueront, j’en suis convaincu, au renouveau et à l’approfondissement
de la culture européenne.

Derrière ces événements, dont les images font rêver les hommes aux
quatre coins du monde, et les unissent dans une même passion, c’est
bien vous qui étiez là, patient artisan de la magie qui entoure la rencontre
des artistes et de leurs publics. Dans des pays lointains, auprès de publics
dont on aurait pu craindre qu’ils soient plus attirés par Hollywood que par
les studios français, vous avez prouvé que notre cinéma reste un cinéma
universel.

Au fil de ces rencontres, vous avez pu mesurer combien la diversité
culturelle a un avenir, non pas en tant que fermeture des cultures sur
elles-mêmes, mais en tant qu’échange, respect et curiosité entre cultures
différentes. Vous avez touché du doigt ce fond d’humanité commun que
les grands artistes représentent dans leurs oeuvres, que les étoiles du
cinéma incarnent à l’écran, et qui se manifeste concrètement lors des
festivals internationaux.

Je voudrais souligner enfin votre courage. A Marrakech, où vous étiez le
11 septembre 2001, vous avez oeuvré au maintien du festival du film
international que vous organisiez pour la première fois quelques jours plus
tard et que certains voulaient annuler.

Finalement décidé par le roi Mohammed VI, le maintien du festival restera
comme un symbole du lien et du dialogue entre les cultures, un lien qui
est plus fort que tous les actes de terreur qui cherchent à le rompre. Et
sans doute avez-vous été justement récompensé de ce courage par les
lumières de joie qui ont brillé ces jours-là dans le regard des jeunes
Marocains ayant pu approcher, grâce à vous, leurs acteurs préférés.

Merci, donc, cher Stephen, pour ces moments de rêve imaginés pour faire
rayonner notre culture. Jean Cocteau disait, à propos de l’une des
premières éditions du festival de Cannes, qu’il est comme un
« microcosme de ce que serait le monde si les hommes pouvaient […]
parler la même langue ». Puisse ce microcosme s’agrandir et franchir
toujours plus de frontières !

Cher Stephen Melchiori, au nom de la République, nous vous faisons
Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.


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